Dieu n'aime pas les orgueilleux et les présomptueux
41. Il n'aime pas les avares qui recommandent l'avarice aux autres et cachent soigneusement les biens que Dieu leur a accordés.
44. Dieu ne lésera qui que ce soit, pas même pour le poids d'un atome; une bonne action, il la payera double et accordera une récompense généreuse.
Entre les prescriptions du Koran, dont on peut se former une idée précise par les citations qui précèdent, et les prescriptions de l'Evangile qui pourraient être placées en regard, existe-l-il donc une différence si grande que, selon les paroles de M. de Maistre, invoqué dans ce débat comme autorité, « dès que le chrétien et le musulman viennent à se » toucher, l'un des deux doit servir ou périr ? » Ces paroles sont-elles seulement une exagération? ne sont-elles pas une imposture trop facilement accueillie, trop complaisamment accréditée, et sciemment mise dans la circulation? Quel est donc le progrès civil ou politique, matériel ou moral, administratif, économique, linancier, auquel fasse obstacle le texte du Koran? S'oppose-t-il à ce qu'on construise en Turquie des chemins de fer aussitôt que le transit et le transport des marchandises et des voyageurs en rendront l'étabhssement avantageux? S'oppose-t-il à ce qu'on y fonde des banques d'escompte et de circulation ? S'opposet-il qu'il y ait des écoles aussi variées qu'en aucun autre pays d'Europe (1) ? Est-il vrai tle dire que les Turcs soient
(1) Nulle part je n'ai vu l'instruction plus en honneur ; nulle part on ne professe un plus grand respect pour ceux qui sont chargés de la répan-
aujourd'hui ce qu'ils étaient on 14o4? N'ont-ils pas, depuis vingt ans, depuis dix ans, étonnamment grandi en tolérance ?
S'il est vrai que la servitude , qui tend à disparaître en Turquie (1), n'y ait pas encore entièrement disparu, est-il donc moins vrai que le servage existe en Russie, où hommes et femmes se vendent et s'achètent aux enchères à litre de cheptel humain (2).? En quoi la dignité et la liberté de l'homme sont-elles donc plus respectées en Russie par l'Évangile et le czar qu'en Turquie par le Koran et le sultan? Mais, dit-on, il ne s'agit pas de soustraire les chrétiens su-
dre. Le titre de hhoâja (précepteur) est nn de ceux qni ne se prescrivent jamais. Quelque humble que soit la position d'un khodja, à quelque rang élevé que monte par la suite son élève, jamais celui-ci, fût-il devenu grand-vizir, ne manque à témoigner à son vieux maître, même en public, une tendresse mêlée de respect. Les Turcs traduisent ainsi le mot d'Alexandre, en parlant d'Aristote : « I\Ion père m'a fait descendre du ciel en ten-e, et mon précepteur m'a fait monter de la terre au ciel. »
(1) (I Le nombre des esclaves tend à diminuer chaque jour eu Turquie. D'abord la guerre n'en fournit plus. Quant à ceux que le commerce y importe des pays étrangers, ils deviennent pins rares chaque année, par suite soit du changement des mœurs, soit des entraves que le gouvernement apporte à la vente. Ainsi, une ordonnance impériale, rendue vers la fin de 184(i, a ordonné la fermeture du marché aux esclaves (aicret bazar), et ce commerce honteux, qni s'étalait autrefois au grand jour, est devenu aujourd'hui une opération clandestine, jouissant seulement de la tolérance de la loi, et qui tend à disparaître peu à peu des mœurs.
» Les fonctions des esclaves sont toutes intérieures et domestiques. Le maître n'exige pas plus d'eux qu'il n'exige des autres serviteurs de la maison, avec lesquels ils sont confondus. Attachés à son service personnel ou à celui de ses femmes, ils vivent habituellement dans le selamkeh ou dans le harem, et participent à la vie sédentaire et oisive de leurs patrons. Quant aux eunuques, à qui étaient confiées autrefois la garde et la surveillance des harems, il n'en existe plus que dans le palais impérial, où ils sont partagés en quatre chambrées [odas], sous le commandement supérieur du kislar-aghaci et du r/apou-ar/haci, ou chef des eunuques blancs. Les particuliers n'emploient pour le service de leurs harems que des femmes, soit esclaves, soit domestiques libres. »
UBiCCiNi. Lettres sur la Turquie.
« Le trafic des esclaves aboli, bien que la condition de ceux-ci fût différente dans l'empire ottoman de ce qu'elle est partout ailleurs, en ce sens que l'esclave fait partie de la famille musulmane, et bien qu'il fût possible de passer de l'esclavage aux plus hautes fonctions de l'Etat, ainsi qu'on peut s'en convaincre en parcourant aujourd'hui la liste des fonctionnaires ottomans... »
DUC DE VALMY. Befomies de Vcmpire ottoman.
