VI
31 octobre 1845.
Le Jow^nal des Débats nous répond :
t L'humanité n'arrêtait guère les Romains. Qu'on se rap- » pelle cependant ce qu'il a fallu de patience et de temps à » ces grands colonisateurs du monde pour créer une Afri- » que latine! Nous avons à créer une Afrique française, et » l'on s'étonne qu'au bout de cinq ans cela ne soit pas déjà » fait î c'est-à-dire que Ton s'étonne qu'en quinze ans les » Arabes n'aient pas changé de religion, de mœurs, de lois; » qu'en quinze ans, ces peuplades, qui ont passé sous tant » de dominations sans que leur caractère en ait été essen- » tiellement altéré, dans lesquelles on retrouve encore au- » jourd'hui les Numides de Jugurtha et les Maures de Boc- » chtfe, ne soient pas devenus de paisibles électeurs et » d'honnéles gardes nationaux ! On s'irrite, on s'en prend » à tout le monde de ces insurrections sans cesse renaissan- » tes et d(?s sacrifices qu'elles nous imposent ; on en cfter- » che la cause partout, excepté là où elle réside ; on ne veut » pas voir que tant que les Arabes seront des Arabes et que » notre civilisation n'aura pas fait disparaître la leur, l'Al- » gérie pourra être momentanément tramiuille, mais ne sera » pas soumise. »
Nous répondons au Journal des Débats :
Les Romains, quand ils créaient une Afrique latine, y pouvaient mettre le temps. Ils n'étaient pas dans la situa-
lion précaire, périlleuse, où la France se trouve vis-ë-vis de l'Angleterre ; ils n'avaient pas à craindre qu'une puissance, disposant de forces maritimes plus considérables que les leurs, vînt réduire pan la faim une armée de cent mille hommes et toute une colonie h l'impuissance de se défendre ! Or, cVsl le danger (jui nous menace, et ce danger est si grave (|ue, sïl était vrai qu'il fallût encore un très grand nombre d'années pour nïettre l'Algérie en état de se suffire à elle-même, la piudence voudrait qu'on ne prolongeât pas plus longtemps des sacrifices inutiles.
Ce n'est pas nous (jui nous sommes jamais étonnés que les Arabes n'aient pas changé, en quinze ans, de religion, de mœurs et de lois ; loin de là, car nous croyons que ce siècle en verra commencer un nouveau avant que ces mœurs, ces lois et cette religion aient fait place à une religion, h des lois et à des mœurs nouvelles. C'est précisément parce (pie telle est notre conviction.prof(mde que nous persistons à soutenir qu'il n'y a (ju'un moyen de coloniser l'Algérie : c'est d*y transporter assez de Français et d'Européens pour (jue vis-à-vis d'eux Arabes et Kabyles ne s:)ient plus (|u'à Tétat de minoi'ité trop faible pour n'être pas parfaitement soumise.
Or, <'( nïment décider (piatre ou cinij millicms de Français à se transporter en Algérie pour y cultiver les terres ou y excTcer leur industrie? Est-ce en les privant des garanties que leur assun^nt nos institutions et nos lois "f Estce en les alléchant par la perspective du régime arbitraire qui existe à Alger? — Telle est la question à laquelle, s'il le peut, \o Journal des Débats fera bien de répondre.
Il ne suffit pas de» dire avec uiie apparence trompeuse de gravité : « La tAche sera lourde*, nous sèmerons longtemps » avant de recueillir, » il faut aussi prévoir le cas où, à la prenïière collision avec l'Angleterre, elle entreprendrait de nous empêcher de recueillir ce que nous aurions semé.
vn.
25 février 1846.
La discussion à laquelle a donné lieu, dans les bureaux de la Chambre des députés, le projet de loi portant demande de vingt-cinq millions de crédits extraordinaires, applicables aux dépenses de l'Algérie, a vu se produire deux idées, Tune émise par M. Genty de Bussy, Pautre énoncée par M. Monnier de la Sizeranne.
