‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 86 sur 132 · L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE MILITAIRE · texte numérisé non relu

L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE MILITAIRE

Un journal annonce que l'on signe clans ses bureaux une pétition pour le rappel immédiat des troupes dans Paris.

A quoi bon cette pétition?

A quoi bon ce rappel ?

Quelle garantie l'ordre public aurait-il quand les régiments auraient repris possession de leurs casernes ?

Est-ce que la garde nationale, sans distinction d'origine, ne veut pas fermement l'ordre ?

Qui donc pourrait le troubler?

Des malfaiteurs et des esprits exaltés ?

Si haut que l'on en porte le nombre, ils ne formeront jamais qu'une minorité imperceptible et peu dangereuse.

Pour que l'ordre courût à Paris des dangers sérieux, il faudrait que les membres du Gouvernement provisoire se rangeassent, en totalité ou en partie, du côté des perturbateurs.

Alors, répétons-le, à quoi bon le rappel des troupes dans Paris? Ce serait une complication et un danger de plus ; ce ne serait ni une garantie ni une force.

Jamais la nécessité de l'ordre n'a été plus généralement

et plus profoudémenl sentie. En doutez-vous ? — Quittez voire habit, mettez une blouse, parcourez les ateliers nationaux, pénétrez dans tous les rassemblements d'ouvriers, et prêtez Porcille aux discours qui s'y tiennent.

Ceux-là mêmes des travailleurs qui s'étaient déclarés las de travailler, commencent à être plus las encore de ne rien faire ; ils reconnaissent que l'ordre et la sécurité, le crédit et le travail, sont les quatre faces de la même question; ils sont humiliés de penser qu'ils aggravent la charge de l'État, déjà si obéré, et que la terre qu'ils remuent, c'est à la fois de l'argent, du temps et de la peine perdus ; ils aspirent à reprendre l'outil qu'ils étaient exercés à manier; leurs yeux se sont ouverts ; ils voient qu'il est dans les sociétés des ressorts forgés par le temps qu'on ne saurait briser, des anneaux rivés par les siècles qu'on ne saurait détacher sans aggraver les souffrances et les privations des travailleurs; ils condamnent avec sévérité des erreurs que quelques semaines d'expérience ont suffi pour leur faire apprécier; ils s'indignent contre les malfaiteurs qui tenteraient de prolonger une situation si précaire et si douloureuse pour tous les travailleurs, et particulièrement pour les bons, pour ceux qui gagnaient de 6 à 3 fr. par jour, et qui en sont réduits depuis six semaines à se contenter de 1 à 2 fr. payés par les mairies. Que l'ordre soit troublé, que l'on mette en présence les malfaiteurs et les travailleurs; ces derniers seront plus de dix contre un; il ne faudra pas les pousser, il faudra plutôt les retenir !

La signature d'une pétition pour le rappel innnédiat des troupes dans Paris nous paraît donc une idée qui appartient au régime déchu ; c'est un anachronisme. La j^étition qu'il faudrait signer serait une pétition conçue dans un esprit tout opposé, dans l'esprit suivant :

AU GOUVERNEMENT l'ROVISOlRE.

« La France républicaine n'a point à craindre la guerre européenne, » La Liberté n'a plus rien à redouter de la Royauté. » La liberté de la p»-esse, faisant le tour de l'Europe, p:ir la fratirniî.^ des peuples, rend impossible la coalition des souverains.

» Le moment est donc venu de constituer notre armée sur sa véritable base : Venjagemenl volontaire.

« Plus de consciùption !

» Plus de loterie des hommes !

ï Plus de remplaçants !

» Plus de traite des blancs !

» Plus d'esclavage militaire !

