‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 107 sur 156 · G, DELESSERT · texte numérisé non relu

G, DELESSERT

Est-ce que ce même jour 21 février une proclamation

430 i!9âi.

AIjX GAKDES KAllONALX UU DÉPAUTEMENÏ DE LA SE1^K n'était

lias placardée sur tous les murs et signée : « Le lieulenant- » général commandant supérieur des gardes nationales du » département de la Seine, jacqueminot. '> — « Le général » chef d'étal-major général, carbonel? »

Eh bien ! quel effet ont eu ces proclamations? Quelle influence ont-elles exercée? O^i'ont-elles empêché?

Le surlendemain, 23 février, paraissait une autre proclamation ainsi conçue:

GARDE nationale Dt! DEPARTEMEKT PE LA SEINE.

Eta t -Major r/énéral-

« Paris, le 23 février 1848.

n Le lieuteiiinit-gi'iRTnl commandant supérieur s'empresse de prévenir ses camarades de la garde nationale de la Seine qn'il vient d'être informé officiellement que le ministère se retire, et qne le roi s'occupe de la composition du noiivpnn caliinet.

n f.f Ik'uifiirinl-géiit'val cummandanl supcrieur. •) JACQUEMINOT. »

Mais le 23féviier il était déjà trop tard !

Voilà à quoi servent les proclamations et les lois qu'on affiche !

Et cependant, qui pourrait comparer les deux situations?

Celle de 1848 et celle de 1852; celle de 1848, où il s'agissait simplement d'une interprétation douteuse de l'article 111, n" 3 du titre xi de la loi des 16-24 août 1790, appliquée à l'interdiction des banquets, et celle de 1832, où il s'agira d'empêcher de voter 3.200,000 mandants irrévocables, arbitrairement et rétroactivement révoqués par 433 mandataires élus pour trois années.

Le 21 février 1848, le gouvernement menaçait, le surlendemain 23 février il capitulait, le 24 février il fuyait.

Accuserez-vous d'imprévoyance le général Trézel, ministre de la guerre ? Accuserez-vous d'indolence le général Sébastian!, qui commandait la f^ division militaire? Accuserez-vous de lâcheté le général Jacqueminot. commandant supérieur de la garde nationale de la Seine? Ferez-vous remonter plus haut l'accusation, la ferez-vous remonter jus- (piau roi Louis-Philippe et à ses fils?

LABKOGATIO-N DE LA LUI Dl 31 MAI. Wl

Expliquez-vous.

Expliquez comment s'est faite la révolution du 24févriof et pourquoi elle n'a pas été étouRee.

Mais, en attendant que vous m'ayez donné sur ch point une explication catégorique, vous me permettrez un peu de me défier des gouvernements qui ont tous fui : à Paris, à Berlin, à V'ienne, à Munich, à Carlsruhe, à Rome, etc., etc., et de ne pas compter sur eux au jour de la In tic et du péi'il.

Vous faites deux suppositions : l'une où la lui du 31 mai serait respectée dans la majorité des collèges, et l'autre où la loi du 31 mai serait tenue pour nulle en fait et en droit dans tous les collèges. J'écarte votre première supposition qui est inadmissible, parce que partout la conduite des exclus de la loi du 31 mai sera la même ; si ce n'est par courage, ce sera par prudence. J'a horde votre seconde supposition. Vous dites que dans ce cas le pouvoir législatif, d'accord avec le pouvoir exécutif, placera la loi sous la protection de l'armée, c'est-à-dire mettra la France en état de siège.

C'est vous qui dites cela, vous les promoteurs de la candidature du prince de J ;)inville, vous les vengeurs de l'offense du général Changarnier! Ne voyez-vous donc point que ce serait la dictature donnée au président de la République, à l'élu du 10 décembre, à M. L.-N. Bonaparte, à votre ennemi personnel ?

Et par qui cette dictature lui serait-elle conférée ? Par une Assemblée législative dont peu de jours après les pouvoirs seraient expirés. Imaginez-vous ces deux pouvoirs : un pouvoir législatif et un pouvoir exécutif imposant le respect d'une loi rétroactive en violant eux-mêmes la loi fondamentale.

En vérité, quand je vais au fond de toutes les questions que recèle dans son gouffre cette loi fatale du 31 mai, je ne comprends pas, je ne puis pas comprendre qu'il se trouve un seul homme sérieux pour en prendre la défense et en vouloir le maintien.

C'est de la démence.

La loi du 31 mai abrogée, le suftrage universel rétabli, toute complication, tout péril disparaissent ; tout peut être ponctuellement prévu et exactement calculé ; avec la loi du 31 mai, avec le suffrage restreint, tout est inconnu, rien ne peut être prévu.

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