IX. 4S
674 tSôl.
Cependant je suis prêt à l'admettre et à la subie encore, si la loi du 31 mai n'est pas complètement abrogée.
"— Pourquoi?
Parce que, si le suffrage restreint était maintenu, ce qui importerait ce ne serait pas le nom de l'Élu ; ce qui importerait, ce serait le triomphe du droit, et que le seul moyen d'assurer ce triomphe ce serait de faire, à tout prix, l'unité démocratique, et de lier, par tous les moyens, les trois millions d'exclus en un faisceau invincible.
Ce que j'ai dit, je le répète donc : si la loi du 31 mai n'est pas complètement abrogée, si le suffrage universel n'est pas rétabli lorsque sera venu le grand jour du vote national , je prends l'engagement solennel de me soumettre au choix du conclave ou de la réunion préparatoire qui désignera le candidat à la présidence de la République ; mais si, comme je l'espère , le suffrage universel a été rétabli, non seulement, dans ce cas, je reprendrai ma liberté, mais j'en userai pour combattre toute proposition de conclave.
En temps de guerre, j'admets la discipline: mais, en temps de paix, je n'admelsque la liberté.
Si le suffrage universel était rétabli; si les dix millions d'électeurs qui ont voté le 10 décembre 1848 étaient appelés à voter librement le 9 mai 1832, je ne comprendrais pas qu'ils se laissassent imposer le choix d'un candidat par 86 délégués, un par département, ou même par 360 délégués, un par cent mille habitanis, nommés sans garanties suffisantes.
Ce ne serait même plus le suffi'age restreint, ce serait le suffrage détruit.
Que ceux qui mettent la République au-dessus du suffrage universel mettent également au-dessus du suffrage universel le Conclave démocratique, cela se conçoit de leur part; mais de la mienne, ce serait une inconséquence.
Au-dessus du suffrage universel, je ne mets rien: je n'y saurais mettre le Conclave démocratique.
Quand je vois un peuple trouver tout simple de prendre pour régulateur du suffrage universel le Conclave démo-
cralique, il me semble voir un capitaine de vaisseau cuiisuller un sablier pour vérilier quelle heure sa montre marine doit marquer.
C'est IVnfanee du droit de sullrage.
La profondeur et la sincérité de ma conviction à cet égard sont attestées par tous les travaux auxquels je me suis assidûment livré, afin de trouvei" un mode de suffrage universel qui égalât en précision notre système métrique.
Il se peut que je n'aie pas pleinement réussi à le trouver, mais du moins l'ai-je laborieusement et opiniâtrement cherché.
Par la sincérité du suffrage universel , délivrer la France de l'esclavage dans lequel la tiennent, chacun à son tour, tous les partis qui se succèdeiU les uns aux autres : tel est le but que je poursuis; ce but, je le sais, n'est pas le vôtre.
Vous visez à la conquête» du pouvoir, je vise !au triomphe de la liberté.
Ce n"est pas de l'orthodoxie que vous faites; c'est de l'hypocrisie. »
L'ineffaçable passé qui vous 'condamne est là pour l'attester.
Et lorsque vous avez à porter le poids d'un tel passe, lorsqu'une telle poutre est logée dans votre œil. c'est vous, le National, qui déclarez la Presse en dehors des principes démocratiques.
De quel droit?
Vous, le Xational! une feuille democi'atique... non, vous ne fûtes jamais et vous n'êtes encore qu'une feuille révolutionnaire.
Détruire ne suffit pas ; il faut remplacei-. ■ Ce que les h;)mmes sortis de vos bureaux ont détruit, je le sais; ce qu'ils ont organisé, je vous le demande.
Le 25 juin 1848, M. Jules Bastide, l'un de vos anciens rédacteurs principaux, montait a la tribune pour réclamer, sans une seconde de retard , la mise de Paris en état de siège : et le 13 juin 1849. un an après . il marchait à la tête
de la manifestation que dissipait la fumée de la cigarette du général Changarnier.
Ah! si la démocratie n'avait eu que vous pour la défendre, elle subirait en France le sort qu'elle subit à Rome, à Milan, à Vienne , à Berlin, dans toute l'Italie et dans toute l'Allemagne.
19 octobre 1851.
Le National avait fait un article fort entortillé, qu'il éprouve le besoin de rendre un peu plus intelligible. Mais plus il tente de le débrouiller, et plus il l'embrouille.
Il s'agit de la question des candidatures à la présidence de la République.
