‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 77 sur 132 · TITRE V · texte numérisé non relu

TITRE V

i>lSPOSITIONS PÉNALES.

(Ce titre consisterait dans la reproduction du titre IV de la loi de 1832.

Si, comme je le suppose, l'expérience démontrait l'inutilité de conserver le titre II de cette loi, la suppression du titre IV en serait la conséquence naturelle. En introduisant dans mon projet les titres II et IV de la loi de 1832, j'ai voulu faire preuve que je n'avais apporté dans sa rédaction aucun esprit absolu.)

Une ordonnance royale portant établissement delà caisse d'épargne dont j'ai parlé et déterminant le système d'accumulation et de capitalisation des versements, les bases de la comptabilité, les cas mortuaires où la caisse hériterait des dépôts, ceux où elle profiterait et des retenues faites sur la paye des soldats et du produit des condamnations à un certain nombre de jours de travail encourues pour causes d'insubordination ou d'inconduite, enfin statuant sur la liquidation des pensions d'officiers et sur la remise du pécule des soldats ; puis un règlement disciplinaire, rédigé dans le même esprit, c'est-à-dire ne condamnant plus les délinquants au désœuvrement, mais à un travail qui profiterait au fonds commun, compléteraient ce nouveau système de recrutement volontaire, qui consisterait :

A incorporer les hommes selon leur profession ;

A déterminer dans quelle proportion utile un régiment devrait se composer : 1° de terrassiers, — â'' de charpentiers, — 3° de maçons, — i° de tailleurs de pierres, —5° de serruriers, — 6° de couvreurs, — 7° de menuisiers, etc., etc.; car il est peu de professions manuelles qui ne puissent être utilisées dans un régiment.

L'affermissement de la paix extérieure et de l'ordre au dedans a affaibli l'utilité et par suite la considération des militaires, tandis que, par une progression inverse, les hommes livrés aux travaux d'une utilité immédiate ont acquis une importance mieux sentie aux yeux mêmes de l'armée. Est-il nécessaire d'en donner ici une preuve convaincante?... Voici en quels termes le général Lamarque traçait, il y a dix ans, le tableau comparé du sort du soldat et de celui de l'ouvrier :

« Figurez-vous, partant du Limousin ou des extrémités de la Guyenne, deux troupes de jeunes gens ; Igs uns viennent à Paris pour entrer dans un régiment, les autres pour s'associer aux soixante ou quatre-vingt mille maçons, charpentiers, couvreurs, qui ne suffisent pas aux besoins dumo-

ment. Une semaine ne s'est pas écoulée que ces derniers gagnent trois francs, quatre francs par jour ; ils se polissent, se façonnent et changent leurs habits grossiers contre un costume presque élégant.

» Le sort du pauvre consent est bien différent. Il reçoit pour toute paye 45 centimes par jour : 10 sont retenus pour la masse de linge et chaussure ; 30 centimes doivent suffire aux plaisirs de la table ; il lui reste 5 centimes, le sou de poche, qu'écornent encore presque toujours les effets de petite monture. A la caserne, où les rappels multipliés le ramènent si souvent, des règles claustrales l'entourent de mille liens. On accable son obéissance d'ordres minutieux et sans cesse renaissants. A chaque pas il rencontre un chef qui trouve toujours quelques reproches à adresser à sa coiffure, à ses habits, à son arme qu'il use à force de la polir. Et l'on est étonné qu'il regrette le toit paternel, la liberté des champs, et que souvent, dès la première semaine, il compte les ans, les mois, les jours qui lui restent à servir! »

On ne peut mieux décrire cet ennui de leur inutilité qui pèse sur les soldats désœuvrés et les réduit en temps de paix à regretter généralement leur profession d'ouvriers.

N'y a-t-il donc pas là l'indice d'un besoin à satisfaire, d'une tendance à seconder ?

Nos régiments n'en seraient pas moins brillants, parce qu'ils seraient ainsi transformés en associations actives et utiles d'hommes pris et exercés dans un certain nombre d'états; les soldats dont ils se composeraient n'en seraient que plus vigoureux, plus intelligents, plus recommandables. Les manœuvres militaires seraient conservées, mais elles n'auraient plus dans la vie des soldats que la place secondaire que, par exemple, elles occupent dans les travaux des élèves de l'Ecole Polytechnique.

L'avancement serait subordonné à l'aptitude industrielle.

L'ordre et l'appareil déployés dans les exercices militaires présideraient aux travaux, entretiendraient la discipline et l'émulation. L'impulsion serait facile à donner au moyen de quelques distinctions, ordres du jour, médailles, décorations ou autres récompenses judicieusement décernées, car en France la puissance du levier moral est incalculable.

