IV. i
l)L TRAVAIL l)ANï< LES 1»U1?>0N!5.
<i janvier 1844.
Le Moniteur publie l\»rdonnance royale suivanle, contresignée p.ir M. le ministre de rintérieur :
« Art. l"'"". A partir «lu 1' a\rii IBU, la portion «ccurUéo, mr le produit du leur truxuil, aux cund ;nini'.<s drtvnus dan» \e^ niuiron'» central 'S <]« force t't d<« correction, sera, >nviiir :
w l)c troiH d-xii-inos pour lc.-% rondainnt's aux travaux fortv-^ di^onut conforni«**nK*nt aux articles l(> ot 72 du Code prnal ;
» l")c quatre dixième* jx)iir 1er condamnes à In n:clu>îon ;
D De <*inq dixièmes (Kmr le* cnndiunnrï à rempri<ounenpnt de plui d'un an.
» Art. 2. Les détenus qui auront subi une premièri- coniumnation protitoroni "euleini-nî, -avoir :
» ï e* C'»nl:imnés aux travaux f"rci'*-, "«'iN ont«'lt» conduniné* préctilemment a la mê:ne peine, du di\i>-nic du prt»duit de leur travail, ot do deus dixième^, hi la pn-niière peiiiu é'.ait la r clusion ou IVntpriitonncineiit À plus d'un an.
I) \.v^ c«»ni:imin'> à la n'*clii-ion. b'iU ont été préctHlomnient condamnét aux tra\aux foro'-. do d'-ux «iixiènie-, et de tro!« dixième* si 'a prctuiviv I>eine l'tait la ri'clu.^ion ou l'empri-ïonnenient di* )>lu< d'un nn.
M !.«'> condamné'^ à ^empri^olMl<-^lent de plu;^ d'un an, l'ils ont été pré i\^lennnent condamnes aux traxaux l'uro-s ou a la réclusion, d« troia dixième*, et de qtintre dixiènit:^ si la première peiuj était Tenipriaouiioment de plu.^ «l'un an.
» Art. 'A. La |»ortiou du prinluit du travail attriluuVî confonnénient à Turtiele qui prt cède »^;ra •Umlnu/'e d'un dixième p<Mir cli.nque conUAtiiiia-
tîon qui oura suivi la première. Dans aucun cas, cette portion ne pourra être inférieure nu dixifuie du produit du travail.
» Art. 4. TVs ri'tcuuo totales ou iiartiolu*!» sur K- pi'cule pounont Gtre prononciVs par arrêté du préfet, soii à titre de juuiiliou indiNiducUo, fcoit pour assurer la réparation du douimafço causé :
» 1" Contre les coiidamués qui se >orout rendus coupables d'infraction à la discipline:
)> 2o Contre ceux (\\û auront commis des dégàt^ ai4 préjudice du Trésor, de l'entreprise péuérale «lu service, de- fal»ricanl«, ou «le toute autre pertonne, ou qui n'auront pas accompli leur tùelu» de travail.
» Art. 5. Le péeule de«« condamn«''s sera divisé en deux parties éjjales : Tune sera employée à leur protit, ]»endant leur captiNJlé, parles soin» de rudminiïtration ; l'autre >eva mi-e en ré-er\e pour l'époque <le leur M)rtie.
» Le.H objet** auxquels pourra être employée la portion du pécule dont il peutC'tn' «li-posé dan.s la pri.'ou -eront déterminéjt par notre niini>tre secrétaire d'fltat de l'intérît'ur. >»
Coite ordoinianco rsl tmc» sali>f;iclion (l(»niu»(' «m vœu exprimé on <'os tonnes par la l'oininission du l>u(if>:ol do la Chambro dos dopulés dans son rapport sur lo hiidp't de 1844:
« La commi-^ion i-^t d':i\i? iju'il y a lieti île rc\i>er l'ordunnance du t 2 avril lftl7. en ce qui concerne la répartiiiori du salain* de< condanmés, » répartition ilan-* laquelle il lui parait «|u'il n'a pa» été t«nu un compte V «ufli^iant de< sacriti<*e> que '^'impo^e TKtat, -uu." toute-* le." forme-, pour » l'entretien «'t la -urxeiilauco d< * tl.'tcnu-. »
Elle osl pivccdoo d'un rapport au i'(»i (pu' rvpliquo vu cos lornios lo hut <pn^ se propose l'ordoînianci' :
• I-e nouveau njrlen» ut d'ailuiiui-tration puMijuc, en rédui-ant la portUMi -i larg»^ aec(ir It'»-, -im- iii-tii:<'ti"n. a ti»ute> m-- rrili'/nrir'. do cou* damnée, pur l'onlonnauce d»* 1^17, fera uni" th^^r ju-t<' • l morale.
» Si ce réjiçlrnieiiî a rt»' pvcpar»- en \u«* de- .ii-j»«)..iîl..n'i du projet de loi pnnwulé dan* la dernier.* -c^-ion, il e-t. u'un nutn* colé. en parfaite liarinonie avec Icf jirineij)'- *U la h'ji-luîion aciu-lle,
» Voir! ()uel c-t auiour.ri.'ii !'« îat d- la l'gi-laîi'-n :
• I^t {iriMliiil^ (lu truvall ili> rliiKiue «Ivti-tMi |> iiir i|i-!it turitt lioniitl tvioiit Aif
- Iilliiuc'^, iiartle oux il* |KMi»rs r.'iimiuiu^ i|r la in.ii^Kti. iiiini»» ii l'il iTmiinr i|(iel- •• qnct AdumUMiuciit*. K'il !<-% lurilt*-. i>.irtii' ii fiTiiM r |m>iii lui. uu tiini«(lvM " fortie. un fon'Js ile ré^riM' : le ti'Ut ajn<»i i|U il ^eia ir-loiii.r pur ■U» it-.Umc-ntl • d'admlr.UtrutJon put»Unu<» iroHi» iHîii.il, .-irt 4
- Tout iuilhiilu. lie l'un mi He I uutre m>\i>. romlanuii à la ]>« hm Uv I-i ic iii»t«in,
- ler» renfermé «Uik une innl-"n de f-ireo «.t ili Mcnrtinn et iinil.»\«. U «le» lr«-
H vaux dont le produit poam (tre applique en iiartle î* »on profit, aln»! qu'il «erft - r^lrf par le couxrmenicnt. «Code pénal, art. 21.
» Les hommes condAmne^ aux traranx fort-vs seront fmplo\ di* ans travaux lea •• plus pénlblen. (Art. 15.»
