‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 33 sur 132 · LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE · texte numérisé non relu

LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE

Comment concilier les termes de cette lettre avec les instructions données après le vote du 7 mai 1849 de l'Assemblée constituante? Si l'expédition de Givita-Vecchia du 27 novembre 1848 était « une démonstration militaire dangereuse. » en quoi l'expédition du 17 avril 1849 offre-t-elle moins de dangers? En quoi la première dillère-t-elle de la seconde ?

Il est impossible que la lettre du 2 décembre 1848 de M. Bonaparte n'ait pas un sens. Quel est ce sens? S'il y en a un, il doit être contenu dans les instructions données le 29 mai à M. de Corcelles. Quelles sont-elles?

19 juillet 1849.

Le Constitutionnel fait aux questions (]ui précèdent les

réponses qui suivent :

« Est-ce qu'il y a pour les gens de bonne foi le moindre rapport entre l'expédition présente et celle qu'on voulait faire en novembre 184'< ? »

Nous n'avons pas approuvé l'expédition de novembre 1848 pour plusieurs motifs : premièrement, parce qu'elle avait été ordonnée sans avoir été soumise au vote préalable de TAssemblée nationale; deuxièmement, paixe qu'elle nous paraissait avoir un tout autre but que celui qu'elle montrait; troisièmement, parce que nous serons toujours opposé à toute immixtion de la France dans les afïiiires intérieures de quelque gouvernement que ce soit. Mais, cela dit, nous avouerons que nous eussions cependant plutôt

compris l'expédition de novembre 1848 que celle d'avril

L'expédition de novembre avait un but déterminé ; l'expédition d'avril n'en a pas.

En novembre 1848, le saint-père était retenu, disait-on, à Ron»e. dans une sorte de captivité ; on pouvait croire que ses jours étaient menacés ! Il suffisait que la pensée de ce péril se présentât aux esprits pour alarmer vivement la France catholique, profondément émue déjà de l'assassinat de M. Rossi.

En avril 1849, aucun danger de ce genre n'existait plus, s'il avait jamais effectivement existé. Le pape étaithGaëte. Que sommes-nous donc allés faire à Civita-Vecchia et à Rome ?

Le Constitutionnel répond ;

« Nous sommes allés rétablir l'ordre et renverser l'aiirircliie. »

A quel titre, et de quel droit, s'il vous plaît?

Le jour où l'empereur Nicolas trouverait que Tanarchie règne en France, lui reconnaîtriez-vous donc le droit (k' venir rétablir l'ordre à Paris?

Dès qu'une armée française passe la frontièie pour aller exercer ainsi une action extérieure, avez-vous calculé à quelles conséquences peut nous entraîner un tel précédent?

La réponse du Constitutionnel ne trahit pas seulement tout son embarras , elle trahit de sa part l'ignorance la plus complète de la question sur laquelle il tente de s'expliquei-. Evidemment, le malheureux journal n'en sait pas le premier mot. Rien n'est plus facile que de le démontrer. Il suffit pour cela de citer les dix dernières lignes de son article. Les voici :

« Aller à Rome avec la chance sérieu-e de combattre l'Autriche, eût été la plus grande de toutes les fautes et le pire de tous les chemins. Aller au contraire à Rome pour y combattre , dans Rome elle même, l'anarchie et la tyrannie des démagogues, c'était, on en conviendra, d'iine absolue nécessité. On ne peut pas entrer dans Rome sans y aller. »

Comment une expédition exclusivement destinée à protéger la vie et la liberté du pape en novembre 1848 eût-elle xn. 16

donc pu exposer la France à la chance sérieuse de combattre V Autriche ? C'est une énigme que nous renonçons à deviner. Nous attendrons que le Constitutionnel veuille bien nous en dire le mot. Si une expédition a fait courir à la France la chance sérieuse de combattre V Autriche, il faut être impartial et sincère, ce n"est pas l'expédition de novembre 1848, c'est l'expédition d'avril 1849; et la preuve s'en trouve dans les paroles de M. Odilon Barrot, président du conseil, s'exprimant ainsi, le 17 avril 1849, h la tribune :

« L'Autriche poursuit les conséquences de sa victoire ; elle pourrait se prévaloir de la guerre à l'égard des États plus ou moins engagés dans la lutte qui avait éclaté entre elle et la Sardaigne. »

Celte preuve manifeste est plus manifeste encore dans le rapport de la commission, dont voici les termes :

« Votre commission a compris qu'en autorisant le pouvoir exécutif à occuper un point de l'Italie, aujourd'hui menacée, vous lui donneriez pour mission de poser une limite aux prétentions de l'Autriche, et de terminer par un arbitrage que la force de nos armes appuierait au besoin tous les différends qui divisent encore la péninsule, et que notre intérêt comme notre honneur nous commande de trancher dans le sens le plus favorable possible au développement des institutions démocratiques. Convaincue que s'associant à cette politique, le gouvernement ne désertera aucune des graves questions actuellement pendantes, votre commission a l'honneur de vous proposer de déclarer l'urgence et de passer immédiatement à la discussion du projet de loi. (Très bien! très bien ! — Aux voix ! ) »

De ces paroles si formelles, à moins d'admettre qu'elles ne fussent sciemment mensongères, ne résulte-t-il pas clairement que c'était surtout en vue de I'Altriciie que l'expédition du 17 avril 1849 avait été conçue ?