Et puis, pour le soldat et pour sa famille, quelle douce pensée que celle qu'il n'oubliera plus sous le drapeau la profession qu'il avait apprise, qu'au contraire il s'y pourra

perfectionner, sous la conduite de chefs habiles, d'officiers non moins instruits que des ingénieurs, et revêtus de la double autorité qu'ils tiendraient de la science et de la loi \

Telle que je la conçois, l'organisation d'un régiment se composerait, dans de certaines proportions mûrement étudiées, d'ouvriers appartenant à toutes les professions déterminées par le tableau annexé à la loi de recrutement.

Il existe déjà dans tous les régiments un tableau où les soldats sont classés selon la profession d'où ils ont été tirés '•> il n'y aurait qu'à développer ce germe fécond.

Si les rangs de Tarmée de réserve étaient ainsi ouverts à tous les Français âgés de seize ans qui solliciteraient cette faveur et contracteraient un engagement, si tous ceux dépourvus de profession étaient dirigés vers un art de leur choix et immédiatement appliqués à ceux des travaux de cette profession les plus simples et les plus faciles, nul doute qu'alors l'embarras du choix ne fût le seul qu'éprouvât l'Etat, qui pourrait enfin abolir en toute sécurité le régime des appels, et détruire sans violence l'abus des remplacements militaires.

Alors l'institution des armées permanentes cesserait d'avoir les graves inconvénients que j'ai signalés ;

Alors le gouvernement pourrait toujours en temps de guerre disposer d'une force imposante, d'une masse d'hommes aguerris, exercés au maniement des armes et endurcis à la fatigue du travail ;

Alors la paix n'aurait pas à déposer chaque année des tributs exorbitants sur l'autel de la peur... de la peur de la

Alors d'immenses travaux de terrassements, de constructions, de défrichements, de reboisements, etc., s'exécuteraient de toutes parts, d'abord avec l'économie qui serait la conséquence d'une discipline sévèrement observée et d'une législation exceptionnelle conférant aux chefs militaires une autorité puissante ; puis avec tous les avantages résultant de spécialités bien coordonnées, bien employées. A l'œuvre, les terrassiers, les maçons, les charpentiers, les forgerons, xn. \}7

les laboureurs, etc., etc., formanldes compagnies distinctes, n'exécuteraient que les travaux de leur profession, chacun ne ferait que ce qu'il aurait appris et que ce qu'il saurait bien. Un contrôle sévère régnerait toujours ; une comptabilité régulière en serait la garantie. L'artillerie pourrait être chargée des charrois. Le génie, qui, avant Vauban, n'était formé que de quelques ingénieurs, tendrait donc à cesser d'être un corps spécial pour absorber en lui toute l'armée de réserve. Le génie militaire comprendrait alors tout ce qui caractérise le génie civil, tout ce qui fait la science de l'ingénieur prise dans sa plus large acception ;

Alors partout l'habitude delà soumission, de l'ordre, de la prévoyance, finirait par se répandre ; à leur retour dans leurs communes, les soldats l'y rapporteraient au lieu de celle du désœuvrement et de la débauche qu'ils reviennent maintenant y propager.

Alors, sans augmenter son budget, la France pourrait enfin réaliser les améliorations indiquées dans ma première ^ettre et compléter son système de voies de communication, sans lequel son commerce intérieur, source féconde et intarissable de prospérité nationale, n'aura jamais qu'une existence débile, languissante ou fébrile : sans lequel le prix des transports sera toujours le plus onéreux des impôts, le principe ennemi de l'accroissement de la consommation, le germe de mort de toute production ; sans lequel, enfin, toutes nos lois de douanes resteront un inextricable chaos, profitable à quelques industries, mais nuisible au plus grand nombre.

Le vrai caractère de l'homme à la fois progressif et pratique, c'est de savoir tirer un parti avantageux des instruments qu'il a sous la main, c'est de savoir les adapter ingénieusement h ses besoins.

Les armées permanentes ne peuvent plus être supprimées, mais elles peuvent être transformées ; pourquoi donc ne l'essayerait-on pas ?

Pourquoi vos champs de Mars ne seraient-ils pas en même temps de vastes chantiers industriels? Pourquoi l'armée

ii'aurait-elle pas à la fois son matériel de guerre et son matériel de paix? Pourquoi le tambour, en battant l'heure du travail, celle des manœuvres, celle des repas, ne rappellerait-il pas sans cesse à l'armée sa double destination guerrière et pacifique, militaire et industrielle ? Pourquoi même la musique régimentaire ne servirait-elle pas à l'essai d'une utile application, c'est-à-dire à vérifier la question de savoir jusqu'à quel point le rhythme musical peut à la fois donner de l'ardeur dans le travail eten adoucir les fatigues?

Si l'on n'osait pas tenter en France de telles expériences, pourquoi ne le ferait-on pas en Afrique, où nous avons des routes à percer, des déserts à fertiliser, des villes à bâtir, des ports à creuser ?

