A. CHAMBOLLE
Il est impossible que M. Chainholle, représentant du peuple, n'ait pas pesé avec le plus grand soin tous les mots d'un article qui l'expose à comparaître devant la Haute-Coui" de justice, non comme accusé, mais comme témoin.
Cet article n'est déjà plus un article, c'est une déposition où l'on remarque ces lignes : « Nous devons dire qiihiyant » pris de notre côté des informations sur l'exactitude du » récit de V Indépendance belge, nous avons reçu cette ré- » vo^sE qu''il n'y avait quhin seid mot à changer... le mot » MANIFESTE, qui devait être remplacé par celui-ci : proci.a-
)' MATION. »
On ne peut pas désigner M. le général Changarnier plus clairement que par ces mots : « nous avons reçu cette » réponse. »
Un peu plus loin, M. Gliambolle dépose que « M. de Per- » signy est convenu que le Message du 31 octobre avait été » fait en vne dhin cou? d'état contre l'assemblée. »
Ces deux affirmations de M. Gliambolle, représentant du peuple, ancien membre de la commission de permanence, étroitement lié avec M. Odilon Barrot et M. Changarnier, sont en contradiction manifeste avec ces paroles de M.L.-N. Bonaparte, s'exprimant ainsi, le 20 décembre 1848, à la tribune de l'Assemblée constituante :
« Mon devoir est tracé ; je le remplirai en homme d'hon- » neur. Je verrai des ennemis de la patrie dans tous ceux » qui tenteraient de changer, par des voies illégales, ce » que la frange entière a établi. »
Le 11 novembre 18o0, dans son Message adressé à l'Assemblée législative :
« La règle invariable de ma vie politique sera, dans tou- » tes les circonstances, de faire mon devoir, rien que mon » devoir. Il est aujourd'hui permis à tout le monde, excepté » à moi, de vouloir hâter la révision de notre loi fondamen- » taie. Si la Constitution renferme des vices et des dan-
» gers. vous êtes tous libres de les faire ressortir aux yeux » du pays. Moi seul, lié par mon serment, je me renferme » dans les strictes limites qu'elle a tracées. »
Ces aveux, ces déclarations de la plus haute gravité sont acquis aujourd'hui à la publicité et porteront leurs conséquences.
Ou M. Changarnier contredira, soit a la tribune, soit dans la presse, les dépositions de M. Chambolle, et les réduira h l'état d'allégations inexactes dont la responsabilité ne saurait remonter jusqu'à l'interlocuteur de M. de Persigny ;
Ou M. de Persigny, s'il est encore aide-de-camp de M. le président de la République, sera immédiatement et officiellement révoqué de ces fonctions ;
Ou M. de Persigny, s'il a cessé, ce que nous ignorons, d'être aide-de-camp de M. le président de la République, sera qualifié comme il doit l'être par le Moniteur^ lequel s'empressera de repousser et de flétrir ces deux inculpations de M. Chambolle : — 1° Formation d'un cabinet extra-parlementaire dont IM. de Persigny faisait partie et qui devait opérer inunédialement la solution, proclamation rédigée par le président ; 2° Présentation du Message du 31 octobre, en vue d'un coup d'Etat contre l'Assemblée ;
Ou un acte d'accusation sera déposé, si l'un de ces deux désaveux, impérieusement nécessaire, n'a pas lieu : désaveu de M. Chambolle par M. Changarniei' : désaveu de M. de Persigny par M. Louis Bonaparte.
Il faut qu'on sache qui a menti :
Est-ce M. Chambolle ?
Est-ce M. Changarnier ?
Est-ce M. de Persigny?
S'ils n'avaient menti aucun des trois, qu'est-ce que TAssemblée attendrait donc pour faire son devoir? Attendraitelle qu'elle fût dans l'im|)uissance de le remplir? Ce n'est pas le 19 (|u"i! faut prolester contre le 18 brumaire, c'est le 17.
Qu'on nie piiidonnc encoi'c ce paradoxe.
.rai l'esprit l'anx.
LK GKNKHAL CHA.NGAKMEH. :m
l.a Patrie public la imlc siii\an1e :
« Paris, l''i' mai ]8ôl, » Je déclare que la visite que j'ai eu rhonneur de faire au général Changarnier ne m'a été inspirée que par des communications que j'ai dû croire émanées du général lui-même. J'ajoute que, loin d'avoir reçu une mission du président de la République, je lui ai laissé ignorer cette démarche. Enfin je maintiens complètement fausse la version qui a paru dans VOrrlre, dans Vlndépenilnnce bchic et autres journaux.
» F. DE PEIÎSIONV. "
VOrdre, qui est à M. Changarnier ce que la Patrie est à >I. de Persigny, n'oppose à ce démenti signé de Persigny que cette affirmation sans valeur signée A. Ciiamljolle :
« Sur les deux premières déclarations do cette lettre, nous n avons abi-olument rieu à dire.
» Sur la version publiée par Y Indépendance belge, et reproduite dans l'O;dre, version que M. de l'ersigny maintient tomplétemest fattsse, deux mots qui seront bien simples.
