PROCLAMATION DU OOUVEKXEJIEST PROVISOIRE AU PEUPLE FP.ANÇAIS
" Un gouvernement rétrograde et oligarcliique vient d'être renversé par l'héroïsme du peuple de Paris. Ce gouvernement s'est enfui en laissant derrière lui une trace de sang qui lui défend de revenir jamais sur ses pas.
" Le sang du peuple a coulé comme en juillet ; mais cette fois ce généreux sang ne sera pas trompé. Il a conquis un gouvernement national et populaire en rapport avec les droits, les progrès et la volonté de ce grand et généreux peuple.
» Un gouvernement provisoire, sorti d'acclamation et d'urgence de la voix du peuple et des députés des départements dans la séance du 24 février, est investi momentanément du droit d'assurer et d'organiser la victoire nationale. 11 est composé de MM. Dupont (de l'Eure), Lamartine, Crémieux, Arago (de l'Institut), Ledru-Rollin, Garnier-Pagès, Marie.
" Ces citoyens n'ont pas hésité un instant à accepter la mission patriotique qui leur était imposée par l'urgence. Quand le sang coule, quand la capitale de la France est en feu, le mandat du gouvernement provisoire est dans le péril et dans le salut public. La France entière le comprendra et lui prêtera le concours de son patriotisme. Sous le gouvernement populaire et républicain, proclamé par le gouvernemeilt provisoire, tout citoyen est magistrat.
i> Français I donnez au monde l'exemple que Paris a donné a la France. Préparez-vous par l'ordre et par la confiance en vous-mêmes aux institutions fortes que vous êtes appelés à vous donner.
Il Le gouvernement provisoire déclare que la République ) est adoptée provisoirement pur le peuple de Paris
la forme républicaine ) et par lui ;
mais que ni le peuple de Paris ni le gouvernement provisoire ne prétendent substituer leur opinion k l'opinion des citoyens consultés en assemblées primaires sur la forme définitive de leur gouvernement.
" L'unité de la nation, formée désormais de toutes les classes de citoyens qui lu composent.
576 tSSi.
" Le gouvernement de la nation par elle- même. >> La liberté, l'égalité et la fraternité pour principes. >i Le peuple pour devise et potir mot d'ordre.
)i Voilà le gouvernement que la France se doit a elle-même, et que nos efforts vont tendre à lui assurer, ji L'bre du peuple s'est ouverte le 24 février 1848. "
» Cette pièce ne porte que les signatures de MM. Crémieux, Lamartine et Marie.
» Les passages soulignés furent remplacés par celui-ci :
« Le gouvernement provisoire veut la Ré^ix\)\i({ne, sauf ratification par j> le peuple, qui sera iimnédiatement consulté. »
» Et toutes les signatures furent apposées.
» Un résumé en quelques lignes fut. sur-le-champ jeté par les fenêtres et affiché. Je ne l'ai connu que plus tard. Il contenait ces mots :
" Citoyens, le gouvernement provisoire déclare que le gouvernement actuel de la France est le gouvernement républicain, et que la nation sera appelée immédiatement a ratifier par son vote la résolution du gouvernement provisoire et du peuple de Paris. »
{Mémorial de 1848. — cabsot.)
Ce document montre en quels termes, avec quels scrupules et sous quelles réserves la République fut proclamée le 24 février par le gouvernement provisoire.
Où étaient les royalistes du 4 juin 1814 et du 9 août 1830, le 24 février 1848, lorsque de toutes parts se faisaient entendre, sur la place de l'Hôtel-de-Ville, les cris répétés de Vive la République ? Etaient-ils dans la foule pour imposer silence à ses cris et pour les étouffer sous ceux-ci : Vive la Royauté ?
Où étaient-ils?
Nous allons vous le dire.
Ceux qui ne s'étaient pas cachés criaient plus haut q^ue les républicains : Vive la République ! Ceux qui ne criaient pas : Vive la République ! c'est qu'ils s'étaient cachés. Ceuxlà, c'étaient les plus braves, car c'étaient les moins hypocrites.
Les royalistes accusent le gouvernement provisoire d'avoir, le 24 février, proclamé la République sans avoir préalablement consulté la France ; mais, eux-mêmes, que faisaient-ils? Est-ce que ce n'était pas une manière de ])roclamer la République et de la i-ccdiiiiaHrc (pie (K- lui ap-
porter tous à Tenvi leur tribut, sous forme de sonscription en faveur des blessés ?
Ces souscriptions ne sont pas inutiles à rappeler ; ouvrez le Moniteur universel, vous y trouverez ce qu'on va lire :
.Moniteur universel : 27 février.
« Les banquiers de Paris viennent de donner spontanément une preuve de patriotisme qui les honore. Ils ont ouvert, en faveur des blessés de février, une souscription qui, en moins d'une heure^ a été couverte d'un crand nombre de signatures et a produit 211,500 francs.
» Cette somme, mise par M. Gouin, au nom des banquiers de Paris, a la disposition du gouvernement provisoire de la République, est non seulement un acte d'humanité, mais encore un acte d'ÉCLATAKTE adhésion à Vordre nouveau. »
A. Gouin et comp 1.5,000 fr.
Périer frères 12,000
Baudon et comp. 15,000
Mallet frères 12,000
Delessert et comp. 12,000
Fould et Fould-Oppenheim 12,000
Ganneron et comp 15,000
Béchet, Dethomas et comp. 15,000
A.d'Eichtal 12,000
Paccard, Dufour et comp 4,000
Lecointe, Desart et comp. 4,000
Delahante et comp. 4,000
A. Dassier 4,000
A. Sellière 4,000
Clavelle, Doisy et Pinart 1,000
A. Mormart et comp. 4,000
Chauviteau et comp. 1,500
F. Durand et comp 4,000
Schneider et comp 1,000
Pillet-Will et comp. 12,000
Blaque, Certain, DrouilJard et comp. . . 1,500
Jacques Lefebvre 4,000
Gabriel Odier 5,000
Thurneissen et comp 6,000
Ferrère-Laftitte 10,000
Blanc, Mathieu et comp 6,000
A. de Warnetcomp 3,000
Hottiugaer et comp. 12,000
Total 211,500 fr.
578 tSôl.
« Le Moniteur universel, journal officiel de la République française, a versé à la mairie du 11» arrondissement 2,000 fr. pour les blessés de février. »
« Le gouverneur de la Banque de France a mis aujourd'hui à la disposition du gouvernement une somme de 100,000 fr. votée par le conseil général de la Banque, pour les blessés et les familles des victimes des 23 et 24 février. »
« La Chambre des avoués du tribunal civil de la Seine, réunie extraordinairement le 26 février, dans le local de ses séances, avec l'adjonction de MM. Louveau, Petit-Dexmier, Mercier, Varin, Delorme et Guérin, membres de la compagnie, arrête :
» Qu'une somme de 6,000 fr. sera offerte, au nom de la compagnie des avoués, au gouvernement provisoire de la République, pour être appliquée à secourir les blessés.
» Arrête également qu'expédition de cette délibération sera adressée à MM. les membres du gouvernement provoire.
» R.-p. BAUDY, président.
» Pour le secrétaire,