LES DÉPENSES DE LA GUERRE DE 1831 A
22 août 1849.
Ce chiffre s'élève à 5,648,479,000 fr.
Ne sont pas comprises dans ce chifiVe :
l*' Les dépenses extraordinaires 410,000,000
2° Les pensions militaires 792,000,000
Ensemble 1,202,000,000
En ajoutant celle somme à la première , on arrive à un total de 6,850,479,000 fr.
État-major. — Les élals-majors prennent par an plus de
17 millions ! Le chiffre va croissant chaque année. La somme totale absorbée par l'élat-major a été de 313, 437,000 f.
Gendarmerie. — La gendarmerie figure chaque année pour 20 millions environ dans le budget de la guerre. Armée effective. — Sur les o,6i 8, 479,000 fr. dépensés en
18 ans, l'armée effective ne figure que pour 3,518,000,000
Différence 2,130,479,000
Plus de la moitié de cette différence a été employée en frais généraux et en dépenses d'une utilité au moins contestable. Les étals-majors absorbent en outre 1/7® de cette différence. En comparant les chiffres de l'effectif avec les
chill'res de la dépense nécessitée par cet effectif, on en tire des renseignements curieux.
En 1831, 192 millions suffisent pour 373,000 hommes et 82,828 chevaux. C'est une dépense de 510 fr. par homme.
En 1832, 235 millions, — et en 1833, 224 millions suffisent à peine pour 390,000 hommes et 82 à 84,000 chevaux. C'est une dépense de près de 600 fr. par homme.
En 1836, 153 millons suffisent pour 289,000 hommes. La dépense moyenne par homme retombe à 530 fr.
De 1843 à 1849, où reff"ectif réel reste fixé à 318,000 hommes, et la dépense à 195 millions, la dépense moyenne par homme remonte à 600 fr.
Pourquoi ces diflférences? 11 y a là une élasticité de chiffres et d'évaluation qui permet toutes les suppositions.
Arsenaux : Salaires d'ouvriers et approvisionnements. — Le chilTre total des salaires et approvisionnements dans les arsenaux est de 15,490,000 fr. Les approvisionnements fie gurent dans ce chifïrc pour moitié à peu près. Les salaires pour moitié : 7,700,000 fr.
A 900 fr. par an pendant 18 ans, cela ne suppose dans tous les arsenaux de France que 475 ouvriers. Pour une telle armée industrielle, il n'y a pas un état-major moindre de 1,817 chefs et employés.
Manufactures d^armes. — A ce chapitre figure la fabrication des armes blanches, ainsi que l'abonnement des corps pour la réparation des armes. Le chiffre total du chapitre est de 84,056,000 fr.
La fabrication des armes entre dans ce chiffre pour 84 0/0. soit 80 millions.
Or, en 1846, pour 1,900,000 fr., on a fabriqué :
40,000 fusils à percussion :
1,000 fusils de rempart; 1 ,000 carabines ; 4>,000 mousquetons :
2,000 pistolets ; 6,000 sabres ;
10,000 baïonnettes ;
1 ,000 sabres-baïonnettes ; 1,000 sabres pour carabines ; 3,000 fourreaux de sabres ; 600 cuirasses.
En 1845, la fabrication n'a été que de 36,000 fusils, mais, en revanche, on a demandé un crédit de 100.000 fi'. plus fort qu'en 1846 :
1« 4,000 fusils en moins 132,000
2° 100,000 fr. en plus 100,000
Toîal 232,000
La fabrication de 1846, telle qu'elle résulte des chi (Très cidessus, suppose, pour les 18 années, une fabrication de : 1,600,000 fusils à percussion; 40,000 fusils de rempart ; 40,000 carabines; 160,000 mousquetons ; 80,000 pistolets ; 340,000 sabres ; 400,000 baïonnettes ; 40,000 sabres-baïonnettes ; 40,000 sabres pour carabines ; 120,000 fourreaux de sabres ; 24,000 cuirasses.
