CAVAIGNAC
Le 7 juin 1848, la Vr^aie République publiait ce qui suit ;
« BRUITS DU JOUR. — Il n'a été question dans les couloirs de l'Assemblée que des bruits et des propos venus du Luxembourg.
318 fSâf.
') On disait que les niini.stres nvaioiu été successivement appelés auprès de la commission executive. On parlait de la démission des citoyens Lamartine et Ledru-Rollin ; de la composition du triumvirat, où Ton faisait entrer le général Cavaignac ! »
Enfin, lejounial V Assemblée nationale, dans son numéro tlu 10 juin 1848, contenait une longue communication où M. Marrast était représenté comme l'adversaire direct de la Commission executive, le chef réel de l'opposition, l'homme gouvernemental. Cette communication se termine par ces lignes :
« L'Assemblée nationale tolère encore le comité exécutif, mais elle NK LE tolérera pas LONGTEMPS. Quant à la journée parlementaire du 3 juin, un seul mot peut la caractériser, et déjà on Ta prononcé ; Si Marrast avait réussi, Ledru-Rollin et Lamartine seraient aujoitrd'lnii à Vincennes. »
Ainsi, tout s'accorde pour démontrer que les journées des 23, 24 et 25 juin ne furent qu'un dénoùment ténébreusementet longuement préparé.
Quant au démenti ou à la rectification que les journaux anglais attendent de M. le général Changarnier, ils l'attendront en vain, et par une excellente raison, que la Presse a déjà dite : c'est que le mémoire écrit et remis h M. Ledru- Rollin le lendemain de la proposition qui lui fut faite par M. le général Changarnier d'opérer son mémoral)le débarquement existe, écrit tout entier d'une main dont récriture ne saurait être contestée.
Pour s'étonner de cette conduite du général (Iliangainier, il faudrait manquer de mémoire; il laudrail ne plus se souvenir qu'après le 24 février 1848, il frappait ou faisait frappera toutes les|)()rt(\s. et s'offrait humblement et successivement à toutes les opinions et ii tout le monde : ;i M. Ledru-Rollin d'abord, cl ii ^\. de Lamartine ensuite, au National et à la l>)-esse.
On n'a (]u'h ouvrir le journal la lU'fofnw. on > Irons era ce «jui suit, à la date du lundi ") juin 18'i8 :
a Le ^•■néral ("hangarnier, porté sur toutes les listes de la réaction, a anssi l'appui des autorités oCticielles. De l'hotel-de-V1LLE à l'étatm.njor, de l'état- major à la préfcctuve, on ne rencontre pa-; un employé
LE GEiNÉRAL CHA.NGAHNIEK. 319
qui n'ait sa liste Chaugarnier à la main. C'est encore le nom de CLangarnier qu'on lisait en tète des bulletins distribués à la garde mobile. // est impossible d'être plus xuucersellemenl reronwiattdé. ))
Le 5 juin, 1"hotel-de-ville... C'était M. Armand Marrasl, l'homme dans lequel , écrivail-on à celte époque , a la France a placé ses espérances, » l'homme dont le nom était placé le "premier en tôle du fameux triumvirat officiellement affiché le 18 juin 1848 à Alger.
Ce qui suit est extrait du Messager des Chambres, qui paraît à Bruxelles :
« Quant à Changarnier, le basard me met à même de vous raconter avec qtielques détails deux anecdotes qTii le concernent.
» La première se passe en 1848. François Arago venait d'écrire aux tlls de Louis-Pbilippe, Joinville et d'Aumale, cette noble lettre à laquelle il fut si noblement répondu par les deux généraux. Changarnier, nommé gouverneur général de l'Algérie, était venu prendre possession de son poste. Dans une entrevue qu'il eut avec sou prédécesseur, celui ci, qui n'était autre que le duc d'Aumale, lui dit : « A vous le pouvoir, général. » Notre rôle est lini, le vôtre commence. — Tant mieux pour vous, ré- » pondit le silencieux sphynx, je ne le jouerai qi;'à votre profit. » Et cet homme se mit à servir la République à sa manière.
» C'est au début de la Révolution. Un homme représentait dans le gouvernement provisoire de la République l'énergie révolutionnaire au dedans et au dehors. Cet homme, c'était Ledni-Rollin. L'ancien ministre de l'intérieur devait depuis être cité avec horreur comme ce type des hommes prêts à bouleverser toutes les choses les plus sacrées, et à fouler aux pieds toutes les lois divines et humaines. Un auti'e homme, c'est Changarnier, devait être pour bien des gens le représentant le plus ferme de l'ordre social et le champion le plus ardent de la réaction. Or, cet homme, Vhonnête, se présente un matin dans le cabinet de l'autre, le malhonnête., et la conversation suivante s'engage entre eux deux. Je vous en garantis, sinon ]<!s termes, bien certainement le sens.