Lorsque la guerre a été la condition d'indépendance et de prospérité des peuples, on a bien su rendre la profession militaire attrayante et glorieuse ; pourquoi, lorsque la paix est devenue le besoin impérieux des nations modernes, ne parviendrait-on pas également à donner aux armées un nouvel esprit?

Serait-il donc impossible de passionner les masses pour les grands travaux qui fondent ou conservent la splendeur et la prospérité des Etats ?

Le génie qui se déploierait dans le vaste champ des entreprises utiles par d'audacieuses et gigantesques conceptions ne saurait-il donc exciter autour de lui un enthousiasme égal à celui que fait naître sur les champs de bataille le courage d'un général habile ? Le travail ne saurait-il donc avoir aussi sa gloire ? Des victoires remportées sur la nature, des conquêtes faites sur la misère et l'ignorance des classes laborieuses n'auraient-elles donc rien qui parlât à l'imagination des Français et au cœur des hommes?

C'est parce que je ne le puis croire que je vous ai adressé ces lettres : considérez simplement comme un germe à féconder l'idée qu'elles renferment et qu'elles n'ont qu'imparfaitement exposée... Si vous doutez qu'elle soit juste et applicable, faites-vous les questions que j'ai commencé moi-même par m'adresser :

Les écoles spéciales militaires peuvent-elles préparer leurs élèves à devenir, lorsqu'ils seront officiers, d'excellents ingénieurs?

Les sous-officiers peuvent-ils devenir de bons contremaîtres?

Les soldats peuvent-ils mieux employer qu'ils ne le font le temps qu'ils passent sous les drapeaux ?

Une autorité légalement constituée et une discipline sévère ne sont-elles pas aujourd'hui de rares avantages enviés par l'industrie?

Des exercices militaires qui ne sont pas incompatibles avec des études de collège le seraient-ils avec des travaux manuels ?

La garde nationale est là pour prouver le contraire. Ces citoyens soldats, dont on remarque dans la cour du Carrousel et dans les revues solennelles l'excellente tenue et la précision des manœuvres, n'ont-ils pas quitté le matin les uns leurs bureaux, ceux-ci leurs magasins, ceux-là leurs ateliers, tous leur ménage ?

Combiner l'institution des gardes nationales et celle de l'armée de ligne, rendre la première plus utile et la seconde moins coûteuse, les perfectionner toutes les deux, en permettant, si on le voulait, de n'en plus faire qu'une seule institution; tel a été l'objet de ma pensée.

Ce qui s'opposera toujours à ce qu'on puisse compter sérieusement sur les gardes nationales mobilisées, c'est la cause pour laquelle le mariage est interdit aux soldats, et pour laquelle la lui n'admet môme pas que puisse s'engager le veuf avec enfants.— Cette objection n'existe pas à l'égard de mon projet d'organisation; je le crois préférable à celle des landwehrs, qui est infiniment coûteuse par les pertes considérables de temps, et les déplacements fréquents qu'elle impose à une population nombreuse.

Comblez les lacunes de ce travail, adoptez-sn l'idéemère, rectifiez-en les détails, et cela fait avec la puissante faculté d'organisation dont vous êtes doué, je ne doute pas qu'il ne réussisse à changer promptement la face et l'espiit

(les armées permanentes en Europe ; qu'il ne permette à la France, si elle le voulait, d'avoir toujours sur pied une armée active de cent mille hommes au plus, force suffisante pour le maintien de la tranquillité publique (1), et une armée de réserve de cinq cent mille hommes au moins, qui, dans l'éventualité d'une guerre, seraient infatigables et invincibles, car la fatigue des marches et des bivouacs ne serait plus qu'un délassement pour eux.

Dans votre chapitre remarquable sur V instruction des troupes, j'ai appris avec quel soin les Romains choisissaient leurs soldats. Les professions où il est préférable de les recruter sont une des premières recommandations de Végèce. Les forgerons, les charpentiers, les tailleurs de pierre, les chasseurs étaient surtout les hommes que préféraient les Romains. Comme ils pensaient qu'on ne sait rien ni aussi promptement ni aussi parfaitement que ce qu'on a appris de bonne heure, ils levaient leurs soldats à seize ans; votre avis est que cet âge pourrait également être celui des enrôlés volontaires; aussi l'ai-je adopté; la loi du 21 mars l'a elle-même admis pour l'armée de mer. Les autres motifs qui m'ont déterminé sont ceux-ci : c'est généralement au sortir d'apprentissage et avant d'avoir pu encore entrer dans un atelier que les jeunes gens seraient disposés à s'engager volontairement ; c'est aussi à cette époque qu'ils rencontreraient le moins d'opposition de la part de leurs familles ; enfin l'âge de seize ans offre en outre cet avantage, qu'à vingt-six ans, si le soldat libéré de son engagement veut le renouveler, il sera encore dans toute la vigueur de la jeunesse, et il en sera de même s'il préfère quitter les rangs afin de se marier, ce qu'il pourra faire assez facilement avec le pécule qu'il aura amassé et qui lui sera remis à sa sortie du régiment.

