‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 91 sur 156 · LA PRESIDENCE PROROGÉE · texte numérisé non relu

LA PRESIDENCE PROROGÉE

inimndiatenieiit, à peine de forfaiture; ils convoquent les jurés dans le lieu qu'ils désignent, pour procéder au jugement du président et de ses complices ; ils nomment eux-mêmes les magistrats chargés de l'emplir les fonctions du ministine public. »

Qu'ils oseni, et ils verront !

Ils veriont par qui sera eonvoquée la haute cour de justice appelée à les juger !

Indiscrets! je sais voire pensée.

Je sais que vouspuisez toute votre confiance dans l'Armée, dans sa discipline.

Moi, je puise toute ma confiance dans le Peuple, dans sa susceptibilité.

C'est pour couvrir une retraite ignominieuse de MM. Odilon Barrot, Duvergier de Hauranne, Baroche, Léon Faucher et C®, qu'il s'est jeté, le 24 février 1848, entre l'opposition et le ministère, et que, pour écarter une honte, il a accompli une révolution.

Ce qu'il a fait le 24 février 1848, il le ferait de nouveau, si l'opposition parlementaire pouvait tomber assez bas pour laisser violer la lettre de la Constitution; mais il le ferait bien plus certainement encore, si l'Opposition, retranchée dans son droit, était menacée dans son inviolabilité ; si, défendant son inviolabilité, elle était menacée dans son existence !

Mais son existence et son inviolabilité, l'Opposition n'aura pas à les défendre, car il ne se trouvera pas un seul régiment pour les attaquer !

L'armée n'est pas l'armée du président de la République, elle est l'armée de la loi ; l'ai'mée n'est pas l'armée de la majorité parlementaire, elle est l'armée de la souveraineté nationale ; l'armée n'est pas l'armée d'un parti, elle est l'armée du pays ; l'armée n'est pas l'armée de la réaction, elle est l'armée de la Constitution.

Qui défendra la Constitution, la souveraineté nationale, la loi, le droit, est assuré d'avoir l'armée de son côté, sous la seule réserve qu'il ne s'agira pas d'une question douteuse, d'une controverse d'avocats, d'un htige d'avoués,

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d'une intcrpiélalion de justice, mais d'une vérité manifeste, incontestable, incontestée, arithmétique.

Je dis arithmétique, parce qu'en effet elle est arithmétique, puisqu'il s'agit de quelque chose de plus précis encore que de la lettre d'un texte; il s'agit de chiffres.

La Constitution déclare de la manière la plus formelle que si 188 représentants du peuple sur 750 s'opposent à la révision de la Constitution, cette révision ne peut avoir lieu. Or, la Constitution se réduirait donc à ces termes : Êtes-vous 363 qui voulez la révision ?

Ne sommes-nous que 187 qui la repoussions ?

Si nous sommes 188 et que vous ne soyez que 562, et que vous veuillez passer outre, nous vous arrêtons et nous vous traduisons devant la Haute-Cour de justice, immédiatement convoquée.

Point n'est besoin de phrases pour poser à l'ai'mée, officiers et soldats , cette simple question : 187 sont-ils le QUART de 730?

Poser à l'armée cette' question, c'est l'arièler sur le seuil législatif, où elle trouverait plus d'un général qu'elle est habituée à respecter, et qui la sommerait de défendre la Constitution jurée et l'inviolabilité parlementaire.

Toutes les fois, je le sais et nous le savons tous, toutes les fois qu'il y aura lieu à interprétation, l'avantage sera du côté du gouvernement et de la majorité ; mais qu'il n'y ait pas lieu à interpréter, l'avantage se déplace et passe de notre côté.

Voilà pouniuoi, messieui"s, nous vous attendons patiemment, paisiblement, dédaigneusement, à la limite tracée par le chiffre 188.

Osez le h'anchir !

Osez, et nous aurons avec nous :

Le Peuple ;

L'Armée ;

La Magistialure :

Le jury.