- Lon femmeN ft W* (IIIoh mndamuéf!^ aux travaux f(>rcv« n'} «emnt employées r que danii rint<^rl<*ur d'une maison dr force, \.\rf. If».} »•
> Aillai, toute latitude c*>t Ini^siV au gouvcnienient pnr le Code pi'«nal pour In n'pnrtitiou «lu produit du tra%nil des r<k>lu9i( munirez et dc« corroctionuoN. Quant aux condnmné» nux trnvuux forcéf», la loi »« borne tt dire 4u'iU ^oronl cinployi'.» nux tra>aux les plus pt*nil>l('«. Si elle ne dit pas qu'il pourra lt>ur être accord** uuc part (puMconfiue du produit de leur travail, elle ne driVnd pus u<»» plus au jrou eriieiruMit de leur rien acconler, et l'u^ajîe adopté à c<'t «'«pard depuii> tant d'ann*'***^ par Tadmi" uistration de rinît-rifur, comme par r»*lU' de la nutriue, n'a rien de contraire à la loi.
» Le projet d'ordonnance a dû naturellement adopter les bases indi> qnées dans le rapport de la commission de la Chambre d**» député* ; cet base.^ concilient d'une manière convenable les intén-t* du Tn'»>«or et la nécessité d'établir den distinctions entre les diverses catégoriel de eondam* nts. Ainsi l'article l"de l'ordonnance accorde aux i*ondnmués, sur le produit dr leur travail,
» Trois dixièmes j»our le* condamnés aux traxaux fonv?.:
n Quatre dixièmes ]M)ur le:» réclu^ionnaire^ ;
" Cinq dîxièmiM |>our l»'s correctionnels.
» Il n est pa<i san« intérêt de savoir dans quelle^ pru{K>rtiuns let truit catégf»ries de conilamnés se tmuvcnt dans U'n mai^on•> o>ntralos de d*'*-' teotion. L'état numéri<{ue dr la population de ce« maisons présentait, au !•' juillet dernier, le* réMiltat-f svivant't :
Hommes adulte<*;. Condamnés aux travaux l'ortn'i. 5(i
— UiV;luiiionnHire« 4,092 11.3311
— ComrctionneN à plu:* d'un an . . 10,194 ^ Femmes adulte^,. Travaux forcés 9\ô .
— KiV'luïionnaires 5S0 4,01 1
— Vjnpri*<»n' emcnt 2. "il<î '
Ku^mbîe IH,3-I7
Jeune» détenu*. <tar\v»n- î 12 ,
Kill... 12.1 I ^^
Total fîi'iii'ral de la |iopulatiou d«> niai^ouo centrub*"» au l'r juillet 1HI3 19,212
» D'aprèo cette sittiu'.ion, Mir une populatit>n de 18.317 condutniivt udulte», 1H>Ô recevraient troi:» dixièiufH du produit de leur travail} 4.672 déUMius quatre dixiimi><*, et 12.710 cinq dixièmes ou la moitié. •
L ur(lonnaii(*o (|iii pivrtile iiinôlioiv iiu*untosUibleinentce
ipii existe; mais cette amélioration est-elle suffisante? nous ne le croyons pas. Elle ne fait qu effleurer l'idée par laquelle doit s'accomplir la réforme (l(\s prisons.
Nous voudrions :
Que toute maison de dêlenlion lilt un vaste atelier de travail, soumis à une discipline sévère, à une surveillance continue, à des exercices religieux qui seraient le repos do travail.
Que letra\ail ne lût pas un travail au rabais, conséquemment préjudiciable à l'industrie libre.
Pour prévenir cet abus, il suflirait :
1® De dtmncr il la maison de dêlenlion une valeur localive établie sur le nombre des détenus (juVIle peut renfermer, et de prélever sur chacun d'eux la proportionnelle, tous impôts compris ;
i® D'améliorer Talimentation et rcxisicnccnjalérielledes détenus, toiijours «mi en prélevant le prix sur leur travail de la journée ;
3*^ De fair<» cnsuiti' trois paits iW rcxcédant du prix de leur journée : la premicn», ipii leur s«Mait n»mise chaque semaine : la seconde. (|ui stMait versée, au nom de chacun d eux. dans une eniss<» d*eparj^'n<\ pour être productive d'intérêts: enfin, la troisième. (|ui formerait un Icmds commun d'ameiuh'S et de retenues, vr qui serait encore un des moyens à la f<»is dtuix v[ eltieaees de di.seipliue intérieure.
De celte faeon. noInMej^ituepénilentiair*» cesserait d'être une des charj^'cs du budj^'cl : les eoupabh's n<» cesseraient pas d'être ct>ntribuables : iK pa>eraient tMix-mêmes leui*s frais de répn»ssi(»n et de >nr\eillanc(» en les demandant a un travail dont ils protiteraient.
En établissant une solidarité ju.slenient calculée entre tous les dét«»nus. les Irai.N d etal-major. ipii. dans les prisons comme dans les caséines, reclament d'utiles réductions. pourrai<'nt êtn* c(»nsi(lerablement diminues; |<*s détenus, pa>anl le> frais de sur\eillance. serai(»nt les pre miers intéresses a la lendn» siuq)lc. lacile. sûre et ei«inomicfuc.
L'organisalion du travail n'offrirail pas toutes les difTicultés que Ton paraît supposer : pour les aplanir, il suffirait :
De multiplier le nombre des maisons de détention, cl de réduire dans chacune d'elles le nombre des détenus ;
De distancer le plus possible l(\s unes des autres ces maisons de détention, et de consatTer autant que possible chacune d'elles à une industrie spéciale ou à des industries similaires ;
De classer les condamnés par profession ou par aptitude, au lieu dt» les classer par condanmation, d'après le genre de crime ou d'après la durée de la peine ilj, classification fausse et arbitraire : c*t»st aux professions seules qu'il faut demander une classification juste et applicable, et c'est ensuite dans le travail honoré et rétribué que Ton trouvera des moyens de réf^énérationet de réhabilitation:
Détendre, au li(»u do h» restreindn». le nombre des professions manufacturiènvs pouvant s'exercer dans l'espace d'une maison de dét«Mition ;
De n'y admettre que des condamnés à deux années de prison au moins ;
D'établir t»ntre les détenus une hiérarchie fondée sur la bonne conduite et la supériorité reconnue, ce qui ferait aussitôt naître parmi eux l'ordre et l'émulaticm ;
De profiler de la prodifrieuse aptitude que <lonne souvent la réclusion par la puissance de l'idée fixe, pour la faire tourner au profit «lelintlustrie, en récompeiis«mt largement et honiirablement tout déleiui reconnu l'auteur d'un perfeetionnemeiil utile.