Les enrôlements, dites-vous dans vos Observations sur la constitution des armées de terre de la France en 1835, ne

(1) Surtout le jour où la France sera en possessiun d'un autre syr,tème de communications rapides, ajoutant à la puissance de la centràli-

satiou et en diminuant les inconvénients.

sont pas faits avec assez de soin et de discernement ; le choix des recrues n'est pas bon. Permettez-moi de vous adresser la question de savoir s'il peut être meilleur eu égard au régime des appels, au chiffre des contingents, à l'abus des remplacements et enfin à l'aversion générale qu'inspire le service militaire? 11 me paraît qu'avec le mode que je propose, mode dont la base, ainsi que je l'ai déjà dit, serait un tableau de répartition des professions, fixant le nombre d'hommes qui devraient être acceptés dans chacune d'elles, le choix des recrues deviendrait à la fois infiniment plus facile et plus sûr. Je dois ajouter qu'ici je raisonne toujours dans la profonde conviction où je suis qu'avec ce mode l'affluence des demandes d'engagements serait telle que le gouvernement, pour s'en préserver, serait contraint de rendre graduellement plus sévères les conditions d'admission.

Ce n'est pas légèrement que j'ai fixé l'âge de seize ans et déterminé la durée des engagements. Dix années m'ont paru nécessaires pour que l'instruction du soldat pût porter tous ses fruits, sans être pour l'officier un sujet de fatigue et de dégoût.

Si je n'ai pas insisté plus longuement sur ce point que, chaque régiment de l'armée de réserve étant ainsi transformé en atelier et en école professionnelle, l'enseignement théorique serait joint à l'instruction pratique, c'est qu'il m'a paru que cela serait superûu. Le temps que consacreraient les soldats à suivre les cours élémentaires et gradués qui leur seraient faits par leurs chefs ne serait donc pas perdu pour le travail.

Les ouvriers-soldats, réalisant chacun les théories de l'officier-professeur ou s'expliquant les pratiques par la théorie, comprendraient ou exécuteraient mieux les travaux; cette double action, ce double mode, se complétant l'un par l'autre, formeraient l'un des meilleurs systèmes d'instruction qui se puissent concevoir.

La civilisation, je le crois, recevrait de ce seul fait une impulsion prodigieuse; la moralité, non-seulement de Par-

mée, mais de la nation tout entière, s'en ressentirait. Bien des liommes qu'aujourd'hui des ambitions présomptueuses et des appétits désordonnés, la misère et l'ignorance précipitent dans la voie du crime, trouveraient enfin une carrière ouverte ; l'armée leur donnerait l'habitude du travail et de l'épargne, elle leur ouvrirait l'accès à l'instruction.

L'armée, en temps de paix, deviendrait alors une grande institution de prévoyance; le grade et l'emploi de l'officier, ainsi rendus plus utiles et plus glorieux, satisferaient pleinement son imagination, quelque active qu'elle pût être.

On verrait diminuer le nombre des suicides.

La société aurait enfin ce qui lui manque : un refuge pour tous les jeunes gens que la vanité a fourvoyés et que la misère et l'oisiveté accablent.

Peut-être môme encore découvrirait-on là plus tard un germe de transformation à donner aux institutions péni-tentiaires! ,

11 pourrait y avoir tels délits auxquels il ne serait assigné d'autre peine que l'incorporation du délinquant dans certaines compagnies disciplinaires, à qui seraient dévolues les fonctions les plus pénibles du service. Alors les condamnés ne seraient plus, comme aujourd'hui, h la charge de l'État; ils subviendraient eux-mêmes à leurs dépenses par leur travail. Mais c'est là une idée que je me réserve d'approfondir.

Je termine par une dernière considération : c'est que l'État commençant par prélever les frais de nourriture, d'habillement et d'entretien des troupes sur les produits de leurs travaux, aucune atteinte ne serait portée ni à la liberté du travail ni à l'égalité de la concurrence. C'est là un point essentiel qui a été omis dans les expériences qui ont été ordonnées par M. le maréchal Soult, et qui est entièrement méconnu dans les maisons de détention, où le travail se vend à vil prix à des entrepreneurs sans conscience et sans pitié.

Non, il est impossible que sur une journée de travail l'avantage de la discipline n'équivale pas au temps réclamé

par quelques exercices militaires. Toute la question se réduit là.

Montecuculli a dit : « Quand les armées sont florissantes, les arts, le commerce, tout l'État, fleurissent à la fois sous leur ombre ; mais dès qu'elles viennent à lakguir, il n'y a plus ni gloire, ni valeur, ni sûreté. »

Or, n'est-il pas vrai qu'en France l'armée languit?

