‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 99 sur 156 · LES INSULTEURS DU 24 FÉVRIER · texte numérisé non relu

LES INSULTEURS DU 24 FÉVRIER

fiiillira pas dans cette défense, pas plus que dans la poursuite incessante d'un ministère coutre-révolutionnaire et anti-national. La demande de mise en accusation a été déposée aujourd'hui même. »

Ces lignes, que j'emprunle, non pas à la collection de la Presse, mais à la collection du Constitutionnel, prouvent que le gouvernement avait été averti.

Il avait été averti par vous-même !

Faites ilonc accorder votre article de ce jour 10 avril 1831 avec votre article du 10 mars 1848, où vous réclamiez l'honneur d'avoir toujours voulu la République :

« Depuis cinquante ans, la France a essayé trois fois de la monarchie. D'abord le génie, la gloire, l'élection, ont couronné l'empereur; c'était la royauté sortie des camjjs et d'une révolution, avec ime force immense, mais aussi avec un despotisme presque sans limites. Ensuite est venue la restauration du principe de la légitimité, la royauté sacrée par la religion et par les souvenirs, cherchant dans l'histoire des droits qu'elle ne tenait pas du peuple, et opposant une prétendue souveraineté d'origine divine à la souveraineté nationale. Enfin le régime représentatif a été tenté, c'est-à-dire l'accord entre la royauté, élue une fois, héréditaire sous le bénéfice d'un contrat, et le gouvernement de la nation par ses représentants ; système savant et compliqué, mélange de fictions nécessaires et de réalités inévitables ; équilibre qui suppose beaucoup de sagesse d'un côté, beaucoup de persévérance politique de l'autre, et qu'une sincère pratique peut seule maintenir.

» Ces trois expériences ont duré chacune environ quinze années ; elles ont toutes échoué. Nous avons secondé la dernière, celle du régime représentatif, parce que cette forme de gouvernement, loyalement pratiquée, devait assurer l'ordre et la liberté. Certes, nos eff'orts ont été désintéressés. Nous avons été traités en ennemis iiar cette royauté que nous voulions sauver de ses propres fautes. Nos doctrines mêmes révélaient toute la force et toute l'étendue de nos griefs.

» C'est au gouvernement pei'sonnel que s'adressait sans cesse notre opposition la plus vive. Nos adversaires se prononçaient pour une monarchie à peine tempérée par les pouvoirs électifs ; 7ious voulions une REPUBLIQUE EFFECTIVE tempérée par l'hérédité et l'irresponsabilité du premier magistrat. On a repoussé arec insulte nos doctrines et nos conseils ; la monarchie constitutionnelle a péri.

» Or, après la royauté despotique et glorieuse, après la royauté légitime et divine, après la royauté conditionnelle et parlementaire, que restet-il? la République. Et après la République? l'anarchie. Nous nous attachons donc, AVEC FORCE et AVEC UN LOYAL ESPOIR, à la République. »

Nous voulions la «RÉPUBLIQUE EFFECTIVE! » Ces doux mots sont écrits en toutes lettres dans votre article.

De quoi vous plaignez- vous donc?

Si la République proclamée le 24 février n'est pas, depuis le 20 décembre 1848, la République efleclive que vous vouliez, à qui la faute?

N'êtes-vous pas tout puissante l'Elysée? Vos conseils n'y sont-ils pas écoutés ?

Après avoir invoqué, sous le gouvernement provisoire, la liberté comme la garantie de chacun et le refuge de tous, ne l'avez-vous pas reniée, et n'avez-vous pas obtenu, ô grand-prêtre de la peur! qu'elle vous fût livrée comme une victime expiatoire? Cessez donc d'accuser la République, car l'accuser c'est vous accuser vous-même ; cessez donc d'insulter la Révolution du 24 février, car c'est vous souffleter le visage de vos deux mains.

Vous terminez voire ai'ticle j)ar ces mots que vous mettez dans la bouche de M. Thiers : « Il iienous reste plus qu'à » nous faire oublier. »

Vous ajoutez : « Ce mot devrait tracer leur ligne de con- » duite à bien des gens. »

Vous avez raison !