» (Citoyen ministre, la Révolution est faite, il s'agit d'en tirerparti.il n faut donner un puissant aliment à l'esprit révolutionnaire de la France » et tenter une diversion. Je viens vous en proposer une. Permettez-moi » de choisir moi-même dix mille hommes dans l'armée. — Confiez-moi » des navires en proportion ; — et je vous réponds qu'en deux jours j'en- » tre dans la Tamise, et que j'incendie les Docks de Londres. — Je ré-
3â0 «*si.
» pondb de tout si je puis choisir moi-même mes dix mille hommes; — si » je ne réussis pas, je vous autorise à me désavouer. — Général, i-épon » dit le tribun, la République, je l'espère, ne fera jamais une guerre » de barbares, et si jamais elle était réduite à l'ordonner, elle ne la dés- » avouerait pas. »
,) Et Vhoniiéle homme sortit pour aller conspirer et comploter contre la Képublique, qu'il ne trouvait ni honnête ni modérée.
» Plus d'un au après, c'était vers la fin de juin 1849, un bateau à vapeur, parti dOstendc, remontait la Tamise. Tout était triste ii bord, car l'esquif emportait vers la terre d'exil de nobles et généreux proscrits.
>i En arrivant devant ces docks immenses, entrepôt des richesses du monde entier, un passager toucha l'épaule d'un de ses compagnons d'exil, et montrant du doigt ces bassins immenses, ces bâtimens sans fin, ces vaisseaux sans nombre : « Voilà donc ces docks que ce grand soutien de » l'ordre, que Changarnier voulait brûler ! » Étonné de ces paroles étranges, l'autre exilé demanda au tribun fugitif l'explication de ce qu'il venait de dire, et celui-ci lui raconta l'anecdote que je viens de vous relater, que j'ai entendue moi-même, et que vous pouvez considérer comme authentique. »
17 mai 1852.
Avez-vous lu la lettre du général Changarnier? — Telle était la question que s'adressait chacun en s'abordant, et chacun de répondre : Oui^ car, en moins de trois jours, les copies circulant rapidement de mains en mains s'en étaient multipliées à l'infini, ce qui montre une fois de plus à quoi servent peu les lois restrictives en matière d'imprimerie. Le Pays a pris, quoiqu'un peu tard, le moyen le plus di'oil et le plus court pour empêcher qu'on s'entretînt de cette lettre; — il l'a publiée; la voici :
0 Malines, le 10 mai 1852, à dix heures du matin. )> Monsieur le ministre, » Pendant trente-six ans j'ai servi la France avec un dévouement qu'on peut égaler, mais qu'on ne surpassera pas.
» Sous la Restauration, j'ai eu dans l'armée un grade proportionné k l'obscurité de mes services d'alors.
« Sous le gouvernement de juillet, les chances de la guerre m'élevèrent rapidement au grade de lieutenant-général.
» Douze jours après la proclamation de la République, lorsque Mgr le
LE GÉNÉRAL GHANGARNIER. 321
ducd'Aumale, que je venais de conduire ;i bord du S'oto», en le faisant saluer par l'artillerie de la place de la marine, comme si le roi Louis- Philippe eût encore habité les Tuileries, m'eût laissé le gouvernement par intérim de l'Algérie, j'écrivis au ministre de la guerre que je n'avais pas souhaité l'avènement delà République, mais qu'il ne me semblait pas changer mes devoirs envers mon pays. Le gouvernement provisoire ne brisa pas mon épée, et, le 16 avril, il ne regretta pas d'en pouvoir disposer.
» Peu de temps après cette journée, je fus nommé gouverneur général de l'Algérie.
» Je quittai bientôt cette haute position, où tout m'était facile, pour répondre à la confiance des électeurs de Paris, qui m'avaient appelé à l'Assemblée constituante.
» Le général Cavaignac, chargé du pouvoir exécutif à la suite des journées de juin, auxquelles je n'ai pas assisté, me nomma, le 30 juin, commandant des gardes nationales de la Seine.
