LES INTÉRÊTS MATÉRIELS
et les canaux restent et survivent aux guerres ejtaux révolutions ; là où s'ouvrent des routes et des canaux s'ouvrent aussitôt (les maisons d'école et se fondent des collèges, le bien-être et la moralité descendent, rintelligence s'élève, l'instruction s'étend.
Ne pas profiter de la paix pour donner abondamment au pays toutes les voies de transport et de communication qui sont les voic^s de la richesse au dedans et de la grandeur au dehors ; dédaigner ou seulement négliger ses intérêts matériels, c'est mal comprendre ses intérêts politiques, c'est manquer de prévoyance et de patriotisme, c est mettre en danger la liberté, car pour la liberté les progrès de la civilisation sont des garanties plus solides que la promulgation d'une Charte.
Votre distinction entre les iutén'ts politûiues et les inté^ rets mntériels est ern)né(\ imaginaire et dangereuse ; elle est dangereuse, parce (pi elle peut avoir pour effet de ralentir les efforts du pays, déjà trop lents ; elle est imaginaire, parce qu'ils sont inséparables, comme le sont Tesprit et lo corps (W l'homme ; elle est erronée, parce (jue v«)us appelez intér(*ts politù/iies ce cpic vous devriez appeler intérêts généraux: elle est erronée, parce cpie vous appelez in^ téréts matériels ce que \i>us devriez appeler intérêts inrfividu'ls.
Dites que les intérêts généraux ne doivent jamais être sacrifiés aux intérêts individuels; atlatpiez eeux-(M* et protégez ceux-lji : exaltez le patriotisint» el combattez l'égoïsme; dites (\u"i\ faut choisir les hommes pour les places vX non les places pour les hommes: dites (pie loiit(* fonction publique engag(» la conscience de celui (pii racceptt» et la resp(msabililé de celui (|ui la doniK» : (lit(^s (|ue celui (pii achète un vote ne fait pas un marché m lins honteux «pie celui qui le vend ; flélrissc^z tcKites les vénalités, toutes h»s corruptions, toutes les servilités, tous les scandah^s, vous nous Inmverez toujours prêts h vous aider dans celte lAche : mais ne confondez plus (h^sormais ce (pii fait la honte, la faiblesse et l'asservissement d'un pays avec ce qui doit faire sa gran-
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deur, sa force et sa liberté, les intérêts individuels avec les intérêts matériels, qui, pour n^étre pas^purement abstraits, n'en sont pas moins des intérêts généraux et politiques de premier ordre, que la France ne saurait négliger sans perdre son rang en Europe et sans compromettre l'avenir.
lA PAIRIE.
19 dc-cembre 1H43.
Cen'est-ni en lui ivstiluaiil l'hérédité j^urbnse, ni en lui donntint Téleclion pour principe que nous eomprenons la réforme de la pairie : c'est en ne faisant cjue des choix qui relèvent dans Topinion puhliciue.qui ajoutent à Pédal de ses discussions sans diminuer la maturité de sesdélilK^rations; qui tendent à rendre. (Milin. sa tribune éj^ale à celle de la Chambre des députés. En aucune circ(»nslance, sous aucuu prétexte, et pour aucun motif, ne faites du palais du Luxembourg un hôpital pour les muets et les valétudinaires, un hùlel p(>ur les invalides sans illustration, un cimetière pour les morts relevés sur h» chanip électoral: en aucune circonstance, ne faites de la pairie la récompense» de la médiocrité, le prix d(» la servilité. (]ui (»st au dévouement ce que riiypocrisie est à la vertu, et alors la Chambre des pairs stTa de fait ce qu't^lie est de droit, l'un des trois (grands pouvoirs de l'Etat; elle reprendra le ranj; qu'«»lle (K.*cupe dans la Charte, et aç-cpierra sur h» pays rinlhience (ju'il est utile el léjçitime qu'elle exerce.
Plus vous en rendrez l'accès diflicile et l'entrée t^'lorieuse, et plus vous verrez giossir le nombre des députés éminents qui aspireront à fuir, au sein de la Chambre des pairs, la \
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lulle et rinirigue pour l'élude et le travail, et brigueront un honneur qu'ils eussent autrefois repoussé h l'égal d^une déchéanee.
Le moyen de fortifier la Chambre des pairs,' nous l'avons toujours dit, ee n'est pas de Taugmenler numériquement; C'est de n'y admettre que des hommes considérables el vraiment distingués par leur savoir, leur expérience, leur position et d'incontestables ser\'ices; c'est de choisir si bien (]u'il ne*soit pas possible que le meilleur système électif fasse mieux que le pouvoir royîd agissant sous la responsabilité ministérielle.
Le jour où la Chambre des pairs, ainsi recrutée, Panthéon de toutes vos gloires, de toutes vos illustrations vivantes, serait trop forte, trop considérée, si cela pouvait jamais être, vous aurez toujours un moyen simple et infaillible de lui enlever son prestige : ce sera de faire ce qu'on appelle, dans un langage dont la bassesse, au surplus, caractérise bien l'indignité de l'œuvre, ce st»ra de faire «Mwe fournée."^
Ces réflexions nous sont suggérées par l'élévation de M. Passy à la dignité de pair <le France ; ce n'est pjis, cependant, que Udus n(»us en exagérions l'importance el le mérite : ancien président de la Cliambre des députés, ancien ministre, membre de l'Institut, on peut dire qu'il n'a jamais été (|ue l'un des jMemiers parmi les siH:onds dans l'enceinte qu'il «juitte : niais ce «^u'on ne saurait trop honorer en lui. c'est la conscience, sinon le caraclèix», le savoir, sinon l'esprit, la di*oilure des inlenti(ms, sinon l'élévation des idées : ce que nous voulons louer surtout, c'est l'initiative (|u'il n'a pas hésité à prendre en cette circonstance, initiative que nous croyons api>elée fi exercer une influence qui aura iK)ur la Chambre des pairs ce double résultat : de lui valoir désormais de meilleurs choix et de la préserver de mauvais, qu'on a bien fait d'ajourner, et dont on fera mieux encore d'abandonner la pensée sans retour.