Trois cent mille hommes souffrent de la pensée qu'ils n'ont rien à faire et qu'ils sont à charge à l'État; ils souffrent de n'être pas assez payés, ils souffrent de coûter trop; leur désœuvrement les accable; leur inutilité les humilie; leur orgueil s'irrite contre la paix, et leur patriotisme n'ose souhaiter la guerre ! Qu'on utilise donc l'armée, elle ne

LANGUIRA plus.

7 novembre 184(5.

Oui, en effet, j'ai publié il y a huit ans, en 1838, un écrit intitulé : De Vapplication de Vannée aux grands travaux d- utilité publique; mais, depuis que cet écrit a paru, j"ai réfléchi et je me suis éclairé, La méditation, l'observation et la discussion m'ont conduit à l'adoption de conclusions nouvelles.

Gomme il y a huit ans, je pense que la paix armée est une aggravation du système des armées permanentes ; comme il y a huit ans, je pense que cette exagération exige impérieusement une réforme, non-seulement en France, mais encore en Europe ; comme il y a huit ans, je pense, d'accord avec Montesquieu, que la puissance relative des nations ne s'accroît pas en raison des sacrifices qu'elles s'imposent pour élever h l'envi les unes des autres le chiffre de leurs armées respectives ; comme il y a huit ans, je pense que le désarmement européen serait une grande mesure que réclament l'intérêt de tous les gouvernements, celui de tous les peuples, celui de la civilisation, de l'ordre et de la

DES ARMÉES PERMANEiNTES. 585

paix, celui même de la conservation du principe monarchique ; comme il y a huit ans, je pense que le désarmement est une mesure dont l'initiative serait glorieuse sans être périlleuse ; enfin, comme il y a huit ans, je pense que la nation qui, la première, donnera l'exemple du désarmement imposera par ce seul fait aux autres États, dans leur propre intérêt, l'obligation de l'imiter, car tous les peuples sans exception se composent de contribuables. Quant à l'abus des armées permanentes, quant au mal qu'elles font, quant aux perturbations qu'elles causent et dont on ne se rend pas assez compte, je n'ai donc rien à retrancher de ce que j'ai écrit; mais une étude plus approfondie de la question m'a convaincu que chercher le remède à cet excès dans l'application de l'armée aux grands travaux publics, c'était s'égarer, c'était prendre pour arriver au but la voie la plus longue et la moins sûre. D'accord avec des officiers généraux d'une expérience consommée fl), je pense aujourd'hui que le problème politique et financier de la réforme des armées permanentes doit être posé dans les termes suivants :

Étant données pour la France et la nécessité de se maintenir au rang qui lui appartient parmi les grandes puissances, et la nécessité de mettre l'ordre et les institutions à l'abri de toute atteinte, chercher les conditions d'existence d'une armée qui soit à la fois la plus faible et la plus forte; la plus faible sous le rapport du nombre des hommes enrégimentés, la plus forte sous le rapport de l'instruction des troupes, de l'organisation des corps, et de la proportion des armes; en d'autres termes, trouver dans la qualité ajoutée l'équivalent au moins de la quantité retranchée,

La question ainsi posée, celle de l'emploi de l'armée aux

(1) Avant 1830, une commission composée de MM. le général comte Alexandre de Girardin, président; le général Desprez, le général Valazé, le général d'Hautpoul, l'intendant militaire Denniée, le colonel du génie d'Errard, le baron de la Reinty, et M. Houel, déclarèrent à l'unanimité, après six mois d'études approfondies :

1° Que l'application constante des troupes aux travaux salariés serait destructive de l'esprit militaire ;

2° Qu'il serait utile que les soldats pussent être exercés à des travaux de terrassement, comme complément à leur instruction militaire.

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travaux publics disparaît et perd toute importance, car on n'a plus devant soi qu'une armée peu nombreuse, ne coûtant strictement que ce qu'elle doit coûter, faible par le nombre, mais forte par le choix, enfin, une véritable armée d'élite.

Les proportions d'une armée ne sauraient être trop soigneusement étudiées, trop sévèrement observées, car c'est à propos d'elles surtout qu'on peut dire que la pesanteur s'allège par l'équilibre.

Trop considérables ou trop faibles, les armées ont également pour conséquence de mettre l'ordre et la paix en question.

Trop considérables, elles éveillent la défiance, elles créent des coalitions puissantes ou ténébreuses; trop faibles, elles exposent au dédain, elles suscitent des agressions injustes ou téméraires.

Dans les États constitutionnels surtout, le chifl're de l'armée a une grande importance politique ; car, pour peu qu'il soit suspecté d'exagération, il rend aussitôt les partis plus ombrageux, plus insatiables de garanties légales, plus difficiles à gouverner ; il a pour effet d'exposer l'armée à des débats parcimonieux qui la découragent, la blessent et l'indisposent contre les institutions et les formes représentatives.

