ALGER LE 17 JUIN
« M, le gouverneur général a reçu aujourd'hui, parle courrier parti dt- Marseille le 15, la dépêche télégraphique suivante :
« LA COMMISSION DUPOOVOIR EXÉCUTIF, COMPOSÉE UE MM. ARAGO, » GARNTER-PAGÈS , MARIE, LAMARTINE, LEDRU-ROLLIN, s'EST RE - » TIRÉE.
» CETTE COMMISSION EST REMPLACÉE PAR UNE AUTRE COMMISSION » DE TROIS MEMBRES, QUI SONT : MM. ARMAND MARRAST, BERGER . » CAT.VIGNAC. »
Qui avait expédié, qui avait pu expédier de Paris à M. le général Changai'nier, gouverneur général de l'Algérie, cette dépêche lélégi^aphique ? Ce qui revient a dire : qui. le l'j juin 1848, était ministre de la guerre?
— C'était M. le général Cavaignac.
A cette époque, y avait-il donc accord et complot entre MM. Cavaignac et Changarnier:'
Dès le 15 juin, les événements (pii de\ aient ensanglanter Paris les 23, 24, 2o*et 26 juin étaient-il donc déjà préparés dans les coulisses et derrière le rideau ?
LE GENERAL CHAiNGAHMEK. 309
C'est à celle époque que M. Aiinatul Miurasl, sunsdoule ofin d"élre plus à son aise pour prendre à lui seul les places de MM. Lamartine et Ledru-Rollin , écrivait aux membres de la Commission du pouvoir exécutif la lettre suivante, sans date connue sans effet :
ARCHIVES PEKSONNELLES.
Alix ine^iiOres de la commi'ision du poucuir cjccutif,
« Citoyens,
1) Je vous prie de recevoir niu démission de maire de Pari?.
» .J'ai compris aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, combien .j'ai besoin DE MON INDÉPESUANCE Comme représentant du peuple, et le peu de liens qui me rattachent encore à la politique officielle m'exposent à être tout à fait gêné et gênant, ce qui est une situation intolérable pour les uns et pour les autres.
» Vous me rendrez Injustice de penser que je n"eu serai pas moins associé à tous ceux qui partagent mon opinion, ma liberté complète leur sera, je crois, plus utile que la fausse position où je serais désormais.
» Salut et fraternité.
» AKMAND MAKKAST. »
S'il était prouNc que. tians les journées de juin 1848, le peuple ne joua, à son insu, que le rôle de comparse, moins que cela encore, celui de marionnette mise en mouvement par toutes les ambitions qui s'agitaient lénébreusemenl autour du pouvoir pour s'en emparer , que faudrait-il penser de toutes ces tléclamations auxquelles ont servi tant de fois de prétexte, i\ la tribune cl dans la presse, ces sanglantes journées ?
C'est une question que je pose.
Trou\erait-on. par hasard, que cesl un l'ait sans gravité que l'euNoi, de Paris, d'une tlépéclie annonçant huit jours à l'avance la chute de la commission executive, composée de MM. Arago , (jarnier-Pagès, Marie , Lamartine et Ledru- Hollin, et remplacée par une autre commission executive composée de MM. Armand Marrasl, Berger, Cavaignac ?
Trouverait-on tout simple (pie celte dépêche télégraphique ait été affichée le 18 juin, à Alger, par les ordres de M. le général Changarnier?
D'Alger h Paris, la ixjsle mol cinq jours à apporter les journaux et les lettres. Done, le 23, ou au plus tard le 23 juin, devait arriver, à Paris, lUA/î&a?'. apportant la fameuse dépèche télégraphique ci-dessus.
Maintenant, comprend-on pourquoi le rédacteur en chef de la Presse fut arrêté le 23 juin , juste le jour où VAkhbar aurait dû lui passer sous les yeux , si le service des postes n'avait pas été interrompu par la bataille ?
Maintenant, tient-on le lil du labyrinthe des événements de juin ?
Maintenant , comprend-on pourquoi « les ordres de la Commission executive k'ont pas été exécutés, et pourquoi