DIFFÉRENCE EN MOINS
Voilà le fait !
Maintenant,, comment ces 3,225,000 Français recouvreront-ils le droit ([ui leur a été enlevé ?
Voilà la question !
.Te ne sais que deux moyens :
Pacifiquement, par l'abrogation de la lui.
Révolutionnairement, par la guerre civile.
Tout ce qui rend l'abrogation de la loi plus difficile rend la guerre civile plus probable.
Au contraire, tout ce qui donne une facilité à l'abrogation de la loi ôte une probabilité ii la guerre civile.
Est-il vrai, oui, ou non, queleA'f?//o/)o7 a fait toutce(iu'il fallait faire et dit tout ce qu'il fallait dire pour fournir à MM. Faucher et Baroche des arguments décisifs sur l'esprit
du président de la République, s'il eût été moins ferme dans sa résolution d'abrogation de la loi du 31 mai?
Est-il vrai, oui ou non, (jue l'abrogation complète de la loi du 31 mai, proposée simplement par voie d'initiative individuelle d'un ou de plusieurs membres de l'Assemblée législative, n'aurait pas été votée ?
Si cela est vrai, si cela est incontestable, la conséquence des articles du National c'est le rétablissement du suffrage universel par le moyen extrême, par la guerre civile.
Unir, dit le National, l'abrogation de la loi du 31 mai à la révision de la Constitution, '( c'est compliquer la question si simple du rétablissement du suffrage universel. »
Si la question du rétablissement du suffrage universel est si simple à dénouer sans le président de la République pesant du poids de toute sa volonté, que les amis du National qui sont représentants du peuple essaient donc de la dénouer sans lui ! Qu'ils déposent une proposition d'abrogation complète, et l'on verra combien cette proposition, combattue par MM. Faucher, Raroche, Rerryer, Mole et Thiers. réunira de voix sur 750 votans !
Je suis accoutumé à l'injustice et à l'ingratitude des partis dont j'ai pris tour à tour la défense, car tous se sont alternativement opprimés ; aussi ai-je lu sans surprise dans le National, mais non sans pouvoir retenir un sourire de dédain, que « aux impossibilités de fond que je semblais » accumider à plaisir contre la restitution du droit de suf- » frage en solidarisant cette mesure avec la révision, fa- » joutais par surcroît une difficulté de forme. »
Je ne crois pas que jamais la plaisanterie ait été plus loin.
Ah! le renvoi de MM. Faucher et Raroche nuit au rétablissement du suffrage universel.
Eh bien! que le National, qui a tant fait pour les empêcher de partir, fasse un effort de plus pour obtenir qu'ils restent. Peut-être n'est-il pas encore absolument impossible que M. L.-N. Ronaparte renonce à sa détermination et qu'il laisse la loi du 31 mai s'abroger toute seule.
Le National parle d'une difficulté de forme.
670 tSâi.
Laquelle ?
C'est qu'il faut trois lectures, à un mois d'intervalle chacune, et les trois quarts des voix pour la révision de la Constitution, tandis qu'une seule lecture d'urgence et la majorité absolue suffisent pour l'abrogation de la loi du 31 mai.
Est-ce donc là une objection sérieuse ?
Qu'importe que l'abrogation de la loi du 31 mai soit votée en novembre 1851 ou en février 1852! Ce qui importe, c'est qu'elle soit votée avant l'époque où auront lieu les élections. Dans ce cas, si l'abrogation et la révision étaient liées, il suffirait d'en faire les deux termes d'une proposition ainsi conçue :
« L'Assemblée nationale émet le vœu que la Constitution soit nioditiée flans toutes celles de ses parties dont l'expérience a révélé les défauts ou les dangers. Ce vœu est émis sous les réserves expresses,
» Que toutes les formalités prescrites par l'article 111 seront observées;
» Que les élections générales, à l'effet de nommer l'Assemblée de révision, auront lieu conformément aux dispositions de la loi du 15 mars 1849 ; la loi du 31 mai 18-30 étant déclarée complètement abrogée. »
Mais la question a changé de face par la manière dont le président de la République l'a posée aux ministres qu'il a congédiés.
Il ne leur a pas parlé de révision de la Constitution, il leur a parlé uniquement de l'abrogation de la loi du 31 mai.
Sans doute le président de la République aura compris qu'il était moins intéressé à la révision de la Constitution que les divers partis qui composent l'Assemblée législative.
Je ne serais même pas étonné qu'il ne la souhaitât plus, et qu'il considérât les chances d'une réélection inconstitutionnelle comme moins improbables que les chances d'une réélection votéepar une Assemblée révisionnaire, composée de 900 membres élus par dix millions d'électeurs.
La question de révision qui me paraissait avoir une grande importance, rne semble l'avoir peidue, et je l'aurais laissée à l'écart si le National ne m'avait contraint d'y revenir.
Je ne le regrette pas d'ailleurs, car il est bon que les républicains s'éclairent sur celte question et acquièrent la conviclion qu'ils n'ont qu'à gagner à la révision de la Gon-
stitulion ; il n'y a que MM. Cavaignac ot Changarnier qui aient à y perdre. Ce qui est le plus favorable à la candidature de l'un et de l'autre, c'est le maintien du suffrage restreint et le rejet de la révision. Ainsi s'explique comment le National et le Siècle tendent au même but que VAssembléc nationale et VUnion, par un chemin opposé, à l'affermissement de MM. Faucher et Baroche.