Le National explique que, s'il s'en est occupé ainsi qu'il l'a fait depuis un mois, c'est qu'il n'a jamais douté que la loi du 31 mai, votée par 433 représentants, ne s'abrogeât d'elle-même et toute seule.
Il n'a jamais raisonné que dans l'hypothèse et la certitude du rétablissement du suffrage universel.
Autrement, il ne se fût pas un seul moment occupé de la question des candidatures.
Le National^ sans qu'il s'en aperçoive, donne pleinement raison à la Presse, lorsque celle-ci lui disait crûment, le 20 septembre 1851 : « De quoi vous mêlez-vous ? La question de candidature à la présidence ne vous regarde nullement ; elle regarde exclusivement ceux qui, comme la Presse, attendent l'abrogation de la loi du 31 mai de l'espoir que fonde le président de la République sur la révision de la Constitution. Puisque vous ne voulez pas de la Révision, préparez-vous à la Révolution. Tel est votre rôle, vous n'en avez pas d'autre, »
La Presse, elle, avait prévu deux éventualités et s'y était préparée.
L'éventualité pacifique, c'est-à-dire le rétablissement du suffrage universel par l'abrogation de la loi du 31 mai ;
L'éventualité révolutionnaire, c'est-à-dire le cas où, le suffrage restreint étant maintenu , on fractionnerait en quatre dimanches et en quatre régions les élections départementales, afin de pouvoir concentrer les troupes.
Aussitôt que ce projet, adressé aux conseils généraux, s'était révélé, la Presse l'avait dit : il n'y aura qu'à s'abstenir, il n'y aura qu'à laisser voter la Réaction toute seule, et qu'à attendre l'élection nationale du 9 mai, celle-ci ne pouvant être fractionnée.
Pour ce cas, il fallait un nom île candidat qui fît l'unité démocratique, et le seul moyen de la créer etde commander la discipline universelle, c'était un Conclave.
Restait la question de savoir comment serait institué et composé le Conclave, question délicate, inextricable, presque insoluble; mais lorsque le navire sombre, on ne chicane pas la solidité du radeau.
Aussi étais-je résigné à fermer les yeux et à accepter quelque nom que ce fût qui eût été proclamé par le Conclave.
Entre la liberté absolue et la discipline absolue, je ne sais pas de terme moyen.
Ce qui me fait tant abhorrer la guerre, c'est la discipline.
Ce qui me fait tant aimer la paix, c'est la liberté.
Si le sulfrage universel n'était et ne devait être que la discipline universelle, que vaudrait-il? Une vaudrait certes pas le sang qu'on aurait versé pour le reconquérir.
Le National est moins difficile, car il termine par ces mots son explication qui n'explique rien :
« Lorsque nous déclarons nous soumettre par avance au choix, quel qu'il puisse être, de la majorité de notre pakti, nous entendons que ce choix, sorti, dans une épreuve préparatoire, de la volonté de TOUS les républicains, sera sanctionné par TOUS les républicains en 1852. »
Si le Conclave ne devait pas être uniquement un moyen exceptionnel, une déplorable extrémité, un instrument de guerre, je demanderais au National à quoi bon alors le suffrage universel, si c'est pour que cinq ou six millions d'électeurs, abdiquant toute liberté de penser et de raisonner, de réfléchir et d'agir, et obéissant au commandement de
deux ou trois cents meneurs, déposent machinalement leurs bulletins et volent comme des soldats qui déchirent passivement leurs cartouches et font feu ?
20 octobre 1851.
Le National est animé d'une confiance quMI exprime en ces termes :
«Nous avons confiance que la loi du 31 nuii sera rapportée, mais ce ne sera ni à M. Bonaparte ni à ses amis que nous devrons ce rappel. C'est la pression de l'opinion publique, c'est la manifestation Je la volonté po}iutaire, qui forceront l'Assemblée à rétablir le suffrafje universel. »
La pression de l'opinion publique ne s'est-elle donc pas suffisamment exercée depuis un an? La volonté populaire ne s'est-elle donc pas clairement manifestée? Ne faut-il donc compter pour rien l'abstention systématique des électeurs du Nord, du Cher, des Landes, de la Haute-Vienne et de la Dordogne ? Que peut-on demander et espérer de plus? Rien assurément. Eh bien! quelle influence ces abstentions significatives ont-elles exercé sur l'esprit de la majorité? C'est VAssemblée nationale qui va répondre au National :
« Les dissidences ne sont pas aussi profondes que l'on peut le croire ; devant un péril imminent, devant une menace de naufrage presque certain, les flissidences s'effacent vite. Est-il sage, lorsqu'il faut s'unir, de laisser grandir le péril et d'attendre que le naufrage soit consommé ? Le temps n'est-il pas venu d'opposer à cette politique de calcul privé, à cette politique d'usurpation, la politique d'abnégation, la politique de l'union? Cette décision de l'union ne fut jamais plus évidente, plus absolue. »
Traduction: « Légitimistes et orléanistes, fusionnez-vous, unissez-vous, pour repousser et l'abrogation de la lui du 31 mai et la révision de la Constitution. »
J'admets que ce conseil prévale ; qu'arrivera-t-il ?