» Le 14 décembre de la même année, le général Cavaignac m'ayant fait prier de me rendre à l'hôtel qu'il occupait, rue de Varennes, me dit, en présence de tous les ministres, que la police croyait à un mouvement bonapartiste, préparé pour profiter de la cérémonie anniversaire de la translation des cendres de l'empereur aux Invalides, échauffer l'enthousiasme populaire, conduire Louis Napoléon Bonaparte aux Tuileries et le proclamer empereur. Le général Cavaignac termina en me demandant mon avis sur' les mesures à prendre. Je le lui donnai et finis en disant : « Mon cher général, j'ai donné ma main à Louis Napoléon pour en faire » un président, non un empereur. Dans peu de jours, il sera président de » la Répu!)lique, mais vous pouvez compter qu'il n'entrera pas demain » aux Tuileries, où vous avez établi mon quartier-général. »
» Ces paroles exprimaient brièvement, mais exactement, mon inébranlable résolution de rester ce que j'ai été toute ma vie, l'homme de l'ordre et de la loi.
» Louis Napoléon Bonaparte a tenté bien souvent de me faire dévier de la ligne droite que je m'étais tracée, pour me déterminer à servir son ambition; il m'a souvent, bien souvent offert et fait offrir, non seulement la dignité de maréchal, que la France m'aurait vu porter sans la croire déchue, mais une autre dignité militaire qui, depuis la chute de l'Empire, a cessé de dominer notre hiérarchie. Il voulait y attacher des avantages pécuniaires énormes, que, grâce à la simplicité de mes habitudes, je n'ai eu aucun mérite à dédaigner.
» S'apercevant bien tard que l'intérêt personnel n'avait aucune influence sur ma conduite, il a essayé d'agir sur moi en se disant résolu à préparer le triomphe de la cause monarchique à laquelle il supposait mes prédilections acquises.
» Tous les genres de séductions ont été impuissants!
)' Je n'ai pas cessé d'être, dans le commandement de l'armée de Paris
et dans l'Assemblée, prêt, ainsi que je l'ai dit dans une séance delà commission de permanence, à la suite des revues de Satory, à défendre énergiquement le pouvoir légal de Louis-Napoléon Bonaparte, et à m'opposer à la prolongation illégale de ce pouvoir.
u Ce n'est pas à vous qu'il est besoin d'apprendre comment ce pouvoir s'est établi sous sa nouvelle forme, et quels actes iniques, violents, ont accompagné son installation.
» La persécution n'a pas refroidi mon patriotisme. L'exil que je subis dans la retraite, et dans un silence qu'aujourd'hui vous me contraignez à rompre, n'a pas changé à mes yeux mes devoirs envers la France. Si elle était attaquée, je solliciterais avec ardeur l'honneur de combattre pour sa défense.
» Le seul journal français qui passe ici sous mes yeux m'a fait connaître tout à l'heure l'arrêté qui rbgle le mode de prestation du serment exigé de tous les militaires. Un paragraphe, évidemment rédigé pour être appliqué aux généraux proscrits, leur donne un délai de quatre mois. Je n'ai pas besoin de délibérer si longtemps sur une question de devoir et d'honneur.
» Le serment que le parjure qui n'a pu me corrompre prétend exiger de moi, je le refuse.
» Signé : changarnier. «
Nous , qui ne nous croyons obligé de payer tribut à aucune banalité , nous dirons en peu de mots ce que nous pensons de la lettre et de la conduite de M. le général Changarnier.
Si ce qu'il avance est faux, c'est un grand imposteur.
Si ce qu'il avance est vrai, c'est un grand criminel, car, dès le premier jour où, selon lui, on a tenté de le corrompre, avant qu'on n'employât, avant qu'on ne récidivât (.dons les genres de séduction, » il avait à remplir un devoir aussi étroit que simple : c'était, en sortant de l'Elysée, de venir déposer sur la tribune de l'Assemblée nationale sa démi.ssion de commandant général de l'armée de Paris, en même temps qu'une proposition de mise en accusation , aux termes de l'article 68 de la Constitution de 1848.
L'Assemblée nationale , aux termes de l'article 32 de la même Constitution, eût immédiatement fixé l'importance des forces militaires établies pour sa sûreté, et elle en eût disposé.
Cela n'eùt-il pas été plus digne et plus efficace que de
s'assembler puérilement, en novembre 1851, une cinquantaine de représentants et passer la moitié d'une nuit dans le salon de M. Baze ?
— Pour y faire quoi? Qu'auraient pu cinquante représentants sans armes contre les soldats qui auraient reçu l'ordre de venir les arrêter?
Pour essayer de justifier le silence qu'il a gardé en 1849, M. le général Changarnier alléguera-t-il qu'il ne pouvait honorablement trahir la confiance qu'avait eue en lui le président de la République ?
Que vient-il donc de faire ?
Ou il fallait se taire en 1832, ou il fallait parler en 1849.
