‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 62 sur 156 · LA CATASTROPHE DE FÉVRIER · texte numérisé non relu

LA CATASTROPHE DE FÉVRIER

» 11 est vrai qu'on a objocté quo collo déclai'ation d'ahslontion colloctivo et inolivoo pourrail amener telle conséquence qui rendît nécessaire la démission en masse.

» Je ne l'ai pas nié; mais j'ai répondu que si cette nécessité se produisait, ce serait \h l'objet d'une délibération ultérieure sur laquelle il convenait de ne pas anticiper. A chaque jour sa tAche et son œuvre.

» Ma conviction profonde est qu'une déclaration d'ab-

nianière formelle de deux choses l'une, ou que l'orateur retire l'expression de catastrophe...

» VOIX A GAUCHE : Il l'a retirée 1 (Non 1 non !)

)i M. LANYER : Ou qu'il soit rappelé à l'ordre.

» M. LESPINASSE : L'orateur nous a donné l'explication de ce mot-là.

» M. i)E LABOURDOUNATE : Messieurs, je n'ai plus rien à ajouter ; je dis seulement que les officiers généraux n'étant pas dans cette po.-ition-là, et des explications n'étant pas données, il est impossible que le pays ne reste pas dans le doute, qui n'est avantageux pour personne.

» M. LE niÉsiDENT : Un doLite sur quoi?

w M. DE LAiîOURDONNAYE : Sur les motifs qui ont pu les faire mettre à la retraite.

i> M. LE PKÉsiPENT '. Ce u'est pas seulement sur un mot que je désire répondre à l'orateur, car il y a des choses qui dépassent les mots et méritent ranimadversion de la Chambre, en tant qu'elles s'attaquent à l'ordre constilnlionnel.

i> La doctrine qui vient d'être professée, si j'ai bien entendu, est celleci : C'est que des officiers auraient eu le droit de choisir le mode de leur service; de dire au gouvernement auquel ils doivent fidélité et obéi^sanee, qu'ils serviraient dans telle position et non pas dans telle autre; qu'ils serviraient contre 1 étranger en temps de guerre, et non pas en temps de paix ; qu'ils laisseraient reposer leur épée pour la reprendre quand ils voudraient, et qu'ils avaient pu ainsi mettre des conditions à leur obéissance au l'ayi, au gouvernement et aux, lois. Voilà ce que j'ai saisi dans l'argumentation (Oui! oui 1 c'est bien cela !)

» Je dis que s'il est un droit du gouvernement, un droit qui lui est inhérent comme chef de l'armée, c'est d'être juge de ceux qu'il doit prendre pour leur confier l'enqsloi d'activité, surtout lorsqu'il se rencontre telle disposition qui se combine avec des considérations politiques qui vieiment modifier l'obéissance.

)) de disque, quant à la retraite, si le droit du gouvernement est incontestable vis-à-vis des officiers les plus soumis aux lois, les plus dévoués au roi et au pays, et qui sont entités le plus cordialement dans l'esprit de la réioluiion de 1830, il y a une double raison de convenance et de sûreté pour l'Etat à mettre à la retraite ceux qui, étant dans les conditions de la loi, n'avaient pas donné les mêmes (inranlies d'obéissance à la loi, de respect au roi et de déeoùment à la révolution de juillet.

» La doctrine professée à cette tribune est subversive de l'obéissance à la loi, du respect au roi et à nos inslitulions constitutionnelles ; elle explique le mot catastrophe dont s'était d'abord servi l'orateur, et c'est pour cela que je le rappelle a l'ordre pour son discours tout entier.... (Très bien ! très bien !) n

stention motivée en peu de lignes (1) eût sulti pour maintenir sauve la dignité de l'Opposition et faire rentrer la Majorité et le ministre sous le niveau commun du règlement; mais je suppose que cette convMction de ma part eût été démentie par les faits, alors les faits eussent infailliblement élevé la démission collective à la hauteur d'un grand événement polititiue. fjuieût servi d'épreuve suprême à la loi du 31 mai. Majorité du pays et Majorité de l'Assemblée, électeurs domiciliés et électeurs exclus se fussent trouvés en présence et eussent ainsi devancé l'époque fixée, en mai 1852, pour les élections générales. Ce cas échéant, je ne doute pas que la France ne se fût énergiquement prononcée en faveur de ceux de ses représentants auxquels aurait été refusée une légitime satisfaction. Mais je veux encore supposer que cette croyance fût une autre illusion; même dans cette supposition je n'aurais pas balancé. L'Opposition qui combat, ayant contre elle le désavantage du nombre, n'est pas tenue de vaincre, elle n'est tenue que de s'ensevelir intrépidement dans son di'apeau. » Je regrette de n'avoir pas réussi à faire partager mon opinion a la majorité de la Réunion ; je le regrette d'autant plus vivement qu'ayant concouru à la délibération qui a été prise, j'ai perdu le droit, je le reconnais, de donner individuellement ma démission, ainsi que je le fis le 14 février 1848. dans une circonstance où je me ti'ouvais pareillement en désaccord avec la majorité et avec la minorité

(1) Voici en quels termes j'eusse compris la rcJaction de cette déclaration motivée d'abstention :

A M. le président Je l' Assemblée léjislative. " Monsieur le président, " Les repre'sentants du peuple soussignés croient devoir vous faire conuaitrs que, par respect pour Vorigine de leur mandat, par respect pour le suffrage univerel, par respect pour la Constitution, par respect pour l'Assemblée législative, par cspect même pour les pouvoirs du président de la lîépublique, ils s'abs iciidront e prendre part aux travaux de l'Assemblée que vous présidez, jus<iu'a oe ([ue, rapelé par vous a l'ordre, M. le ministre de la justice ait expliqué ou retiré les exressions de « véritable CATASTROrnE >' par lesquelles il a renié et tenté de flétrir a révolution du 24 février, qui a donné a la France le suffrage universel et la République démocratique.

» Four témoin et pour juge de votre conduite, monsieur le président, et delà leur, les soussi;;nés représentants en appellent à la France et acceptent la conscience publique. "

Oui sii/nc :

Page 1