Que devient donc, en présence de la déclaration de M. Odilon Barrot, l'explication du Constitutionnel ?

La méprise est-elle assez lourde? N'csl-il pas plus clair que le jour que cette « chance sérieuse, » que le Constitutionnel impute à l'expédition de novembre 1848, n'est véritablement imputable qu'à l'expédition d'avril 1849, qu'il célèbre comme une « entreprise héro'ique ? »

Le démenti que nous donnons au Constitutionnel s'appuie

sur cette déclaration textuelle de M. Odilon Barrot au sein de la commission :

« La commission a appelé danS son se'n M. le président du conseil et M. le ministre des affaires étrangères. De leurs explications, il est résulté que la pensée du gouvernement n'est pas de faire concourir la France an renversement de la République qui subsiste actuellement à Rome; qu'il agit dans sa liberté, dégagé de toute solidarité avec d'autres puissances, ne consultant que ses intérêts, son honneur, la part d'inHuence qui lui appartient nécessairement dans tout grand débat européen. Votre commission a pris acte de ces déclarations positives ; elle vous prie de ne point les oublier dans le cours de la délibération qui va s'ouvrir. Fille d'une révolution populaire, la République française ne pourrait, sans s'amoindrir, coopérer à l'asservissement d'une nationalité indépendante. L'Assemblée qui, tant de fois, a manifesté ses sympathies pour la cause italienne, ne peut humilier sa politique en se faisant la complice de l'Autriche. »

Déclaration renouvelée à la tribune, dans la séance du 17 avril, par M. Odilon Barrot ; déclaration confirmée à la trihune, dans la séance tlu 7 mai 1819, par la réponse de M. le ministre des afl'aires étrangères ; déclaration enfin dégagée de toute équivoque, de toute obscurité, par le vote du 7 mai à la majorité de .338 voix contre 241.

Donc, ces déclarations des 7 mai et 17 avril 1849 n'ont pas plus de trois mois de date. Alors, quel nom donner h une politique qui ne sait pas même dès ses premiers pas de quel point elle est partie ?

8 septembre 1849.

En 1848, alors que M. Louis-Napoléon Bonaparte était proscrit à Londres, à quel journal de Paris s'adressait-il pour y faire insérer des lettres qu'il était, à cette époque, assez dangereux d'accueillir, car la police, toujours prompte à soupçonner, ne manquait pas de les annexer à ses dossiers toujours ouverts? M. Louis-Napoléon Bonaparte ne s'adressait ni au Constitutionnel ni au Journal des Débats '; il s'adressait à la Presse, qui, en aucun temps, n'a jamais

refusé à aucune grande inl'orlune l'iiospitalilé de sa publicité, quelque péril ou quelque imputation qui s'y attachât. Même, plus le péril était certain, et moins elle croyait pouvoir hésiter. En octobre, eu novembre, et jusqu'au 10 décembre 1848, à la porte de quel journal, matin et soir, à toute heure du jour et de la nuit, envoyait-on ou venaiton frapper pour apporter le plus petit renseignement de nature à servir le succès de sa candidature? Était-ce à la porte du Journal des Débats, était-ce à la porte du Constitutionnel? Non, c'était à la porte de la Presse. Les temps sont bien changés, ou plutôt ils sont ce qu'ils furent toujours, car, de tout temps, Ihoslililé a su racheter ses écarts par l'excès de la servilité ; il n'y a qu'au dévouement qui entend conserver son indépentlance et sa sincérité (ju'on ne pardonne jamais. On ne devait donc pas pardonner à la Presse. C'est ce qui est arrivé. Aussi pour(]uoi. après le 10 décembre, n'a-t-elle pas voulu changer de langage et de conviction, louer ce qu'elle avait blâmé et blâmer ce qu'elle avait loué? C'est sa faute ; elle le reconnaît, et, si elle le cousiale, ce n'est pas pour se plaindre, c'est iniiquement alin de tracer nettement les situations dans le passé comme dans Tavenir. De tout ceci, la Presse n'accuse nullement le président de la République ; elle n'accuse que u Vinfluence des servilcs, » cette influence pernicieuse qui a renversé tant de régimes (|ui se croyaient inébi'anlables ! Ce sont les vers dans le fruit.

