TIGE DU PEUPLE
Le National est à l'état d'énigme ; on se questionne encore pour savoir ce qu'il a voulu dire. Est-il pour la patience, est-il pour la justice ?
Si, comme nous le pensons, le National se rallie hautement à l'opinion des journaux le Crédit, la Démocratie pa-
cifique, VEvénement. la Presse. la République et le Siècle, la Fo?x (/m Peuple restera donc seule de son avis.
Il ne faut pas s'abuser : depuis le 24 juin 1848, toutes les mesures ont été prises, à Paris, pour empêcher toute insurrection, si légitime qu'elle pût être, de se transformer en révolution. Le gouvernement ne reculera devant rien, tout l'atteste : ses précautions et ses approvisionnements de munitions.
Exposer un peuple souverain, la veille, à n'être plus, le lendemain, qu'un peuple vaincu, c'est assumer sur sa tête une l'csponsabilité que. poui' notre compte, nous déclinons solennellement. "
Si la Voix du Peuple et si le National l'acceptent, il importe que ces jommaux sachent bien à quoi cela les engage ! Cela les engage à marcher et à tirer les premiers. Le temps est passé où les écrivains, comme en juin 1832, avril 1834 et juin 1848, envoyaient le peuple se faire tuer aux barricades, tandis qu'ils évitaient, non seulen)ent de s'exposer, mais même de se compromettre.
On ne peut plus, on ne doit plus aujourd'hui conseiller que ce que soi-même on est fermement déterminé à faire.
Aussi n'épargnerons-nous rien pour enqiêcher qu'on ne commette la faute, irréparable peut-être, de localiser la résistance à Paris. Au lieu de la restreindre, c'est à l'étendre (pril faudrait s'appliquer si le suIVrage universel était « confisqué, » s'il pouvait l'être !
Dira-t-on que restreindre le suffrage universel c'est le confisquer partiellement, attendu que c'est enlever leui' droit de sufl'rage à des électeurs qui en jouissaient, attendu ([ue c'est faire retomber en étal de minorité politique des citoyens que la Constitution et la loi avaient émancipés? Assurément, ce n'est pas nous qui combattrons cette opinion; mais, si elle n'est pas partagée par la majorité de l'Assemblée nationale, si le projet de M. Baroche est voté d'urgence, quelle garantie aura-t-on (pfen jouant la même partie, qu'on a i)erdu(^ le 13 juin IS'iO, cette fois on la gagnera? Est-ce (|uc si l(>s ai'licles '2 ici 2.") de la Constitution
sonl formels, les arl'cles 5 et 54 ne l'étaient pas en juin 1849? Est-ce que l'opposition sera plus forte parce qu'elle aura de moins dans ses rangs M. Ledru-Rollin et tous ceux des représentants qui ont été condamnés par la Haute-Cour de justice de Versailles?
Il est incontestable que le projet de loi « fausse le prin- » cipe de la Constitution^ viole les garanties de la liberté et » attente aux droits des citoijens^ les remet enfin en question » par une politique ouvertement contre-révolutionnaire; » mais si Vesprit de la Constitution est faussé, la lettre en est. respectée. Cette hypocrisie est un hommage que la Réaction rend à la Constitution ; profitons-on ! Faisons tourner ce reste de pudeur à notre avantage et au triomphe de la Liberté et du Progrès !
Le nombre absolu des électeurs de la France sera diminué, nous en convenons : mais aussi, nous n'en doutons pas, \e nombi'e relatif des électeurs de l'opposition se grossira de toutes parts et suffira, dans deux ans, pour faire revivre légalement le nombre absolu, sans lutte, sans rien donner au hasard, sans faire courir à la Liberté aucun péril.
Telle est notre conviction profonde, et cette conviction s'appuie sur des faits si nombreux, si éclatants, qu'il est possible qu'ils éclairent et divisent la majorité de l'Assemblée nationale.
Nous le souhaitons plus que nous ne l'espérons ; mais, quel que soit le vote de la majorité, il n'ébranlera pas notre ferme résolution de n'opposer à l'hypocrisie de la violence que la patience du droit.
m PROCES WOS NE FEKA PAS.
•' L'Assemblée nationale confie le dépôt de la piéieute Constitution et des droits qu'elle consacre î Ia sarde et au patriotisme de tous les Fiançais. •• CossxmiioN. art. 110.
12 mai 1850.
La presse autorisée, la presse privilégiée, annonce que le ministère doit déposer, demain lundi 13 mai 1850, une demande eu autorisation de poursuites contre M. Napoléon Bonaparte à raison de la lettre qui suit :
Aux électeurs des départements de la Sarthe et de la Charente- Inférieure.
« 10 mai 1850.
» Citoyens,
» Le pouvoir exécutif a présenté une loi qui porte une atteinte grave au suffrage universel, en retrancliant plusieurs millions d'électeurs.
B Dans ces circonstances, je viens vous exposer ma conduite. Mon nom, la part que j'ai prise à l'élection du 10 décembre, feraient de moi un complice du pouvoir, si je n'étais son adversaire.
» Puisant mes convictions dans ma seule conscience, j'ai rempli un pénible devoir en déposant la déclaration suivante sur le bureau de l'A:^ semblée nationale :
" Attendu que la souveraineté du peuple réside dans l'universalité des citoyen»;
» .\ttendu que la souveraineté est inaliénable, imprescriptible, et qu'aucune fraction du peuple ne peut s'en attribuer l'exercice;
" Attendu que les représentants du peuple n'ont d'autres pouvoir» que ceux que 1« peuple leur a délégués ;
II Attendu que'le mandataire ne peut andantlr le droit du mandant, sans ddtruire son mandat ;
" Attendu que le droit de suffrage est un droit primordial, au-dessus de tous les autres ;
II Attendu que le projet de rëfoiine électorale, s'il était converti en loi, priverait une fraction importante du peuple de son droit souverain ;
II Le soussigné, représentant du peuple, déclare solennellement qu'il persiste dans la ligne de conduite qu'il a commencé de suivre, en demandant la question préalable ;
11 Qu'en conséquence, fîd'ele au principe de la souveraineté du peuple et îi la Constitution, ne se reconnaissant pas le droit de porter atteinte au suffrage universel. Il pro:este par son abstention contre une mesure révolutionnaire.
" XaPOLÉON BONAPARTE. "
» L"As>eiribk-e nationale, je l'espère, ne vomira pas suivre de funestes conseillers.
> La majorité ne voudra pas violer la Constitution et outrager ses mandataires ; et, si elle n'a pas repoussé cette réforme par la question préalable, espérons jusqu'au dernier moment qu'elle rejettera l'ensemble de la loi.
» S'il en était autrement, nous aurions à examiner s'il n'y a pas lieu d'ovganiser le refus de l'impôt!
)i Comme le suffrage universel doit être la force organisatrice de la France républicaine, le refus de l'impôt doit être sa force de résistance.
» A ces liommes insensés et mauvais qui vous disent que la France et la société sont perdues par l'exercice régulier, pacifique du suffrage universel, répondez, l'histoire à la main, que pas un attentat n'a été commis par les gouvernements sans invoquer les mêmes raisons.
» Vous voyez, mes cliers électeurs, combien notre situation est grave et combien la prudence, la sagesse, qui désertent l'esprit de certains hommes, doivent se réfugier dans l'esprit du peuple !