SONT NOMMÉS : SONT ÉCAKTIÔS
Mouvement. Itéaclion.
Carnet 132.964 Foy 125,908
Vidal. 128,385 Lahitte 125,479
Defiotte 127.005 Bonjean. 125.416
ÉLECTION DU 28 AVrill. IHÔO.
Suc 128,071 Lechiiiv n!»,(;9r>
Ainsi, M. Eugène Sue, qui, le iSavril 1858, n';i\;iil eu (|ue 3o,000 voix, esl élu, le 50 avril 1830, par 128,000 voix.
Lorsque tous les clubs sont ouverts, lorsque la liberté de la presse est entière, M. ^'itlal n'a que 24,000 voix ; il en a 128,000 lorsque les clubs sont fermés et les journaux poursuivis.
Défiez-vous donc de la liberté absolue ! Confiez-vous donc à la liberté restreinte! Faites donc de la compression ! Perfectionnez donc l'arbitraire ! Ressuscitez donc le privilège !
La liberté restreinte, c'est, sous un nom mensonger, l'arbitraire administratif, c'est l'opposition qui gagne tout ce que perd le gouvernement.
La liberté absolue, c'est le gouvernement qui gagne tout ce que perd l'opposition.
Jamais chifTies furent-ils plus éloquents? Jamais expérience fût-elle plus concluante?
Mais le propre de toute lumière qui éblouit, c'est d'aveugler.
La vérité était trop radieuse ! Elle jetait une clarté trop grande !
Ce qui est certain, c'est que le rapport de la commission de révision renferme implicitement la condamnation de la loi du 31 mai.
La loi du 31 mai, condamnée par MM. de Broglie, Berryer, Montalembert, Odilon Barrot, etc., qui l'avaient provoquée, élaborée et votée! Cette condamnation réciproque devait être leur commune expiation.
11 juillet 1851.
Grève électorale est l'expression la plus juste dont on puisse se servir pour caractériser ce qui vient de se passer dans six dépai'tements.
Si, nonobstant le di'oit de réunion supprimé et la Ijberté
416 iSâl.
de la presse garrot lée, la résistance passice a pu s'organiser ainsi dVlle-nièuie. spontanément et successivement, dans le Nord, le Cher, les Landes, la Dordogne, le département de Seine-et-Marne, la Haute-Vienne, comment s'y prendrat-on pour empêcher, en 1852, 3,200,000 électeurs de voter tous?
C'est la question que je posais le 12 mai 1830, avant qu'on ne discutât et qu'on ne votât la loi qui a supprimé le suffrage universel ; c'est la question que je pose encore aux ministres « vigoureux » qui ont l'honneur de se nommei- : Baroche, Faucher et Rouher. Impuissants contre la résistance passive et partielle, seront-ils moins impuissants contre la 1-esistance active et générale?
4 août 1851.
Au nom du Ireizième i)ureau. .M. Schœlcher, chargé du rapport sur l'élection du Nord et sur l'admission de M. ^'aïsse, a proposé de déclarei- que léleclion ayant eu lieu contrairement au droit écrit dans les articies 23. 24 et 23 de la Constitution, était nulle en droit et en fait.
Explosion de rumeurs à droite.
Pourquoi ces rumeurs?
Est-ce que les articles 24 et 23 de la Conslituli(;n ne sont pas ce qu'il y a de plus formel?
Qu'y a-t-il de plus précis et de plus catégorique que ces mots : SONT électeurs TOUS les français âgés de vi>gt-l'x
ANS ET JOriSSA>T DE LEURS DUOITS CIVILS ET POLITIQUES?
Cependant, malgré la ])récisi(»n de ces termes, plus de trois millions de Français majeurs, jouissant de leuis droits civils et politi(]ues, ont été exprojjriés de leur part de souveraineté, rayés des listes et chassés des collèges.
Oui ou non, est-ce vrai?