Non, ce ne sont pas les haines de la rue (jui ont renversé la royauté de 1830 et le ministère du 29 octobre ; ce sont les llagirneries de l'antichambre. L'antichambre, qui ne se défend pas quand on la chasse, ne pardonne pas quand on la trouble. C'est un baromètre quimai'(iue toujours beau-ftxe. Qui ose le cjulredire, même quand la nue s'entr'ouvrepour laisser passer l'éclair et la foudre, (juand l'orage gronde, quand l'eau ruisselle, est taxé d'esprit incjuiet et malfaisant.

Flattez et n'avertissez pas ! Voilii le mot de passe qui ne varie jamais, et de\aiU le(|uel s'ouvrent toutes les portes c<iinme par (Micliantcmenl. Mais n(> vous trompez j)()inl;

n'allez point dire : Avertissez et ne flattez pas ! Surtout n'ai- > lez point croire que l'appui que vous avez prêté au malheur, à la persécution, à l'exil, soit un gage qui vous donnera le droit plus tard de dire la vérité ! Cette illusion a perdu tous ceux qui l'ont accueillie. Voyez Chateaubriand! Qui avait fait plus que lui pour le retour des Bourbons? Quelle voix fut moins écoutée que la sienne? Quelle voix finit même par être plus suspecte ? Et, cependant, après la chute des Bourbons, qui leur resta plus héroïquement fidèle ? Ouvrez, ouvrez l'hisloire ; à chaque page vous y lirez : « Les seuls qui se montrèrent dévoués, aux jours des re- » vers, 'furent ceux qui s'étaient isolés par leur indépen- » dance : aux jours de prospérité, tel qui s'était fait le plus » remarquer par sa servilité, fut celui qui se fil distinguer » par son ingratitude. »

C'est l'histoire de Tambilion humaine.

Qu'on ne dise pas que cet avant-propos est étranger l\ la question sur laquelle les événements nous forcent de revenir; non, il s'y rattache étroitement; car, si notre voix eût été écoutée le 16 janvier, les l^^ 3 et 8 avril, les 9, 13 et 23 juin 18i9, l'expédition de Civila-Vccchia n'eût pas été inconsidérément enlrcpi-ise.

Les considérations les plus élevées se réunissaient pour détourner la France de toute immixtion partielle, de toute intervention politique dans les afï'aircs d'Italie ; ce sont des considérations secondaires qui l'ont emporté. Quand c'était la situation de la France en Europe qu'il fallait voir, on n'a regardé que les scrutins du 10 décembre 1848 cl du 13 mai 1849. L'expédition du 18 avi-il 1849 n'a été que la seconde édition de l'expédition du 20 novembre 1848. L'une et l'autre ont été une manœuvie électorale.

0 France ! ô Budget ! celte manœuvre vous coûtera cher.

9 5»»p:embre 18-49.

Une nouTelle pha^e s'ouvre par la lettre suivante que publie le Moniteur :

< ÉlTsée-Naoonal, le 18 août 18^.

» iioQ cker Xev,

» La Bêpabliqne feuiçaise -n*a pas osTojé nue année à Rome pour v êtoG&r la fibexté îîalknne, mais au contnubre pour la régler, en la piés^rant contre ses pn^res excès, et ponr loi donner one b&^e «olide, en remettant sot le trône pontifical le prince qui s'était placé hardiment à la feSte de tootes les lûfiiiiues utiles.

m J^appiends avec peine que les intentions InatToUantes du saint-pèra comme notre propre aedon restent stériles, en présence de passions et dlnfloeDoes hostiles. On Toadrait dcHuter, conmie base à la rentrée du pape, la proscription et la tyrannie. Dîtes de ma part an général Bostolaw qall ne dmt pas permettre qn'à Fombre do drapeaa tricolore on ommette anean acte qoi puisse dénatnrer le caractèze de notre intervention.

a Je lêsome aind le rétablissement du pouToir temporel da pape : Amnistie générale, sécularisati<m de l'administration, Code Napoléon et goa- Temement libàal.

* J'ai été peramndZement blessé, en lisant la proclamation des trois cardinaux, de toît qnll n'était pas même fait mention du nom de la France, m des sonfirances de dos brares st^dats.

» Tonte insulte faite à BObK drapeau ou à notre umforme me Ta droit an CŒor, et je tous prie de faire saToir que si la France ne Tend pas ses serriees, éDe exige au moins qn'tm lui sachegré de ses sacrifices et de son abnégation. Lorsque nos armées firent le tour de ITIurope, elles laissèrent partout, OMume trace de loir passage, la destmctitm des abus de la fiëodalité, et des gpzmes de liberté; 01 ne sera pas dit qu'en 1^19 one armée française ait pu agir dans un autre sens, et amener d'antres résultats.

