‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 7 sur 96 · L'ESPRIT DE FISCALITÉ · texte numérisé non relu

L'ESPRIT DE FISCALITÉ

5 juillet 1846.

La fiscalité est à la science financière ce que Pusure est à la haute banque. Combien y a-t-il d'usuriers qui njeurent riches ? L'usure n'est pas seulement le plus indigne des métiers, c'est aussi le moins lucratif. Ce qui est vrai pour l'usure est également vrai pour l'impôt, dont le développement n'a pas d'ennemi plus nuisible que l'excès de l'esprit fiscal.

M. le ministre des finances vient d'interdire aux directeurs des postes de se charger des abonnements aux journaux. Pourquoi? — Parce qu'on lui a représenté que l'administration des postes y perdait l'affranchissement d'un certain nombre de lettres, plus le timbre d'une reconnaissance, plus enfin le droit de 5 0/0 qu'elle prélève pour les envois d'argent.

On lui a dit :

Savez-vous ce que font les directeurs de poste auxquels on s'adresse pour prendre ou pour renouveler un abonnement de journal? Ils attendent qu'ils aient plusieurs demandes d'abonnements, quatre, cinq, six, afin de n'avoir qu'une seule lettre à écrire à leur correspondant à Paris et de pouvoir faire ainsi l'économie de trois ou quatre ports de lettre, d'où résulte un grand préjudice pour l'administration ; ce n'est pas tout, au lieu de se servir de reconnaissances de postes, soumises au timbre et donnant lieu au droit de 5 0/0, ils envoient généralement en payement un

mandai sur une maison de banque ou de commission de Paris; le Trésor perd donc à cela Tafïianchissemenl de 20,000 lettres au.moins par an, etc., etc. C'est un abus grave qui appelle de votre part une répression sévère.

Et M. le ministre des finances aussitôt de signer la circulaire soumise h son approbation.

Eh bien! admettons ce nombre de 20,000 lettres :

20,000 lettres, au prix moyen de 41 centimes, représentent • 8,200 fr.

Ajoutez-y le timbre de 20,000 reconnaissances h 35 centimes 7,000

Ajoutez-y encore le droit de 5 0/0 sur 2,000 abonnemens à 15 fr., prix moyen par trimestre. . 15,000

Total ; . . . 30,000 fr.

Oui, nous en convenons, voilà 30,000 fr. de recettes dont Fadminislration des postes est frustrée par ses propres agents ; mais par suite de la mesure ultra-fiscale prise par Tadministration des postes, le nombre des abonnements a notablement diminué. Cela est facile à explitiuer, el cela s'explique ainsi :

48 francs, prix que coûtent la Presse el le Siècle, aux yeux de beaucoup de petits propriétaires ruraux, c'est le revenu d'un héritage de 2,000 fr. au moins ; 48 francs, c'est donc, i)our beaucoup <le gens de province, une grosse somme, une vrai<* dépense, à plus forte raison s'il s'agit de 60 fr., prix du Constitutionnel el du Xational, ou de 80 fr., prix du Journal des Débats ; la snnune est d'autant plus lourde à payer (|ue, dans lescomnmues rurales, on est généralement privé de la facilité dont on jouit dans les villes de se réunir deux, trois ou quatre pour s'abonner au même journal, et en rendre ainsi l'abonnement moins dispendieux pour cha* cun. Ajoutez à cela (|ue, dans les conununes rurales, il n'y a ni bureaux de messageries, ni libraires, et qu'il faut forcément s'a(lress(»r au <lirecleur du bureau de poste.

Aussi, qu'anive-l-il? Oux qui trouvent que c'est déjà

^Êiài

Page 1