Est-il vrai (jue sur 9 millions de Français majeurs, jouissant (le ieiii's droits c'wWs et ])oliliques. il y ait plus de trois
millions de Français qui, de souverains qu'ils étaient, sont redevenus sujets, ont été déclarés déchus du droit politique qui leur appartenait, sans jugement, sans condamnation, c'est-à-dire sans aucune cause d'indignité?
Si cela est vrai, si cela est incontestable, si cela ne peut pas être contesté, la majorité du treizième bureau ayant pour rapporteur M. Schœlclier n'était-clle pas fondée dans ses conclusions?
Contre quoi donc se récriaient la majorité de l'Assemblée et M. le président Dupin?
Majorité, qui avez couvert de vos rumeurs la voix de M. Schœlclier, si vous n'écoutez pas ma voix, écoutez du moins celle du Constitutionnel et de M. Véron, qui vous disent avec l'expérience des faits à l'appui de leurs paroles : « La loi du 31 mai est la machine la plus infernale pow^ al- » lumer sur tous les points de la France la guerre civile. »
22août 1H51.
Le 28 avril 1850, M. Sue, ayant obtenu 8,375 voix de plus que M. Leclaire, est proclamé représentant du peuple.
Parce que M. Leclaire a obtenu, à Paris, 8,375 voix de moins que M. Sue, 3,224,818 électeurs des 85 départements de la France, demeurés complètement étrangers à l'élection de M. Leclaire, sont rayés des listes électorales, chassés des collèges électoraux et privés de l'exercice de leurs droits politiques.
Voilà ce que M. Guizot trouve tout simple et parfaitement légitime !
Il trouve tout simple que le mandataire révoque son mandant.
Il trouve tout simple que la loi agisse rétroactivement.
11 trouve^tout simple que trois millions de propriétaires soient expropriés, sans indemnité préalable ni équivalente, de leur propriété légitime.
Il trouve tout simple que le principe de la souveraineté, qui réside dans Vuniversalité des citoyens français, reçoive une atteinte pareille à celle (jue recevrait la France si les trois dixièmes de son territoire, si vingt-trois de ses départements sur quatre-ving-six lui étaient enlevés par une coalition étrangère.
Trouverait-il donc tout simple que les Français se laissassent enlever, sans essayer de les reconquérir, les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Aisne, des Ardennes, de la Marne, de la Meuse, de la Meurlhe, du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, des Vosges, de la Haute-Saône, du Doubs, de l'Ain, du Rhône, de Tlsère, de l'Ardèche, des Basses-Alpes, du Var, des Bouches-du- Rhône, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales? L'inviolabilité électorale est-elle donc moins précieuse à conserver que l'inviolabilité territoriale ? Est-elle donc moins utile à déltnidre, moins importante à reconquérir? Est-elle donc à un moindre degré une question d'honneur et d'intérêt ?
Si M. Guizot était, à cet égard, d'un autre avis que du mien, ce ne serait pas moi, ce serait lui-même qu'il contredirait, car une telle opinion serait un désaccord manifeste avec l'approbation, qu'historien de Washington, il a donnée à Pénergique résistance des Américains se soulevant, en 1774, contre la prétention de Georges lil et de son Parlement de taxer les colonies sans leur consentement.
Voici en quels termes M. Guizot a glorifié cette résistance :
« Quand ce jour arriva, quand le roi Georges III et son pai-lement, plutôt par orgueil et pour empêcher la prescription du pouvoir absolu que pour en recueillir les fruits^ prétendirent taxer les colonies sans leur consentement, un parti nombreux, puissant^ ardent, le pakti national, se leva soudain .^ prêt à résister au nom du DiioiT et de Thonneur du pats. Question de droit et d'honneur^ en effet, non de bien-être et d'inléiêt matériel. Lus taxes étaient légères et n'imposaient aux colons nulle souffrance. Mais ils étaient de ceux à qui les souffrances de Vâme sont les plus amères, et qui ne goûtent le repos qu'au sein de Vhonneur satisfait. «De quoi s'agit-il et sur quoi dispu- » tons-nous? Est-ce sur le payement d'une taxe de six sols [lar livre de
L'ABROGATION DE LA LOI l)L 31 MAL ilâ
n iLé comme trop lourde? Non, c'e.<t le cbvil seul que nous contestons. » Tel» tétaient, au début de la querelle, le langage de Washington lui-même et le sentiment public. Sentiment vraiment politique aussi bien que moral^ et qui jirouie autant de jurjcrnent que de vertu.