M. Genty de Bussy, déclarant que le fardeau des fonctions du gouverneur général de PAIgérie est aujourd'hui trop lourd pour un seul homme, a demandé que le commandement fût divisé, qu'il y eût trois commaiulements militaires et trois départements, et qu'un ministère spécial de l'Algérie fût créé.
M. Monnier de \i\ Sizeranne a demandé (|uc l'Algérie fût érigée en vice-royauté. Selon lui, (( la création d'une viccf'- ^ royauté aurait l'avantage d'identifier le prince qui en se- » rait investi aux intérêts de la colonie, car son œuvre devant » ôtre très probablement l'œuvre de sa vie entière, il aurait » pour but unique le développement graduel de la prospé- » rite du pays confié h ses soins; cette création aurait en- » core pour résultat de donner un incontestable caractère » de permanence h l'occupation française en Afrique, soit » vis-à-vis des Arabes, que nos débats sur la question en- » tretiennent encore dans le doute, soit aux yeux des puis- ^ sances étrangères, parmi lesquelles il en est une qui, en » refusant de régulariser la position de son consul, proteste » par cela même contre des droits acquis au prix de tant de » sang français. »
Doit-on maintenir ce qui est : — un gouverneur-général à Alger et une division des affaires d'Afrique au ministère de la guerre ?
Faut-il créer un ministère spécial de l'Algérie ?
Vaut-il mieux ériger l'Algérie en vice-royauté ?
N'est-il pas plus simple et préférable d'assimiler l'Algérie
h la Corse, et de répartir entre les divers départements ministériels ce qui est aujourd'hui exclusivement concentré dans la division des affaires d'Afrique au ministère de la guerre ?
T(*IIes sont les quatre questions sur lesquelles il serait temps (pic le ministère eût un avis.
6 juin 1847.
'L'abdication de M. le maréchal Bugeaud ne peut manquer de donner à la (juestion de l'Algérie une face toute nouvelle au débat. Les ministres maintenant ne pourront plus se plaindre et [)rétexler qu'ils sont gênés dans leur liberté. S'ils ont des idées arrêtées, rien ne s'opposera à ee qu'ils
les exposent à la tribune. S'ils n'en ont pas, il faudra bien
qu'ils le confessent.
Veut-on cette fois, enfin, que le débat ne demeure pas stérile? — Il faut alors (ju'il soit pressant et précis; il faut éviter qu'il ne s énerve en longs discours. Longs discours, longs détours. Les longs discours sont la porte par laquelle les ministn»s échapp(»nl à l'embarras et aux périls des discussions où il n'y aurait (ju'à les serrer de près pour les forcer de s'avouer vaincus. Quand ils ont à réi)ondrc è de longues amplificati:>ns, «jue font-ils? Ils font leur choix dans le nombre des objections; ils laissent prudemment à l'écart ce qui serait difficile à réfuter, pour s'atta<"her exclusivement et soigneusement à ce qui est faible, spécieux ou erroné. CV.st ainsi (pi'ils se sont accoutumés à triompher facilement de leurs contradicteurs. Rarement la lutte s'établit corps à corps : on se combat ii distance, et |>resque tous les coups portent au-dessus de la tête. Aussi nest-cc que par ex(«»ption maintenant (|ue les discussions sont meurtrières, nous voulons dire décisives. Quand on a Ix^aucoup et bitMi parlé de part et d'autre, c'c'st à peu pi*ès c{»mm<» s'il ne s'était rien dit. car il ne s'est rien décidé. Tous les ans. la questitm de l'Algérie est le sujt»t de longs
et nombreux discoui*s. Qu'ont-ils produit ? quel pas, depuis quinze années, ont-ils fait faire à la (luestion? quelle erreur ont-ils redressée ? quel abus ont-ils fait disparaître ? quel système ont-ils fait prévaloir? quel éclair seulement ont-ils fait jaillir?