* Dîtes an général de remerôer, en mon nom, Farmée de sa noble conduite. J*ai appris avec peine que, pbjrsiqnement même, elle n'ét&h pas traitée comme dk derait l'être. Bioi ne doit être négligé pour établir eouTenablcment nos troupes.

* Beeerez, mondier "Sej, l'assuranoe de ma sincère amitié.

• LOnS-yAFOLZOS EOXAPABTE. »

Déclarons-le : noire première impression en lisant celle

lettre a été celle d'une vive satisfaetiou. Nous nous sommes dit : C"est la lettre d"un noble cœur et d'un esprit ferme. Bien! très bien ! C'est ainsi que la France doit parler.

Mais la réflexion est venue et a fait revivre dans notre mémoire ces mots du manifeste de Louis-Napioleon Bonaparte, candidat a la présidence de la République : « Une grande >^ nation doit se taire ou ne jamais parler en vain. »

Donc il faut voir dans la dépêche du 18 août 1849 autre chose que ce qui s'y montre : — une noble lettre : il faut voir ce qui s'y cache : — une grave complication.

Cette fois, comme c'est notre habitude, interrogeons le fond des choses.

Une armée française est allée à Home.

Pour quoi ?

La lettre le dit formellement : Pour relever le trône pontifical.

Or. lie deux choses l'une : ou le souverain-pontife a sollicité, à cet effet, l'interventiv'n de la France 1 . et, dans ce cas. la France a dû régler d'avance toutes les conditions qu'elle mettait à son concoui's : ou le souverain-pontife ne s'est pas adressé à la République française pour la charger de renverser la Republique romaine, et. dans ce cas. la France est sans droit et sans qualité pour imposer au saintpère les actes suivants, quelque louables qu'ils soient assurément : v^ Amnistie générale, sécularisation de Vadministration. Code Xapoléon et gouvernement libéral. » Imposer à Pie IX une amnistie générale, n'est-ce pas s'exposer à ce que le saint-père répomle au président de la République française : — Mon fils, commencez donc par faire en France ce que vous me prescrivez de faire h Rome ! Commencez donc par proposer famnistie générale qu'on attendait de vous après l'élection du 10 décembre I

On le sait, nous sommes absolus. Nous ne comprenons

^ 1 ) Cette supposition e^^t eiitièreuieut démentie par les faits tels qu'ils sont relatés dans la dépèclie de M. Drouyn de THuys, ministre des affaires étrangères, à MM. de Kaync^val et dHarcourt, datée de Paris, le 9 Biailî^il."

donc pns plus que la France intervienne pour dicter à un souverain la conduite qu'il doit tenir, que pour imposera un peuple la forme de gouvernement qu'il doit préférer.

Quelque part qu'on place la souveraineté, qu'on la place tlans le peuple ou dans le monarque, nous voulons qu'on la respecte.

Si c'est le peuple romain qui est le maître chez lui, nous entendons qu'on le laisse se gouverner à sa guise ; si la souveraineté n'appartient pas au peuple, mais au prince, nous n'admettons pas davantage que la France ait le droit d'y tracer des limites.

Choisissez entre le droit populaire ou le droit divin, mais à l'un pas plus qu'à l'autre aucune atteinte ne doit être portée.

Le souverain pontife, dites-vous, est paralysé par des « passions et des influences hostiles. » C'est alisolument ce que l'on disait en avril 1849 de la population romaine, que l'on représentait comme subissant des influences qui la privaient de sa liberté.

Quelles sont ces passions? quelles sont ces influences hostiles? Si ce sont des influences intimes et subalternes, comment le souverain pontife se laisse-t-fl dominer par elles ? Les dénoncer à la France, n'est-ce pas entacher de faiblesse le caractère de Pie IX, n'est-ce pas la révéler à l'Europe? Si ce sont des influences étrangères et supérieures, n'est-ce pas les défier, n'est-ce pas placer le doigt de la France sous le cylindre impatient d'en saisir le bras et le corps? Y a-t-on songé? S'est-on bien pénétré de toutes les conséquences de ces paroles : « Une grande nation doit K se taire ou ne jamais parler en vain. »

Si le saint-père persiste à ne pas subir la loi de l'intervention française, sommes-nous prêts et décidés à la convertir en occupation du gouvernement romain, quelque protestation que puissent faire entendre les cabinets ombrageux? Avons-nous prévu le cas où ces protestations cesseraient d'être diplomatiques?

Ce cas serait grave, éminemment grave, infiniment plus

aujourd'hui qu'il y a quelques mois, avanl la perle de la hataille de Novare, avant la capitulation de Gœrgey, avanl le hombardemenl et la reddition de Venise. Où nous mène-l-on ? Le sait-on?

xin.

9 septembre 1849.

Le point de départ de l'expédition de Civita-Vecchia, qui nous a conduits au bombardement de Rome, au renversement de la République romaine et à l'interdit sur le pape, est un mensonge.