» Le général Changarnier, ne voulant pas qu'il y eût rien de mystérieux dans l'entrevue qui lui était demandée, avait prévenu d'avance ti'ois ou quatre de ses amis qu'elle devait avoir lieu. Immédiatement api-ès cette entrevue, il se fit un devoir de leur en raconter le? détails. Il ne pouvait y avoir d'indiscrétion là où il n'y avait pas eu de secret. C'est ainsi qu'est arrivée le même jour au public la double relation de l'Indépendance et de VOpinion.
» Pour ce qui nous concerne, ce «'««/ pas légèrement que 7ious avons reproduit la version de la feuille belge, que nous aurions pu derancer. Si nous en avons affirmé V exactitude, c'est que nom y étions autorisé. »
Rapporteur impartial dans ce débat entre M. Changarnier et M. de Persigny, la vérité exige que je déclare que tout l'avantage reste à ce dernier.
Au moins, M. de Persigny signe ce qu'il dément; M. Changarnier, lui. ne signe pas ce qu'il affirme.
Cependant ce qu'il affirme, ou plutôt ce qu'il fait répeter IX. 2n
et colporter par ses amis, imprimer et affirmer par M. A. Chambolle , est de la nature la plus grave, et, si cela était vrai, devrait être appelé à trouver place dans un arrêt de condamnation.
La conduite M. Changarnier me paraît inexplicable; je dirai plus, elle est inqualifialile.
Dans sa position, il y avait deux conduites à tenir :
Ou ne rien repéter de ce qui s'était dit chez lui; la loyauté prescrivait cette discrétion absolue ;
Ou bien arrêter court M. de Persigny sur ces mots : « Un » cabinet extra-parlementaire , dont lui , M. de Persigny^ » faisait partie^ devait opérer immédiatement la solution, » avait été composé dans la dernière crise ; une proclama- 1) tion rédigée par le président était toute prête. ..^^ prendre une plume, les écrire, et le prévenir carrément qu'il allait immédiatement porter ces graves aveux à la connaissance des membres du bureau de l'Assemblée nationale, afin qu'ils eussent à aviser au parti le plus sage qu'il conviendrait de prendre. La prudence pouvait paraître commander ce parti vigoureux.
Mais M. de Changarnier n'a tenu ni l'une ni l'autre de ces deux conduites, l'une loyale, l'autre franche; il aurait pu se comporter en homme (TElat ; il s'est comporté en homme de couleur.
Aussi qu'arrive-t-il? 11 arrive qu'il reçoit de M. tle Persigny un démenti , et (ju'il ne le relève pas; qu'il est obligé de garder le silence et de baisser la tète.
Fâcheuse attitude ! il faut en convenir , pour un général qui tenait, il y a peu de mois, dans ses mains, le commandement d'une armée de cent mille hommes , qui se croyait l'arbitre des destinées de la France, et (]ui se considérait comme étant pour le moins l'égal du i)rési(lent de la Républicjue.
Si la révocation de M. le général Changarnier avait encore eu besoin d'être justifiée, elle le serai! pleinement aujourd'hui.
La lettre de M. de Persigny étant restée sans repense,
LE GÊNÉ H AL CHANGARiNIER. 307
car un ne peut donner le nom de réponse à une allégation sans valeur, on saura qu'à l'avenir aucune créance ne devra être accordée aux pro])os de M. Changarnier, répétés, colportés, imprimés et affirmés par ses amis; on saura que tout cela n'est que de la politique de portière.
Du commérage !
0 France ! Voilà comment se conduisent les hommes qui ont la prétention de te conduire, qui suppriment le sutïrage universel, qui rayent d'urgence trois millions d'électeurs, qui se représentent comme les colonnes de la société , qui ont le mot d'autorité cent fois par jour sur les lèvres, et qui se décorent ilu nom de parti de l'Ordi'e.
Ne t'étonne pas si tes affaires vont si mal. Gomment pourraient-elles aller bien? Tu es livrée aux commères d'Etat.
5 mai IBol.
Le démenti formel appliqué par.M.dePersigny à M. Changarnier, et l'inexplicable silence gardé par l'ex-commandant en chef de l'armée d'occupation de Paris, donnent de l'importance et de l'opportunité à deux faits demeurés inconnus.
Le premier de ces deux faits remonte au mois de mars 1848. La scène se passe au ministère de l'intérieur, dans le cabinet de M. Ledru-Rollin , alors membre du gouvei-nemenl provisoire et ministre de l'intérieur. M. le général Changarnier entre. Il propose à ^L Ledru-Rollin, si l'on veut lui confier 12,000 hommes et le laisser maître absolu de les choisir, de les dél)arquer en Angleterre, de révolutionner toute la Grande-Bretagne , et d'y faire proclamer la même forme de gouvernement qu'en France , c'est-à-dire la République.
Le second fait a lieu deux mois aj)rèsle premier. La scène se passe à Alger le 17 juin 1848. M. le général Changarnier
est gouverneur général de l'Algérie. 11 laii |)la<'Hrder l'affiche qui suit :