La plus grande force d'une nation réside dans la confiance qu'elle s'inspire à elle-même et dans le respect qu'elle commande. Ce sont deux avantages qu'une bonne constitution de ses armées peut seule lui donner.

La constitution d'une armée est bonne : — lorsqu'elle tire moins sa supériorité du grand nombre de soldats qui la composent que de la perfection de leur instruction, sous le double rapport du développement des forces du corps et des facultés de l'esprit; lorsque le nombre des soldats est en juste proportion avec celui des officiers, et que les premiers sont relativement nombreux et les seconds suffisamment rétribués assez pour qu'ils puissent attendre patiennnent les effets de l'avancement; lorsque les lois de l'avancement ne

sont jamais transgressées et que le droit et la mortalité le règlent exclusivement ; lorsque le grade et l'emploi restent toujours inséparables ; lorsque l'arbitraire et la faveur rencontrent pour invincibles obstacles un système et un code militaires se prêtant un mutuel appui ; lorsque la durée du service est longue, que les contingents annuels sont faibles et les réengagements nombreux ; lorsqu'à défaut de gloire à recueillir sur les champs de bataille, le sentiment du patriotisme et de l'honneur est constamment entretenu par l'émulation du savoir; lorsque, enfin, sans nuire au dedans à l'abondance du travail et au développement du crédit public, la force militaire élève au dehors à leur plus haute expression le crédit et la prépondérance politique d'une nation; quand elle lui permet de tenir constamment un langage imposant, quand elle assure le succès de ses négociations diplomatiques, quand elle facilite la conclusion de traités avantageux à son commerce, quand enfin elle peut se dire, sans se faire illusion, que les forces dont disposent ses alliés lui appartiennent par la confiance qu'elle leur inspire.

L'organisation d'une armée est mauvaise : — lorsque le pied de paix est destructeur du pied de guerre ; lorsque les cadres des officiers, sans proportion avec l'efléctif des soldats, enlèvent au commandement l'étendue, l'action et le prestige qui leur sont nécessaires ; lorsque, dans un état démocratique, il est arithmétiqucment impossible à l'officier de subsister honorablement avec sa solde; lorsque, enfin, le principe sur lequel repose l'autorité militaire est une violation de l'esprit général des institutions du pays.

Réduire sensiblement le chiffre et la dépense de l'armée sans l'affaiblir, tel est le progrès que nous avons à demander à une meilleure constitution militaire ; à une loi de recrutement conçue dans un esprit plus conforme à l'esprit de notre temps ; à un autre mode de casernement ; au perfectionnement successif de toutes les armes et munitions do guerre, etc., etc. Tel est le progrès qui devrait être l'objet des méditations les plus profondes de nos hommes d'État,

car il se lie à l'avenir politique de notre société, de jour en jour plus industrielle, beaucoup plus étroitement qu'on ne paraît le croire communément. Mais de cet avenir gravement menacé, qui s'en occupe? Quand on a changé la coupe d'un habit, la forme d'un sabre, déplacé des buffleteries, on croit avoir assez fait ; cependant les avantages d'une armée d'élite, où la proportion des armes serait établie avec toute la précision enseignée par l'expérience et par la science de la guerre ; où les hommes peu nombreux seraient choisis et exercés avec tout le soin que prescrit Végèce, cet auteur sur lequel quinze siècles ont passé sans affaiblir son autorité ; où tout perfectionnement, toute simplification, toute économie, seraient sûrs de trouver le même accueil empressé que celui qu'ils reçoivent de toute grande industrie en progrès ; ces avantages seraient considérables à tous les points de vue :

Au point de vue de notre politique extérieure, car la réduction numérique de nos forces de terre combinée avec une augmentation de nos forces de mer serait un double gage donné à l'affermissement de la paix : premièrement, en ce qu'il achèverait de rassurer pleinement les puissances secondaires sur les intentions d'agrandissement territorial et de prépondérance politique que se plaisent à nous attribuer d'habiles rivaux pour entretenir contre nous une défiance prête à s'éteindre, et qu'ils craignent de voir tourner plus justement contre eux ; deuxièmement, en ce qu'il nous constituerait tout naturellement les protecteurs sur mer de tous les pavillons mis en péril par la supériorité industrielle et maritime de l' Angleterre, envahissant tous les marchés du monde, à l'exclusion des autres nations, gravement menacées dans leur repos par le développement même de leur industrie privée de tous débouchés dans le présent et dans l'avenir ;

Au point de vue de nos finances, que compromettent, sans qu'on s'en rende un compte assez exact, l'exagération et la mauvaise constitution de noire armée, dont la dépense, toujours croissante, s'élève à plus d'un million par jour;