» Deux choses, grandes et' difficiles, sont de devoir pour l'homme, et peuvent faire sa gloire : supporter le malheur et s'y résigner avec fermeté ; croire au bien et s'y contier avec persévérance.
» II Y a un spectacle aussi bon et non moins salutaire que celui d'un homme vertueux aux prises avec l'adversité, c'est le si)ectack <Cun homme verlueui à la télé d'une bonne cause^ et assurant son triomphe.
» Si jamais cause fût juste et eut droit au succès.^ c'est celle des coloniet anglaises INSURGÉES pour devenir les États-Unis d'Amérique.
» La résistance précéda pour elles l'insurrection.
» Leur résistance était fondée en droit historique et sur des faits, en droit rationnel et sur des idées.
1) De 1578 à 1704, sous Elisabeth, Jacques 1er, Charles pr, le Long- Parloraent, Cromwell, Charles II, Jacques II, Guillaume III et la reine Anne, les chartes de la Virginie, du Massachusetts, du Maryland, de la Caroline, du New-York, furent tour à tour reconnues, contestées, restreintes, élargies, perdues, \-econquises, incessamment en proie à ces luttes, à ces vicissitudes qui sont la condition, l'essence même de la liberté, car les peuples libres ne sauraient prétendre à la paix, mais à la victoire.
» En même temps que des droits légaux, les colons avaient des croyances. Ce n'était p. s seulement comme Anglais, mais comme chrétiens .^ qu'ils voulaient être libres.^ et ils avaient leur foi encore plus à cœur que leurs chartes. Les chartes n'étaient même, à leurs yeux, qu'une émanation et une image bien imparfaite de la grande loi de Dieu, l'Évangile. Leurs droits n'auraient point péri quand les chartes leur auraient manqué. Far le seul élan de leur âme, soutenue de la grâce divine, ils les auraient puisés à une source supérieure et inaccessible à tout pouvoir humain, car ils nourrissaient des sentiments plus hauts que les institutions mêmes dont ils se montraient si jaloux. »
Si, de Lavis de M. Guizot, la résistance des Américains à la prétention de l'Angleterre de les assujettir à des taxes qu'ils n'auraient pas consenties fut une résistance nécessaire, légitime, glorieuse, « une question de droit et d'hon- » neur, un spectacle bon et salutaire, » n'ai-je pas le droit de dire qu'à moins d'être le plus inconséquent des hommes politiques, M. Guizot ne peut s'empêcher de condamner la loi du 31 mai?
C'est le moins qu'il puisse faire.
Le droit d'élire les représentants du peuple et le prési-
dent de la République, n'est-ce pas indirectement le droit de voler l'impôt, d'admettre ou de rejeter le budget?
Le 30 mai 18 jO, ce droit appartenait à 9,936,004 Français, le lendemain 31 mai, il n'appartenait plus qu'à 6,711,186 domiciliés ; 3,224,818 citoyens en avaient été dépouillés, d'un jour h l'autre, par l'eflet d'une loi rétroactive.
433 mandataires révoquant 3,224,818 mandants.