N(»us pcMisons qu'il est possible de concevoir tel régime
(l' « Kiitro«l«» }îraii<ls criminifl*» ot (l«* rnnuvai> "ujot^, le niveau iln mal tnul louj'mr" à Mibai>s<T. Tu soûl n'in-ntir sinci-n», un m*u1 rxeiii|>le d« tr.ivail j;a'jrn<' biiMitôt h'* ni.i»««v^. 11 -iiMulilc i\\U' le moins inauvain s'in» tiltn) tiaiis lo ])ir<> rt rnn.nliiit. La (iivij.ioii tlc> rla>se.<* pHnliiit un effet tout contraire: 1«-» ïonv^^y l«!il:in«"eiir «.t >*\ '•uutieniient. rV<>t là du moins c<^ ijue m a ajipri-* rex^HTiencc »
ftAI.AVji.LE, direrteur de ClairraMx.
KiJireticu rapi>oiié p.ir M. Mongis, procureur du nî*
p^^nîtonlîaire, tri modo (rndniinistration éoonomiquo dos prisons, qui ait pour résultat do soldor \o compte dos dcl'tonus par un oxcôdant à IriH* nvdit. tous frais do logement, do nourrituro. do vi^lomonl ot do survrillanro. y oompris mémo l'impùl. acciuiltôs sur los produits do lour travail.
En Amôri(|uo, à .Uihnrn.lo pônilonoior. ronformant on moyonno 670 prisonnitMs. a douno, toutos doponsos faites, do 1832 à 1836 .") ans , H)7,3:?') francs de bênéliees. cVst-iidiro on moyenne :i'J.i6.*) fr. par an. ou '\0 fr. par détenu. A Charlestown, le l'énileneler, renf(Minant en moyenne 267 détonus, a donné pour hénélict^s nels. de \K\:] à 18.36 4 ans), uno somme de 193.730 fianes. ou. par année. i8.4iJ3 fr.. eo qui donne, pour le hénéliee net du travail de chaipio délonu, 181 fr. A Sififf-Siiuf. le hénéfiet* net a été de 113 fr.: ;i Wcsterfield, de 1^) fr.. et i\ Baltimore, do 82 fr. Terme moyen du gain produit à l'Etat, toutes dépenses (pieleoiupios couvertes. 1 1 1 fr. par déleiui.
En Hollande, dans la piisonpour ptMues do LcM'warden, le gain du pris(»!uuer a éle de 3SÎ) fi*. i'] o. en 1S36: dans la prison do llnorn. \o «^^un m!»>cn du prisnnm'er a été. dans la mémo aimét». de 631) fr.. ce qui donne en nn>yenne îili fr. par an et un produil net do 2\y\ fi*. Le (|<'lenu a une p.ii't qui vari<' do cinq di\iénH*s a deux dixième^, selon la nature do sa condamnai i«>n.
En Bel^'ique. le l?;i\iiil du pii>nnnici' coUNrr lnule> les dépon.*ies de >;i délenlioii : il leioj! do LinMllicilinns qui^e sont élevées, en lKl(>. ii i3 fr. M) c. p;u* dcttMni. cl il «'st encoH' n*sté en hcnclires nel^. dans lc> (Mi>ses de IKlal. 21.08.3 fr.
En Franr<\ les Hiiis de delmlinn. ou nin>cinic, s*ele\enl a ')7 centim<**i par dcirnu. cl le *:i\\\\ uin\rn ne dépas^r pas 32 cent.
r.'est <*ett«* finîposilion qu'il >'a.L;ii'.iil de iruNt'i'MT.
Los nuu'sc>ns reniralos renfcfiut'nl 19.000 prisoimicrN environ. [)(>ur rcntrctien dc.squ<*l>. \ rnnipiis l«'> iépnrali..ns dos Imliments et du mnhilior. \r hudijrl do \S\\ porti* une dépensr do Ti.fOO.OOO frar.o. ro ipii d- luic :?7n fr. par indi-
vicïu. L'ordoiiiiaiire royale insérée aujourci-hui au Moniteur va allé^'cr cette cliarf^e de 600.000 fr. C'est un progrès, sans doute ; mais, selon nous, le problème ne sera résolu que lorscpie le vice et le crime auront cessé d'être une charge publique supportée par le travail et l'épargne.
Toutefois, il ne faut pas se dissimuler que la solution de ce prohlèmt» rencontrera plus ou moins de difticultés. selon (pie la préférenc<' sera donnée au système cellulaire. dé>igné sous le nom de s\slèmc de Philadelphie, ou bien au systènu» du travail en commun, dit système d'Auburn.
Mais nous ne voulons pas anticiper sur l'examen compare de ces deux systèm<»s, au^iuel nous sen»ns prochainement appelés à nous livrer, si le rapport déposé l'année dernière par M. de Tocquevdie sur le réj^'ime i\v:i prisons est mis à l'ordre du jour de la Chambre (h*s députés (huis le courant de (»ette s(»ssion : nous n<>us boriuTons di»nc aujourd'hui à signaler une lacune dans rordoimance ro\ale à laquelle M. r)uchà((*l vient d'attacher son nom.
L'article .'i dr celt<* ordoimanct* proeril (pie le pécule des condamnes si'ra di\isé en deux parties égales : l'une sera emplo\cc à h'ur protit. pendant huir captj\ité. par les soins de radministraticni : l'autn'scra m/.vc ni rest^rvt* pour Tépoque de leur soriie,
L'ordonnanc(» aurait dû ajouter (|ue celti» dernière partie, mise en réserve pour l'cpiMpu» de la S4»rtie des détenus, sera versé(» dans une sorte (h» caisse d'eiMirgnc pour être prodiîcli\c d'inlérél.s. II \ a des deleiuis (pji. a f«»rce de travail. >ont parvciuis a amasx^r une rcs<M'\e de .'i ii OtMï francs, cl dont la raptivile doit s<» prolonger encore plusieurs années; est-il ju>te de ite pas leur tenir 4'ompte. au moins |H'cuniairenuMït. de leur zelc a se rreer de^ re.s>ourees pour l'avenir 1 K>t-il juste i\c lc> prix cr ilc rinlerél dt» leur capital pôniblemenl aecunude ? (^)ue d(^\ieiil aujourd'hui cet intérêt? A (|uiproliU»-t-il ? yu'iMi réduise la pari «pii est faite aux détenus sur le pn duil de leur lra\ail. rien de plus légitime: mais qu'on iw le> pri\e pas du rc\cnu tle> Mmunes C(»mposant leur nïa>se de reserxc: el. >'ils meurent avant une
femme et des enfants, qu'ils meurent avec la consolation de leur laisser ce qu'ils auront péniblement amassé.
