‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 93 sur 96 · PRÉFACE INÉDITE D'UNE RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PRÉFACE INÉDITE D'UNE RÉVOLUTION

C'étcHl tout ce que redoutait le C€il)inet, ou, pour parler plus exactement, c'était ce (ju'il eût redouté, s'il n'avait su parfaitement à quoi sVn tenir sur le peu de consistance de ses adversaires. Il n'y a pas ime seule réunion de membres de roï)p(>sition, quelle qu'elle soit, au sein de laquelle le ministère ne compte un ami mystérieux, dévoué et assidu, ayant pour mission de le tenir au courant de tous les discours qui s'y contredisent, de toutes les irrésolutions qui s'y trahissent, de toutes les peurs qui s'y révèlent parles détours mêmes qu'elles prennent pour ne pas se laisser apercevoir. De cette façon le courage est facile, car le ministère ne s'avance qu'à coup sûr ; il ne s'avance qu'alors qu'il sait parfaitement que déjà roj)position recule. Ce sont des victoires sans bataille et des retraites sans, combat. C'est ce qui est arrivé dans la séance du lundi 21 février 1848, où M. Duchàtel a pu se faire, à la tribune, à si bon compte, une position de héros de l'ordre public. L'opposition a beau crier qu'elle a été trahie I ce cri ne la justifie point. Elle n'eût pas été trahie, si elle eût été ferme. Non seulement elle n'eût pas été trahie, mais au contraire elle eût été servie par ceux-là même qui avaient pour mission de l'épier, car s'ils fussent revenus dire à M. DuchAtel : « L'opposition lient l)on, elle est unanime et résolue, » le cabinet n'eût pîis lardé à cesser d'étn^ rés()lu et unanime. C'en était fait du cabinet, nous ne disons pas s/ tous les membres^ nous disons seulement si tous les chefs de l'opposition eussent déployé le même» esprit (le décision que M. de Lamartine. Dans quel temps vivons-nous donc que ce temps où le courage, qui devrait attirer à vous, au ct)ntraire vous isole ; où la seule voix qui soit écoutée est celle de la pusillanimité téméraire ? Ne criei pas à la trahison ! vous n'en avez pas le droit. L'indécisioo se trahit, on ne la trahit pas.

Cent (pialre-vingts démissions déposées, samedi 19fé\Tier ou luiuli 21 février; cent cinquante seulement, et le ministère, déjà si fnrtement ébranlé, se retirait. II ne pouvait rester î Mais admettez (pfil restAt: admettez tout ; admettei même ({u'il ne prononçât pas la dissolution de la Chambre

dos députés, ot qu'il se bomAt h convoquer les conl cinqiianle on los mit qiintro-vinp:ts collèges vîicnnts, une immense popularité. — la popularité des 221 en 1830, — entourait (le son auréolr tous les députés démissionnaires. En

eux se réfu^'iaient inules les espérances du pays ! Partout ils (Hissent été port(»s en triomphe î Tous eussent été réélus avec enthousiasme î Ceux-là qui, dans leurs collèges, nV vaient été nommés que diflicilemenl et à une majorité imperceptihle, n'aurai(»nt même plus rencontré de résistance séri(»use. Us y eussent gagné de pousser de plus pmfondes racines.

Le verre (\u'\ grossit les objets est une invention dont la Peur a dil donner la premi(*re idée. La peur exagère tout ; la peur de certains députés île n'être pas réélus a grossi à leurs yeux Vahus drs wflucncc^. Dans I(»s temps de marasme et (Pindillérence, oii chacun ne songe qu'èi soi, où rindi\idu croit qu(» la société tout enli('^re a été créée pour lui, oui, l'abus (l(\s influen(*(^s est HMloutable et décisif ; ma i<;, dès que riiorizon se couvre et qu(» les c'irc(mslances s'aggravenl. l'individu n'est plus (ju'un point imperiTptible dans IV^space, la société rejirend sa phu^e et remonte à son rang; alors l'abus des influences voit son empire lui échapper. L'abus (l(»s influenctvs n'est puissant que par rindiiïérence de l'opimon publique: dès ({u'elle sort de sa léthargie, il disparaît comme le malfaiteur nocturne aussitôt que vient le jour.

Paraître douter de la bonté et du succès de sa cause, c^est pr(»s(iu(» la trahir ! L'opposition, il faut le lui dire, s'est conduite en cette circonstance comme si elle se fût défiée de la réalité de ses griefs, comme si elle n'eût pas été sûre que le pays IVil di» son avis! C'est une immense faute, peut-être même mu» iiréparable faute.

Nous savons (|u*aussit(M apW's le rejet, qui nVstpas douteux, (le la proposition de mise en accu.satiim des ministres, plusieurs dépuli^s ont n'solu de (hmner leur démission : cct'acl(» isolé ne servirait qu'à montrer que Topposîtion est divisée, et (jue les hommes les plus énergiques et

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