Fait sans exemple dans les annales législatives d'aucun peuplé, et auquel ne saurait être comparé celui du payement de la taxe de six sols par livre de thé, exigée des Américains par le roi Georges III et son parlement I
Donc, tout ce qu'a dit M. Guizot pour légitimer et glorifier le triomphe du « parti national qui se leva soudain, >> prêt à résister au nom du droit et de Vhonneur du pays, » s'applique avec l)ien plus de force encore « au sentiment » politique aussi bien que moral » qui anime ceux qui prétendent que la loi du 31 mai a porté à l'intégrité de la souveraineté nationale la même atteinte qu'aurait reçue l'intégrité du territoire français si une coalition avait enlevé à la France 23 départements sur 86.
Eh bien ! je pose à M. Guizot et à son journal cette question : Si 23 départemens sur 86 étaient enlevés à la France, que devrait-elle faire?
25 août 1851.
La loi du 31 mai 1850 n'a pas abrogé la loi du 15 mars 1849; elle n'a fait que la modifier.
Preuves, les articles suivants de la loi du 31 mai 1850 :
« Article 8. Ne seront pas inscrits sur la liste électorale et ne pourront être élus :
» Ll-s individus désignés aux paragraphes U''", 2, 3, 5, 6 et 7 de la loi du 15 mars 1H49.
n Article 16. Pour la confection des listes électorales dressées en exécution de la présente loi pour l'exercice 1850, toutes les règles prescrites par la loi du 15 mars 1849 seront observées.
» Article 17. Continueront à être cxi'cutées pour les élections do l'Algérie et des colonies les dispositions de la loi du 15 mars 1849. »
Donc, pour faire revivre la loi du 15 mars 1849 dans la plénitude de ses dispositions, il n'y aurait à voter que cette simple ligne :
La loi (lu 31 moi ISoO est abrogée.
Avis aux conseils généraux qui veulent la révision de la Constitution.
Qui veut la fin doit vouloir les moyens.
L'unique moyen de la révision possible de la Constitution est l'abrogation préalable de la loi du 31 mai.
Oui ou non, la loi du 31 mai est-elle une loi rétroactive ?
Oui ou non, s'est-elle bornée à statuer pour l'avenir et h exiger la justification des trois années de domicile des Français seulement qui, à partir de la promulgation de ladite loi, atteindraient à l'âge de majorité?
Certainement, une loi pourrait abaisser l'âge de majorité' des Français de 21 à 20 ans; mais une lai pourrait-elle rétroactivement l'élever de 21 ans à 25 ans?
Dans ce cas, que deviendraient toutes les transactions signées pendant toute la période où le contractant, après avoir acquis la capacité de contracter valablement, l'aurait légalement perdue ?
La loi de l'humanité est de marcher en avant et non pas de marcher en aiTière.
Cette loi, on ne l'enfreint pas impunément.
On ne l'enfreint pas sans tomber dans les perturbations sans nombre et les révolutions sans fin.
La loi du 31 mai nest pas seulement contraire à l'espiit de la Constitution ; elle est également contraire à la marche de la Nature.
Il est impossible que cette observation , dégagée de, tout esprit de parti, ne frappe pas par son évidence tous les hommes de bon sens et de bonne foi qui auront à traiter dans les conseils généraux la question si étroitement liée de la révision de la Constitution et de l'abrogation préalable de la loi du 31 mai.
21 août 1851.
La loi du 31 mai est abrogée.
La loi du 31 mai est maintenue.
Je vais examiner très sommairement l'une et l'autre de ces deux hypothèses.
§ 1. La loi (lu o 1 mai est obi^ogée.
Toute cause, et, pai" suite, toute appréhension de guerre civile disparaît.
Toute complication se dissipe.
Toute perspective de révolution s'éloigne.
Les élections ont lieu, en 1852, comme elles ont eu lieu en 1848 et en 1849.
Tout aussi tranquillement.
Sans le moindre désordre : ni avant, ni pendant, ni api'ès.
§ il. La loi du Ô'I mai est maintenue.