H mai IKU.
L'article du piojol de loi sur 1rs prisons, qui déclare que « le travail est ohliffaloin» p<)ur tous les condamnés, et que » le produit de leur travail apparti(»nl à Tktat >> , était, sans contredit, sous le» double rapport moral et financier. Pun des articles les plus inïporfanfs d<» la nouvelle loi; il est à ref?i*etter tju'il n'ait pas suflisanuncnt fixé l'attcMition de la chambre des députés: il n'échappera pas, nous l'espérons, à lexamen de la rhanibre drs pairs.
Nous vivons dans un pa\s <'l dans un temps où le travail est le f(md(Mn('nl tU' l'é^'alifé civile ot polilicpic. où le droit d'élire s(»s mandataires v{ rhoimrurdi» représenter ses concitoyens s'acquiert par le travail : où le travail mène à tout, à la fortune. i\ la consideration.au pouvoir: où nous ne saurions trop riioiinnM': où nous de\rions lui éle\<»r des statues sur nos places publiques: où c'est un anachronisme que de le laisser subsister daiïs nos Icm's. inscrit au nombre des peines afilictives et infamantes! Les proj^n'ès du temps l'en auront bientôt elViicé. A I epo(pi(» où nous \ivons. les deux mots de peine et de proj^Tés ne s'excluent pas. Il y a douze ans. en \K\i. nous a\ons >u supprimer la peine du carcan, la section du poi^^net droit pré<-edant l'exécution à mort: avant douze ans. i*\i\i'i' a l'adoption du systéuïc cellulaire, les travaux foices a per|M»tuité et a tenq)s auront disparu de notr(>n»d(* p(*nal : le travail iWs condanmésdans les pi'isons s(M*a ce qu'il d<»it être dans un<* s<M*iete dont la basi* est U* travail; un fait, un droit, parfois ime réeon)- |»ense. jamais une peine.
Kn même tem|)S ipn* l'article i-i du projet de loi prescrit que a le trnniil srni oRi.itaToïKE pour 1rs rmulamnes. « l'article :M) décl;n*e que t le t ni mil np pourra Hn* ^wvxst aux •• détenus, si re n'est à titre de pi.mtiox temporaire, •> el
rarliclo 37 fait do la phivatio^ï du travail la seconde des punitions infligôos aux dôlenus, c»n cas de menaces, d'injures ou do viulonoos. Il y a là ôvidcmmonl dans la loi une contradiction qu'il ôlait facile do faire disparaître; c était le but que s était pmpfjsô ranKMulomont do M. Emile de Girardin 1 . Comment la cfinmlnv dos dôpulôs n*a-t-elle pas compris qu'il yavait. dans les dispositions des articles 30 et 37 du projet do loi. un [H'inoipo nouveau, auquel elle devait subordonner la rôdactinn do l'article 23. im ressort puissant qu'elle devait se pardoi* d'affaiblir 1 Ce (|ui constitue principalement à nos yeux roxcollenco do remprisonnement cellulaire et sa suporiorité sur la détention en commun, c'est que, dans le promitT do ces deux systèmes. \ travail est un n»pos do li^sprit. un o\erci<"e salutaire du corps, un adoucissement du régime; cVstque la privation or travail est une aggraxatinn do la peine. Comment la chambre n'at-ello pas comjHis «piau liou d'ètoulTer sous une i^tntradlction fAoli«»use ce germe fécond déi>«nié dans la loi. il fallait au C'»nlrairo l'y dt-vi'lnpprr ? Lompirt» dos mots sur l'esprit des masses est immense. C«>mmont la chambre n'a-t-elle |Kis cmipris [o mmis prufind. la pi»rtoo p<ipulaire. en dehors des prin^ns. do iv> tnûs mots do l'artitle 37 : — privation or TRAVAIL ? Conimi»nt la oliambro n'a-t-elle pas compris qu'il y avait dans ces troÏN m.iis plus qu'une réfirme pênitonliain*. presque un«» n*fi»rino s^M-ialo? .Xpprendre par une loi a l'homme qui lloihit v»u^ le pnjdsd** Sun fardeau ou de la fatigue du ji-ur. que roMOs du travail, quel qu'il soit, |hmH élro m'»in< | oniblo rn.-.iiv qno la privation du travail, c'était lui rondiv la r»riv ol le courage, r'otail le faire respirer plu'i librement, r'ctait ivhabililor lo lra\ail aux yeux de la cLis>e ouvrion»' Ci^mmont la chambre n'a-t-elle pas compris cola "* t! *nnihMit la cliambiv n*j-l-olle pas compris
quc,dèsqi]o la privation du travail était uno punition infli* gée aux détenus, il fallait hicn so pardcM' do se eontrerlire et de faire de l'ohligalion du tiavail une peine imposée aux condamnés?
Tout le parti qu'on peut tin»r du s>stème de Temprisonncment cellulaire, judieieus<Mnent <( non, judirieusemenl sipplicpié. judicieusement perfectionné, on ne le.sail pas encore! — Il dépassera tout ce cpi'on en attend, tout cequon en espère. C'est un instrument d'une puissance inconnue, à l'aide du(|uel une main liahiU» pourra exécuter des prodiges. Ce (fuil importail, c'était de ih» pas le fausser, c'était de ne pas l'alVaihlir. Déjiï l'inj^'énieux ii»venteur desvtû-* liires cellulaires p«nn' le trans[)ort d(»s condanmés, l'ancien entrepreneur des maisons ccniralcs de Fonleviaulf, Melun, Pois.sy, Gaillon, M. (im'Ilot. Iionjmé éclairé, (pii excelle à faire marcher d'accord i'intéiél public a\cc son intérêt privé, propose, non sculemcn! de rendre le p>u>ernemenl indenme de tous frais pour la nourriture et l'entretien de» déte.nus. à la condition de lui abandonner p(Mulant vinf;tsept ans le produit de leur travail, mais encore de payer une prime de 10 centimes par jom'née d<' travail de chafiue prisonnier, ce qui. à raison d(» 10 centimes par chacun des 300 joui*î^ouvrables d<» l'aïuiét». ferait !iO francs en prime par an et par individu. « Kn aihueiLiut. ajoute M. Cuillot. que w la dépense de c(>nstruction de» chaque cellule fût <le >» 3,000 francs c'ivsi le chill're le plus élevé des divers devis »» fournis jusqu'à ce jour. .'i7 ans de prime, ii 10 centimes » par journée de travail, suflirenl. avec l'intérêt conq)osé. » pour produire 3.010 francs 0') centimes, d'oii il suit cpiVn »• moins de quarante* ans le pri^innier cellule aura |»ayé la »* dépen.sede .son f^îte.et déplus. tout<»s les autres dépenses " qu'il pourra avoircoOléà l'Klat .et. ce remboursement » opéré, il pay<Ta ii l'Ktat un lo>er d(» 30 francs par an. >»
Voilà flejii ce cpn' evt offert, et cert«*s ci» premier mot ne sera pas le dernier.