» Une armée réduite à 175,000 hommes au plus (175,000 soldats sont à 35 millions d'habitants comme 200 est à 1), composée de volontaires âgés de seize ans au moins, s'engageant pour dix années et pouvant ensuite se réengager de cinq années en cinq années, jusqu'à l'âge pi'évu pour l'époque de réforme et iixé pour la pension de retraite ; une telle armée vaudrait cinq fois plus et coûterait cinq fois moins que l'armée actuelle soumise au régime des appels, — régime barbare en temps de paix, — régime qui arrache violemment tous les ans à leurs familles, à leur profession, à leurs travaux, à l'agriculture surtout, 80,000 hommes laborieux, âgés de 20 ans, choisis parmi les plus robustes et les mieux constitués, pour les rompre péniblement à l'habitude du désœuvrement, les envoyer se corrompre l'esprit et le corps dans les faubourgs infects des villes de garnison, et les rendre ensuite à leur première profession et à leur commune, généralement déshabitués du travail, énervés, dépravés, souvent atteints d'un vice incorrigible, l'habitude de la débauche, et d'un virus héréditaire plus funeste au principe de la reproduction que s'il le frappait entièrement de stérilité.

» Avec l'encombrement qui obstrue l'accès de toutes les carrières, les engagements volontaires suffiront et au-delà pour recruter une armée réduite au deux centièmes do la population ; ce qui le prouve, c'est le nombre actuel des engagements volontaires et des remplacements à prix d'argent. D'ailleurs, plur la durée de l'engagement sera longue et plus les avantages offerts pour les réengagements seront décisifs, et moins il y aura annuellement de vides à remplir. Est-ce que pour une place de gendarme vacante dans une brigade, il n'y a pas vingt demandes ?

» Ne craignez pas de proclamer l'abolition de la conscription, qualifiée en ces termes par l'empereur Napoléon : « La conscription est la loi la plus » affreuse et la plus détestable pour les familles. »

» Ce sera un moyen tout simple de réorganiser l'armée, en lui donnant pour base le choix sur le nombre.

» Ce sera un véritable service rendu à l'agriculture.

» Ce sera une cause de perturbation de moins dans la société.

» Ce ne sera plus une atteinte qui blessera la liberté des vocations.

)) Ce sera une carrière assurée pour les fils de famille qui arrivent a l'âge de seize à vingt ans ne sachant quel état choisir, et ne pouvant cependant rester plus longtemps à la charge de leurs parents.

» Le code militaire alors ne sera plus une monstruosité républicaine ; ce sera un règlement librement accepté, car on en aura pris connaissance avant de s'engager. »

Nous comprendrions qu'on allât signer celte pétition ; nous ne comprenons pas l'utilité de l'autre.

La réduction de l'armée au 200® de la population équivaut à la réduction de 200 millions par an sur le budget des dépenses.

Si de toutes parts des pétitions ne se signent pas pour demander l'abolition de l'esclavage militaire, on continuera de faire comme on a fait dans le passé, on continuera d'ajourner indéfiniment une économie dont l'impérieuse nécessité est unanimement proclamée.

C'est au bon sens des contribuables à prendre les devants sur la discussion de la loi qui devra organiser la force publique.

Les militaires sont divisés ; deux opinions tranchées sont en présence : l'une qui veut abolir le remplacement, l'autre qui veut le maintenir ; l'une qui le flétrit, l'autre qui le justifie ; il est un moyen de mettre d'accord les deux opinions, c'est d'abolir le recrutement.

En abolissant le recrutement obligatoire, on supprime par le fait le remplacement militaire.

Le prix moyen d'un remplaçant est de 1,500 fr. ; le chiffre du contingent annuel est de 80,000 hommes ; en multipliant ce nombre par l'autre, on a pour produit 120 millions. Sept années de service militaire équivalent donc, en argent, à un impôt de 120 millions; or, comme il résulte des documents officiels que, sur 100 jeunes gens faisant partie du cantingent annuel, 66 appartiennent à la population agricole, demander l'abolition de la conscription, c'est demander pour l'agriculture un dégrèvement indirect de 80 millions de francs.

Les journaux de département, nous n'en doutons pas, comprendront l'immense et bienfaisante inûuence qu'ils peuvent exercer sur la solution de cette question.

Le moment est opportun.