Semez le mensonge, il n'en sortira jamais que complications, périls, honte, faiblesse et témérité.

Ce qu'on a semé, on le récolte.

Jamais grain mis en terre n'aura produit plus aliondant épi !

« Empêcher V Autriche de poursuivre les conséquences de ') sa victoire et de se prévaloir des avantages de la guerre à » Végard des États plus ou moins engagés dans la lutte qui » avait éclaté entre elle et la Sardaigne (1), » fut le motif hautement donné par le gouvernement h l'expédition de Civita-Vecchia ; mais le véritable motif de l'expédition du 17 avril, ce fui d'agir sur l'élection du 13 mai, en se rendant propices le clergé el le parti légitimiste.

On savait très bien que l'Autriche ne s'emparerait pas de Rome pour la garder. La pi'euve, c'est qu'on n'a pas empêché l'Aulriche d'occuper Boittne. Une autre preuve, ce sont ces paroles du Message du président de la République française : « L'Autriche, de concert avec Naples, répondant » à Vappel du saint-père, a notifié au pouvernement fran- » çais qu'il eût h prendre un parti, car ces puissances » étaient décidées à marcher sur Rome pour y rétablir pu- « rement et simplement Tautorité du pape. »

(1) D^'chiratiou de M. OJilon Barrot a lu tribune. (Séance du 17 avril 1L49)

Le plus parfait accord n'a cessé de régner au sujet de Rome entre les deux cabinets de Vienne et de Paris.

L'expédition du 17 avril 1849, votée d'urgence sur la proposition du cabinet, ayant un tout autre but que celui qu'elle avait déclaré, devait fatalement entraîner le ministère de mensonge en mensonge et d'écueil en écueil ; c'est ce qui est arrivé.

On avait compté sur l'entrée triomphale des Français à Home avant le 8 mai 1849, afin de ranimer à Paris et dans les départements l'enthousiasme électoral du 10 décembre 1848 ; mais ce calcul avait été fait si étourdiment, qu'on n'avait pas même pris le temps de se préparer dans la ville de Rome les intelligences nécessaires au succès.

On débarque en toute hâte à Civita-Vecchia, sans renseignement exact, sans aucun plan, sans aucun accord, soit avec le souverain pontife, soit avec l'Assemblée romaine ! A Civita-Vecchia, on apprend que Rome, n'ayant reçu ni avertissement ni garantie, se prépare à résister. Que fait le général Oudinot? Il décrète l'état de siège à Civita- Vecchia ; il fait occuper militairement le Fort et la Darco, qui avaient été laissés jusque-là h la garde des troupes du pays; la garnison est désarmée, on met le séquestre sur cent cinquante caisses de fusils qui allaient être dirigées sur Rome, et l'on interdit h la municipalité de se réunir pour s'occuper d'objets politiques. Le préfet Manucci proteste et continue à correspondre avec le triumvirat romain; sa correspondance est interceptée , il est arrêté et emprisonné dans le fort de Civita-Vecchia.

C'est ainsi que débute l'expédition ! en jetant le masque, en convertissant une protection mensongère en une violence honteuse !

Du 27 avril au o mai, il y avait peu de jours ; M. le général Oudinot n'a pas une minute à perdre ; il n'en perd pas une ; il marche sur Rome malgré tous les avis qui lufscnt donnés par M. Rusconi, ministre des affaires étrangères, et M. Pescantini, délégués à cet eff<;t au quartier général. Il ne veut pas même attendre le retour du colonel du génie,

M. Leblanc, qu'il avait envoyé pour recueillir des informalions; il se hâte donc de s'approcher des murs.

La journée du 30 avril a lieu.

Ou M. Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères, a menti à la tribune en s'exprimant ainsi :

« On nous dit qu'il ne fallait pas marcher sur Rome, qu'il ne fallait pas autoriser la marche sur Rome. On oublie donc dans quelles conditions cette marche était autorisée? Je rappelle ces deux conditions : la première, c'était de ne pas y rencontrer une résistance sérieuse ; la seconde, qu'on y serait appelé par le vœu des populations.

)) Quel était le but de l'expédition ? j'en appelle à tous vos souvenirs, j'en appelle à toutes les inspirations du bon sens, le but de l'expédition était de mettre un poids dans la balance oii se pesaient les destinées de l'Italie; d'assurer aux populations romaines les conditions d'un bon gouvernement, d'une bonne liberté, conditions qui auraient été compromises par la réaction ou par l'intervention étrangère. Eh bien ! je dis que pour exercer cette double action, il fallait avoir une forte position dans le? États romains.

« La question est donc celle-ci : Avons-nous donné pour instructions au général Oudinot d'attaquer la République romaine? Eh bien! ce sont là des questions de bonne foi ; j'en appelle à tous ceux qui ont lu les instructions, et je leur demande s'ils y trouvent une seule indication de ce genre ? On dit que le général Oudinot a dû faire une sommation au gouvernement romain de se dessaisir de son pouvoir.