Ne demandez aux condamnés, sur le pmduit de leurlr.ivail. ciue le juste rend)i>ursement de leurs déjH»nsesde lo-.
gemont, de nourriture, de vôlemenl, d^entretien, de blanchissage, de garde et d'administration; ils ne doiveol absolument rien coûter à l'État; abandonnez-leur l'excédant sous de certaines garanties ; réformez le système actuel des entreprises ((ui est vicieux ; que Tentrepreneur qui fournira le travail aux détenus ne soit pas le même que Tadjudicataire chargé de les noumr. de les vêtir, de les entretenir; sachez faire naître entre les condamnés Témulation par les moyens qui sont déjà en usage et qui peuvent encore être perfectionnés; sachez utiliser cette immense aptitude que donne la réclusion solitaire par la puissance de ridée fixe, puissance ((ui nVxiste au sein de la société que considérablement aiïaiblie par les devoirs et les préoccupations de toute nature qui assiègent Thomme libre ; sachez leur faire (Mitrevoir rexercice judicieux du droit de grAce : sachez faire luire à leurs yeux Tespoir de la libération avant lexpiration de leur peine, et de grands coupables il ne sera pas impossible (jue vous ne fassiez des ouvriers consonunés, d'ingénieux inventeurs, peut-être plus encore! A l'expiration de la peine, à lepoque de leur libération, riiabilelé qu'ils auront acquise et qui les fera rechercher, sera pour la stMJété le préser\atif le plus sûr contre le danger de la rechute. ^
Dans cet ordre d'idéi^s. le li'avail s'accomplit dans Pinté- Heur des prisons aux mêmes conditions qu'au sein de la société. Vax princi|)c il est volontaire; en fait il est obligatoire. N'en est-il pas ainsi pour l'immense majorité qui vit de rc «lu'elle gagne et de c»» qu'elle a épargné? Si le détenu renfermé dans sa cellule fait plus d'(»uvrage et a moins de charges à sup|)orter que l'ouvrier libre, souvent père de famille, en r(»tour celui-là sera toujours moins payé que celui-ci, quel que soil le mode d'enti"(»prises qu'on adopte dans les prisons. Par là m' maintiendra <*onstamment Tégalité entre tous les travailieui*s. égalité à laquelle le système actuel <le l'atljudication au rabais du travail des détenus porte de graves atteintes, dont <»n ne se rend pas suflisamment compte.
Que le choix des métiers compatii)]es avec le régime de l'emprisonnement cellulaire soit judicieux , que le système des entreprises soit amélioré , cl il nVst pas un condamné h plus d'un an de prison qui ne doive, très facilement, subvenir non-seulement au payement de sa subsistance et de son entretien, ainsi qu'au loyer de sa cellule calculé h raison de 4 ou 5 0/0 du capital de construction ,1;, mais encore au payement de la cinitrihution personnelle.
C'est dans ces lernuvs (pril rùi été à désirer que la chambre posAt au ^ouvcrnenjcnl le problème économique de la réforme pénitentiaire, atin <)ue désormais on ne pût pas dire justement que le détenu valide jouit d'un bienôtre dont l'ouvrier libre est privé, afin (|uc Thonnéte honmie ne fût jamais fondé ii se plaindre (pie le malfaiteur, le voleuret le mcuririer visent à ses dépens et sont exempts des charges (pii {m\s(miI sur lui. Sans nul doute, posé en ces termes, le problème est soluble; mais c'est à la cimditiou expresse (pie la chambre des pairs ne lais.sera pas subsister dans la loi ces uïoIs trop léj^'èremenl adoptés par la chambre lU^s dé])utés : •« Le trnrnil' des condamnés est obliga- » toire ; le produit de re tniniil appartient à iKtat; » principe faux, <pn'. dans certains cas, peut équivaloir indirectement au rétablissement iW la conliscalicm ; principe injuste, puisque les détenus les plus laborieux, les plus appliqués, le> pins intellif^ents. sont ceux qu'il soumet à la retenue la plus forte: principe relroj^Made. (Muprunté à la législation d'un pa\s oii l'esclavap' <»xist<' enc(>re. Il n'y a de fécond que le travail dont riiomme tpii la exécuté a le profil.
Sans doute des objections spécieuses peuvent être faites contre les idées (pii précèd<'nt. des motifs plausibles |m'Uvent être in\o(piés en fa\cur de la nécessité de maintenir le système dt» répartition établi par l'ordonnance n)yale du 5 janvier iSii f. qui dét<Minin«» (pi'a partir du l*^*" avril
l "^oîl, par coîluU' coûtant 3.o.mmV. 'lo con'«lruclioii. un lover annuel de 120 à IV) franc*.
V AnttrlcurenK'iit u cvttf «>r<l«>niiniice, le pruluit du travail était di-
1844, la portion accordée sur le produit de leur Irnvail, aux condamnés détenus dans les maisons centrales «le force et de correction, sera, savoir :
De 3/10 pour les condamnés aux travaux forcés, détenus conformément aux articles 16 et 72 du code pénal ;
De 4/10 pour les condamnés à la réclusion :
Deo/IO pour les condamnés h Temprisonnement de plus d'un an.
Sans doute on peut dire, à Pélof^^e de ce système de répartition du produit du travail des condamnés, décroissaot en raison de la f^ravité de la peine, qu'il est puisé dans l'esprit de la loi, qu'il est juste et moral: cela est vrai à un certain point de vue ; mais il y avait de hautes considérations d'ordre social (|ui devaient l'emporter sur des considérations secondaires de réf,'ime intérieur, sur des considérations purement disciplinaires, moins fondées en réalité qu'en apparence.