Il arrivera que, lorsque le jour sera venu de se compter, il faudra se battre.
. Le National et VAssemblée nationale arrivent ainsi a la
jnême conclusion par les deux points opposés. Le National ne veut plus de l'abrogation de la loi du 31 mai, si elle est le chemin de la révision de la Constitution, et VAssemblée nationale no veut plus de la révision de la Constitution, si elle est le chemin de l'abrogation de la loi du 31 mai. Ce rapprochement n'est-il pas la preuve la plus convaincante de l'aveuglement du National ?
20 octobre 1851.
Le Siècle déclare avec Tracas que c'est vainement que le président de la République proposerait d'abroger la loi du 31 mai ; que lui, le Siècle, combattra énergiquement toute révision de la Constitution; qu'en conséquence, M. L.-N. Bonaparte ne doit se faire aucune illusion ni sur sa rééligibililé ni sur sa réélection. Immédiatement après avoir lu cet article, M. Faucher, ministre de l'intérieur, et M. Baroche, ministre des affaires étrangères, se seront, sans doute, empressés l'un et l'autre de faire porter chacun leur carte aux bureaux de la rédaction du Siècle. MM. Faucher et Baroche doivent espérer, qu'aussi efficacement aidés qu'ils le .sont par le Siècle et le National, le président de la République se rendant à l'évidence et reconnaissant qu'il n'a absolument rien à espérer de l'abrogation de la loi du 31 mai, renoncera à toute idée de rétablir le suffrage universel, idée qui le sépare de la majorité et qui l'expose, sans compensation, à de redoutables colères.
Si le président de la République cède, on saura donc à qui reviendra Thonneur de ce revirement; cet honneur reviendra en grande partie au Siècle et au National, ces deux auxiliaires inespérés de MM. Baroche et Faucher.
21 octobre 1851.
Le Siècle et le National doivent se frotter les mains, car
6S0 lS5i.
M. Léon Faucher rassure et retient tous ses amis en leur affirmant qu'il ne s'est pas trompé en disant du président de la République : a // réfléchira et fléchira. «
21 octobre 1851
J'entends dire à d'intrépides soldats de la cause démocratique qui n'admettent pas que la restitution du suffrage universel ait lieu par l'abrogation de la loi du 31 mai, si cette abrogation doit avoir pour conséquence la révision de la Constitution, je leur entends dire : « Mieux vaut se battre; eh bien! nous nous battrons et nous remporterons. »
Je n'en doute pas, nous remporterons ; mais, des deux côtés, vainqueurs ou vaincus, il y aura des flots de sang versé.
Versé ! pourquoi ?
Versé ! pour exercer un droit qui précisément consiste dans ce progrès relatif : au lieu de se battre, se compter.
Pourquoi donc, si ce doit être pour finir par se compter, ne pas commencer par là ?
Dans les guerres d'opinions, comme dans les guerres de religions, des deux côtés chacun a la conviction, chacun a la foi qu'il combat pour le droit, qu'il combat pour la vérité.
De part et d'autre, le sang répandu coule donc également de blessures noblement reçues.
Vous qui me dites : Nous nous battrons, et nous l'emporterons, efîficez donc, au-dessous du nom de la république
FRANÇAISE, CCS motS : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.
La liberté d'avoir raison suppose la liberté d'avoir tort.
L'égalité suppose que la vérité seule devra prononcer entre le fort et le faible.
La fraternité suppose que tout sentiment de haine et d'hostilité aura disparu dans les cœurs et qu'en aucun cas on ne recourra à la force.
En résumé, de quoi s'agit-il?
LA REVISIOiN DE LA COiNSTITUTION. 681
S'agit-il de montrer que nous sommes les plus forts? alors battons-nous et l);ittons-les. Mais s"il s'agit uniquement de montrer que nous sommes les plus nombreux, alors comptez-les et comptons-nous.