» Je demande qu'on produise la preuve d'une pareille sommation ; cotte preuve n'existe pas. »

Ou M. le général Oudinot, en attaquant Rome au lieu d'attendre qu'il « y fût appelé par le vœu des populations, » a agi contrairement à ses instructions.

Il faut choisir entre l'une ou l'autre de ces deux versions.

Mais non, le doute n'est pas possible ; tout se réunit pour prouver que M. Oudinot n'a fait que se conformer à ses instructions, et que c'est le cabinet qui a indignement menti.

Ce qui l'atteste, ce qui le prouve,

C'est :

1° Toute la correspondance de M. le général Oudinot et particulièrement la lettre du 31 mai 1849 à M. de Lesseps ;

2° La lettre de M. Drouyn de Lhuys à M. de Lesseps, datée du 25 mai, et dans laquelle il lui écrivait : « Le gouver-

» nement du saint-père /)'a cessé d'être à nos yeux te (jou- » vernement romain ; »

3° C'est le rappel de M. de Lesseps, coneu en ces termes extrêmement secs :

« Paris, 29 mai 1849, 4 heures du soir.

» Le ministre des affaires étranycres à M. de Lesseps^ à Rome.

» Le gouvernement de la République a mis fin à votre mission. » Vous voudrez bien repartir pour la France aussitôt que vous aurez reçu cette dépêche. »

4° C'est le décret suivant :

« L'examen des actes de M. de Lesseps relatifs à la mission qui vient

de lui être contiée en Italie, est déféré au conseil d'État, dont le rapport

sera rendu public.

•w Paris, le 9 juin 1849.

» Signé : L.-N. bokapakte. »

o° C'est l'ordre donné de Paris le 29 mai d'entrer à Rome de vive force;

6"^ C'est le bombardement de Rome et tout ce qui s'est passé dans cette ville depuis le jour où nos troupes y sont entrées ;

7° C'est enfin la lettre du 18 août à M. Edgar Ney, signée Louis-Napoléon Bonaparte , où il est dit que ce qu'on a voulu, c'était « i émettre le pape sur le trône pontifical. »

Ainsi, il est évident, il est manifeste, cela résulte de tous les documents et de tous les faits, que le but de l'expédition a été le rétablissement du trône pontifical. Déclarations de tribune à Paris et proclamations militaires à Civita-Vecchia étaient donc mensongères ! On trompait donc à la fois et l'Assemblée française et la population romaine !

Mais alors comment expliquer l'expédition ayant pour but de rétablir le pape sur le trône pontifical, quand, au lieu de s'adresser à la France, le pape s'était adressé aux gouvernements tl'Autriche et de Naples? C'est le Message du président de la République française qui le déclare. N'était-ce pas faire jouer à la France un rôle indigne d'elle? 11 est donc bien évident qu'au 17 avril le véritable motif de l'expédition, c'était de se servir de l'entrée des Français à Rome pour agir, le 13 mai, sur le vote des électeurs. Autre-

ment, encore une fois, on se fût mis d'accord, soit avec le sainl-père à Gaële, soit avec l'Assemblée romaine.

10 septembre 1849.

Un mensonge, répétons-le, tel est le point de départ de l'expédition de Civita-\'ecchia , de cette expédition qui a coûté la vie à 1,100 Français sous les murs de Rome ; qui ajoutera à notre budget en déficit un surcroît de 30 millions de dépenses inutiles ; qui nous a fait en Europe la situati )n la plus fausse ; qui nous a conduit à bombarder les Romains sous prétexte d'aller les protéger, et qui enfin nous pousse à abaisser la papauté quand notre prétention était de la relever.

Un mensonge se cachant dans chaque discours, dans chaque proclamation, dans chaque document; un mensonge se révélant dans chaque fait, dans chaque dissentiment, dans chaque protestation; voilà le triste tableau qui chaque jour se déroule plus triste devant nos yeux !

Du 17 avril au 8 mai 1849, les événements ont marché.