S'il paraît juste et moral (ju'un condamné à dix ans de travaux forcés, adroit, appli(|ué, laborieux, gagne moins, tout en travaillant plus et mieux, qu'un condamné à quinze mois d'emprisonnement, maladroit, inappliqué, paresseux, il n'est pas juste, il n'est pas moral que le contribuable qui vit de ce (pi'il {^'î^fiTie et qui manque souvent du nécessaire, travaille et paye pour assurer à des condamnés une subsistance dont il n'est pas toujours sur pour lui-même ;. il n'est pas juste, il n'est pas moral (pie le vice et le crime frappés par la loi s<» résiïlvent en une cliarf^'c publique annuelle de plus (le cin(( millions, supportée par le travail et par Pépargne : il <»>l scandaleux di^ voir au budget de l'Etal les dépens(\s ordinaires des condamnés à plus d'un an de détention, > conq)iis le transport des condamnés aux bagnes. figurer p(»ur une sonnne de *),880.000 fr.. tandis qu'à la même
\i«i' t-ii tri>i« i>ai-t'K"i, :iux tcrni«"* (l'une autre ordonnance, eu date du 2 avril 1H17 :
l'ii tiiT4 apiiiiricnait il In niuÎKon ;
t'n lii-tN rmii^ au tlt'tcnu pcndiint s» oaptivitô ;
Vn tler4 ti-nu en r^^ene pour lui Gtrc rcini>« ix *» f ortie.
DU TRAVAIL DANS LES PRISONS. 90à
page tous les secoui^s aux élablisscments de bienfaisance ne sont portés que pour un million. (1)
Des docunionts officiels, il résulte quVn 1843 la population des maisons centrales de force et de correction s'est élevée en moyenne h 19,013 détenus.
La dépense de ces 19,013 détonus a coûté 4,402,000 fr., décomposée ainsi (ju-il suit :
Frais d'administration et de garde. 871,500 f.
Nourriture et entretien 3.252.000 j
Objets mobiliers 9,280 f. .^^^v^.
Réparation et entretien des bAti- -4,402,000 f.
menls 156,700 \
Dépenses accid<'ntcllcs 112,520
c ., , , d^uan 231 f. 52c.
Soit par détenu.. ^ ^^ ^.^
' /Par jour 63 50
Le produit du travail n'a été que de 2,195,157 fr. 84 c;
^Par an 115f.l5c.
Soit par détenu 2 . Par ji)ur de détciUion. 31 30
(Parjourde travail. . . 41 24
Il est inexplicable (|uc les détenus soumis à toutes les rigueurs d'une dis(i|)line absolue, et auxquels doivent s'appli(|uer toutes les éennonnes lésultanl de la vie commune établie sur unc^ j^M'ande écliellt». f^'apnent moins que ce qu'ils coûtent, — coûtent par an 231 fr. 52 c. t»t ne j^apu^nl que 115 fr. 15 e.. — (MÛtenl par jour (^] c. 'M^ et ne f^agnent que 41 c. 24, -- tandis qu'à Auburn l'excédant du produit du travail sur les dépenses des dèttMUJs a été, en moyenne, de 18:J2à lam. (Ie52fr.;
1; S'c»urn aux »'laMi>«4Mn«'nt!* do Uionlui-ancf' .... 338,000 fr. *^e<-oui» j:«''mraii\ nux Iwj-pico, hun-aux île charité. . . 320,000 Secours aux i»fr»onn«'i qui ^ont »l:in-* Tin-ligeiuv et qui ont »!♦»<! d Dit s li la luJnM'illaïKV .lu gou>eriuMr.e!»t, cl frais do ruj'tttrieiuciit dc^ l'ranrai- iu ligi'Ut* 221,000
Total 1,(>»2,000 fr.
2; Tra\Hilde'>homrni'*. p'jourdcdétonlion 35 08 p'jourdoU^vail 46 88
— feiuiiu"», — 2 35 — • 2B »
— enfaiii» — 13 32 — 16 75
De 181 fr. à Clinrlostowii. de 18:» h 18:^;
Do 113 fr. à Sing-Sing. de 1830 à 18:«:
Et de 82 fr. à Baltimore, de 183:) à 1836.
Dans les prisons pour peines de Lewardeen et de Hooni, en Hollande, cet excédant du pnxluit du travail des détenus sur leurs dépenses est plus considérable encore.
L'n tel régime, bien (|u'amélioré par rordonnancc royale du 5 janvier I84i, est é\idemment encore arriéré cl vicieux : il appelle une réforme drnit le résultat soit de faire disparaître sans retard du l)udg(*t cette .«scandaleuse dépense de cinq millions (|ue coûte IVntn'tien des détenus, économie qui permettrait d'abolir la rétribution universitaire et le timbre sur les imprimés, ces deux impôts illibéraux, qui sont un xéritable anachronisme, et qui n'auraient pas dû survivre ii la suppression de la loterie et de la ferme des jeux.
Pour opériM* cette réforme si désirable à la ftiis sous le rap|}ort moral et financier, il suffirait que le travail de chaque détenu, dans les maisons centrales. s'élexAt, eu moyenne. par jour, à ?:> centimes, omme à Berne, où tout condamné doit d'abord gaj:n(»r cette somme avant de rien recevoir pour son compte: or. un tel résultat, obtenu en Suisse, est-il impossible à atteindiv en Fnince, et doit-il être traité d'entreprise chimérique ? Qui os<Tait le prétendre? Mais, pour agir sur i\vs natures perverties, il faut des mobiles puissants. L'adoption de l'article t\ a afTaibli le mobile, a raccourci le levier. Pour «jue le détenu applique a son travail toutes ses forces, toute sa dextérité, toute son attentinn. touti* son intelligcnie. il faut, on ne saurait trop le répeter, qu'il puisse e>pérer que tout ce qui excédera le montant de sa dépense lui nnicndni. augmenté même, s'il y a lieu. i\vs intérêts accumulés. Ne craignez pasqu'il gagne trop, car plus il gagnera et filus il travaillera avec ardeur, avec application, .imm- le désir de devenir chaque jour plus habile : plus il travaillera, tq plus son amendement sera sincère et assure. Or, l'ameiulemenl des détenus^ n'esl-cc pas là la grande |M»nsée, la pensée fondamentale de progrès
DU TRAVAIL DANS LES PRISOiNS. 306
et d'avenir de la loi nouvelle, car la déportation fût-elle admise comme complément du système, (luelle ne comprendrait encore que le plus petit nombre des condamnés?