La prison où sont renfermés les condamnés de Versailles

LA PRÉSIDENCE PROROGEE. 361

s'ouvrira pour y abriter les violateurs de la Constitution, et les écrivains de la Voix du Peuple en sortiront pour faire place aux rédacteurs du Constitutionnel.

Imprudents sont ceux qui soulèvent de telles questions! Incorrigibles sont ceux que ni la révolution de 1830 ni la révolution de 18i8 n'ont insiruits!

4 avril 1851.

11 faut cependant en finir avec toutes vos lamentations ridicules.

Si le mal existe, c'est vous qui le faites ; si la peur gagne, c'est vous qui la dnnricz.

Dans la situation tout enlière de la France el de l'Europe, et dans les cent-seize articles de la Constitution, vous ne voyez qu'un seul point, ([u'un seul article : — la réélection dCxM. L.-N. Bonaparte.

S'il n'est pas rééligible, s'il ne peut être réélu, c'en est fait, dites-vous, de la France, c'en est fait de l'Europe, c'en est fait de la société, c'en est fait de la civilisation.

Mais qu'il soit rééligible el qu'il puisse être réélu, tout sera sauvé, dites-vous.

Causons et ne discutons pas.

Causons publiquement comme nous causerions si nous n'avions pas pour témoins vos lecteurs el les miens.

M. L.-N. Bonaparte a été élu le 10 décembre 1848.

Du 10 décembre 1848 au 9 mai 18o2, si Je sais compter, il avait devant lui trois ans cl cinq mois.

Qu'a-t-il écrit sur celte vaste marge de l,2o0 jours?

Qu'a-t-il fait en 1849 ? — Il est allé jeter par terre la République romaine.

Qu'a-t-il fait en 1850 ? — Il a enlevé à trois millions d'électeurs des quatre-vingt-six déparlements de France leur part légitime de souveraineté, pour les punir de ce que cent vingt mille électeurs de Paris, votant eu toute liberté el sans le moindre trouble, avaient donné leurs voix à M. Eugène

Sue ; c'est-à-dire qu'on admcUant même que les cent vingt mille électeurs de Paris dont il est question aient commis un crime de lèse-société, il a puni pour ce crime deux millions huit cent quatre-vingt mille électeurs de France, lesquels en étaient parfaitement innocents.

0 Justice! ô Politique!

Tels sont les deux actes principaux et mémorables qui, au dedans et au dehors, marqueront la présidence de M. L.-N. Bonaparte. Seraient-ce donc là des titres si grands qu'on ne pût trouver, le 9 mai 1852, personne qui en offrît d'égaux et de pareils ?

Depuis le 20 décembre 1848, 830 jours se sont accomplis, et pas un jour ne s'est écoulé que M. L.-N. Bonaparte n'ait donné 4ni démenti à une dos 1.200 pages de ses trois volumes écrits dans l'exil et la captivité.

Droit de réunion, droit d'association, liberté d'enseignement, liberté de la presse, tout a disparu, tout a été supprimé, même la lil)erté de se déguiser en carnaval, même la liberté d'accompagner les morts au cimetière dès que le nombre des amis qui suivent le char funèbre excède 300.

A ce régime stupide de stupide compression, qui a laissé en arrière sinon la Monarchie de 1815, du moins la Monarchie de 1830, qu'est-ce que la stabilité a gagné? Vous avez comprimé, réprimé, supprimé ; en êtes-vous plus forts, plus affermis, plus rassurés?

Je vous le demande.

Si ce régime est bon. connnenl oxpliquez-vous qu'il n'ait porté que de détestables résultats ? et si les résultats ont été excellents, comment expliquez-vous les terreurs feintes ou sincères que chaque matin vous montrez?

Le 3 juin 1850, c'est-à-dire d<nix jours après le vote de la loi du 31 mai, vous vous adressiez à la France en ces termes solennels :

« AVA>T LA LOI, IL V AVAIT IN PRÉSIDENT DELA RÉPUBLIQUE ET U>E ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE ; AlJOl RDIH I. IL Y A UN GOUVER- NE.llENT. »

Depuis le 3 juin 1850. (|u'a fiiil M. L.-N. Bonaparte, et par

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