Quelle question cependant plus importante et plus urgente à résoudre !
C'est avec raison que l'honorable M. de Tocqueville, au nom de la commission, s'exprime ainsi dans son rapport :
« Jusqu'à présent, l'affaire n'a pas pris dans l'attention ï> des Chambres, et surtout dans les conseils du gouverne- » ment, le rang que son importance lui assigne. Nous » croyons qu'il peut être permis de l'affirmer sans que perï) sonne en particulier ait le droit de s'en plaindre.
» La domination paisible et la colonisation rapide de » l'Algérie sont assurément les plus grands intérêts (jue la » France ait aujourd'hui dans le monde ; ils sont grands en » eux-mêmes, et pour le rapport direct et nécessaire qu'ils » ont avec tous les autres. Nôtre prépondérance en Europe, » l'ordre de nos finances, la vie d'une partie de nos conci- » toyens, notre himneur national sont engagés de la ma- » nière la plus formidable. On n'a pas vu cependant jus- » qu'ici que les grands pouvoirs de VÈiM se livrassent h » l'étude de celte immense question avec une préoccupa- « tion constante, ni qu'aucun d'eux en parût visiblement » et directement responsable devant le pays.
» Nul n'a semblé apport<?r dans la conduite des affaires » d'Afrique cette sollicilude ardenle, prévoyante et soute- » nue qu'un gouvernement accorde d'ordinaire aux prin- » cipaux intérêts du pays ou au soin de sa propre exis- » tence. Rien n'y a révélé jusciu'à présent une pensée uni- » que et puissante, un plan arrêté et suivi. La volonté » éclairée et énergique qui dirige toujours et contraint » quelquefois les pouvoirs secondaires ne s'y est pas ren- » contrée.
» La commission eût cru manquer a son premier devoir » envers vous et envers elle-même si elle vous avatt caché
« sur co point sa pensée. Elle s'exprime en ce moment 0 avec mesure, mais elle n'hésite pas à s'exprimer.
» Elle croit qu'il fallait que ce qu'elle vient de dire fût ^ (lit. et elle le dit sans préoccupation de personnes ni de '' parti, par le simple et pur amour du bien publie.
» Tant que les choses se passeront ainsi, les améliora- » lions de détail, les réform(\s administratives, les change- » ments d'hommes r(^st(*ronl, croyez-le, inefficaces. Les '> avis les plus salutaires seront perdus, les meilleures in- » tentions deviendront stéril(»s. Tout sera, au contraire, » possible et presque facile le jour où le gouvernement et » les Chambres, prenant enfin en mains la direction de î) cette |j:ran(le affaire, la conduiront avec la résolution, » l'attention et la suite qu'elle réclame. »)
C'est aussi notre avis: oui, nous croyons qu'il est possible, presque facile de vaincre les difficultés qui se sont opposées jusqu'il ce jour à la solution du probh^me de l'occupation de rAlij:érie à peu de frais, [)ar la colonisation sur une grande échelle; mais c'est à la condition qu'on ira résolument au fond des choses , (ju'on s'attachera moins aux phrases <prau\ idées, qu'on coupera toute retraite au cabinet, afin de le forcer, ou d'expli(iuer sa pensée, toute sa pensée, ou bien d'avouer son éternelle impuissance. Il ne faut pas ])ermettre (pfil s'évade. Si en cette affaire, comme en toute autre, son mot est Wen. il faut l'obliger à le dire. S'il essaie de prendre son vol pour s'élever dans la haute région des généralités, il faut le ramener au fait et au besoin l'y river.
Le fait, le voilà !