Quelque avantiipje qu'ait le système de lemprisonnement cellulaire sur le système rival, il ne faut pas se l'exagérer; il n'ira jamais jusqu'à enlever entièrement aux libérés Tempreinte de leur condamnation, et cette condamnation sera toujours une dirticullé ^M'ave contre huiuelie ils auront à lutter, à moins «{u'ils n'aient acquis dans l'exercice de leur profession une véritable supériorité. La société a donc un intérêt direct à ce que les condanmés, a l'époque de leur libération, soient dcNcnus d'assez habiles ouvriers pour vaincre l'obstacle (pii s'attachera toujours h eux, pour échapper à la misère, et par suite au danger de la récidive. A ce point de \ue, (pi'il était essentiel «le ne pas négliger, on pouvait prélendif (pic l'ailirlr tidxi projet de loi, judicieusement amendé, n'était pas moins important, n'était pas moins péiiilcntiairc (pie l'artich» 22. <pii a consacré le principe de la séparation ab>olue d(»s détenus.
En Angletrrn». il rsl vrai, les idées contraires ont prévalu : U)U[ pécule, tout salaire ont été supprimés par l'acte du [)aileme!\t du S juin IKM. .histemcnt préoccupée du sort de ses fabri(pi<'s. de s(\s manufactures, d<» ses ouvriei*s sans ouvrage, .«^aits pain r[ sans vétt^ncnts, la (irande-Hrctagne, si humaint* (piand il s'agit de ncgn^s. crdant ii la h^rce des choses, n érigé eu principe (pir le tra\aildes détenus devait être esscnticllcnKMil imphoim cur. le plus dur, le plus momitone, le plus fatigant possibh», l'expiatidn et non la ivdemption du eriuK* ou du délit ! Mais <piel pays ressemble moins à l'Angleterre (pie la France, vues de près l'une et l'autre? La France n'a pas d'Irlande, la France n'a pas de taxe des pauvres. la France n'a pas de Hotan>-Bay ; l'Angleterre a des déjxutés, elle n'a pas de libères, ou du moins ceux (|u'elle a ne s(ml cpie des condamnes pour des délits |)eu graves.
En résume, ce cjuc voulait l'auteur de ramemlement.c était l'amélioration de ce qui existe ; c'était la suppression du
Iravail au rabais dans les prisons: cotait son remplaceinenl par régalitc> de la concurrence : ce qu'il demandait, c elail que le condanuié oui ii supporter les mêmes charges (fue l'ouvrier sans famille : c elail que celui qui respecte les lois n'eût pas à payer pour celui <]ui les a violées; c'était que la peine résidAt dans la privation de la liberté, dans la rigueur du régime, et non dans l'obligation du travail : c'était quVnlin la chambre des députés fOt conséquente et n'inscrivit pas dans la même loi. article t\ et articles 30 et 37. deux principes qui s'excluent.
34 mai 1844.
La pétilicm suivante circule en ce moment dans les ateliers de Paris :
A ntfssieuTjf lex mfinhres de la Chumbre Je$ jHiirt,
« I^s 8ou>sigiu'-â, ouvriers de Paris, KHinicltciit à mo.s.sicurs le» pairs quelques observations (ju'il* croient de nature ii amener des modifications à 1h loi sur lu polico des prison*, n^M'unnent ndopti-e par ladiansbre des députés.
» Les dispo>iiions de cette loi, qui forcent les condamnés à un travail iMluïtriel sédentaire, introdui>en: dans Tindu^^trie la plun immorale de toutes les» concurrences, en créant dan> l'crtains métiers, déjà peu avaoMgi*s sous lo rapiwrt du salaire, 25 à 30,îM)0 ouvriers nouveaux, dont Iw produits peuvent être livrés au coii>onnnutcur, en raif>on du bas pris de revient, il un taux auquel ne peuvent jannii.. descendre les ouvrier» honnêie« exen/ant ce> ni'lier'».
» D'oii il Miil «lue ce* dernier' f«nî vt'-luiî* a une situation bien plut misérable (jue les con«lamnés, «jui. a.-^uré- du poin quotiilicn, peuvent en witrc fairtî des épar^;ne*, position que h** ouvriers houiiétoA sont r^uit'^ m envier.
w I*».'* sou-i^i^rii»'- c'>n!»iJèr«*nt un p.ir»il état de choMî- comme uiM e-j»ècod3 prim-» ui-curdic au \i«'f, et dépît.rent cette plii!antrt>pie qui, m» s'exervant qu'.i IV^rard de ceux qui oui contrevenu aux loi." de la société, non Tculenient lai-^-o en oul»li la >itua;ii>n des ouvriers de Tindui^trie manufacturière, mai-* fui-ore fait pe-er sur eux, par la concurrence du travail des pri'OJiniiTî», u!;e n»i-ëre <p»i >urpaî«^e hi peine que ceux-ci «euU duivonî eiicouiir.
M Ia> M)u«*i;;nés unt vu au.«>i avec douleur Ta^^iniitation des délits de coalition et d'u^Mciation illicite, qui sont di>« délit* purement politique».
etavzquelB ne i*Attache aucun caractère de déloyauté, aàz crimes et aux délits contre les personucn et les propriétéi*.
» Pour se résumer, les sousMgnés demandent que Ton inflige aux déteuuii, suivant le degn» de crimimilit»', sDit la privation absolue de travail, soit VeriKîntîon d*î* travaux insalubres et dangereux de Tagriculture et de Tindustrie.
» Ils demandent aus^i que le^ délita résultant des lulte!<, si fréquentes de nos jours, entre l ouvrier et celui qui l'emploie, soient rangés dans la catégorie des déli^ politique;*. »
[Suirent Us signatures.)
Les pélilioimaires, ouvriers qui ont i\ pourvoir à leur subsisUmce, el à (jui le percepteur ne fait pas crédit lorsque S'ienl le jour du payement des trois conlribulions personnelle, mobilière et des portes et fenêtres, ont raison lorsqu'ils appellent lallenlion de la Chambre des pairs sur Pimpossibiîité où ils se trouvent de soutenir la concurrence avec le travail des condamnés, travail exempt de charges, et qui s'adjuge au rabais : mais ils ont tort lorsqu'ils demandent que Ion inflige aux détenus soit la privation absolue de travail . soil l'exécution des travaux insalubres ci dangereux de l'agriculture et de l'industrie; car la privation absolue de travail dans le système de l'enqirisonnement cellulaire serait une aggravalit>n de la peine, et il ne manque à l'exécutiini forcée tl(»s travaux insalid)res et dangereux, pour éln» une idée juste, (jue d'être ime idée aj)plicable. aussi bien dans \c système de la détention en conunun qiu* dans celui de riMUprisonniMnent individuel. SiUts d«HJle. il est fAchcux que l(»s travaiiK les plus insalubres et les plus (langcKMix. — ii re\e(»ption de ceux exécutés dans la pr<>f'»ndeur «les ujiiies. — soit»nl précisément ceux dont raeeonq)lissemenl exige la liberté la plus entière; mais il en e.sl aiii>i. et e"e>l un étal de choses (lu'il n'est au pouvoir d'aucune l(»i de change!*.
