‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 91 sur 96 · LA LOGIQUE DE LA REACTION · texte numérisé non relu

LA LOGIQUE DE LA REACTION

Siiliit puhlic, sa mnjorité à lui. A lire ses discours, on dirait qu'il n'avait qu'une pensée : relie de laver ses mains tachées de sang dans la source pure de la justice et de la considération. Qui pourrait nier que son but caché dit été de se débarrasser de ses amis (rop zélés? En vain! Il ne put se soustraire à la loi ('omnume. à la logi(]uedela réaction.

La restauration même s'abusa jusqu'à croire cprelle échapperait îmx exigences de sa majorité, à Taide <le réformes financières et de négociations diplomatiques. Son parti a été plus fort qu'elle, car un parti, quel qu'il soit, est toujours exclusif et négatif, il ne gouverne pas par l'amour du bien, mais par la haine que lui inspirent^ses adversaires.

In parti n'agit pas, il s'agite î

M. Guizot aussi se flatte d'être le maître de son parti. Erreur! Qu(» M. Guizot jette un coup d'œil rétrospectif sur le chemin (|u'il a parcouru depuis un an ; il reconnaîtra, mais trop tard, (pi'au lieu de conduire, il a été poussé. Il est léle d'un convoi conservateur de î2o wagons, mais la locomotive est derrière le train au lieu d'être devant. Il aura beau vouloir s'arrêter. Vains efî.u'tsl II parcourra forcément la ligne de la réaction jusqu'au bout. Arrivé à la pente, la pesanteur du convoi entraînera la faiblesse du frein I

œMMENT CELA FINIRA-T-IL?

21 février 1848.

Comment cela finira-t-il ?

G^est la question que tout le monde s-adresse.

Cela ne peut réellement finir que par la retraite des ministres malhabiles qui ont créé la triste situation où le pays est plongé.

Continuer de gouverner par la résistance à tous les vœux de réforme (jui se sont produits jusqu^au sein des Chambres est une chose impossible. Il n'y a pas de majorité, si dévouée qu'on la suppose, qui se prête désormais à une pareille épreuve. On a vu avec <]uelle rapidité les cent voix corn* pactes dont le ministère était si fier ont été entamées par les derniers scrutins.

Céder nVst dangereux que de la part du ministère actuel.

Ce serait chose facile et simple de la part d^hommes nouveaux, offrant des garanties, et constatant par leur avènement môme le changement opéré dans les résolutions du pouvoir.

Mais des ministres venant promettre des réformes après les avoir si violemment condamnées, ne pouvant prendre un engagement qui ne fût une scandaleuse palinodie, s'exècutant comme des vaincus au lieu d'agir par une initiative libre el spontanée, des ministres placés dans une telle condition ne feraient que dégrader le pouvoir par les sacrifices

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qu^ils subiraient.' Toute parole de leur part serait suspecte. Moins leurs antécédents inspireraient de confiaqpe, plus Popinion se montrerait exigeante, plus on leur demanderait de gages.

Régie gi'^néralc : voulez-vous dépasser le but en matière de réformes? Faites-les faire par les hommes qu'on sait mal dispensés pour elles.

Les princes italiens, lorsqu'ils se sont décidés à changer de système, ont commencé par changer leur cabinet. La vieille politique est toml>ée avec les hommes en qui elle s'éliut incamée. Dans un pays constitutionnel, on serait sans excuse d'agir autrement, car le régime constitutionnel n'a été inventé que pour fournir, par l'élasticité de ses combinaisons, les moyens réguliers de faire face à toutes les éventualités, sans que la dignité du pouvoir en souffrît.

Ainsi, le cabinet du 29 o<;tobre 1840 est désormais impossible comme continuateur du passé, plus impossible encore comme garantie de l'avenir. Sa retraite est la première nécessité de la situation.

23 férriér 1848.

Le 13 mars 1847, il y a un an, nous avertissions en ces termes le cabinet, au moment où il se proposait de donner à M. Martin (du Nord) pour successeur au ministère de la justice M. Hébert :

a On ne tombe jamais que du côté où Pon penche, a dit un » jour M. Guizot. Nous n'avons pas oublié ces paroles, dont T> on regi*etlera pcul-élre trop lard que nous ayons été les » seuls à nous souvenir. Ce n est pas, suivant nous, de ce B côté que la prudence et la bonne politique conseillaient n au ministère d'aller se recruter. On n'est pas exclusif im- » punément. »

Nous trompions-nous, ne voyions-nous pas juste et de loin?

Du 13 au 24 mars 1847, nous avons insisté sous toutes les formes et sur tous les tons pour que le ministère ne tint pas, les 24 et 26 mars 1847, le langage dont l'imprudence ne pourra pas mOmc invoquer pour excuse la fermeté, puisque M. Guizot sVst scandaleusement rétracté, dans la séance du 11 février 1848, en promettant la réforme parlementaire qu'un an auparavant il avait déclarée a mauvaise^ détestable, » et qu*il avait dit quil combattrait toiijoiirs.

Avions-nous tort, égarions-nous le gouvernement f

Le 27 décembre 1847, il y a deux mois, nous adressant à la niaJDrité et au cabinet, nous leur disions :

a Qui, l'un dos premiers, a donné Pexcmple et le signal » des banquets politiques?

D M. Guizot.