II est écrit en toutes lettres, page 9 du rapport, ainsi qu'il suit :
0 En 1831. l'effectif des troupes françaises ne s'élevait » qu'à 18,000 honunes de toutes armes; » En 1831, à 30.000 ; » En 1838, à 48.000 ; » En 1841, à 70.000; » En 1843, à 76,000 :
» En 1845, à 83,000 ;
» En 1846, à 101,000.»
Or, n'est-ce pas le contraire qui paraîtrait simple? ^ On comprendrait que nous ayons commencé par avoir en Afrique 101,000 hommes, et que nous n'en ayons plus maintenant que 18,000 ; mais que nous ayons commencé par 18,000 hommes, pour arriver, après quinze années, à 101,000 hommes, n'est-ce pas la plus sévère condamnation qui puisse être prononcée contre l'absurde et faux système qui a été suivi?
9 juin 1847.
Les discussions générales ne s'animent plus que le jour où elles se ferment ; c'est-à-dire le dernier jour. C'est ce qui est arrivé à la discussion générale sur l'Algérie, qui a été fermée à la fin de la séance, après un débat animé où le ministère, de l'aveu de ses meilleui*s amis, est resté sur le champ de bataille. Nous cherchons un mot pour rendre notre pensée, et nous n'en trouvons pas; Vaincu!... Mais il y a des défaites glorieuses. Blessé!... Mais cela suppose qu'on s'est énergiqiiement défendu... Or, le ministère, il est vrai, a parlé, mais il n'a pas lutté ; on peut dire qu'il a été trahi par ses propres forces.
Nous ne dirons pas que le début h la Iribune de M. le général Lamoricière a répondu aux espérances qu'on avait fondées sur lui; nous dirons qu'il les a dépassées, et nous ne serons que justes. Sa parole est facile, abondante, et cependant précise. 11 expose avec clarté et méthode ce qu'il veut exprimer. H est entré dans d'intéressants détails prouvant qu'il avait fait de la question qu'il traitait une étude approfondie. Il ne Ta pas traitée seulement en militaire; il a montré qu'il s'en était préoccupé aussi au point de vue des institutions civiles. Peut-être aurait-il pu s'élever un peu plus haut; mais on n'eût pas manqué de dire que dès le début il affectait de grandes prétentions à l'homme d'Élat, au législateur. En somme, peut-être a-t-il mieux fait
de se tenir dans la région moyenne où il s'est placé par son discours.
Personne, après M. de Tracy,ne demandant plus la parole, M. Guizol esjl monté à la tribune; il a énuméré, avec cette pompe qui lui est familière, tout ce qui s'est fait en Algérie de 1840 h 1846. Or, qu'a-l-on fait? On a dépensé beaucoup d'argent, on en a immensément gaspillé; cet argent, il fallait bien remployer! on a construit des casernes, des hôpitaux; on a exécuté des travaux; il eût été prodigieux qu'on eût dépensé tant de millions sans qu'il en restât de traces, sans qu'on eut rien fait, rien, absolument rien. Cependant, il s'en est fallu de peu que M. Guizot ne tirât vanité de ce qu'il n'en fût pas entièrement ainsi. Jamais politique de prospectus ne fut à la fois plus pompeuse et plus pauvre; jamais on ne se vanta de moins avec plus de complaisance et plus de solennité. C'était h un tel point que nous avons vu la majorité elle-mô.me en souffrir.
Tels sont cependant les vices de l'organisation administrative en Algérie, qu'il a bien fallu que M. Guizot les reconnût. 11 les a avoués; il a dit qu'il y avait trop de rouages; qu'ils s'entravaient les uns les autres; qu'on avait amalgamé ensemble des choses qui eussent dû rester distinctes; (jue les reproches sévères adressés dans le rapport, h cette organisation défectueuse et compliquée, étaient fondés, qu'il le reconnaissait , mais qu'il fallait faire au temps sa part. Est-ce que cette part ne lui a pas été amplement faite? Comment! voilà dix-set)t ans que nous possédons l'Algérie, et charpie année elle nous coûte plus que les années qui ont précédé ; c'est ce (jue l'honorable M. Desjobert a démontré, budget et lois des comptes en mains; il a démontré qu'en 18i6 l'Algérie avait coûté h la France cent trente millions, et. déduction faite des recettes, cent vingt millions au moins.