Le 8 mai 1849, après le vote significatif de l'Assemblée souveraine, que fait le ministère responsable ? Ce qu'il fait? Il constate soigneusement, dans sa dépêche du 9 mai à MM. de Rayneval et d'Harcourt, les faits suivants :

« Ce qui nous afflige plus profondément encoi'e que les détiances qu'on persiste à nous témoigner à Gaëte, et dont le temps aura bientôt fait justice, c'est la nature des influences qui prévalent évideniment dans les conseils du saint-siége, A mesure qn'on semble approcher du dénouement, on voit se dessiner avec plus de netteté de dangereuses propensions, qui, d'abord, se déguisaient sous des prétextes plus ou moins spécieux. Pour se refuser à toute déclaration préalable des intentions du saint-père, ses conseillers parlent de rinconvénient de tuilier d'avance les mains. Cette objection pourrait avoir quelque valeur s'il s'agissait de poser, en détail, les bases d'un régime nouveau; mais lorsque nous demandons seulement qu'on indique la voie dans laquelle on se propose de marcher après le rétablissement de l'autorité du saint-siége, comment comprendre qu'on persiste à se renfermer dans un silence absolu, à moins qu'on ait la pensée

secrète de revenir purement et simplement à tous les abus de l'ancien régime? Le respect que nous avons pour le saint-siége ne nous permet pas d'admettre que les institutions qu'il avait données à son peuple aient été complètement annulées par le fait des déplorables événements dont Rome a été le théâtre depuis le mois de novembre dernier. l,a pensée que le régime antérieur à 1846 se relèverait à Rome n'est jamais entrée dans nos prévisions ni dans nos calculs. »

Puisque le saint-père « persiste à témoigner à la France des DÉFIANCES » invincibles, puisque ce n'est pas à elle qu'il s'est adressé pour obtenir les moyens de rentrer à Rome par la force, puisqu'il a refusé de la manière la plus absolue de publier aucun manifeste (1) qui donne à la population romaine la plus légère garantie, le plus faible espoir, puisqu'il n'a cédé à aucune des instances les plus pressantes de MM. d'Harcourt et de Rayneval, sans doute le ministère va s'appuyer sur ce motif pour rappeler le général Oudinot, et, si ce n'est pour ramener en France le corps d'expédition, au moins pour lui donner des instructions nouvelles et précises ! « Il s^agit de rétablir à Rome le régime antérieur à i846['i) ; » c'est M. Drouyn de Lhuys qui le reconnaît et le constate; il est un moyen d'empêcher qu'on ne le rétablisse; c'est de déclarer aux gouvernements d'Autriche, de Naples et d'Espagne, que si leurs armées s'avancent sur Rome avant que le pape ait donné à la population romaine les garanties réclamées par la France, les armées autrichienne , napolitaine et espagnole rencontreront, pour s'opposer à leur entrée dans Rome, l'armée française ! Est-ce là ce qu'a fait le cabinet présidé par M. Odilon Barrol? Non. Sont-ce là les instructions que donnent le ministre des affaires étrangères et le ministre de la guerre?

(1) Voir la dépêche datée de Paris le 17 avril, adressée par le gouvernement français à MM. d'Harcourt et de Rayneval, à Gaëte. Dans cette dépèche il est dit : « Insistez afin que le pape se hâte de publier un maniai feste qui garantisse au peuple des institutions libérales conformes à ses J> vœux aussi bien qu'aux nécessités de notre temps.

» . . Vous ne sauriez insister trop fortement sur l'utilité et même la nécessité d'un pareil document. »

(2) M. Drouyn de Lhuys à MM. de Rayneval et d'Harcourt, dépêches du 9 mai.

POLITIQUE EXTÉRIEURE DE LA FRANCE. 2o.')

Non. Là s'aggrave la faute, là commence le crime dont l'expiation (Dieu nous en garde! ) pourrait aller jusqu'à l'entrée d'une armée étrangère dans les murs de Paris, venant y renverser la République du 24 février et y rétablir le régime antérieur à 1789! Qu'est-ce que la France aurait à dire ? N'est-ce pas elle qui aurait frayé la route à l'intervention des armées étrangères dans nos affaires intérieures? S il y a une justice pour les ministres, MM. Odilon Barrot etDrouyn de Lhuys n'échapperont pas à la terrible responsabilité qu'ils ont encourue !

Après avoir écrit à MM. d'Harcourt et de Rayneval la dépèche du 9 mai. que fait-on?

Au lieu d'arborer à Civita-Vecchia, puisqu'on avait commis la faute d'y aller et de s'immiscer dans les affaires du souverain pontife et de la République romaine, au lieu d'arborer à Civita-Vecchia le drapeau protecteur de la France, le drapeau qui devait arrêter en chemin l'Autriche, l'Espagne et Napies, on fait le siège de Rome, on bombarde Rome I

On assiège Rome, on bombarde Rome, lorsque tous les efforts tentés à Gaëte par MM. d'Harcourt, de Rayneval et de Corcelles sont restés vains, lorsque l'on n'a pu obtenir du saint-père aucun manifeste , aucune déclaration , aucune parole même verljale qui « rassurent cette portionnombreuse de la population romaine dont la înodération. tout en détestant le régime de l'anarchie, redoute presque également le retour de celui qui a marqué d'un si triste caractère le règne de Grégoire XVI : de ce régime qui, à la mort de ce pontife, avait rendu un changement de système absolument inévitable, et qui, en provoquant une réaction violente, a bien autrement contribué aux malheurs de ces derniers temps que n\i pu le faire la précipitation de quelques réformes accomplies, peut-être avectroppeude réflexion (1). »

Inconséquence ! Inconséquence ! Inconséquence !