D Qui a provoqué h la tribune, par un imprudent déG, les » manifestations réformistes?

» M. Duchàtel.

» Qui, par une immobilité hautaine, par une insouciance » coupable, prolongée pendant huit années, a isolé le pou- » voir, désalfectionné le pays, et donné aux esprits les plus 0 patients cette agitation dont on a commencé par se railler » et dont on finit par s effrayer ?

» Le cabinet du 29 iM'tobre.

i) Do (pioi le Jounmldes Débats, ce journal qui a résolu ce » double problème : de régner sans abonnés et de gouver- .» nersans idées, <le quoi le Journal des Débats, s-étonne-t- » il donc ce matin?

» Il recueille ce qu'il a semé.

» Les majorités trop longtemps satisfaites ré\'ci]lent en » sursaut les populations mécontentes.

» Les réformes maladroitement ajournées amènent inf> fructueusement les conditions tardives.

^) Les résistances outrées aboutissent aux entraînements » funestes.

» Qui a résisté aveuglément cédera tardivement. Le » moyen pour les gouvernements, pour ceux-Ih surtout sur » les(|uels s'exerce la <Ioul)le action de la tribune et de la » presse, le moyen d'échapper à cette extrémité toujours » dangereuse, c'est de la prévenir par la vigilance et Tini- 0 lialive, en se tenant soigneusement en garde contre les » illusions de Poplimisme, en n'attendant jamais cemoment » suprême où les vœux légitimes se changent en cris im* « péri eux. ^

Ces conseds manquaient-ils de sagesse?

Il y a trois jours, nous tracions ces lignes :

a On se tromperait étrangement si Ton croyaitque In ques- » tion (lu banquet n'est quime question à vider, eomme ils » l'entendront, entre le cabinet d'une ï)art, et dXulre part » les députés désignés dans le dernier paragraphe de Taï> dresse : il y a maintenant un tiers au conflit dont il faut D consulter et ménager les susceptibilités ombrageuses; ce D tiers s-appelle : le Peuple î

» Nous savons quïl est des oreilles auxquelles qe nom » sonne mal.

« Nous savons qu'il est des lecteurs superficiels qui n'ad- » mettent pas qu'on puisse prononcer et imprimer ces mots : » le Peuple ! sans y voir une sort^ d'appel plus ou moins in- » direct fait aux mauvaises ])assions delà multitude.

» Mais nous n'écrivons pas pour ceux (pii se délient de >> nous, nous écrivons pour ceux (jui croient fermement, avec ^ nous, que s'il est dangereux de flatter le peuple, il n'est » pas moins dangereux de le dédaigner. » M. Gujzot l'a dit et oublié : t< Tous les gouvernements, en France, se sont » perdus par Voubli du peuple» »

Ne jugions-nous pas bien les hommes, les choses, les événements ?

La vérité de ces dernières paroles empruntées h M. Guizot, M. Guizot lui-même vient d'en faire la cruelle expérience. Ce sera son expiation.

Elles viennent de se vérifier pour un cabinet; ce qu'il importe maintenant, c'est (prelles ne se vérifient pas pour uu gouvernement.

Le moyen de I empêcher, c'est que le gouvernement se hAlede sortir du cercle périlleux de toute coterie exclusive.

Toutes nos prévisions juscprà ce jour se sont vérifiées. toutes nos prédictions se sont accomplies.

L'heure, pour elles, a plutôt avancé que relardé.

Le passé est donc pour l'avenir une garantie que nous pouvons hautement invoquer.

Eh bien 1 nous l'invoquons sans misérable orgueil et avec la seule satisfaction d'un devoir important que nous remplissons ; nous disons :

Cen est fait du gouvernement établi en 1830, s'il ne sait s'élever à la hauteur de sa tâche !

Ce n'est pas en reniant son origine qu'on se grandit, c'est en l'ennoblissant.

Le nouveau cabinet ne s'abuserait pas moins gravement s'il pensait que la chute de M. Guizot est un fait qui suffira pour donner satisfaction à toutes les exigences légitimes apaiser toutes les passions surexcitées, et dispenser les nouveaux ministres d'avoir des idées.

M. Guizot s'est perdu par l'excès de son optimisme ; mais, avant de tomber, combien de fois n'avait-il pas échappé à l'inmiinence du péril par l'éclat de sa parole !

C'est ce qu'il ne faut pas oublier, afin de racheter amplement l'inégalité du talent par l'initiative d'une activité fécon<le sachant allier la vigueur à la prudence, deux qualités qui ne s'excluent qu'aux yeux de ceux qui n'ont ni prudence ni vigueur.

Quelle que soit la combinaison ministérielle qui se forme, nous nous hâtons de le dire, ce ne sera qu'à ces conditions fidèlt»ment obsen'ées qu'elle aura notre concours.

Nous ne nous serons pas séparés du cabinet déchu pour appuyer un cabinet (fui accepterait une grave responsabilité sans en avoir mesuré toute l'étendue, sans s'être rendu bien compte de toutes les difficultés de la situation, de tous les druits que le Passé a légués à l'Avenir.

Le rôle du Journal des Débats n'a rien qui nous lente, et ce n'est pas nous qui l'en dépouillerons jamais. Il n'est peutêtre piis inutile qu'on le sache, afin que. dès le premier moment, toutes les illusions se dissipent, toutes les positions se dessinent.

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