‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 92 sur 156 · LA PRÉSIDENCE PROROGÉE · texte numérisé non relu

LA PRÉSIDENCE PROROGÉE

quels actes .n-t-il traduit ces paroles : « aujourd'hui, il t

A UN'GOUVERN'EMEM? >'

Si ces actes existent, citez-les donc !

Citez-en un seul !

Si vous n'en pouvez pas citer un seul qui mérite qu'on s'en souvienne et qu'on le loue, sur quoi donc vous fondezvous pour prétendre que M. L.-N. Bonaparte est nécessaire, indispensable, et qu'il faut absolument et à tout prix le relever de la clause d'inéligibilité qui le frappe?

Sur rien. Rien, rien, absolument rien.

A ce compte, tout candidat qui sera choisi le 9 mai 1852 vaudra tout autant que l'Élu du 10 décembre.

Les électeurs de votre opinion n'auront que l'embarras du choix parmi les dix-sept (jui ont préparé, conjointement avec M. Baroche, la loi du 31 mai. Rassurez-vous donc ! à vous pas plus qu'à nous, les candidats ne manqueront; si vous ne voulez pas de M Cavaignac, vous pourrez nommer M. Changarnier; si vous ne voulez pas de M. Barrot, vous pourrez nommer M. Baroche ; si vous ne voulez pas de M. Thiers, vous pourrez prendre M. Mole ; enfin, si vous ne lui trouvez pas assez de vigueur politique, vous pourrez lui préférer M. Léon Faucher ; si vous ne lui trouvez pas assez de foi exemplaire, vous pourrez lui préférer M. de Montalembert.

Vous le voyez, le seul embarras que vous éprouverez, ce sera l'embarras du choix.

Cessez donc, de grâce, de trembler et de gémir, car vous n'avez ni sujet de peur ni sujet de plainte.

Le 9 mai 18o2, tout se passera le plus simplement du monde.

Vous aurez votre cantlidat, et nous aurons le nôtre.

Nous nous compterons ; mais l'on ne comptera, de part ni d'autre, les bulletins inconstitutionnels.

Si vous le voulez, vous nommerez M. Abbatucci, qui gardera la place a M. L.-N. Bonaparte jusqu'à ce que celui-ci soit redevenu éligible, en mai 1856.

Voire cherchez des solutions; en voilà une !

36i lS5t.

Rcniereiez-moi, et maintenant faites comme les enfants h qui l'un donne un hochet, ne pleurez plus.

Soyez sages !

Je devrais vous dire : soyez sérieux, soyez francs, soyez conséquents, car vous n'êtes ni conséquents, ni francs, ni sérieux.

M. L -N. Bonaparte serait constilulionnellement rééligible, qu'il ne serait pas physiquement immortel; donc, s'il est vrai que sa présidence soit si nécessaire au maintien de l'ordre, à la prospérité du commerce, à la grandeur de la France, à la trancpiillité de l'Europe, au salut de la société, cl qu'il puisse mourir ce soii', cette nuit, demain, quelles garanties, quels gages auraient de plus la société, l'Europe, la France, le commerce et l'ordre, alors même que ce maudit article 45 de la Constitution en aurait été effacé?

Écrivains du Constitutionnel, ne vous seriez-vous donc pas aperçu que tous les arguments que vous dirigez contre cet article 45, qui déclare que le président de la République, élu pour quatre ans, n'est rééligible qu'après un intervalle de quatre ans, vont frapper di'oit, du même coup et avec la même force, la présidence décennale, le consulat à vie, l'empire électif.

En effet, tous vos arguments ne sont que des arguments renouvelés de ceux employés en 1772 contre la royauté élective par la royauté héréditaire, alors que Jean-Jacques Rousseau écrivait ses fonsidéralions sur le gouvernement de Pologne.

Vous n'êtes pas conséquents avec vous-mêmes. Dans l'ordre d'idées que vous soutenez, il n'y a de soutenable que la royauté héréditaire, attendu que le roi est comme s'il ne mourait jamais, puisque, dès que le roi est mort, le premier cri qui se fait entendre est celui-ci : Vive le roi !

Faites ce que fait M. Guizol !

Osez être légitimistes!

Soyez logiques !

Abandonnez Louis-Napoléon, qui peut mourir demain, et criez :N'i\(' liiMiri V ! c;ir. si Henri ^' mourait, il aurait.

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avant qu'il eût achevée de fermer les yeux, pour successeur Louis XIX ou Philippe II.

Il n'y a plus, il ne peut plus y avoir en France que deux partis nettement tranchés :

Le parti de la Monarchie traditionnelle et le parti de la République rationnelle.

Le parti de l'Hérédité et le parti de rÉIeclion.

Le parti de l'Autorité et le parti de la Liberté.

Entre ces deux partis, il ne reste plus de place pour aucune opinion intermédia iie.

Bonapartiste, orléaniste, fusioniste, sont des mots qui n'ont plus aucun sens, qui ne correspondent plus à rien.

Quiconque se dit fusioniste est légitimiste.

Après la révolution de 1848, il n'y a plus, pour aucun des membres de la famille d'Orléans, que cette alternative : revenir à Paris comme simples citoyens, ou aller à Frohsdorlî comme fidèles sujets.

Après l'élection du 10 décembre 1848, après le serment solennellement prêté par M. L.-N Bonaparte à la tribune de l'Assemblée nationale, il ne devait plus y avoir autour de lui que des républicains sincères : c'est précisément parce qu'il y est resté des bonapartistes factieux que le dernier jour de ceux-ci est marqué au 9 mai 1832. Ce sera leur Waterloo électoral.

Entre la République démocratique et la Royauté héréditaire, ces deux rives opposées de l'océan populaire, il faut que le Constitutionnel choisisse : la question ne saurait plus se renfermer dans les termes étroits des deux articles 45 et 111 de la Constitution. C'est vainement que le Constitutionnel s'efforcerait de s'y maintenir. Il n'y a qu'à regarder pour voir que de toutes parts se forme et se resserre, à Tintérieur comme à l'extérieur, le blocus monarchique ; il faut être dans la place ou dehors, parmi les assiégés ou parmi les assaillants. Avant peu de temps, M. Thiers lui-même sera obligé de suivre M. Guizot parmi les assaillants et d'arborer le drapeau de la légitimité, ou bien de passera tout jamais avec la démocratie dans les rangs des assiégés.

La force des choses, celte logique invisible, va l'exiger impérieusement.

La situation de M. L.-N. Bonaparte est celle d"un employé de chemin de fer, sourd ou présomptueux, inutilement averti, et s'apercevant trop tard qu'il est pris et qu'il va être broyé entre deux convois venant de deux côtés opposés.

Comment ce qui frappe par son évidence les regards de tout le monde n'ouvre-t-il pas les yeux du Constitutionnel ?

Il crie dérisoiremenl :

Vive la Constitution ! Meure le peuple !

Pauvres aveugles ! Cela veut dire implicitement :

Vive la Légitimité! Meure la République f

Est-ce là ce que vous voulez ?

Alors, ô Constitutionnel, déclarez-le franchement, et allez emboîter le pas à VAssemblée nationale, dirigée par MM. Guizot et de Pastoret.

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