LE PARTI DE LA PEUR ET DE L'LNGR ATITL DE
nonçait, le 26 octobre 1848, M. Mole ; nous copions le Moniteur :
« LE CITOYEN MOLK : Je demande pardon à l'Assemblée ; j'ai été malade, et j'aurai peut-être un peu de peine à me faire entendre.
» LE CITOYEN PRESIDENT : L'orateur est un peu souffrant ; il réclame l'attention de l'Assemblée.
» LE CITOYEN MOLE : (Profond silence.) Je prie l'Assemblée de croire qu'il faut que je sois pressé par ma conscience pour que je vienne à cette tribune, où je monte pour la première fois, prendre part à un débat qui porte sur une question aussi délicate.
» Messieurs, quel est le grand argument employé pour vous faire adopter le décret présenté par votre commission? C'est, dit-on, la nécessité de sortir du provisoire, et de répoudre à l'attente, au désir ardent du pays.
» Rendons nous bien compte, je vous prie, de ce prétendu désir du pays. Savez-vous ce qu'il vous demande? Du définitif, en effet, mais du véritable. Savez-vous ce qu'il vous demande ? C'est d'organiser un gouvernement fort, qui offre une protection suffisante à tous les droits acquis, et qui fasse que chacun reprenne confiance dans le lendemain. Eh bien ! messieurs, pour répoudre à cette attente, que vous propose-t-on aujourd'hui ? Une chose, permettez-moi de vous le dire, sans exemple jusqu'ici : c'est de prendre un chapitre d'une constitution, et de dire au pays : Soyez tranquille ! vous allez d'abord avoir un pouvoir exécutif définitif ; prenez patience pour le reste. Et quel est ce pouvoir définitif, messieurs ? Un pouvoir que vous commencez par mutiler; vous le privez- de l'article 57, c'est-à-dire de l'une de ses prérogatives les plus importantes. » LE CITOYEN c RÉMIEUX : Je demande la parole. » LE CITOYEN MOLE : Et Cependant, quoique vous paraissiez le retenir, le pouvoir tend à vous échapper malgré vous, et le pouvoir qui vous échappe, gardez-vous de croire qu'il aille au pouvoir exécutif. Non ! l'affaiblissement est pour lui comme pour vous.
» Eu présence de cette Assemblée constituante omnipotente, il restera frappé de stupeur ou tenté d'envahir, soyez eu bien sûrs. Jamais il ne pourra coexister avec elle, et ce pays, avide de définitif, qu'aura-t-il ? Un nouveau provisoire avec des entraves ; que dis-je ? des impossibilités de plus.
» El pourquoi vous défier de voire propre existence, pourquoi vous défier de voire situation dans le pays ?
» Messieurs, mais vous êtes le pays lui-même, il n'a NCLle presse De
VOUS VOIR vous dessaisir du POUVOIR.
» On emploie, je le sais, un argument, je dirai fâcheux, parce qu'il tend à gêner notre indépendance. On nous menace de la retraite du pouvoir exécutif.
>• le citoy'EN CAVAlGNAC, président du conseil : Pourquoi l'expression
menace ?
» LE CITOYEN MOLE : Parce que je le crains... du pouvoir auquel viotis devons tous de la reconnaissance pour avoir saucé le pays dans une crise terrible, service que la nationne saurait jamais oublier. (Très-bien ! très-bien !)
» LE CITOYEN PRESIDENT DU CONSEIL : Je n'iiccepto pas l'expressiou de menace.
» LE CITOYEN MOLE : Mais, qu'il me permette de le dire, il ne peut pas reculer devant un sacritice de plus ; nous en faisons tous ici ; nous sommes tous unis dans un seul et même but, pour tirer la France des difficultés que les événements ont créées. Il faut qu'il nous aide, comme nous l'aidons ; il faut qu'il ait le courage de continuer sa tâche pendant que nous continuerons la nôtre.
» LE CITOYEN PRESIDENT DU CONSEIL : Je demande la parole.
» LE CITOYEN MOLÉ : Croyez -le, messieurs, le jour où vous auriez adopté le décret, vous ne trouveriez pas dans les esprits plus de confiance ni de sécurité ; et il ne répondra à l'attente de personne, et ne fera qu'aggraver le provisoire dont on se plaint. Ah ! ce n'est pas là ce qu'on vous demande ; mettons-nous bien dans la vérité. Vous avez été envoyés pour faire une constitution, pour fonder des institutions, et non pour varier les formes du provisoire, et mettre en présence des pouvoirs tronqués, dont l'ensemble n'aurait plus de nom.
» D'un côté, on verrait une Assemblée constituante omnipotente, ayant abdiqué une partie de son mandat; de l'autre, un pouvoir exécutif désarmé, et attendant le complément de son existence de la future Assemblée. Le conflit ne se fera pas attendre, et, si une lutte s'engage, qui décidera ? Je le déclare, dans ma conviction, vous ne pourriez coexister avec ,ce nouveau pouvoir, et peu de jours suffiraient peut-être pour vous faire sentir la nécessité de faire place à vos successeurs.
» Eh bien! autant je serais désespéré d'apercevoir dans cette Assemblée la moindre tendance à se perpétuer indéfiniment, autant je verrais avec regret sa retraite précipitée et surtout forcée.
» Réfléchissez, je vous prie, à ce que vous allez faire ; il ini]5orte aux Assemblées, comme aux hommes publics, il importe de bien finir. Vous risqueriez de voir la justice du pays s'égarer à votre égard, et le mécontentement de la fin lui ferait oublier un moment les services si grands et si nombreux que vous lui avez rendus.
» Si j'avais été moins convaincu, je le répète en finissant, je n'aurais pi'is aucune part à ce débat, mais je suis si pénétré de la vérité des réflexions que j'ai eu l'houneur de vous présentei', si cfTr.ayé des périls que j'aperçois dans la voie où vous êtes près d'entrer, qu'il me serait toujours resté un amer regret si je ne m'étais fait entendre.
* Pour ma part, je ne puis voter le décret.
» LE CITOYEN CAVAiGN.vc, chef dii pouvoir exécutif : Citoyens représentants, je commence par exprimer le regret que, dans les paroles que l'orateur auquel J3 succède a fait entendre, le mot de menace se soit trouvé compris. Je n'incrimine pas l'intention.