Il n'y a que deux termes à l'alternative posée entre une grande imposture ou un grand crime.
Que M. le général Changarnier choisisse!
19 mai 1852.
Le Consitutionnel prend aujourd'hui la parole en ces termes sur la lettre du général Changarnier :
« Comme lieutenant-général, M. Changarnier n'a qu'un fait d'armes connu : c'est la manœuvre du 13 juin 1849, en vertu de laquelle, étant à la tête de troupes admirables, il a coupé en deux, sans coup férir, sur le boulevard, une colonne de clubistes, qui marchaient bras-dessus, brasdessous.
» Certes, rien n'est plus respectable que l'affirmation d'un galant homme ; et nous voudrions pouvoir accepter avec toute la déférence imaginable les divers passages de la lettre de M. le général Changarnier, dans lesquels il peint l'éloiguemeut que lui causent les actes violents, accomplis de haute lutte contre l'autorité légale. Malheureusement il y a, dans la vie politique du général, trois faits bien établis, qu'il nous paraît fort difficile de concilier avec les termes de sa protestation.
» Premièrement, au mois de mars 1849, M. le général Chancjarnier demanda au prince Louis- Napoléon une autorisation écrite pour faire sauter VAssemblée constituante par les fenêtres.
» Deuxièmement, plus tard, à l'époque de la création, de grands commandements militaires, M. le général Changarnier revint avec énergie avec instances, à sa pensée de COUP D'ÉTAT; et comme le prince Louis- Napoléon accueillait avec beaucoup de tiédeur ces ouvertures, M. Changarnier se
plaignit hautement et on propres termes, devant les ministres, de ce qu'il n'y avait rien à faire arec ce Thomas Diafoirtis.
» Troisièmement, au mois de noveniLre 1850, à l'époque du procès d'Alais, M. le général Changarnier réunit aux Tuileries, dans les salons que le président lui avait donnés avec le commandement de l'armée de Paris, un cénacle de personnages politiques auxquels il proposa d'arrêter Louis-Napoléon et de le mettre à Vincennes, de fermer Venceinte législative en prorogeant l'Assemblée à six mois, et de se décerner à lui-même la dictature. Parmi les personnages convoqués et présents aux Tuileries, se ti'ouvait M. le comte Mole, qui ne voulut pas tremper dans cette trahison, et qui prévint immédiatement le chef de l'État.
» Ces trois faits, parfaitement authentiques et incontestables, montrent ce qu'il faut croire de la mansuétude, de l'esprit d'ordre de M. le général Changarnier, et de son respect pour la loi.
» Avoir voulu chasser ou proroger violemment deux Assemblées ; avoir voulu arrêter Velu de six millions d'hommes ; avoir voulu emprisonner celui de qui il tenait sa situation et son commandement; le tout pour imposer à la France sa propre dictature ; — cela n'est, quoi qu'on puisse dire, ni d'une grande légalité, ni d'une grande franchise. — Granier de Cassagnac.»
Que d'aveux dans ces lignes, et que d'enseignements dans ces aveux !
Après ces aveux, quelle valeur conserve la magnifique épée offerte, en juin 1849, au général Changarnier?
Après ces aveux, que devient la fameuse souscription projetée et acceptée sous la réserve qu'aucun versement n'excéderait 20 francs ?
Après ces aveux, que faut-il penser de pareils sauveurs de la société?
Après ces aveux, que faut-il penser de pareils conspirateurs de palais, si impitoyables cependant pour tous les autres conspirateurs, vrais ou supposés?
Le général Changarnier fut longtemps l'idéal et le héros de la feuille qui persiste h s'appeler et qui tient à ce qu'on l'appelle V Assemblée nationale. Eh bien ! aujourd'hui, que pense-t-elle de cet héroïque défenseur de la société, de l'ordre et des lois, dont la pensée fixe fut de s'emparer de la dictature ?
Hélas 1 qu'en eût-il fait ?
— Ce qu'en a fait le général Gavaignac.
Hélas! qu'en a fait lui-même celui-ci?
LE GENERAL GHAiNGARNlER. 325
Demandez-le au général do Lamoricière, qui lui son ministre de la guerre !
L'ex-ministre de la guerre de juin 1848 sïndigne que « le « grade soit à la merci de l'arbitraire^ que ni les personnes >' ni la propriété ne soient respectées ! »
En 1848, respectait-il les personnes et les propriétés ? Respectait-il les personnes en les faisant, sans jugement, transporter par milliers ? Respectait-il les propriétés eu ne tenant aucun compte de celles que de longues années de travail opiniâtre avaient fondées? Pourquoi donc et à quel titre un grade serait-il moins qu'un journal à la merci de l'arbitraire ?