Qu'miporte, dans ce cas, la révision de la Constitution? Ce qui importe uniquement, c'est l'abrogation de la loi du 31 mai; car, après tout, M. L.-N. Bonaparte devînt-il constitutionnellement rééligible, qu'il ne pourrait être valablement réélu que s"il se li'ouvait un assez grand nombre d'électeurs pour lui donner leurs voix.
Esl-ce probable?
Je pose cette question h tous ceux qui , prenant plutôt conseil de leur courage que de leur raison, subordonnent une question de personne à une question de principe, et aiment mieux commencer par se battre pour finir par se compter, que de commencer par se compter pour éviter de se battre, et de verser le sang de ses adversaires politiques au nom de la fraternité.
22 octobre 1851.
L'Ordre suppose le cas où la loi du 31 mai, maintenue par le pouvoir législatif, serait trahie par le pouvoir exécutif. Dans celte hypothèse, voici ses conclusions :
(( Si la loi du 31 mai, cette loi contre laquelle sont ameutées depuis dix-huit mois toutes les fureurs du parti démagogique, est détiiiitiven:ent trahie, comme tout l'annonce, par le pouvoir exécutif, il faudra, à moins que l'Assemblée ne l'abandonne elle-même, se mettre en devoir de la faire respecter. Or, cela conduit nécessairemeul à un eusemble de mesures qui supposent le déploiement d'une grande énergie et une imposante unanimité. Ainsi, de part et d'autre, plus d'illusions. L'acte du président de la République, tel qu'il est annoncé, tel qu'il doit s'accomplir, c'est un défi, c'est un commencement de guerre. L'Assemblée est réduite à cette alternative : ou de céder sur-le-champ, ou de se préparer par l'union à une lutte Bigoureuse, dans laquelle, ayant le bon droit de son côté, elle ne devra jamais, par hésitation ni par impuissance, l'exposer à être vaincu . »
Déploiement dhine grande énergie :
682 IS5i.
■ Imposante unanimité:
Union;
Lutte vigoureuse ;
Bon droit 'de son côté :
Ce sont là de grands mots très faciles à écrire dans un article de journal ; mais quand il faudra les traduire en dispositions législatives et en ordres exécutables, alors commenceront la difficulté et l'embarras, difficulté invincible, embarras insurmontable.
Déploiement d'une grande énergie! Que ferez-vous? Si vous concentrez l'armée à Paris, à Lyon, sur trois ou quatre points, partout ailleurs elle sera absente. Mettrez-vous la France tout entière en état de siège ?' Soit. Eli bien ! quelle en sera l'horrible conséquence? C'est que des deux parts on ne fera point de prisonniers. Quiconque sera pris sera immédiatement tué. Ce sera l'extermination mutuelle à la place du suffrage universel. Rappellerez- vous vos troupes de Rome pour les avoir disponibles en France? Vous ne le pouvez pas. Dégarnirez-vous l'Algérie? Si vous le pouvez sans danger, que ne l'avez-vous donc déjà fait afin d'alléger le poids des dépenses publiques d'une somme qui eût suffi pour vous affranchir de la nécessité de rétablir l'impôt des boissons qu'avait aboli l'Assemblée constituante? Vous le voyez : déploiement d'une grande énergie ; cela ne veut rien dire.
Imposante unanimité! Cette unanimité imposante ne vous a pas manqué le 31 mai 1830, car légitimistes, orléanistes et républicains défaillants ont voté, au nombre de 433. la loi qui a supprimé le sufi'rage universel, auquel ils avaient dû leur élection. Eh bien ! oîi cette imposante unanimité les a-t-elle conduits ? Jamais ils ne furent plus divisés que depuis cette époque; la proposition Creton est là pour l'attester, et le jour où il faudra se prononcer sur le choix du candidat qui devra succéder le 9 mai à M. L.-N. Bonaparte, ce jour-là en fournira une autre preuve bien plus éclatante encore. Imposante unanimité; ces deux mots sont tout simplement un mensonge.
i'nion ! Si l'union est possible, qu'est-ce qui vous empêche donc de la conclure et de commencer par en donner l'exemple? M. Berryer est allé h Claremont et M. de Salvandy est allé à Frohsdorf: l'union, quelques efforts qu'aient tentés MM. Guizot, Ducliùtel et de Pastoret, a-telle fait un pas? Quels résultats ont eu ces voyages et ces efforts? — Ils ont eu pour résultat de faire germer la candidature du prince de Joinville. Union; écrivez : chimère.