Encore un mot au National^ qui constate que je n'ai pas répondu à l'article où il m'interpellait en ces termes :
« La Presse nous attribue la pensée de faire passer la candidature du général Cavaignac avant le i-éiablissenient du suffrage universel. Nous ne disons pas, comme elle, que c'est « une intention qui peut être contestée ; » nous nions formellement, et, à l'appui, nous déclarons ceci : Non seulement le général Cavaignac, pas plus que tout autre, n'est le candidat du National; non seulement nous ne ferons rien, ni directement ni indirectement en faveur de cette candidature, mais plus encore, nous prenons l'engagement de la combattre énergiquement si, par impossible, elle se produisait après que le choix de la majorité des républicains se serait porté sur un autre nom. La Presse, est un organe démocratique; elle appfirtient comme nous au parti républicain socialiste ; elle se soumettra donc, comme nous, au choix du conclave ou de la réunion préparatoire qui dr-cidera du candidat à la pré.-id(.'noe. Eh bien ! qu'elle fasse, à propos de M. Bonaparte, la même déclaration que nous à propos du général Cavaignac; nous ne lui en demandons pas davantage. Nous n'aimons pas plus que la Presse les grands mots et les phrases. Combattra-t-ellc, au profit du candidat, quel qu'il soit, du parti républicain-socialiste, la candidature de M. Bonaparte? C'est un oui ou un non qu'il nous faut. »
Je croyais avoir suffisamment répondu à cette question en disant:
« Ceux qui, comme moi, acceptent la révision de la Constitution, apm l'abrogation de la loi du .31 mai, ne proposent qu'une seule chose : la nomination d'une Assemblée de révision composée de neuf cents constituants élus par dix millions d'électeurs. »
Puisque le National ne juge pas cette réponse suffisante, voici ce que j'ajoute :
Si le suffrage universel n'est pas complètement rétabli, je
prends le même engagement que le National, celui de me soumettre, ainsi que lui, au choix du conclave ou de la réunion préparatoire qui décidera du candidat à la présidence; mais si le suffrage universel est rétabli, je ne prends dans ce cas qu'un seul engagement, c'est de tout faire pour en assurer la liberté et la sincérité.
Je comprends que l'on se serve d'un expédient pour reconquérir un principe, mais je ne comprendrais pas qu'on sacrifiât un principe à un expédient.
Si je m'efforce si péniblement à ressaisir le suffrage universel, ce n'est pas pour l'immoler.
Je suis dévoué au Peuple, je ne le suis pas à un parti, de quelque nom qu'il se décore.
La feuille démocratique à laquelle je vais répondre a pour titre : le National.
Le mandement qui déclare la Presse « en dehors des principes démocratiques, » servile contrefaçon du mandement de Mgr Févèque de Luçon, est signé : Léopold Duras.
Ah ! la Presse « s'est placée en dehors des principes démocratiques, » parce qu'elle a préféré le rétablissement du suffrage universel, par l'abrogation de la loi du 31 mai, au rétablissement du suffrage universel par la guerre civile.
Ah ! la Presse « s'est placée en dehors des principes démocratiques, » parce qu'elle est avare du sang du peuple, et qu'avant de se risquer à le faire couler, elle a épuisé tous les moyens de conjurer une pareille extrémité.
Ah ! la Presse « s'est placée en dehors des principes démocratiques, » parce qu'au lieu de fournir à M. Léon Faucher tous les arguments qui étaient de nature à ébranler la résolution de M. Louis Bonaparte, elle a invoqué toutes les considérations qui pouvaient engagei" M. Louis Bonaparte à tenir bon contre M. Léon Faucher.
Ah ! la Presse s'est placée « en dehors des principes dé-
LA RÉVISION DE LA CONSTmiTION. 073
inocraliques, » parce qu'elle a concouiu, autant qu'il était en son pouvoir d'y contribuer, au dénoûnienl du 14 octobre 1851, dénoûnient que le parti démocratique considérait comme impi-obable et que les partis loyalistes (juali- (iaient, encore la veille, d'impossible.
Qui êtes-\ ous donc . monseigneur, ])our vous poser ainsi en pape infaillible, en pape excouuuunicateur '?
Vous êtes le rédacteur en chef d'un journal qui, du 25 février au 10 décembre 1848, a fait défaut aux plus hautes questions de liberté et de justice; vous êtes le rédacteur en chef du journal de l'étal de siège et de la transportalion sans jugement.
l/ornière politique qu'on suit depuis trois ans, ce sont tous vos amis qui l'ont creusée : M.Armand Marrasl, M. Jules Bastide, M. Eugène Gavaignac, M. Senard, M. Marie, etc., etc.
S'ils n'avaient pas faussé tous les principes , s'ils ne les avaient pas dogmatiquement subordonnés à de prétendues nécessités , si le National n'avait pas été le journal de l'armée, quand il fallait être le journal du peuple, le suffrage universel n'eût pas été supprimé, car il n'eût pas été possible qu'il le fût.
Avant d'être légalement supprimé, il n'eût pas été politiquement dénaturé.
Il a été dénaturé le jour où s'est formée à Paris VUnion électorale, et, en concurrence de l'Union électorale, le Conclave démocratique.
L'Union électorale, c'est la minorité active qui impose ses choix à la majorité passive.
Le Conclave démocratique, c'est le suffrage indirect et restreint, au lieu du suffrage direct et universel.
La formation du Conclave démocratique a pu être une conséquence nécessaire de la fondation de l'Union électorale, mais ce n'en est pas moins une institution détestable que J'ai pu subir, dont j'ai ))u profiter, mais contre laquelle j'ai toujours protesté.