‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 4 sur 71 · L.-N. BOHAPARTE. Extinction du Paupérisme, i. II · texte numérisé non relu

L.-N. BOHAPARTE. Extinction du Paupérisme, i. II

INTRODUCTION. xn

En me livrant anssî complaisamment à Ténumération sommaire de solutions qui, cependant, ne seront encore que des transitions, je devrais craindre qu'on ne se bornât plus à dire que je suis un esprit absolu, et qu'on ajoutât que je siïis un esprit utopique, si ces transitions n'avaient été soumises à l'épreuve de la discussion et n'avaient résisté au poids d'objections accumulées, objections dont aucune n'est restée sans réponse.

Non, ces transitions ne sont point des utopies ; j'en ai pour garants, d'abord la nature de mon e^« prit, qui ne saurait rien concevoir qu'il ne pût exécuter , ensuite des hommes tels que Yauban , Turgot, Peel, enfin la pleine réussite de celles de mes conceptions qui, du domaine de la théorie, ont passé dans le domaine de l'application. Je citerai la réforme économique des journaux, réforme commencée en 1831 par la publication du Journal des ConnaisianceM utiles, tiré à 130^000 exemplaires ; réforme aussitôt imitée en Angleterre sous vingt titres difi*érents ; réforme continuée en France, en 1836, par la fondation de la Presse^ l'imitation immédiate du Sièdej Timitation tardive du Constitutionnel^ l'imitation successive de tous les autres journaux quotidiens, hormis un seul, le Journal des Débals; réforme pratiquée en Angleterre par le Daily-News, et en Autriche par la Presse de Vienne ; je citerai la réforme économique du prix des livres, que j'avais entreprise en 1834, et le tirage

actuel de ceux qui se vendent un franc, comparé au tirage ancien de ces mêmes livres cotés autrefois 7 fr. 50 c; je citerai la réforme postale, lunité de taxe des lettres, proposée par moi, en 1852, à M. Conte, directeur de l'administration des postes, et opérée en 1839 par M. Kowland-Hill, en Angleterre; enfin, pour abréger, je citerai le succès des deux emprunts nationaux, ouverts par la France en 1854 et 1855, succès qui a attesté tardivement que j'avais eu raison de proposer, le 21 juillet 1844, le mode d'emprunt par voie de souscription publique à l'exclusion du mode d'emprunt par voie de soumission cachetée (i).

Non, je le répète, ces transitions ne sont point des utopies; la preuve, c'est qu'il n'en est pas une de celles à qui manque encore la consécration de l'expérience qui ne fût certaine du succès en France, même sous le gouvernement actuel.

C'est ce que j'essayerai de démontrer.

Mais avant d'entreprendre cette démonstration, je serais un ingrat si je ne reconnaissais pas que je dois beaucoup à la Révolution de 1848; je lui dois d'avoir aplani devant moi des obstacles qui peutêtre m'eussent toujours arrêté au passîige et empêché de voir au loin ; je lui dois do m'avoir aguerri ; je lui dois de m'avoir mûri; je lui dois de m'avoîr fait profondément rétiéchir, vaillamment penser,

11} Tome X. Page 12. Ift4l. L'Emitrunt pubUc el iucfisif.

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incessamment chercher ; je ne dois pas moins à la Révolution de 1851 ; je lui dois d'avoir achevé de me mettre à l'écart de tous les partis et de leurs passions; je lui dois de m'avoir aidé, par la hardiesse de la démonstration et par l'éclat de l'évidence, à vérifier celles de mes donîiées qui étaient justes, à rectifier celles qui ne l'étaient qu'à demi, à abandonner celles qui ne l'étaient pas ; je lui dois de m'avoir aidé à faire la preuve de la plupart de mes affirmations ; je citerai notamment celles relatives au danger des Constitutions et à l'impossibilité d'assigner légalement des limites à la liberté; je lui dois de m'avoîr encouragé dans mes explorations et afiermî dans mes convictions; je lui dois enfin de m'avoir rendu l'équité légère, en jetant dans mes balances le même poids que la Monarchie de 1830 et la République de 1848 y avaient, chaque régime à son tour, laissé tomber.

Traduit le 22 juin 1847 devant la cour des Pairs, conduit le 25 juin 1848 à la prison de la Conciergerie, exilé de France le 9 janvier 1852 : être impartial envers la M(marchie, la République, l'Empire, m'est facile ; ce qui me serait difficile, ce serait de ne 1 être pas. Entre ces trois régimes successifs, moins dissemblables qu'on ne le prétend, le premier incarcérant Lamennais, le second emprisonnant Proudhon, le troisième poursuivant Montiilembert, je ne distingue pas , je ne saurais distinguer. Pourquoi distinguerais- je? J'ai toujours professé et pratiqué,