Il suffit que 1 exclu sur 1,000, 32,000 sur 3,200,000 considèrent comme une question d'honneur de reconquérir, fûtce même au j)éril de leur vie, le droit de suHrage qui leur a été enlevé, pour (juc le pai'ti démocratique tout entier soit obligé de faire cause commune avec eux. La résistance lui parût-elle imjjrudente, qu'il lui paraîtrait plus imprudent encore de ne s'y pas associer. Fmi etTet, si 32,000 exclus li-. vraienl une bataille et (ju'ils la perdissent, le parti démocratique n'en serait pas moins responsable que s'il l'avait livrée avec toutes ses forces léunies. Est-ce que la loi du 31 mai 1850 n'en est ])as elle-même l'incontestable preuve? Est-ce qu'elle n'a pas rendu 3,200.000 électeurs, appartenant à toute la Fiance, responsables de ce (jue 8,373 électeurs de Paris avaient donné, le 28 avril 1840. la majorité h -VL Eugène Sue au lieu de la donner h M. Leclaire ?
Une bataille ii outrance entre les partisans du sut-
frage universel el tous les défenseurs du suffrage restreint est donc inévitable en 1852, et c'est en ce sens que le Constitutionnel a eu parfaitement raison de dire : « La loi du 31 mai est la machine la plus infernale pour » allumer sur tous les points de la France la guerre » civile. »
Conclusion :
Lorsqu'on a pesé dans les balances de la réflexion l'une et l'autre de ces deux tiypollièses, est-il permis, je le demande, d'Iiésiter un seul instant entre elles?
A un péril douteux, préférer un péril certain; sous prétexte d'éviter une révolution, la rendre inévitable, n'est-ce pas de la démence ? n'est-ce pas de Tidiotisme ?
Après tout, est-ce que le sutTrage universel en est encore à l'état d'épreuve à tenter? Est-ce qu'il n'en est pas à l'état d'expérience accomplie, et qui a réussi au-delà de tout ce qu'en pouvaient et devaient attendre ceux qui l'avaient si longtemps repoussé et traité de chimère?
Moins que qui que ce soient, la Majorité parlementaire et l'Élu du 10 décembre ont le droit d'en médire et de s'en défier, car ils sont au suffrage universel ce que les fruits sont à l'arbre qui les a portés.
De deux choses l'une : ou la France pense comme eux et approuve leur politique, ou la France n'approuve pas leur politique et ne pense point comme eux.
Si elle pense comme eux, qu'ont-ils à redouter du suffrage universel?
Si elle ne pense pas comme eux, à quel titre lui imposeraient-ils leur opinion ?
S'abuseraient-il jusqu'à croire que ce sera en lui imposant leur opinion, qu'ils changeront la sienne ?
La femme colère qui brise son miroir, parce quïl lui a révélé une ride au front, efface-t-elle la ride en brisant le miroir?
L'homme absurde qui brise son baromètre parce qu'il lui a annoncé de la pluie, et que la pluie contrarie ses
projets, empêche-l-il qu'il ne pleuve, s'il doit, en effet, pleuvoir?
Avoir brisé le suffrage universel pour le punir d'avoir été sincère, c'est avoir imité la colère de cette femme et l'absurdité de cet homme, ^
C'est avoir pris l'effet pour la cause et l'ombre pour la proie.
11 y à des méprises funestes; celle-ci est réparable encore. Que de toutes parts ce qu'il y a, en France, d'hommes sensés et prévoyants élèvent la voix au-dessus des partis et demandent que cette méprise soit réparée, aussitôt que l'Assemblée législative sera de retour!
Malheur h eux, malheur h nous, malheur à tous s'ils ne le font pas, s'ils gardent le silence, car le maintien de la loi du 31 mai 1850, c'est, en 1852, la certitude d'une bataille où des deux parts couleront des flots de sang, où des deux côtés, victoire et défaite, seront également à redouter. S'il est vrai, ainsi qu'on en convient, que, de quelque côté qu'elle se tourne, la victoire soit à redouter à l'égal de la défaite, écoutez donc celui qui vous crie : Point de bataille!