2H avril 1848,

Le journal la Réforme demande, au nom de l'application du principe de Végalité, l'abolition du remplacement militaire. Nous allons plus loin : au nom de l'application du principe de liberté , nous demandons , nous, l'abolition de la conscription et du tirage au sort. Les engagements volontaires suffiront, et au-delà, au recrutement de l'armée, dès que le service militaire aura cessé d'être une obligation et une loterie, pour devenir une carrière à la fois honorable et lucrative.

22 mai 1848.

Toutes les idées (pii ont fini par prévaloir ont commencé par être qualifiées « dhitopies et d'hypocondrie ; » ces mots, dont se sert M. le lieutenant-colonel Thomas pour nous répondre dans la Sentinelle de VArmée, ne prouvent donc absolument rien, si ce n'est que nous avons pour contradicteur un aveugle ou un myope, qui n'aperçoit pas ce que nous voyons distinctement.

Utopies!... Napoléon, l'homme-gucrro, disant qu'il avait le projet d'amener chaque puissance à une immense réduction des armées permanentes, était-il donc un utopiste?

Hypocondrie!... Montesquieu traitant de maladie nouvelle le nombre désordonné de troupes, était-il un hypocondriaque?

L'opinion que nous soutenons n'est pas nouvelle. On la trouve exprimée presque mot à mot par Raynal, dans ses Mémoires historiques de VEurope, et par Voltaire.

Mirabeau, à qui un de ses amis, M. Dupont, disait peu de temps avant :

« La nature vous avait fait pour être un liûros guerrier, un aventurier conquérant; on vous a mis des entraves. Eh bien ! vous serez un paisible philosophe, et vos veilles seront plus utiles à l'humanité que n'eussent été vos exploits. »

Mirabeau écrivait en 1778 :

« 1° Je crois que les hommes, et par conséquent les rois, ne peuvent donner que ce qu'ils possèdent, le droit de faire et de commander des actions justes, conformes à l'ordre et aux lois immuables de la nature. Un homme vertueux doit donc être le seul juge de la légitimité de la gueri'e qu'il s'agit de faire ou de ne pas faire. Cette philosophie, qui est et sera la mienne, n'est pas compatible avec un uniforme,

» 2° Les troupes réglées^ les jirmées perpétuelles vHonlélé, ne sont et ne seront bonnes qu'à établir l'autorité arbitraire, et à la maintenir ; or je ne suis pas de ces mercenaires qui, ne connaissant que celui dont ils reçoivent la solde, ne se rappellent jamais que cette solde est payée par le peuple -, qui s'honorent de servir un homme, tandis qu'ils devraient se croire uniquement destinés à la défense de lei;r patrie ; qui volent aux ordres de celui qu'ils appellent leur maître (mot infâme, injurieux au roi et à la nation), sans penser qu'ils se réduisent à porter une livrée plutôt qu'un uniforme, sans savoir que le plus vil, le plus odieux, le plus détestable des métiers est celui de satellite d'un despote, de geôlier de ses frères : le service ne me convient donc pas. (1) »

Ces pinncipes, ces idées que les philosophes du dix-huitième siècle s'accordaient à proclamer, l'expérience des soixante années de guerre et de paix armée que l'Europe a subies les a confirmés dans l'esprit et le cœur des peuples.

Si l'opinion de Raynal, si l'opinion de Voltaire, si l'opinion de Mirabeau, si l'opinion de Montesquieu, etc., etc., eussent prévalu, le peuple en serait-il où il en est ? Quels progrès n'eussent pas fait la civilisation, la fraternité entre citoyens et nations, si tous les milliards qui ont été employés à acquérir de la gloire avaient été consacrés à éteindre la misère, à honorer le travail, à améliorer l'existence du pauvre, à instruire le peuple, à développer l'énergie de son intelligence et la noblesse de ses instincts !

