‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 34 sur 132 · XII. , J · texte numérisé non relu

XII. , J

Aussitôt l'ordre est expédié h M. le général Oudinot d'entrer à Rome de vive force.

Cette conduite et ces faits provoquent, le 11 juin, entre M. Ledru-Rollin et M. Odilon Barrot, des interpellations qui se terminent par un projet de mise en accusation du ministère et par la manifestation du 13 juin.

C'est ici que la vérité doit être dite !

Ni la manifestation du 13 juin, ni les interpellations du 11 juin, ni le bombardement de Rome, ni la lettre du 18 août à M. Edgar Ney, etc., etc., ne fussent venus ajouter au poids déjà si lourd de tous nos embarras politiques et financiers, si le cabinet du 20 décembre 1848 n'avait pas. le 17 avril 1849, trompé l'Assemblée constituante par un mensonge, et si, le 8 mai, il n'avait pas scandaleusement foulé aux pieds le principe fondamental de tout gouvernement représentatif, soit qu'il ait à son sommet un roi héréditaire ou bien un président électif!

Après le vote du 8 mai, qui avait condamné de la manière la plus énergique la conduite du ministère, à l'immense majorité de 338 voix contre 241 (87 voix de majorité !j le cabinet devait se dissoudre, le cabinet devait se retirer.

11 est resté !

Les conséquences désastreuses de cette violation manifeste du principe conservateur des majorités étaient faciles à prévoir. Aussi, dès le 9 mai 1849, les avions-nous prévues (1) en ces termes : a toute m.^jorité violée est grosse d'une catastrophe. »

La journée du 13 juin n'esl-elle pas venue nous donner pleinement raison ?

Qu'on ne s'abuse pasi La haute-cour de Versailles pourra

» Art. 4. Il est entendu que le présent arrangement devra être soumis à la ratitication de la République française.

h Art. 5. En aucun cas les effets du présent arrangement ne pourront cesser que quinze jours aprèi la communication officielle de la non ratification. 0

(]) Voir l'article intitulé : LA SOUVERAINETÉ du but. 0 mai 1849. Tome V, page 1H8.

condaniuer les insensés qui n'ont pas eu la patience d'attendre que la raison publique , armée de la liberté de la presse et du suffrage universel , vengeât la majorité outragée dans son vote du 8 mai 1849 ; la haute-cour pourra les condamner, mais ce qui ne sera pas en son pouvoir, ce sera d'affranchir le ministère du 20 décembre de l'immense responsabilité que lui réserve l'avenir !

Comme l'astronomie , comme la mécanique , comme la physique, comme toutes les sciences, enfin, la politique a ses lois inflexibles qui, alors même qu'elles n'ont pas été découvertes et formulées, n'en existent pas moins.

La loi de tout gouvernement où la majorité est souveraine, c'est le respect scrupuleux de cette majorité.

Le 8 mai 1849 , la majorité de l'Assemblée constituante n'a pas été respectée.

C'est là un fait qu'aucune intention , qu'aucune interprétation ne sauraient justifier.

On a faussé le ressort politique ! on a fêlé l'urne parlementaire ! Déjà les conséquences de cette conduite coupable se font entrevoir ! Chaque jour va les rendre et plus graves et plus manifestes.

Vous qui nous lisez, ne perdez pas de vue le point de départ ! Rappelez-vous les votes du 17 avril et du 8 mai 18491

11 septembre 1849.

La lettre du 18 août place la France entre une faiblesse ou une folie. Le destin de la France sera-t-il donc de retomber sans cesse dans cette alternative ?

L'intervention de la France à Rome fut une faute. Moralement, la lettre du 18 août l'atténue, mais, politiquement, elle l'aggrave. Nous avons pu rester sept ans à Ancône, de 1831 à 1838; mais est-il vraisemblable que l'Europe nous laisseraitpendantsept années occuper et gouverner Rome?

Si le pape ne croit pas que sa conscience et sa responsabilité lui permettent de laisser porter aucune atteinte dans ses mains au principe d'autorité dont il a le dépôt, que fera la France?

Si elle doit céder un jour, ne valait-il pas mieux qu'elle cédât tout de suite, et qu'elle parût s'en remettre entièrement et sans réserve à l'esprit et au cœur de Pie IX?

Mais, en abandonnant ainsi Rome à la générosité du souverain pontife et à l'influence des cardinaux, M.OdilonBarrot manquait à toutes ses déclarations et justifiait toutes les appréhensions exprimées à la tribune par M. Ledru-Rollin.