2 septembre 1851.
VAssemblée nationale, VUnion, le Jounvil des Débats^ V'Orche, le Messager de V Assemblée ne veulent pas entendre parler de l'abrogation de la loi du 31 mai. Quelle peut être l'arrière-penséc de ces journaux ? Je la cherche vainement. Ils ne peuvent pas s'aveugler jusqu'à ce point de ne pas voir qu'en 1852 une ell'royaljlc balaille aura inévitablement lieu si la loi du 31 mai n'est pas rapportée. Ces journaux souhaileraient-ils donc une balaille, afin que la responsabilité en rejaillît sur l'Élu du 10 décembre, comme le sang versé en juin 1818 dégoutte encore sur le nom du général qui fut investi, h celle époque, de la dictalure ?
Vainement je m'efforce de trouver une raison qui ne soit point cclle-lh, je n'i-n puis trouver une autre.
L'ABROGATION DE LA LOI DU 31 MAI. i25
A la situation actuelle, il n'y a que deux dénouements possibles :
PAR LE SUFFRAGE UNIVERSEL, OU pai" LA GUERRE CIVILE.
On sait lequel de ces deux dénoueuieiits la Pr^^sse a choisi.
xvm.
10 septembre 1851.
Les deux plus opiniâtres défenseurs de la loi du 31 mai sont deux journaux jumeaux : VOrdve et le Messager de VAssemblëe. M. Chambolle est le Pollux de M. Solar, M. Solar est le Castor de M. Chambolle. L'Ort/re est le terrier dans lequel M. Thiers, chassé du Constitutionnel, s'est blotti. Le Messager de V Assemblée est le fourreau dont M. Changarnier est l'épée. Si la loi du 31 mai n'a pas de défenseurs plus aguerris, plus passionnés que l'une et l'autre de ces deux feuilles également dévouées h la candidature présidentielle de M. le prince de .loinville, l'Elu du 10 décembre n'a pas d'ennemis plus implacables et plus directs. Cela seul ne devrait-il pas suffire pour lui ouvrir entièrement les yeux sur l'urgente nécessité de proposer à l'Assemblée législative le rappel de la loi du 31 mai? Apparemment, si VOrd)-e et le Messager de ^Assemblée tiennent si fortement à cette loi, c'est que ces deux journaux, leurs patrons et leur candidat, y trouvent leur compte et y aperçoivent des chances que sans elle ils n'auraient pas. Le Constitutionnel est surtout l'objet de leurs attaques combinées et réitérées: parce que M. Véron insiste avec sens sur les dangers de maintenir la loi du 31 mai, ils l'accusent de vouloir, à l'exemple du vieux Caton, « détruire Carthage. »
Présumant que le ConstitutionneUeuv répondrait, je m'étais effacé.
Le Constitutionnel garde le silence.
En conséquence, je le romps.
Ce qui désespère 1' Ordre et le Messager, c'est qu'ils considèrent comme à peu près certain le prochain rappel de la
loi du 31 mai. Ce (jiii les jette clans le désespoir est précisément ce qui ranime en moi l'espérance : car ce que je souhaite ce n'est pas la lutte victorieuse, c'est le progrès pacifique.
Puisque VOrdre et le Messager tiennent tant à la loi du 31 mai, qu'ils me permettent de leur demander comment ils s'y prendraient pour en assurer l'exécution, c'est-à-dire pour empêcher de voter tous les exclus qui se présenteront h la porte des collèges électoraux, forts du droit qu'ils auront déjà exercé les 28 avril et 10 décembre 1848 et le 13 mai 1849, forts d'une existence à laquelle aucune condamnation judiciaire n'aura imprimé do tache?
