LES INSULTEURS DU 24 FÉVRIER
Le 2 mars, le Constitutionnel soiiscrivail pour la somme
de DOUZE MILLE FRANCS.
M. Véron, pour se disculpei', dira-t-il (jue eellc somme a clé puisée dans la bourse de M. Thiers, et que c'est ce dernier qui lui a imposé celte patriotique oflrande?
Je ne le crois pas.
II faut être juste.
L'offrande a été toute spontanée de la pai't de M. Véron. el le méi'ite du sacrilicc lui revient tout entier.
Quelque f)ande armée serait-elle venue mettre le Constifnfionnel à contribulion et le sommer d'avoir à verser 12,000 francs?
Je ne le sais pas ; mais ce ijue je sais parfaitement, c'est que l'initiative prise par la Presse, suivie par le Siècle, exagérée par le Constitutionnel, ne m'a été dictée ni môme suggérée par personne.
Je crois donc pouvoir affirmer que le Constitutionnel a été libre, absolument libre de donner ou de garder son argent.
S'il l'a donné, c'est que vraisemblablement il ne pensait pas le 2 mars 1848, de la révolution du 24 février, ce qu'il permet qu'on en dise aujourd'hui 9 avril 1851.
Le Constitutionnel a tort.
Cracher comme il le fait sur une révolution qu'il a glorifiée, en tout cas qu'il n'a pas combattue, c'est s'exposer au risque dont parle le proverbe populaire.
Il faut prévenir les révolutions, mais il n'en faut jamais médire.
De même qu'il n'y a pas d'incendie sans feu, il n'y a pas de révolution sans cause.
Prenez-y garde !
Si le drame de février a été, comme vous le dites, « le » fait le plus local, le plus accidentel, le plus fortuit, le plus » inattendu de tous les faits révolutionnaires qui se sont ac- » complis depuis soixante ans, » le gouvernement de 1830 n'en est que plus coupable d'avoir tout négligé et de n'avoir rien tenté.
C'est une accusation de lâcheté (jue vous dirigez contre le roi Louis-Philippe et contre ses deux fils, le duc de Nemours et le duc de Montpensier, car aucun des deux ne S'est fait tuer et n'a même essayé de défendre le trône de son père.
C'est une accusation de lâcheté que vous dirigez contre M. Guizot se tenant caché entre deux portes pendant trois jours; contre M. Duchàtel s'esquivant par une porte dérobée de son jardin, grâce au courage de M"^® Duchàtel ; contre le général Trézel et contre tous les ministres du 23 février (je ne parle pas des ministres du 24 février matin, MM. Thiers, Odilon Barrot et autres); contre M. Delessert, préfet de police; contre le général Sébastiani, qui commandait la première division militaire : contre tous les officiers de l'état-major de la garde nationale, commandée par le général Jacqueminot; enfin, contre vous-même, car, avec un peu de courage et de franchise, rien ne vous empêchait, le 2o février, de dire crûment son fait à cette insolente révolution de la veille.
Pourquoi ne l'avez-vous pas fait alors, pourquoi, au lieu de lui cracher sur le dos le 9 avril 1851, ne lui av^ez-vous |)as craché à la face le 25 février 1848?
Pourquoi lui avez-vous donné 1^,000 francs qu'elle ne vous tlemandait pas?
Pourquoi vos colonnes ne larissaient-elles pas alors en éloges ampoulés du peui)!e victorieux, du Gouvernement provisoire, de la Révolution ou de la République ?
Vous dites que la révolution du 24 février a été une surprise! Faites donc accorder ces lignes avec celles-ci, que vous trouverez imprimées dans vos propres colonnes à la date du 22 février 1848 :
(( Si des malheurs sortent de cette crise redoutable, qu'ils retombent sur la tête des hommes qui ont fait nahre cette crise par leur conduite coupable, et qui l'ont précipitée par le plus funeste des aveuglements et la plus odieuse des tactiques !
» L'opposition veille à raccomplisscment du devoir qu'elle s'est impose, et que la contiancc des bons citoyens rend d'autant plus impérieux pour elle. Entre tes mains est remise la défense des droits do tous ; elle ne