Au point de vue de la richesse publique et du crédit, dont le développement est arrêté par l'excès d'une telle dépense, excès qui nous a empêchés, depuis quinze ans, de donner à nos grands travaux publics l'impulsion qui les eût terminés avec d'autant plus d'économie qu'ils eussent été plus rapidement exécutés; excès qui nous empêche de réaliser d'importantes et d'urgentes améliorations de toute nature; excès qui s'oppose à ce que nous portions la réforme au sein de nos impôts, à ce que nous osions faire une expérience qui cependant serait sans danger, celle de l'application large et judicieuse du principe de la modération des taxes à toutes celles de nos taxes qui sont exagérées ;

Au point de vue de la population, que nous abâtardissons en lui enlevant tous les ans ses plus beaux hommes, ses hommes les plus vigoureux, pour aller les faire moissonner en Algérie, ou s'énerver dans « l'oisiveté militaire , qui , malgré le service et les exercices, laisse beaucoup de temps sans emploi, et qui tourne parfois à l'ennui, à l'intempérance, aux vices des villes et aux maladies (1) ; »

Au point de vue de l'avenir de notre société industrielle, dont nous ne saurions trop nous préoccuper, croit-on que si le royaume-uni de la Grande-Bretagne était placé sous l'empire des mêmes institutions militaires que celles qui nous régissent, l'Angleterre luttât aussi facilement et victorieusement contre l'épouvantable misère des ouvriers, et les tortures de rh'lande en proie à toutes les horreurs de la faim? Ce qui sauve l'Angleterre d'un aussi grand péril, c'est qu'elle se garde bien de former au maniement des armes la population de ses villes et de ses fabriques, que les constables ne pourraient plus contenir si elle avait appris à porter un fusil ;

Au point de vue de la jeunesse, qui, ayant à se frayer une carrière, ne sait laquelle prendre entre toutes les professions également encombrées ;

(1) Rapport du général Durieu au nom de la commission chargée de l'examen du projet de loi concernant l'appel de 80,000 hommes de la classe de 1840.

Au point de vue, enfin, de l'armée elle-même, qui pourra être (routant plus largement rétribuée qu'elle sera moins nombreuse.

Faire du service militaire une profession honorable et assez lucrative pour rivaliser avec l'administration des douanes, des forêts, des contributions directes et indirectes, etc., et permettre d'abolir le recrutement forcé : telle est l'idée à laquelle je me suis pleinement rallié ; je la crois plus saine, plus juste, plus pratique que celle de l'emploi de l'armée aux grands travaux publics, même réduite aux termes si simples auxquels j'avais essayé de la ramener.

Napoléon a dit (1) :

« La conscription est la loi la plus affreuse et la plus détestable pour les familles, mais elle fait la sécurité de l'État. »

Il y a aujourd'hui deux mots à changer à cette opinion ; à la place de ceux-ci : la sécurité, il faut mettre ceux-là : le péril.

Si l'on n'y prend sérieusement garde, ce sera par l'excès des armées permanentes que périront les nations industrielles.

7 septembre 1849.

On lit dans le Siècle :

« Une discussion intéressante s'est élevée entre le journal la Presse et le Moniteur de V Armée, au sujet delà réduction de l'effectif militaire. Cette dernière feuille défend le maintien de l'armée actuelle, et déclare qu'il est impossible, même aux journalistes les plus intelligents, de s'immiscer dans ces questions spéciales, s'ils ne sollicitent le concours des bommes spéciaux. Sans aborder ici le fond de cette discussion, que le vote du budget ramènera dans ses véritables limites, nous nous bornerons à citer i'opinion de l'un des bommes les plus compétents en matière de guerre et d'armée, et dont on ne songera certainement pas à contester l'autorité. M. le marécbal BugeauJ, en 1840, dans un banquet auquel assistaient un grand nombre de convives qui n'ont pas perdu le souvenir de ses belles paroles, s'exprimait ainsi : « A la dissolution des armées permanentes, et » à leur transformation en armées industrielles ! » Cette opinion de l'il-

(1) Opinions de Xajioléon, par M. Pelet (de la Lozère), page 229.

lustre maréclial était développée par lui avec beaucoup de verve et une très grande puissance d'argumentation. Il est impossible que ce glorieux capitaine ait exprimé à la légère un vœu aussi formel ; et pour qu'il ait ainsi demandé la dissolution et la transformation des armées permanentes, il faut que l'utilité et la possibilité d'une aussi grande mesure lui aient été parfaitement démontrées. »

Puisque le Siècle invoquait l'autorité militaire de M. le maréchal Bugeaud, le Siècle aurait pu ajouter que M. le maréchal Bugeaud était demeuré fidèle h l'opinion qu'il avait exprimée au banquet phalanslérien de 1840, car sept années plus tard, en 1847, il écrivait au Moniteui^ de V Armée (1) la lettre suivante, imprimée en tête de cette feuille :

A M. LE KÉDACTEUR DU Moniteur de l'Armée.