Ce (ju'il y avait ii faire, c'était ce «pie nous avions propos<' ; c'était de déclarer que le ctnulanmé serait tenu au remboursement <le tous les frais nouiriture. loytM*. entretien, contribution, frais de garde et de surveillance-, aux(iiu*ls sa détention donnerait lieu, et (pie l'exivdant du prix de son travail lui serait remis. Dans ci» système, l'éga-
Itté dos con<litiiins dnns lo (nivnil était rétablie, le rabais disparaissait {Kiur faire place à la riinrurrem*o. mais à la «•uiu-uiTi^iire légitime et telle «luelle aurait existé, si le c«iiidaiiiné au lieu de violer les l.)is les avait respectées: dans i-e système . "imn seulement le tiavailleur lumnéte et libre nesuuiïrait d'aurun prejudi(*e. mais il était déeharpe du piiids d'un impôt de rin(| millions.
Nous veutiiis de dire sur «piel point les 'iHMilinnnaires nous |)<iraissent av.iir raison et sur <piel point ils nous |»araiss«Mil avoir tort: il en i»st un lr«îisiéme sur lequel ils reelament : ils demandent que les délits ivsultant des luttes entre l'ouvrier t*t relui (|ui l'emploie, soient rangés dans la i*até^orie des délits poliliqu<*s : dans le >ystême de la séparât!.»n des détenus pendant le jour et pi*ndant la nuit, cette réclamati.in n a |>as d'objet : aus>i ne l'appuyons-nous pas; mai< si le système di* remprisonnement en commun avait été maintenu, aurune reelamati.m ne nous eut paru plus utile a priîudre en e.msideration. vu le dan^'or de rendre à la s K'iele. a leur s.irtie de pri^nn. ties ouvriers iH^rverlîs à la plaee «rouvriers ej^aivs . et punis .srulemeni |KiursVtn* ivnduN tMU|ijdiles du délit de eoalilion.
i! melui'iis : Ui^us d «nnoiis n itre adhésion aux quatre premiei^s para^'raplies tle la petiti.ai . mais nous ne la donnons |ms aux trMi< dernier^ ipie les si;:nataires feraient bien de nMranrlHT.
LTMPRISONNEMENT CELLULAIRE.
6 mai 1K41.
Le système do l'oniprisonnenuMil cellulaire est à la fois le plus simple el celui qui se prôte aux combinaisons les plus variées :
Il peut, en quehpie sorte à volonié, augmenter ou diminuer de rigueur, car rien de plus facile que de modifier presque itidéfinimeiit le» régimi» selon les maisons, selon les quartiers, ou ménu' individuellement selon les détenus
Déjà très perfectionné, il esl encore très perfectil)le:
Ce qu'on a fait pour l'améliorer nesl peul-«Mre pas In moitié de ce (pi'il resfe i\ fain»:
Il ne charge pas de chaîiïcs Icn coiidaumés . il m» les rive pas d<Mi\ à deux, il les isole:
Il ne leur met pas un houlel ou pied, il leur met un outil à la main;
Il ne leur impose pas le siippjjr»' du silence, en le s laissant toute la jouri\ée aux prises a\ec liriesistiMe tentation de le rompre, il admet entre eux et la société n*présentée par la conunission de sur\eill;mee. le dir<Mt<MU*. TaumôniiM*, Pinstituteiu'. le médecin. I(»s gnrdiens. r<*iïtrepren<'ur des travaux et ses contre-uïaîlres. un eeluinge frétpient de pensives el de paro|(»s ;
Il n a pas h(»soin de faire tic mhlei le> d«'tenus sous la crainte du fouet: il lui sutlit de les priver de la clarté du jour ou de la consolation du tra\ail:
H no les expose pas au danger d-une solidarité immérilée; tout oondamné n'est responsal)le que de ses seules actions :
Il ne livre pas le faihie \\ renî])in^ du fort ;
Il permet de relever la fonction des p^ardicns. de la confier à de dif^'nes frères, aux frères de Saint-Joseph, qui se préparent à Oullins, sous la direction du vénérable abbé Rey, à remplir cette (luivre de dévoiuMuent et de charité ;
II met Taumùnier à l'abri de la raillerie qui rend vain el si difficile Pexercice de son nnnistère dans le régime de l'emprisoimement en conmum :
Il bannit des prisons l'arbitraire qui provoque ii la résistance et à la rébellion, arbitraire qui finit presque toujours par être d'autant plus violent (|u'il a commencé par élre plus injuste ;
Il n'exaspère pas le détenu contre la s(K-iété. au contraire; car toute visite (|u'il reçoit vient alléger le poids de sa solitude, et Taider à le porter.
Certes, ce serait une illusion que de croire que ce régime amendera tous les condamnés: mais cela ne saurait en être une (|ue de penser qu'il en amendera le plus grand nombre. Kn tous cas. il n'en dépravera aucim. Pour que cette illusion filt une erreur, il faudrait que le remords, le repentir fussiMit d'invention humaine: il faudrait que la religion dans laquelle nous s<»mmcs nés et (|ui a traversé tant d'ôpriMives et tant de siècles n'eût pas sa source dans la vérité, dans la divinité !
Déjà dans la prison cellulaire de la Hoquette, quelqu'imparfaite (|u'ello snil , les détenus jouissent d'une heure d'exercice : ce lenq)s peut être facilement doublé en adoptant les dispoMtions mieux entendues des constnietions projetées par deux habiles architectes. MM. Hlouet etHnrou- Homain. architecles de la maison ciMitrale de Iks'uilieu.
L'enseignement actuellement d(>nné aux jeunes détenus, au moyen d'une très ingénieuse» méthode, peut être étendu à tous les condamnés: l'élude devient d'autant plus faeile que i'isolenieut est plus comt)Iet.