S'ils se présentent en disant: Votre loi du 31 mai est nulle par trois motifs: premièrement, parce qu'il n'est pas au pouvoir de mandataires de révoquer leurs mandants ; deuxièmement, parce qu'elle est rétroactive ; troisièmement, parce qu'une loi d'urgence n'a pu se substituer à une loi organique, les repoussera-t-on, oui ou non. par la force des baïonnettes?
Si l'on est fermement résolu de repousser les exclus par la force des baïonnettes, il faut supposer trois choses: ou que l'on disséminera l'armée sur tous les points de la France, ou qu'au contraire on la concentrera sur quelques points principaux, ou, enfin, qu'on adoptera la folle idée d'une élection générale fractionnée par séries, idée si folle que VOrdre et le Messager eux-mêmes en ont ri. ce qui était, selon moi. lui faire encore trop d'honneur.
Première hypothèse : Disséminer l'armée, mais ce serait rendre également faibles tous les points.
Deuxième hypothèse : Concentrer l'armée, mais ce serait découvrir le plus grand nombre de poinis pour en couvrir exclusivement quelques-uns.
Troisième hypothèse : Fraclionner rélectiun générale. mais c'e serait l'eculer pour mieux sauter, puisqu'il est une élection générale qu'en aucun cas on ne pourrait fractionner : celle du 9 mai.
.le demande h VOi-dro et an Messager, qui raillent le
Consti'utionnel et la Presse, lariuclle do ces Irois allernativesMM. Chambolle et Solar adoptent ?
Mais la question est encore plus grave qu'elle ne le parait, réduite à ces termes, car elle se complique de la prétention transparente de l'Élu du 10 décembre 1848 à être réélu le 9 mai 1852, malgré la prohibition temporaire dont le frappe, de la manière la plus formelle, l'article h'6 de la Constitution.
Si la presse élyséenno ne tenait aucun compte de cette disposition acceptée sous la loi du serment, si elle enseignait impunément aux électeurs privilégiés le mépris de la Constitution, sur quoi le ministère public pourrait-il se fonder pour m'empêcher d'imprimer tous les jours, en grosses lettres d'affiches, sur la première page de mon journal :
« Français majeurs que la loi du 31 mai a interdits sans » jugement, électeurs souverains qu'elle a expulsés par fl millions, mandants irrévocables que vos propres manda- >' taires ont révoqués, h quel titre la loi du 31 mai vous lie- » rait-elle, lorsque la Constitution ne lie pas les électeurs « privilégiés à qui elle interdit de voter pour le président » de la République dont les pouvoirs sont sur le point d'ex- » pircr? Volez donc, votez tous! Plus votre nombre sera » grand, plus le tlanger sera petit. Toute résistance serait » vaine contre votre formidable unanimité. Il suffit que ') vous vous comptiez. Vous êtes trois millions deux cent » mille Français majeurs : que pourrait-on raisonnablement » entreprendre contre trois millions deux cent mille Fran- « çais, représentant une nation dans la nation et équiva- ') lanl au tiers de la population électorale? — Rien . abso- » lument rien. »
C'est donc sans aucune exagération que le Constitutionnel a dit de la loi du 31 mai qu'elle était « In machine la plus infernale povr allumer siu' tous les points la gaerre civile. »
Je porte lé défi à l'Ordre et au Messager, à M. Chambolle et à M. Solar ensemble ou séparément, non pas de soutenir le contraire, mais de le démontrei'.
Ce que je dis là, ce n'est pas pour les empêcher de défendre la loi qu'ils aiment tant ; au contraire, plus ils la défendront, et moins elle aura de probabilités d'existence.
La candidature du prince de Joinville a déjà eu cela de bon, qu'elle a porté le coup mortel au suffrage restreint.
Défenseurs de la loi du 31 mai, continuez donc de vous opposer au rétablissement du suffrage universel.
1? septembre 1851.
M. Solar répond pour lui et pour M. Chambolle aux questions que j'avais posées à ces deux intrépides défenseurs de la loi du 31 mai.