« La Durantie, le 15 novembre 1347.

» Monsieur,

» Je n'ai pas été peu surpris de lire, dans le Moniteur de l'Armée du 11 de ce mois, que Vemploi de l'armée aux travaux dits d'utilité publique était une de ces théories que Von croyait entièrement abandonnées.

I) Vous auriez été dans le vrai, monsieur, si vous aviez dit qu'il n'était plus nécessaire de discuter ces théories, puisqu'elles étaient passées dans la pratique. En effet, pendant que l'on discutait en France, et que l'on faisait des livres pour démontrer qu'il n'y avait pas d'avantage public h faire travailler l'armée, et que celle-ci y perdrait sa discipline, son instruction, son esprit militaire, l'armée d'Afrique ne cessait de travailler aux choses d'utilité générale que lorsqu'elle entrait en campagne pour combattre les Arabes.

» Nous n'avons pas remarqué qu'elle ait perdu de ses qualités en exécutant de grands travaux ; bien au contraire, nous croyons qu'elle y a gagné en discipline, en santé et en moralité.

» Il est vraiment étrange qu'un aussi grand fait, qui dure depuis nos premiers pas dans l'occupation de l'Algérie, et qui a pris plus de développement dans les six dernières années, ait été tellement inaperçu que l'on dise aujourd'hui que la question du travail de l'armée est une théorie abandonnée. Si la Presse a abandonné cette thèse pendant que l'armée d'Afrique lui donnait complètement raison, c'est que ce journal a toujours vu les choses d'Afrique selon les tendances de son esprit et non pas selon les réalités.

» Je vous prie, monsieur, de me ranger au nombre de ceux qui sont encore convaincus que l'armée peut travailler d'une manière avantageuse pour le pays et pour elle. Il faudrait sans doute changer plusieurs de nos

(1) Moniteur de l'Armée, 21 novembre 1847.

préjugés et réfoi'mer bon nombre de nos habitudes ; il faudrait surtout renoncer à satisfaire les prétentions d'une multitude de localités qui veu • lent avoir des garnisons, ce qui morcelle l'armée de la manière la plus déplorable pour son instruction, pour sa discipline, pour son esprit militaire, et aussi pour la sécurité publique.

» Je ne fais ici, monsieur, qu'effleurer la question. J'aurai probablement l'occasion de la développer à la tribune ; je ne la laisserai pas échapper, parce que je suis très convaincu qu'il y a là pour le pays et pour l'armée une grande source d'améliorations. Je ne veux cependant pas terminer cette lettre sans vous dire que ce n'était pas seulement une nécessité absolue qui nous a fait employer l'armée d'Afrique aux travaux d'utilité publique, mais aussi parce qu'il était parfaitement démontré qu'il y avait économie de plus des trois quarts quand on mettait les soldats à la tâche. L'économie ne serait pas aussi grande en France, parce que la main dœuvre civile n'y est pas aussi chère qu'en Afrique, mais on économiserait au moins moitié.

» On répétera que si l'armée exécute les grands travaux d'utilité publique, elle privera de travail les ouvriers ordinaires. Cette objection n'a rien de réel. En supposant qu'on employât aux travaux généraux 100,000 hommes, après avoir pourvu largement aux garnisons des grandes villes, que serait-ce en comparaison des millions d'ouvriers qu'emploie la France ? Il y a du travail pour tout le monde, et l'agriculture seule employerait fructueusement une fois plus d'ouvriers qu'elle n'en a. Les routes départementales, les chemins de grande vicinalité, qui restent inachevés à défaut de ressources pécuniaires, pourraient être exécutés par l'armée avec grand bénétlce pour les départements.

» Une haute considération de force, de dignité nationale, fera adopter tôt ou tard, en France, la longue pratique d'Afrique ; ou ne disputera plus sur le chiffre de l'armée quand on saura concilier son utilité industrielle avec sa discipline, son instruction et son esprit militaire.

» Quoique je n'aie nullement l'intention d'engager une polémique avec l'auteur de l'article qui a provoqué cette réponse seulement esquissée, je vous prie de vouloir bien insérer ma lettre dans votre plus prochain numéro. Il importe de ne pas laisser sans aucune réponse l'assertion que la question du travail de l'armée est détiuitivement abandonnée.

» Recevez, etc. makéchal duc d'islt. «

Quelque autorité qui s'attache aux opinions militaires de M. le maréchal Biigeaud, nous n'en persistons pas moins à penser que si, au lieu de se placer au point de vue de la guerre, on se place au point de vue de Vordre. il vaut infiniment mieux réduire l'armée, en lui donnant une durée de service beaucoup plus longue, que de l'appliquer à certains grands travaux publics.

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