M. Guizot ne s'est pas borné à venir soutenir tardivement à la tribune que le gouvernement avait autorisé la dernière expédition en Kabylie; il a aj«julé que le gouvernement l'avait approuvée : et c'est avec l'orgueil du triomphe qu'il Ta
déclaré. II a dit qu'elle était opportune, utile, nécessaire, glorieuse, oubliant que Tannée dernière il Pavait qualifiée « d'iMPOLiTiQUE et d'iMQL'E ! » CVst cc quc lui a rappelé 'M. Dufaure dans un discours dont tous les mots portaient. Il ne lui a pas été difficile de montrer qu'on n'avait rien fiiit, rien, absolument rien, qu'on n'avait tranché aucune question, vaincu aucune difficulté, réprimé aucun abus, et que la seule bonne mesure qu'on eût arrêtée en principe, on n'avait pas osé l'appliquer. L'effet de ce discours a été accablant pour le cabinet; vainement M. Guizot, dans l'espoir de l'atténuer, est-il monté à la tribune ; loin de l'atténuer, il n'a fait que l'accroître par la faiblesse des justifications dans lesquelles il a essayé d'entrer. En cette circonstance, le talent de M. Guizot lui a fait complètement défaut; il y a donc un jour où la vérité, par sa seule force, l'emporte sur le talent, quels qu'en soient l'éclat et l'étendue. M. Guizot est redescendu de la tribune, laissant son discours inachevé, et n'ayant pas dit un mot, un seul mot de ce que se proposait de faire le gouvernement en Algérie. Laissera-t-il les choses telles qu'elles sont, avec leur imperfection reconnue, leur complication avouée, leur amalgame blAmé? Crée*ra-l-il un ministère spécial? Répartira-t-il les divers services entre chacun des neuf départements ministériels? Croit-il que le régime sous lequel nous vivons puisse être appliqué aux Français et chrétiens qui s'établissent en Algérie? Croit-il le contraire? Instituera-t-il une vice-royauté? De toutes ces questions fondamentales, décisives. M. Guizot n'a pas dit un mot, un seul mot. Ses deux discours sont deux tronçons de discours ; mais les deux, rapprochés, ne font pas un discours complet. Jamais la stérilité et l'impuissance du cabinet n'étaient apparues à tous les yeux avec cette évidence allant jusqu'à la nudité. Encore si le débat n'avait révélé que la stérilité et l'impuissance du cabinet ! Mais M. Gustave de Beaumont, lettres en mains, lettres remises à la commission par M. le ministre de la guerre, a montré que le cabinet, pour essayer de se justifier, n'avait pas craint
de (icscendre jusqu'au mensonge dans ses allégations, el au manque de loyauté dans ses communications. C'est le propre de rinipuissantîc poussée dans ses derniers relranchemcnls, de chercher un abri derrière le mensonge, et de ne dédaigner aucun moyen de salut. Mais il faut que le ministère, pour s'y être résigné comme il l'a fait aujourd'hui, à la fois sans scrupule el sans succès, se sente eruellement menacé et bien près de sa lin ! Si Ton eût dit qu'un ministère à la léle duipiel étaient placés des hommes politiques du talent , de la valeur, du poids, de l'importance de HM. Guizot et Duchâlel, en arriverait là, après sept ans de durée, avec une majorité de cent voix, non, jamais nous ne l'eussions cru. Une si prompte décadence nous effraie, car ce n'est pas la décadence, c'est la chute.
12 juin 1847.
I. Doit-on maintenir ce qui est : — un gouverneur-général h Alger et une division des affaires d'Afrique au ministère de la guerre ?