un

jecoAtmwdepratàqxKriet (le professer 11 en DuitKK de fonaesde p^nj^xvasm&at^Je vtSs sur œ point de Tat^ de Hîr&btta disant : € Je cnw qu'il n appartiezit qu*à un ocdie d*idée§ Tsinies et confuses de TOttloîr chercher les diiEeraite caiactères des |^>uTerttemeiits. Toc&î les bons ^cMirernements ont des principes coomiizns^ ils ne difêrent que par U distribution des pouToirs. Les Si^bliques, en un ceft;ùa sens^ :soiit monârchiqiKs; ks Monarchies, en un certain sens^ siHit républiques; il n> a de mauTaL^ gx^uTeraementsque deux gou- Temements : c^est le despotisme et ranarchie ; mais je tous demande pardon* ce ne sont pas là de sp:uTemements* c'est labsence de gouTamements. > Je pense et je dis comme Pope : c Que les ic'Qs despatent sur la forme des gXMiTemements ! Le meilleur est celui (|ui administre le mieux. » Je cr.^fc que si chacun de ces trois régimes, — lI«jQan:hie« République* Emmure* — a versé dans la même ornière * ce n était pus que la libarté fût inoi'mpatfble avec aucun dVux. La preuve que la Kbcrté peut exister a^us la Monarchie constitution- Belle, ce sont TAngleterre et la Belgique ; la preuve c oe la liberté peut exister s*.>us la République, ce sont ks Eurs-Unis et la Suisse : la prvuve que la liberté j^œ exister wus rEmpirt\ c\^t qu*il ne saurait se f^pécKT =ans elle. Si T Empire t^t la paix, FEmiure fera U ITùerté. Il le sera {xir la foa^* et la logique -itt ^kscs. 'ju h libené sera Rwuvrée. ou le suf-

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frage universel sera confisqué. Le suffrage universel supprimé, que devient TEmpire? que devient sa base(l)? L'Empire ne sera un gouvernement définitif qu'avec et par la liberté. Le lui déclarer, c'est faire acte de sincérité , ce n'est pas faire acte d'hostilité. Pourquoi lui serais-je hostile? Il n'est, j'y reviens, aucune des idées que je crois justes et fécondes qu'il ne puisse mettre à l'essai, et, si l'essai réussit, le convertir en progrès avec moins de résistance que n'en eût éprouvé toute autre forme de gouvernement antérieure. Je suis donc parfaitement à l'aise dans cette Introduction pour dire ma pensée, toute ma pensée, rien que ma pensée, ce qui me conduira plus loin à expliquer pourquoi, une occasion s'étant oflierte de céder mes parts de propriété de la Preuc, je me suis décidé à abandonner, en 185G, la direction du journal que j'avais fondé en 1836.

Je dis :

Qu'est-ce que l'Élu de 7,482,863 électeurs sur

(1) « Depais le joar oùlo dogmo du la fouveraioeUS da peuple est venu remplacer le principe du droit divin, on peut dire qu*aucun gouvernement D*a été aut»i légitime qoe le mien.

» En 1804, quatre milliouB de suffrages, eu proclamaDt rbërédtté du pouvoir dans ma famille, me désignèrent comme riiéritier de Tcropire.

B En IBIR, près do six millions m*nppclèrcnt à la tête de la lUpubllque.

a Kn 1B51, près de huit millions m*y maintinrent.

t Ainsi, en me prêtant serment, ce n'est pas simplement à un homme que vous allc( jurer d'Oire tidèlct, mais à un principe, à une cause, à la volonté nationale elle- môme, a

LOUIS-KAPOLÉOK, jtrêêiJeitt dt lu Rqtubli<imi^ 5 avril IHS2.

Voir également : Rt^nse du Mwnitair au TimM, 21 août 1B3S.

7,780,307 votants (1) aurait à redouter de la liberté que je m'exerce depuis vingt ans à tirer de son bloc pour en faire une statue vivante? En quoi la liberté lui serait-elle redoutable? Que pourraitelle dire? Que pourrait-elle faire? Comment s'y prendrait-elle pour le miner, pour Tébranler, pour l'attaquer, pour le renverser?

J'admetshypothétiquementrexercice,soustoutesles formes usitées en Angleterre, en Belgique, aux Etats- Unis, en Piémont, en Suisse, de la liberté dediscussion ; je l'admets pleinement, je l'admets sans restrictions, sans exceptions, j'admets même qu'elle se tourne contre la main qui, s'étant étroitement fermée pour la prendre, se serait largement ouverte pour la rendre. Que pourrait-on dire de plus que ce qu'on pense? En somme, que dirait-on, qu'écrirait-on? On dirait que, le 2 décembre 1851, le président de la République a manqué au serment qu'il avait solennellement prêté le 20 décembre 1848, de rester fidèle à la République et de remplir tous les devoirs que lui imposait la Constitution. — Après (2)? On le répéterait. — Après? L'ayant répété, que pourrait-on faire de plus? Qu'ajouterait la seconde fois, la centième fois, si vous le voulez, à la première? Rien ; au contraire : la centième fois émousserait la première. Il n'y a

(1) Vote du 20 novembre 1852, pour r£in pire.

(2) • Il est impossible de ne pas reconnaître que la force a souillé le berceau de tour les pouvoir.<<du monde, quelles qu'aient été leur nature ot leur furme. s OVIZQT. Hiêloirt dt laCicUùation en Europe.