(1) Dépêche du 9 mai adressée à MM. d'Harcourt et de Rayneval, par M.Drouyn de Lhuys.

âoG 1849.

Coninient! vous savez <]ue vous n'avez pu obtenir à Gaëte la plus faible garantie; comment! vous savez que toutes vos instances y sont restées stériles ; comment ! vous avouez que vous y êtes l'objet d'invincibles « défia>ces, et gu'à mesure qiCon semble approcher du dénoûment on voit se dessiner avec plus denetteté de dangereuses propensions ! » Vous le déclarez, vous l'écrivez, vous le signez, et cela ne vous empêche pas de donner l'ordre d'entrer de « vive force » à Rome, dans cette ville où vous aviez déclaré que vous n'entreriez qu'appelé par le « voeu des populations ! »

On peut étouffer le cri de la conscience publique, vous l'avez étouffé le 13 juin , mais la conscience publique comprimée, sachez-le, n'en a que plus d'énergie le jour où son indignation parvient à s'ouvrir un passage !

Ce qui est constant, ce qui résulte de pièces officielles, d'aveux authentiques, c'est que le pajjc ne vous a rien promis, absolument rien; il ne vous a donc abusé par aucune fausse parole; il ne vous a donc entraîné par aucune espérance trompeuse ; loin de là, puisqu'il la date du 9 mai, il ne craignait pas, c'est vous qui le dites, de « dessiner avec plus de netteté de dangereuses propensions ! » Vous n'avez donc aucun droit, ni d'accuser sa sincérité . ni de rien imposera sa volonté. Avant d'assiéger et de bombarder Rome, vous connaissiez « les passions et les influences hostiles » dénoncées de nouveau dans la lettre h M. Edgar Ney! De votre propre aveu, vous aviez été vaincu par elles !

Le pape peut renoncer à l'exercice du pouvoir tenq^orel, mais il ne peut ni ne doit se laisser imposer des conditions.

Qui donc êtes-vous pour lui imposer amnistie générale, sécularisation de l'administration, code où le divorce est écrit, enfin g.)uvernement libéral ?

De quel principe tirez-vous votre infailHbililé pour y subordonner celle du chef de la chrétienté?

Quelle est son autorité, et quelle est la vôtre?

Qu'est-ce qu'une amnistie dont la pensée est imposée ? Ce n'est plus une amnistie qu'on accorde, c'est une amnistie qu'on subit.

■ Après tout, que vous doit le pape? — Il vous doit, ditesvous, d'avoir bombardé Rome ; mais c'est une œuvre dont les Autrichiens et les Napolitains lui offraient de se charger; il n'avait donc nul besoin que les Français prissent leur place. Il ne vous doit rien. Il est dans la vérité de sa situation ; c'est vous qui n'êtes pas dans la vérité de votre rôle.

Vous avez la prétention de rétablir le principe d'autorité, et vous le frappez, et vous le flétrissez !

C'est d'un aide de camp dont on se sert pour donner au pape une leçon, et lui intimer un ordre comme s'il s'agissait, non d'un souverain, non du chef de l'Eglise catholique, mais d'un capitaine que son colonel aurait le droit de mettre aux arrêts.

Il ne faut pas s'en étonner! Qui comprend mal la liberté ne comprend pas mieux l'autorité. Le pays où les idées sur l'autorité sont les plus justes, c'est le pays où les idées sur la hberté sont les plus larges ; c'est l'Angleterre. Là où ne règne pas la liberté, l'arJ)itraire seul gouverne, l'arbitraire, qui est à l'autorité ce que l'hypocrisie est à la vertu.

Le 28 mai, l'Assemblée constituante fait place à l'Assemblée législative.

Aussitôt M. de Lesseps est rappelé (1), avant qu'on sache s'il avait réussi ou échoué dans sa négociation , puisque ce n'est que le 31 mai, après une longue discussion , que l'Assemblée romaine vota, à l'unanimité moins trois voix, le projet de traité du plénipotentiaire français (2).

(1) Dépêclie du 29 mai 1849.

(2) Projet de M. de Lesseps, adopté le 31 mai :

(( Art. 1''''. L'appui de la France est assuré aux populations des Etats romains. Elles considèrent l'armée française comme une armée aiuie qui vient concourir à la défense de leur territoire.

f) Art. 2. D'accord avec le gouvernement romain et sans s'immiscer en rien dans l'administration du pays, l'armée française prendra les cantonnements extérieurs convenables tant pour la défense du pays que pour la salubrité des troupes.

» Les comnumications seront libres.

» Art. .3. La République française garantit contre toute invasion étrangère les territoires occupés par ses troupes.

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