‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 54 sur 132 · M IS · texte numérisé non relu

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cent fois mieux ne pas se mêler de la question que de s'en mêler indûment.

Mais s'en mêlant, encore fallait-il s'appliquer à choisir non la forme de pacification qui devait être la plus scabreuse, mais la forme de pacification qui serait la plus simple.

Or, il était aisé de prévoir qu'il serait extrêmement difficile, sinon impossible, de faire tomber la Russie et la Turquie d'accord sur les termes d'une déchyaVioninulatérale. Imposer cette déclaration au sultan, sous le coup de l'occupation des Principautés envahies par des armées russes, c'était le placer dans une situation fausse et dans une attitude de subalternité qui devaient éveiller ses défiances et sa susceptibilité en même temps que fortifier les exigences de la Russie et ses prétentions à la suzeraineté.

On ne pouvait pas choisir une plus détestable forme de pacification, lorsqu'il s'en présentait une qui était simple et naturelle. C'était celle que nous avions insinuée (1).

Tout, dans ce protocole, avait été soigneusement calculé afin do ne porter ombrage à aucun amour-propre officiel, et, conséquemment, de ne faire nul obstacle à l'adoption d'une conclusion qui avait pour avantage de borner l'intervention des quatre représentants de l'Autriche, de la France, de la Grande-Bretagne et de la Prusse aux simples fonctions de greffiers donnant acte aux deux parties de leurs déclarations respectives.

Qu'y avait-il de moins compliqué ?

Quelles objections de fond et de forme pouvait faire la Russie ?

Quelles objections de forme et de fond pouvait faire la Turquie ?

Il n'était demandé ni imposé de concessions ni h l'une ni h l'autre, chacune des deux puissances restait dans la situation qui lui appartient.

Que tous les lecteurs de banne foi, érigés en arbitres

(1) Voir ci-dessus § XX, page 358. 7 juillet lUô:^,

entre les hommes d'Etat et les hommes de Presse, prononcent souverainement et déclarent si cette façon de dénouer le nœud turco-russe n'était pas préférable et aux projets de déclaration unilatérale proposés par les représentants de l'Autriche, de la France, de la Grande-Bretagne et de la Prusse, et, enfin, au projet de note collective portant la date du 5 décembre, projet accepté par le sultan et soumis en ce moment à l'adhésion du czar, adhésion qui paraissait certaine le 5 décembre et qui ne paraît même plus probable le 3 janvier!

Entre ces deux dates, que s'est-il donc passé dont l'empereur Nicolas puisse se prévaloir comme d'un argument ou d'un prétexte ?

Est- ce qu'il devrait exister le moindre doute sur son adhésion ?

Est-ce qu'avant d'ouvrir le protocole et de rédiger la Note collective du 5 décembre, la Conférence de Vienne n'a pas dû pressentir les dispositions de l'empereur Nicolas?

Si la Conférence avait négligé une aussi indispensable précaution, quel nom mériterait une si impardonnable négligence ?

Cette Note collective, rendant nécessaires d'abord une correspondance préalable entre Constantinople et Pétersbourg, puis l'envoi réciproque de deux plénipotentiaires, cette Note collecliv'e aurait-elle donc été rédigée à tout hasard ?

Est-ce croyable ?

Non-seulement au hasard, mais au risque de compliquer encore plus la question par de nouvelles lenteurs et de l'aggraver encore plus par une intermittence funeste !

Quelque fondés que soient les hommes de Presse à user de réciprocité à l'égard des hommes d'Etat, nous ne saurions admettre une aussi injurieuse supposition pour la diplomatie européenne, et nous persisterons à considérer l'adhésion de l'empereur Nicolas comme d'autant plus probable qu'elle lui a été facilitée par l'incendie de Sinope, qu'il regarde comme une victoire remportée par sa marine.

446 lS5â.

Si le czar n'a pas l'arrière-pensée de mettre fin à la paix dont l'Europe jouit depuis trente-huit ans; si, en effet, entre la Russie et la Turquie, il n'existe qu'un malentendu sur une question de forme, quel moment de traiter lui sera jamais plus propice ?

Mais si l'empereur de Russie écarte par un refus la Note collective qui a été rédigée par les quatre représentants de l'Autriche, de la France, de la Grande-Bretagne et de la Prusse, et qui a été acceptée par la Turquie, qu'est-ce que les hommes de Presse devront penser des hommes d'Étal?

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