‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 43 sur 71 · LA PAIRIE · texte numérisé non relu

LA PAIRIE

IH »:cptcmhrô 1914.

Au nombre dos porsonnos qui doivent (^tre prochainement élevées à h\ pairie, se trouve, — «nssure-t-on, — M. Victor Hugo, membre de l'Académie fnmrnise. Une telle nomination ne nous paraît pas seulement méritée par un immense talent , elle nous paraît encore un acte politi(|uo marqué au coii) de la [)lus droite raison. Kn eflel, que manquo-t-il à la Clianibrc» des pairs ? Assurément ce ne sont pas rexpéhence des afl'aires, la maturité des v«)tes, le calme des discussions : c(» «pii lui njan(|ue, ce sont des orateurs qui, par le retentissement de leur parole, l'essor de leur pensée, la popularité de leur non), appellent sur ses débats sans écho rattenlion du pa\s. cclU» de la jeunesse surtout, donnent à ses séances un intérêt de curiosité et de sympathie dont elles manipient panera lement, et fassent plus souvent naître entre elle et la (Ihambre des députés, la comparaiscm, la rivalité, l'émulation. La (Chambre des pairs renferme dans son sein ih^s hnnnncs considérables. — MM. le dur de Brnglie, le comte Mole, le couïte de Montalivet, etc.; — leur parolt» a c<*rtes une imposante autorité, mais ce sont d'anciens présidents du conseil, danciens nn'nistre condamnés au nmtisme en raison même de l'élévation de leur situation et de la portée pre>(|ue toujours excessive donnée à la plus simph» parole qu'ils laisseiit échajiper même de leur place. On ne suppose pas que d'anciens ministres puis.<;ent jamais parler unitpiement pour (*\piimer une opinion ou un sentiment nés spoiitanement de la di.scussion. Ils ne sauraient insinuer l<» plus Icj^mm* bh'ime, faire l'oliservation la plus inoUensive. (pi on n'> \(>ie aussitôt une arrière-pensée, 'une profonde conjuration, une crise ministérielle inmunente, pei*sonnelle. M. (iuizot et .M. Thiers passeraient de la Chambre des députés dans la (^hau)bre iWs pairs «prils no chaufferaient rien à cet étal de choses, (|u*ils seraient tenus à la même réser\e sous peine de se déconsidérer et de se faire mettre au nm^ des intriguants et des brouillons. Donc,

si Ton vpul lirer la pairie de son élat de langueur, lui donner de la jeunesse et de l élan, de la virilité et de raction sur les masses, de l'initiative dans les circonstanees et dans les idées; si l'on veut donner de la sonorité à sa tribune, faire accourir la foule à ses portes, il faut les ouvrir à des hommes qui n'aient pas été ministres, et qui, en possession déjà d'une grande illustration, aient cependant à faire leur renom politique ; à des hommes, enfin, tels que M. Victor Hugo, qui serait au palais du Luxembourg ce qu'est M. Alphonse de Lamartine au palais Bourbon. Aussitôt qu'on aurait entendu l'un, on serait impatient de savoir ce que pense l'autre ; la comparaison dont ils seraient constamment l'objet, loin de leur nuire, profiterait à la réputation et à Finiluence de tous deux, profilerait surtout à la Chambre des pairs, qui a besoin <le féclat dune parole tout à la fois retentissante, grave, mesurée, pour sauver son pouvoir du ridicule dans lequel l'ont fait tomber des orateurs que nous n'avons pas bes(>in de nommer pour que Ton sache de qui nous voulons parlcM*. Nous venons de dire (jue la parole de M. Victor Hugo serait tout à la fois retentissante, grave, mesurée, c'est notre conviction profonde, et nous croyons n'avoir rien hasardé là qui n'ait déjà sa garantie dans le passé. Avant que M. Victor Hugo ne fît partie de l'Académie française, que disait-on de lui pour l'en éloigner ? On disait de lui (praussitôt qu'il y serait entré, il n'aurait qu'une pensée, «ju'un luit : de la bouleverser, d'y semer la discorde et la lutte, d'y inlnnluire l'esprit d'exclusion et d'étrangeté, d'opposer par tous les moyens école à école. Aujourd'hui, que disent de lui tous ses c(.llègues, sans exception ? Ils avo'uent que leurs préventions étaient sans fondement, ils se plaisent a rendre justice à son assiduité à toutes leurs séances, à la modération et à l'urbanité (jui caractérisent toutes ses ob- .servalioiis, à son rare talent de discussion, ferme et facile claire v{ concise ; ce (|ui surtout les étonne et les a séduits, c'est (fue nul d'entre «»ux ne se montre possédé à un plus haut dejjré de l'tvspril de» corps, ne se préoccupe plus sérieusement des moyens d'accroître par les meilleurs choix l'in-

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