Lutte vigoureuse! Avec quoi lutterez-vous contre trois millions d'exclus, ayant écrits sur leur drapeau, d^un côté :
SOLVER.U>ETÉ NATIONALE, do l'autl'C : SUFFRAGE UNIVERSEL''
La Restauration de I8I0 avait à ses ordres des régiments suisses, et vous n'en avez pas. Avez-vous plus de troupes que n'en avait, le 24 février 1848, la Monarchie de 1830? A qui donnerez-vous le commandement de celles que vous avez? Le chef que vous choisirez sera-t-il supérieur au maréchal Bugeaud ? Enfin , comment mettrez-vous d\accord rarlicle 30 avec l'article 32 de la Constitution ? L'article 32 ainsi conçu : « L'Assemblée nationale fixe l'importance des forces militaires établies pour sa sûreté et elle en dispose. » L'article 50 ainsi rédigé : « Le président de la République dispose de la force armée sans pouvoir la commander en personne. » Lutte vigoureuse ; en temps de révolution, cela se traduit ainsi : Fuite honteuse.
Bon droit de son côté ! L'élu aura supprimé I'élbcteur, le MANDATAIRE aura révoqué le mandant, fait sans exemple dans l'histoire d'aucun peuple, et vous viendrez nous dire à nous, électeurs exclus au nombre de 3,200,000, sans le vote de qui vous n'eussiez pu être nommés représentants du peuple, que de votre côté est le bon droit ! Ouvrez donc le Code civil, et lisez :
« Article 1984. Le mandat est un acte par lequel une personne donne le pouvoir de faire quelque cliose en son nom.
n Article 1988. Le mandat conçu en termes généraux n'embrassé que les actes d'administration. S'il s'agit d'aliéner ou d'hypothéquer, le mandat doit être exprès.
» Article 1989. Le mandataire ne peut rien faire au-delà de ce qui est porté dans son mau'laf.
684 ISôl.
» Article 1993. Tout mandataire est tenu de rendre comjite de sa gestion el défaire raison au mandant....
» Article 1998. l.e mandant est tenu d'exécuter les engagements contractés par le mandataire conformément an pouvoir qui lui a été donné. // n''est tenu de ce qui a été fait au-delà qu'autant qu'il Va ratifié ejpressémenl ou tacitement. »
Jamais mandant a-t-il donné ou pu donner à son mandataire le droit de le supprimer, lui mandant? Le mandat que nous vous avons donné , messieurs les 433, était conçu en termes généraux et n'embrassait que les actes d'administration. Montrez-nous donc le mandat exprès qui vous autorisait à aliéner notre souveraineté, notre bien ! Nous vous avons donné, cela est vrai, tout pouvoir de faire la loi ; oui, mais sous la condition de nous rendre compte de votre gestion ; et cette condition , comment pourriez-vous la remplir envers nous, si la porte des collèges électoraux nous était fermée? Rendez-nous compte de vos actes et de vos votes ; vous nous devez ce compte ; mais, pour que vous puissiez nous le rendre, il faut que nous soyons encore électeurs ; il faut que le nombre de 9,936,000 électeurs qui existait, en mai 1849, subsiste encore en avril 1852, et n'ait pas été réduit d'un tiers. Mandants, nous sommes tenus d'observer les lois que nous vous avions donné les pouvoirs de faire ; mais nous ne sommes nullement tenus do ce que vous avez fait au-delà, et de ce que nous n'avons pas ratifié. Bon droit de son côté; c'est là une prétention contre laquelle protestent également le droit politique et le droit civil.
Plus que jamais je persiste donc à affirmer qu'à moins que le National et le Siècle, venant en aide à MM. Faucher ctBaroche, ne réussissent à faire changer de résolution le président de la République, labrogalion de la loi du 31 mai, ministériellement proposée, sera unanimement votée. Le suffrage universel est donc l'unique moyen qui reste à dix millions d'électeurs d'échapper à Textermination mutuelle.
Lxvn.
22 octobre 1851.
Sous ce titre : la présidence de m. louis Bonaparte devant LE PAYS, VOpinion publique fulmine contre le président de la Républi(jue un impitoyable réquisitoire en cinq colonnes, qui aboutit, logiquement, à la condamnation pour cause de haute trahison, condamnation déjà réclamée par VAssemblée nationale.