Nous ne disons pas le contraire. Il est des fautes que l'on peut encore aggraver, mais que l'on ne peut plus réparer.

Du nombre de ces fautes est l'expédition du 17 avril avec toutes ses conséquences.

Il ne fallait pas la commettre !

Il fallait écouter les avertissements sincères qui s'étaient fait entendre d'assez loin et d'assez haut.

Sans doute, il vaut mieux ne pas verser dans l'ornière ; mais, après qu'on y a versé, s'en retirer le plus vite qu'on peut est ce qu'il y a de plus sûr et de plus simple.

— Mais comment vouliez-vous qu'on s'en retirât ?

— Gomment ? Vous voulez le savoir? Nous allons vous le dire.

Si les gouvernements représentatifs ont un avantage qui leur soit propre, c'est de pouvoir se dégager de toutes les situations par un changement de ministère, opéré sans hésitation en temps opportun. La responsabilité ministérielle est précisément ce qui constitue l'irresponsabilité nationale. Il fallait mettre à profit cet avantage.

Il était évident que M. de Falloux avait exercé sur l'expédition de Rome une influence décisive...

— Il fallait donc le renvoyer I

~ Au contraire, il fallait le charger de composer le nouveau cabinet, qui eût donné à notre corps d'expédition l'ordre de revenir en Franco le jour même où sa sainteté au-

rait fait sa rentrée à Rome, sans aucune condition de la France.

De deux choses l'une :

Ou cette confiance sans réserve témoignée au pape l'eût touché et l'eût fait entrer dans les voies d'une amnistie générale, de la sécularisation de l'administration, de la législation française et d'un gouvernement libéral ;

Ou cette confiance absolue n'eût fait qu'accroître l'aveuglement des conseillers dont on a dénoncé l'influence fatale .

Dans le premier cas, tout était pour le mieux; l'armée française avait quitté Rome, et le souverain pontife avait donné un éclatant démenti aux sinistres prédictions de l'opposition;

Dans le second cas, M. de Falloux subissait les conséquences des conseils qu'il avait donnés et des fautes dans lesquelles il avait fait tomber la France : il était contraint de se retirer pour faire place à un autre ministère.

Mais dans le second cas comme dans le premier, l'armée expéditionnaire était rentrée en France, elle avait quitté Rome.

Quitter Rome! voilà le point important, quel que soit le prétexte dont on se serve. A défaut d'un bon, prendre le moins mauvais.

C'était par une crise ministérielle à Paris qu'il fallait trancher à Rome la question politique.

Rester le plus possible à l'écart, tel devait être le rôle, en cette circonstance, du président de la République.

Par sa lettre du 18 août, écrite sur la table du conseil, on l'a personnellement compromis, quand c'était lui surtout qu'il importait de ne pas compromettre, car, élu jusqu'en mai 1852, il demeure alors que les ministres s'en vont. Il leur survit !

Mieux valaitcertainementchanger deux fois de ministère, renvoyer M. Rarrot pour le reprendre, et garder M. de Falloux pour le renvoyer, que d'engager la France témérairement dans un défilé étroit et périlleux d'où il est impossible de prévoir comment elle sortira.

Nous mettons fort au-dessus des questions de parti les questions de principes.

Nous avons appris à connaître les partis ; qui les connaît les méprise.

Que nous importe que ce soit telle influence ou telle autre qui domine, si le résultat ne doit pas varier?

N'avons-nous pas vu M. Barrot laisser fort loin en arrière de lui M. Guizot, qu'il avait combattu à outrance pendant dix-huit années?

N'avons-nous pas vu les républicains de conviction se succéder au pouvoir pour y commettre les mêmes écarts. y tomber dans les mômes fautes, y subir les mêmes influences, y céder aux mêmes craintes, y partager les mêmes illusions?

Entre la conduite qu'on lient en septembi'e 1849 et la conduite que tenait, en septembre 1848, le général Cavaignac, existe-t-il la plus légère différence?

Laquelle ?

Même absence de politique extérieure ;

Même dénuement d'idées ;

Même amour de Tarl^itraire ;

Même frayeur de la liberté ;

Même inintelligence de l'ordre :

Mêmes causes ramenant les mêmes efléts !

Avons-nous pu empêcher (ju'ilen lut ainsi?

12 septembre 1849.

Que le Constitutionnel se reporte à ses colonnes, qu'il se reporte à la séance du 16 avril, qu'il ouvre le Moniteur, page 1402, l""*^ colonne, et il y lira :

« M. LEDRU-ROLLiîi : La conclusioii forcée de rinterveiition que vous allez essayer, c'est la restauration du pape par la force...

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