Je leur avais demandé comment ils s'y prendraient pour en assurer l'exécution, c'est-à-dire pour empêcher de voler tous les exclus qui se présenteront à la porte des collèges électoraux, forts du droit qu'ils ont déjà exercé les 28 avril et 10 décembre 1858 et le 13 mai 1849, forts d'une existence à laquelle aucune condamnation judiciaire n'a imprimé de lâche.
S'ils se présentent en disant : Votre loi du 31 mai est nulle par trois motifs : premièrement, parce qu'il n'est pas au pouvoir de mandataires de révoquer leurs mandants ; deuxièmement, parce qu'elle est rétroactive; troisièmement, parce qu'une loi d'urgence n'a pu se substituer à une loi organique, les repoussera-t-on, oui ou non, par la force des baïonnettes ?
S'ils ajoutent : A quel litre nousopposeriez-vous, à nous, électeurs exclus, la loi du 31 mai, quand vous n'opposeriez pas aux électeurs maintenus l'article 45 de la Constitution, qui annule tous les voles inconslilutionnellemenl donnés au président de la République, dont les pouvoirs expireront le 9 mai? Comment ! la loi fondamentale pourrait être impunément foulée aux pieds par six millions d'électeurs maintenus, et une loi spéciale devrait être superstitieusement r(>spectée par trois millions fl'élecleurs exclus?
Voici la réponse de M. Solar; elle mérite d'élie Iranscrile textuellement:
« Sur la premièi-e iiuestion, je répondrai : Rien n"e?t plus .simple, ?i le parti de l'ordre est d'accord, c'e.-t à dire s'il n'y a qu'une volonté. Je ne me préoccuperai c-n aucune façon de disséminer ou de concentrer l'armée. Je ferai afficher la loi pour que nul n'en ignore, et.je laisserai faire les élections. Supposons que la loi du 31 mai ait été respectée dans la majorité des collèges, violée dans la minorité ; l'élection se trouverait fractionnée du fait même des récalcitrants. On convoquerait à nue autre date les collèges dont les opérations auraient été annulées. Ces élections partielles auraient lieu alors sous la protection de la force armée. Yeut-on supposer que la loi aurait été violée dans tous les collèges ? — En ce cas^ le pouvoir législatifs d'accord avec le pouvoir ejécuHf, placerait la loi sous In prolectio» de Carfne'e, c'est à dire mettrait la France en état de siège. L'armée prêterait force à la loi, je n'en doute pas. Veut-on admettre le contraire' alors la révolution triompherait; n'aurait-elle pas triomphé également par le mépris et la violation de la loi ?
» Sur la seconde question, je réponds : Vous avez raison. La prétention inconstitutionnelle de M. Louis Bonaparte autorise la prétention illégale des exclus du 31 mai. Aussi combattons-nous à outrance la réélection du président de la République, et regardons-nous sa réélection comme la porte ouverte à la révolution.
» Tout s'enchaîne. :
» Candidature inconstitutionnelle, — division du parti de l'ordre, — lections illégales, — succès de la révolution ;
» Candidature constitutionnelle, — accord du parti de l'ordre, — élection légale, — succès du parti de l'ordre.
» M. de Girardin doit reconnaître que si nous n'avons pas de fausse» terreurs, nous n'avons pas non plus de fausses illusions. »
M. Solar ferait, dit-il, afficher la loi du 31 mai, afin que nul n'en ignnre.
Est-ce que le pair de France, préfet de police, G. Delessert, n'avait pas pris, dès le 20 février 1848, un arrêté qui était placardé sur tous les murs de Paris?
Est-ce que le 21 février M. G. Delessert ne publiait pas une proclamation aux habitants de paris?
Est-ce que le même jour une ordonnance contre les attroupements, relatant l'urdonnance du 13 Juillet 1831, n'était pas encore signée : « Le pair de France, préfet de police,