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pas jusques à la calomnie qui ne se discrédite par l'exagération et ne s*use par la redite. D'ailleurs, n'y aurait-il rien à réjwndre? Le droit de tout dire n'implique-t-il pas le droit de tout contredire? L'offensive ne légitime-t-elle pas la défensive? Qui le serment a-t-il engagé indissolublement en Fmnce? Le 9 août 1850, est-cequeLouis-Philippe,lieutenant-généralduRoyaume, enlevant la couronne du front d'un enfant pour la placer sur sa propre tête, n'a pas manqué au serment de fidélité qu'en sa qualité de prince du sang il avait prêté au roi Charles X, à son avènement au trône? Le 24 février 1848, est-ce que MM. Dupont (de l'Eure), ancien ministre du roi Louis-Philippe, Arago, Crémieux, Lamartine, Ledru-Rollin, Garnier-Pagcs, Marie, prenant le pouvoir, l'érigeant en dictature, décrétant la République avant de l'avoir mise universellement aux voix, n'ont pas manqué au ferment de fidélité au roi Louis-Philippeetd obéissance àla charte de 1830,qu'en qualité de députés ils avaient prêté? Où donc, je le demande, serait ledanger de cette pierre jetée à Louis-Napoléon et qui retomberait de tout son poids sur la tête de celui qui l'aurait lancée? Qui donc, en cet état, serait fondé à prétendre qu'il a le droit de condamner un acte absous, le 20 décembre 1851, par 7,147,655 sur 7,773,646 électeurs, que dis-je, absous I glorifié le 20 novembre 1852, par7,482,863 sur7,780,307 votants? Qui donc serait fondé à prétendre que la minorité possède une infaillibilité que ne i>osscde pas la majorité? Qui

XXTI tSM.

donc serait fonde à prétendre que la conscience et la voix d'un petit nombre doivent peser, à elles seules, plus que la voix et la conscience des populations qui ont acclamé Louis-Napoléon empereur des Français ; plus que la conscience et la voix des signataires de laSainte- Alliance, lesquels non-seulement ont reconnu TEmpire, mais encore ont choisi Paris pour lieu de réunion de leurs plénipotentiaires et siège du Congrès ; plus que la voix et la conscience de cinq cent mille fonctionnaires, dont un certain nombre inamovibles ; plus que la conscience et la voix de quatrevingt-cinq conseils généraux et trois cent soixantetrois conseils d'arrondissement ; plus que la voix et la conscience des six députés récemment élus (1), les deux derniers ne Tayant été qu'après avoir prêté par écrit serment de fidélité à l'Empereur et d'obéissance à la Constitution? Finissons-en, il est temps d'en finir avec la politique de guerre civile qui pullule de prétendants au pouvoir social ; les uns, les plus prudents, s'érigeant en papes inlailliblcs lançant leurs foudres; les autres, les plus audacieux, s'érigeant en bourreaux implacables , lançant leurs bombes ; finissons-en, il est temps d'oii liiiir avec cette politique sans issue, iM)litiqu(i où lu lllKirU\ n'a rien à gagner et peut poiiln»eu(u>ni. h«< 14 juiivlii' IHf>8 est làjwur l'attester, d) n*vM pua ntnûi ^H^^ pi^tïmlt^ le progrès. Leprogix»8<|ul tuniûphiMi'uûl {mci In jniignV, c'est la

(1) EiuiluOlll»!»-»* AM»».I M*«flHH4« M'^MMM.l MM* l^u. M»|, JuU^ Kuvre.

INTRODUCTION. xxvu

conspiration. Le progrès qui assassine n'est pas le pr(^rès, c'est l'assassinat. Non, le progrès qui a besoin d'une arme n'est pas le progrès, que cette arme soit un poignard ou une baïonnette, un pistolet ou un canon. Non, le progrès à qui l'évidence nesuflSt point n'est pas le progrès. Finissons-en, il est temps, grandement temps d'en finir avec cette politique de valets travestis en factieux qui brûlent, non point de se passer de maître, mais d'en changer ; qui mettent leiur point d'honneur, non à ne plus servir, mais à servir celui-ci plutôt que celui-là, ou celui-là plutôt que celui-ci , politique stérile autant que servile. Jamais cette politique ne fut, jamais elle ne sera la mienne. Cette fidélité est un besoin que je m'honore de ne point éprouver. J'admets les gouvernements établis au même titre que les révolutions accomplies, et les révolutions accomplies au même titre que les essais sans lesquels il n'y a point de progrès. Que ceux qui ont le pouvoir suprême le gardent ! Qu'ils l'aient reçu ou qu'ils l'aient pris, qu'ils le possèdent par voie d'hérédité ou par voie d'élection, il suflSt qu'ils l'aient ! Je ne m'attribue pas et je ne reconnais à qui que ce soit plus qu'à moi le droit de le leur enlever. Où serait la garantie que le nouveau détenteur en ferait un meilleur usage? Qui me la donnerait? En cas d*abus constaté» où serait la sanction pénale? S'il n'est pas la force, qu'est-ce que le pouvoir? Je parle dans Tordre d'idées qui a cours. S'il est la force, comment le garrotter, comment le désarmer? Je sup^iose que, courage, ruse

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