Le réquisitoire de la Presse n'aura pas cinq colonnes, il n'aura que cinq lignes : La- Presse accuse le président de la République d'avoir été l'instrument de la Réaction, laquelle a égaré l'empereur Napoléon P"", perdu le roi Charles X, aveuglé le roi Louis-Philippe, abusé le général Cavaignac, préparé la restauration de 1815, la révolution de 1830 et la révolution de 1848.
21 octobre 1851.
M. Billault a été impuissant à former un cabinet.
Cela devait être.
Après le renvoi de MM. Faucher et Baroche, il n'y avait de possible à former qu'un cabinet extra-parlementaire.
Il n'y a que trois modes de composer un ministère :
Comme en Russie;
Comme en Angleterre ;
Comme en Amérique.
De quelle forme de gouvernement le gouvernement français tel qu'il existe se rapproche-t-il le plus ?
Est-ce de la forme russe ?
Est-ce de la forme britannique ?
Est-ce de la forme américaine?
Si c'est de la forme américaine qu'il s'éloigne le moins, c'est donc sur les États-Liiis qu'il doit prendre exemple.
Avec un ministère extra-parlementaire, toutes les diffi-
cultes qui paiaissent insurmontables se lésuudiont et s'aplaniront d'elles-mêmes.
Après les hostilités du Siècle et tlu \ational. lien de plus facile à comprendre, sans même qu'il soit nécessaire de l'expliquer, comment M. Billault a considéré que ce qu'il avait de plus prudent à faire, c'était de s'abstenir, si, violemment attaqué à droite, il ne devait rencontrer à gauche aucun appui.
La conséquence de ce qui précède, c'est que le président de la République, à moins qu'il ne se décide à former un cabinet extià-parlementaire. n"a plus qu'à fléchir devant M. Faucher, et qu'à conjurer lé ministère du 11 avril 1851 de rester jusqu'au 9 mai 1852.
Alors on verra si le ministère ressuscité et la majorité ralliée proposent, a sous la pression de Vopinion publique et decant la manifestation de la volonté populaire. >^ de rétablir le suffrage universel.
21 octnlirp 1851.
11 existe a Sliasbourg deux journaux :
L'un, qui a pour titre le Courrier du Bas-Rhin: L'autre, qui se nomme le Démocrate du îihin. et qui est rédigé par M. Flocon.
Ces deux journaux, qui représentent les deux couleurs bleue et rouge du drapeau républicain, m'attaquent par les deux flancs, à l'occasion de « la voie funeste » dans laquelle, disent-ils, je me serais engagé. Je me borne à constater cette double attaque; le temps m'a donné raison assez souvent pour me rendre la patience facile. Le poste que la sentinelle réveille commence toujours par maudire la sentinelle et prétendre qu'elle se trompe. Elle n'en a pas moins pour devoir d'avertir.' S'il est ferme, le citoyen qui est sûr de sa conscience et de son courage s'inquiète peu des jugements téméraires et presque toujours contradictoires portés sur lui. Il continue d'aller droit son chemin.
C'est ce (jue je fais. Il ne suffit pas de l'appeler ■( voie funeste. '> il faut le démontrer. C'est ce que n'ont fait ni le Démocrate du lihin ni le Courrier du Bas-Rhin, ces deux journaux du département qui m'a élu sou représentant, malgré leu»' double opposition.
23 octobre 1851.
Le 30 mai 1850, 433 représentants du peuple ont voté pour la suppression du suffrage universel.
Le 19 juillet 1851, 446 représentants ont voté pour la révision de la Constitution.
Tel est le double nœud d'une situation qui ne saurait se dénouer qu'en obtenant que ceux qui ont volé pour la loi du 31 mai votent contrk, et que ceux qui ont voté contre la révision votent pour.
Si les 278 représentants qui ont volé, le 19 juillet 1851, CONTRE la révision de la Constitution, persistent à vouloir encore voter contre, les 433 représentants qui ont voté, le 30 mai 1851, pour la supression du suffrage universel, persisteront aussi à vouloir voter pour (1).
Les 433 justifieront leur refus de rétablir le suffrage universel par le refus des 278 de voter la révision de la Constitution. Les 278, à leur tour, justifieront leur refus de voter la révision de la Constitution i)ar le refus des 433 de voter le rétablissement du suffrage universel.
Des deux côtés, majorité et minorité, on s'accusera réciproquement pour se justifier mutuellement.
Comment l'évidence de celte situation et l'imminence de ce péril ne frappent-elles pas tous les yeux que n'a\eugle pas l'esprit de parti?
(1 30 mai 18.50. 19 juillet 18.51.