LES BARRICADES SE FAISAIENT PAISIBLEMENT
Ce n'est plus aujourd'hui l'objet d"un doute pour personne en France ni en Europe , que si M. le général Cavaignac l'eût voulu, il eût empêché ce drame en quatre journées qui a eu pour dénoùment trois mois d'état de siège et la transportation sans jugement de 11,000 Français; mais ce qui était demeuré ignoré, c'était la dépèche télégraphique transmise de Paris le 13 juin, et affichée h Alger le 18 juin.
Cette dépêche jette un jour tout nouveau sur les événements de juin 1848, et fait supposer entre M. le* général Cavaignac et le général Changarnier un accord qui, s'il a existé, constituerait un fait de la plus haute gravité.
Cet accord, ce complot que toutes les apparences établis-' sent, comment M. Changarnier l'expliquera-t-il ?
M. Changarnier niera-t-il cet autre fait : qu'il soit allé proposer ;i M. Ledru-Hollin . en mars 1848, d'opérer un débarquement en Angleterr(> et d'y proclamer la République ?
Qui ne dit mot. avoue.
Nous recevons la lettre suivante .
0 Piiriï, le 6 mai 1H50.
» Monsieur, >' Kn reproduisant. (\:\n< votre numi'ni (raujovir.lhui. un 'locument pu-
LE GÉNÉRAL GHANGARNIER. 311
blié le 18 juin 1848 dans le Moniteur algérien, et eu incriminant de la manière la plus grave cette pièce qui, — ainsi que vous allez le voir, — aurait dû rester dans l'oubli, c'est moi que vous avez attaqué, sans le savoir, car je suis l'auteur, ou plutôt l'éditeur responsable des quelques lignes malencontreusement insérées dans le journal officiel de l'Algérie.
» Permettez-moi donc quelques explications qui me serviront de défense personnelle, et qui rectifieront un fuit qu'il importe d'apprécier à sa justo et véritable valeur.
» Les passagers du bateau à vapeur le Sjiltijiix, arrivé à Alger le 17 juin 1848, apportèrent la nouvelle d'un changement de gouvernement. Cette iiouvelle fut immédiatement communiquée à M. le gouverneur général, à l'amiral, et à d'autres autorités supérieures, par le commandant du Spliynx, le capitaine Bonnefoi, qdi affirmait avoir lu a Marseille, quelques INSTANTS AVANT SON DEPART, l'aVIS, SOUS FORME d' AFFICHE, qu'une DÉPÊCHE TÉLÉGUAPIIIQUE ANNONÇAIT LE REMPLACEMENT DE
LA COMMISSION EXECUTIVE. Quelques instants après, je l'apprenais moimême, de la bouche de M. le gouverneur général, qui venait de recevoir la visite du commandant du Sphynx.
» Les élections de l'Algérie devaient se faire le lendemain. Dans un moment aussi décisif, et où l'agitation régnait dans tous les esprits, je jugeai que, si l'autorité supérieure laissait ignorer jusqu'à l'arrivée du courrier suivant, c'est-à-dire pendant cinq jours, une nouvelle aussi importante, on l'accuserait d'avoir cédé au désir d'influencer les élections dans tel ou tel sens. Kn conséquence, j'ordonnai à im de mes employés de faire connaître le fait dans le Monileur du lendemain.
» Malheureusement, je fus mal compris, et le rédacteur des quelques lignes officielles", au lieu de dire que la nouvelle était arrivée à Marseille, la revêtit de la formule ordinaire d'uue dépêche télégraphique qui aurait été reçue directement par le gouverneur.
» Le paquebot qui arriva cinq jours plus tard m'apprit que la nouvelle était fausse. Et aussitôt, c'est-à-dire le 21 juin, je publiai et fis afficher l'avis suivant :
'.( Le courrier du 20, parti de France le 18, ne confirme pas aujourd'hui ). la nouvelle du changement de la commission du pouvoir exécutif.
» Cette nouvelle, que s'était empressé de communiquer au gouverneur >) général le commandant du paquebot le Sphijnx, comme officielle à Mar- 1) seille au monrent du départ du bateau, avait paru assez importante aux » autorités supérieures pour être immédiatement portée à la connaissance » du public.
» Par erreur de copiste, la dépêche a été reproduite dans la formule » ordinaire, tandis qu'on eût dû annoncer qu'elle avait été simplement M communiquée. »
» Je fis plus : Par dépêche du 22 juin, jour du départ de M. le général Changarnier pour la France, je fis connaître à M. le ministre de la guerre tous les détails de cette affaire. Quelques électeurs ayant cru voir une
manœuvre électorale daur, un fait parfaitement loyal, je tenais à dire toute la vérité au gouvernement, et à lui prouver, de la façon la plus péremptoire, qu'il n'y avait eu, dans cette circonstance, qu'un malentendu rendu public dans une intention honorable. M. le ministre de la guerre accueillit mes explications, car il ne m'a jamais écrit un seul mot à ce sujet.
B Vous voyez, monsieur, que le fait monstrueux dénoncé ce matin par vous se réduit à une erreur ti'ès innocemment propagée, à moins que cela, il la maladresse d'un employé.
» J'aftirme qu'aucune dépêche télégraphique de cette nature ne fut reçue au gouvernement général. Eu ma qualité de directeur-général des affaires civiles, j'en aurais reçu une ampliation, ou M. le gouverneur me l'aurait immédiatement communiquée, avec ordre de la publier dans le Moniteur algérien, dont la direction rentrait dans mes attributions. Or, cette dépêche, je le déclare sur l'honneur, n'a jamais existé que sous la plume du maladroit rédacteur.
» Vous comprendrez, monsieur, que je me sois empressé de revendiquer la grande part de responsabilité qui m'appartient dans cette affaire, et qu'en m'accusant, j'ai tenu à présenter à vos lecteurs ma justification.
» .Je sollicite de votre loyauté l'insertion de cette lettre,, et vous prie dagré ;r, monsieur, mes compliments les plus empressés.
» p. LACROIX ,
» Ancien directeur deti affaires civiles eu Alfjérie. »
La loUif qui piéccdc' el «jne nous nous empressons de publier, n'infirme en rien, el conliime, au eontraire, en tout, les réflexions dont la Pirsse a fait suivre l'affiehe placardée sur les murs d'^Vlger le I8juin 1848.
M. Lacroix, ancien directeur des alVaiics civiles en Algélie, noujuié sous l'inlluence du Xdiional . ne nie pas que celte affiche ait éléim])rimée il Al.uer. ii l'imprimerie du gouvei'nemenl, el ({u'elle ail été [)lacardée sur tous les murs: il ne nie pas que la même dépêche télégraphique ail paru en lèle de ['ALiibai- (]u 18 juin, (lonnnenl pourrait-il le nier? Nous avons entre les mains une de ces affiches el le nuuiéro de VAMtbdr.
On ne fera accroire a personne iprun capilaine de navire, M. Bonnefoi, conimandanl ïvSiJhijn.r, ail affirmé avoir lu à Marseille ime dépèche télégraphique qui n'aurait pas existé; mais ce que remanpiera tout le monde, c'est la coïncidence du départ d'Alger. le 2â juin, de M. le général (Ihangarnii-r. ;i\ ce les journées (l('^ "2']. i''i. 2') et 26 juin cela-
tant à Paris; il arrive juste pour y prendre, le 29 juin, le commandement des gardes nationales de Paris.