— A commencer par vous, qui donniez si généreusement, le 2 mars 1848, douze mille francs « à Témeule qui humiliait » l'armée. »

fiRLMINALIÏÉ : RÉPRESSION,

22 aoiit 1851.

Je trouve dans Vi'nivers les aveux suivants : DES for(;ats libérés.

« Dans l'état actuel des choses, los hommes que la violence de leurs passions a conduits une première fois au bagne en sortent rarement amendés. Ce lieu de douleur est un lieu de corruption : la science du mal s'y en ■ teigne par préceptes et par exemples. Les coupables s'y endurcissent et s'y instruisent. La honte qu'ils subissent excite en eux des désirs de vengeance; ils sortent persuadés qu'ils ont une guerre à soutenir contre la société entière, et après s'être fournis d'armes propres à troubler sa sécurité. Les lois sont impuissantes à réprimer ce danger ; la surveillance est constamment en défaut; et les villes défendues aux forçats sont celles oii ils abmydent le plus volontiers. »

Si les bagnes sont aux lycées ce que les lycées sont aux écoles, si le mal s'y enseigne par préceptes et par exemples, si les coupables s'y endurcissent et s'y instruisent, si les villes défendues aux forçats sont celles où ils abondent le plus volontiers, de ces a\'eux de ïL'niccrs quelles conséquences doit-on tirer?

Moi, j'en tire cette conséquence :

Qu'il faut fermer les prisons et supprimer les bagnes, puisque les bagnes et les prisons sont des lieux de corruption où la perversité s'aggrave.

Plus de prisons!

Plus de bagnes!

Où se met la gangrène, coupez le membre I

Sous ce titre : « réforme pénale. Les Prisons. — La peine de mort.— La récidive. — » M. Paillard publie, dans la Gazette des Tribunaux, un article d'où sont extraits les passages suivants :

« Depuis 1832, sur cent accusations capitales , l'admissiou des circonstances atténuantes a fait descendre la peine pour plus des deux tiers des accusés, et la moyenne des condamnations à mort, qui était annuellement, avant 1832, de 110, est descendue , de 1832 à 1843, à 49. Donc, s'il est vrai que l'atténuation de la peine a pour résultat infaillible la diminution de la criminalité , s'il est vrai que la fréquence du supplice amène la fréquence du crime, et que démolir l'échafaud c'est désarmer le coupable, nous allons voir fléchir depuis 1832 les chiffres de la criminalité.

» C'est précisément le résultat contraire qui est constaté, et d'année en année, toujours progressivement. Voici dans quelles proportions :

» Avant 1832, la moyenne annuelle des accusés pour crime de pcirriade était de 14; de 1832 à 1848, elle s'est élevée à 23 par année ;

« Pour Vempoisormement, elle était de 37 ; elle s'est élevée à 43 ;

» Pour Vassassinat, elle était de 258 ; elle s'est élevée à 309 ;

» Pour Vinfanlicide, elle était de 113 ; elle s'est élevée à 149 ;

» Pour l'incendie, elle était de 103 ; elle s'est élevée à 249 ;

» Pour la fausse moniiaie, elle était de 46 ; elle s'est élevée à llO.

» Ainsi, quand la moyenne des condamnations capitales est de 110, la moyenne des accusations capitales est de 571; quand la moyenne des condamnations s'abaisse à 49, la moyenne des accusations s'élève à 883, s'élève même à 1,000 environ, si l'on réunit tous les éléments de comparaison entre les deux périodes 1825-1831 et 1832-1848, c'est-à-dire que la criminalité double de moitié quand la répression diminue dans la même proportion.

» VOILA LE FAIT, VOILA LE VKAI ; voilà CG qui répond aux théories de la philosophie spéculative.

» Le but de la peine, nous le savons, îi'cst pas seulemeiit de prévenir, il est aussi de corriger : l'intimidation et ramondemciit, tels sont les deux corrélatifs du châtiment.

» Of, les statistiques de la récidive nous a}iprcnncnt comment, dans

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