V Assemblée nationale, interpellée sur ce qu'elle pense du Héros du 13 juin, dira-t-elle qu'elle n'a pas la liberté de répondre ? Voilà ce que c'est de n'avoir pas voulu de la liberté pour les autres et pour tous sans exceptions ! C'est en la voulant exclusivement pour soi qu'on finit soi-même par la perdre.
7 juin 1852.
M. le général Ghangarnier se proposerait-il de quitter Malines et de se rendre en Angleterre? — Ge qui motive cette question, c'est cette déclaration tardive que nous lisons dans le Times du 4 juin 1852, déclaration reproduite par V xissemMée nationale et le Journal des Débats :
« Nous sommes autorisés et invités, de la part du général Changaruier , à contredire formellement une assertion mise deux fois en avant par deux des écrivains les moins scrupuleux de la presse française ; à savoir, qu'en 1848, le général Cliangariiier proposa au gouvernement provisoire d'envahir ce pays.
» Si nos souvenirs sont exacts, riii^toire a été racontée d'abord dans la Presse, par M. Emile de Girard in, et quoique par son évidente improbabilité, par l'absence complète de preuves, elle n'ait obtenu aucun crédit, nous regrettons que le général Changarnier , qui siégeait alors à l'Assemblée nationale, n'ait pas cru devoir eu fairejustice.
1) Depuis qu'il a été violemment exilé et que tous les moyens ordinaires
de publicité lui oui été interdits en France, M. Granier de Cassagnac a répété cette assertion dans le but de noircir la réputation des hommes que Louis-Napoléon n'a jju »ii «e'duiVe ni intimider; et pour donner au mensonge un air de précision, il a fixé à 12,000 le chiffre de l'armée d'invasion qui, sous le commandement du général Changarnier et les auspices républicains de M. Ledru-RoUin, devait marcher sur Londres.
» Nous le répétons : à celte assertion^ l'homme qui est le mieux en position, d'affirmer la vérité donne UN démenti pÉkemptoire , ajoutant qu'il est trop vieux soldat pour supposer qu'une invasion de l'Angleterre puisse être tentée avec 12,000 hommes , et qu'il n'a jamais eu pour le (jouvernement de 1848 un attachement assez vif (1) pour éprouver le moindre désir de propager ses principes par la force des armes, moins en Angleterre qu'ailleurs. «
Les dénioutis ainsi articulés font les répliques nettes : ils dispensent de ces absurdes ménagements qu'un s'impose trop souvent et qui restent comme des ombres sur le point qu'il s'agissait de mettre en lumière. Les hommes se doivent entre eux la vérité. Pourquoi donc la vérité existeraitelle, si ce n'est pas pour se la dire?
M. le général Changarnier contredit formellement, le 4 juin 1852, une assertion produite el imprimée le 5 mai 1851 par la Presse avec une précision qui ôte même l'ombre d'un prétexte plausible à la dénégation indirecte de M. le général Changarnier. Cette dénégation, après treize mois de silence, on en conviendra, est un peu tardive, surtout si l'on se souvient des efforts réitérés, mais infructueusement faits, en mai 1851, par le Times, le Morning-Post, le Morninrj-Chronkie et le Dailij-Ncivs, pour obliger M. le général Changai-nier à rompre le silence. Mais puisque M. le général Changarnier se décidait à le rompre et était en veine de
(Ij En IHIS, M. le général Changarnier ne tenait pas ce langage dédaigneux, ainsi (ju'on peut s'en convaincre par l'article suivant du journal la liéforme:
.' Le RcÎMCral Cliangarnicv, porté sur toutes les listes de la re'action, a aussi l'ap- .. pui (k's autorités officielles. De l"iioti;i.-i>e-villk a. l'ctat-major, de l'état-ma.ior '. a la préfecture, on ne rencontre pas un enii)loyc qui n'ait sa liste Changarnier .! a la main. C'est encore le nom de Changarnier qu'on lisait en tête des bulletins " distribues a la garde mobile. Il est impossible d'être plus universellement y recommandé. »
{h\ lîKi'ORME, lundi 5 juin 1818.)
A cette époijuc, VU<il.el-de-Villf, cola voulait dire M. Armand Marrast..., l'homme cpialilié , en janvier 1849, ^i d'affreux pc lit drôle. »
LE GEiNERAL CHANGARNIEU. 327
dénégation, que ne faisail-il d'une pierre deux coups, el que ne niait-il aussi sa fameuse lettre au général Forey, où le président de l'Assemblé souveraine était appelé : « af-