En consultant l'inventaire des magasins en 1830, et en le comparant à l'inventaire des magasins actuels, déduction faite des armes fournies depuis 1830, on serait sur la voie de grandes dilapidations.
Fonderies et forges. — Le chillre total de ce chapitre est de 30,311,000 fr.
200 canons de bronze de tout calibre coûtent 300,000 IV. 200 canons de fonte de 30 coûtent 310,000 fr. 200 obusiers de fonte de 0/22 coûtent 360,000 fr. Les canons de bronze figurent pour 40 0/0; ceux de fonte pour 20 0/0; les obusiers pour 20 0/0; les projectiles pour 15 0/0, dans les 30 millions.
En comparant l'inventaire de 1830 à celui de 1848, et en
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tléduisanl loules les pièces et Jet» projectiles sortis des magasins dans l'intervalle, on peut contrôler exactement si la fabrication n'a pas donné lieu à des dilapidations.
Poudres. — 11 en est de même pour les poudres, dont les fournitures faites à la guerre atteignent le chiffre total de 14,055,000 fr.
Observations sur l'effectif. — L'effectif réel ne comprend ni l'état-major, qui croît d'année en année, ni la gendaimerie.
L'effectif réel de 1831 à 1833 a été de 390,000 h.
— 1843 à 1849 - 320,000 L'appel annuel est de 80,000 hommes ; les citoyens pau-
vres arrachés par l'ordre du hasard aux travaux utiles n'auraient donc dû passer sous les drapeaux :
De 1831 à 1833, que 5 ans ;
De 1834 à 1841, que 3 ans et demi;
De 1843 à 1849, que 4 ans.
D'où vient qu'ils y restent souvent 8 ans?
La réponse se trouverait-elle dans les registres mortuaires des corps en pleine paix?
Frais généraux.— En prenant la différence entre le chiffre total de chaque budget de la guerre et celui de ses dépenses réelles, on établit une colonne de chiffres qui est très curieuse, en ce qu'elle représente les frais généraux.
Cet excédant de dépenses, plus que contestable , se réduit en 1832, sous le maréchal Gérard, à 5,865,000 fr., somme qui s'est élevée , sous le maréchal Soult, jusqu'à 171 millions. La moyenne des dernières années est de 68 millions. 11 y a là tout un problème à résoudre.
Dépenses du génie. — Sauf les cas extraordinaires , ce sont toujours les mêmes allocations qui y figurent. Ainsi, pour les réparations annuelles des casernes et autres bâtiments militaires, figure toujours le chiffre de 2,500,000 fr.
Pour les acquisitions de terrains , c'est tantôt l'allocation de 1.700,000 fr. qui figure de 1831 à 1834;
DES ARMEES PEKMANEMES. 73y
Tanlôl celle de ^2,500,000 IV. et 2,150,000 Ir. qui figure de 1835 à 1841 ;
Tantôt celle de 1,675,000 fr. qui figure de 1842 à 1849.
Il serait curieux de cadastrer toutes les acquisitions faites ; elles sont portées au budget pour 34 millions.
Observations sur l'effectif des chevaux. — L'effectif des chevaux, de 1841 à 1849, est en moyenne de 72,000 chevaux. Us figurent pour l'article fourrages. Or, les régiments de cavalerie, qui devraient avoir sur ce taux 800 chevaux en moyenne, n'en ont pas 600; l'effectif est donc frauduleux. C'est ce qui explique que , dans les moments de guerre, l'on est obligé de faire faire des achats extraordinaires de chevaux pour remplir un effectif imaginaire.
Observations sur le chiffre des^remontes. —On calcule les remontes de France sur 1/7® de l'effectif; si Teffectif est fictif d'un tiers, les remontes sont également illusoires. Jusqu'en 1841, le chiffre des remontes se calculait sur le 1/8® de l'effectif. M. le maréchal Soult l'a fait calculer depuis 1841 sur le 1/7®. Différence : 9,780,000 fr.
Résumé :1e système de la paix armée a coûté à la France, de 1831 à 1849, au détriment du travail, la somme de 6 milliards 850 millions.