(2) « Article 988. Les esclaves peuvent être vendus avec ou sans la terre, et par conséquent transportés d'un lieu dans un autre, au gré de
jets de la Turquie à un joug qui les replace sous un autre; il s'agit de les affranchir; il ne s'agit pas de faire servir la Turquie à l'agrandissement de la Russie, il s'agit de faire servir la Turquie à l'agrandissement du royaume de Grèce, il s'agit enfin de constituer un empire grec 1 Soit ; mais quels moyens d'exécution indique-t-on? On n'en indique aucun on se borne à dire : « Les Turcs s'en vont, et demain ils se- » ront partis. Quel que soit le glaive qui les chasse , leur » expulsion n'en sera pas moins une conquête de la civili- » sation générale. » Expulser vingt et un millions d'hommes ! Les expulser, où? Les expulser, comment? Les expulser, pourquoi ? Parce que les musulmans ne campent en Europe que par le droit de la force et de la conquête; parce que le temps est venue de l'émancipation et de la résurrection des races. Ce qu'on objecte contre les musulmans, ne serait-on pas moins fondé à le dire contre les Russes, qui tiennent la Pologne asservie, au mépris de tous les traités ? Pourquoi une si véhémente indignation contre la domination turque, et une si profonde tolérance à l'égard tle la domination russe? L'une est-elle donc plus légitime que l'autre? Mais parvînt-on à créer facticement, prématurément, un empire grec, d'où les musulmans seraient expulsés, que serait cet empire , relativement à la Russie? Serait-il moins faible que l'empire turc et moins exposé que celui-ci à tous les ressentiments de son redoutable voisin,
l'acquéreur ; mais la vente ne peut s'opérer qu'entre personnes de noblesse féodale.
n Article 994. Il a le droit de transporter tout ou partie des esclaves d'une terre dans une autre, c'est-à-dire du nord dans le sud, de l'est dans l'ouest, et vice rersâ.
» Article 998. Il est défendu de publier, dans les gazettes, la vente des serfs pris individuellement et sans la terre.
» La condition de l'esclave, en Russie, est encore à cette heure ce qu'elle était sous Pierre I"^"".
)> L'iiomme et le sol sont inféodés à 60,000 familles nobles.
» Discipliné cruellement à une servitude atroce, il reste indifférent à tout ce qui l'entoure. L'intendant de son seigneur le vole, son seigneur lui enlève sa fille pour assouvir ses brutalités, il remercie son seigneur de l'honneur qu'il lui fait.
» Pour le serf, il n'y a point de lois, point de tribunaux, point de procédure régulière. »
GERMAIN DE LAGNY. Mœurs et Organisation de la Russie.
en cas do résistance la plus légitime à la moins fondée de ses prétentions, à la moins admissible de ses exigences? Entre la mer de Marmara et la mer Noire, une distance plus grande serait-elle mise? Constanlinople et Trébisonde seraient-elles moins exposées au feu des canons d'Odessa et de Sébastopol ? Serait-il plus difficile à la Russie de trouver un prétexte de s'emparer du détroit des Dardanelles et d'en garder les clés? En quoi la conversion de l'empire turc en empire grec changerait-elle la nature des choses, et rendrait-elle moins précaire l'équilibre européen tel qu'on l'a fait dépendre de l'opinion généralement acceptée, qu'il n'y avait qu'une seule manière de laisser le détroit des Dardanelles ouvert à la marine marchande de toutes les nations, c'était de le fermer à la marine militaire de chacune d'elles? Quelle force le royaume de Grèce a-t-il acquise depuis vingt-cinq ans qu'il a été fondé, protégé, commandité? Par quels progrès a-t-il devancé la Turquie, dont il est un démembrement? Quelle raison a-t-on de penser que le succès serait plus facile, plus grand, plus rapide à Constanlinople qu'à Athènes? Si l'on n'a trouvé, à grande peine dans toute l'Europe, qu'un Bavarois pour en faire un roi de la Grèce, aurait-on moins de peine à fabriquer un empereur de Grèce? Où le chercherait-on ? Où le trouverait-on ? En Russie;, dans la famille du czar? Alors à quoi bon prendre ce détour et ce déguisement? Pourquoi ne pas aller au but par le chemin le plus droit et le plus court, pourquoi ne pas annexer tout de suite l'empire turc à l'empire russe ? Ce serait plus sincère et plus simple , conséquemment moins précaire et moins dangereux. La création factice et prématurée d'un empire grec ne serait donc pas, on le voit, une solution.