Qu'est-ce que l'armée? — L'armée, c'est le peuple arraché violemment à sa famille, à sa commune, à sa charrue, à son

(1) Mirabeau, Lettres écrites du donjon de Vincennes, en 1777, 1778, 1779, 1780. Paris, 1820, in-8°.T.II,p. 196-197.

champ, à sa profession ; c'est le peuple contraint de se mettre tout nu devant les membres d'un conseil de révision, qui passent l'inspection minutieuse de ses infirmités, absolument comme s'il s'agissait d'achat et de vente de nègres ; c'est le peuple obligé de consacrer les sept plus belles années de sa vie, de vingt à vingt-sept ans, à apprendre à emboîter le pas et à exécuter la charge en douze temps ; c'est le peuple condamné à toutes les rigueurs d'un code exceptionnel, à moins qu'il n'ait les 2,000 francs nécessaires à l'acquisition d'un remplaçant... De ceux qui défendent le peuple, il est donc faux de dire qu'ils attaquent l'armée, puisque Tarmée c'est le peuple.

Non, nous ne sommes pas les ennemis de l'armée; nous ne sommes que les ennemis de la guerre.

Toutes les raisons que donnent les officiers pour démontrer la nécessité de la conservation des armées permanentes, les prêtres aussi les donnaient pour démontrer la nécessité du maintien de l'inquisition. Selon eux, détruire l'inquisition, c'était détruire la religion !

Si on les avait crus, l'inquisition existerait encore.

La tolérance a aboli l'inquisition et le saint-office.

Le crédit abolira la guerre et l'armée.

Le crédit sera le rédempteur du peuple.

Le projet de loi sur l'organisation de la force publique se compose de 71 articles ; le rapport qui le précède a plus de 120 pages ; c'est une œuvre importante, ne fût-ce que par son étendue et par le nombre des questions que soulève ce travail émané d'une commission comptant parmi ses membres les généraux Cavaignac, Laydet, Bedeau, Lafontaine, Rey, le colonel Culmann, le lieutenant-colonel Charras, le commandant Foy, le capitaine Lebleu, et ayant pour rapporteur le général Lamoricière.

Nous ignorons le sort que la discussion fera à ce projet de loi.

Il maintient :

Le recrutement par voie d'appel ;

L'opération de la révision ;

Le tirage au sort;

Le remplacement moyennant le payement d'une contribution déterminée ;

La durée du service fixée à sept années.

Nous sommes pour l'abolition du recrutement, de la révision, du tirage au sort et du remplacement : nous ne nous attacherons donc pas à l'examen des dispositions d'un projet de loi dont nous n'admettons pas les bases.

En fait d'organisation de l'armée, nos idées sont d'un siècle en arrière, car il n'est pas inutile de rappeler que, jusqu'à l'époque de notre première révolution, l'armée française fut exclusivement recrutée par la voie des engagements volontaires. On ne cite qu'une seule circonstance antérieure à cette époque où le tirage au sort fut employé. C'était en 1701, sous Louis XIV, lorsque la France, déchirée par le soulèvement des camisards, se trouva engagée à propos de la succession d'Espagne dévolue à Philippe, petit-fils du roi, dans une guerre terrible, où, seule, la France eut à défendre elle-même et l'Espagne contre l'Europe entière.

L'infiuence exercée dans une société industrielle, où cent, cinq cents, mille, deux mille ouvriers sont agglomérés dans une manufacture, où deux cent mille ouvriers sont agglomérés dans une ville telle que Paris ; l'infiuence exercée dans une société industrielle par une loi de recrutement qui fait passer chaque année 80,000 recrues sous les drapeaux, et libère autant de soldats aguerris au mépris du péril et de la mort, cette influence est un fait dont nous persistons à soutenir que la politique ne tient pas assez compte. La loi de recrutement est une loi essentiellement subversive; par elle, on sème les insurrections; par elle, on récolte des révolutions.

Mettez l'Angleterre au régime de notre loi de recrutement, et vous verrez si la société britannique, si fortement qu'elle soit constituée, résiste longtemps à cette redoutable épreuve.

L'Anglais a la crainte du péril et l'amour de la loi ; le Français a la haine de la loi et le mépris du danger.

C'est qu'en Angleterre la loi est tutélaire ; c'est qu'en Angleterre l'armée a pour base l'enrôlement volontaire et à vie, tandis qu'en France la loi poursuit au lieu de protéger, tandis qu'en France le service militaire, au lieu d'être un état, est un impôt.

On ne saurait imaginer un anachronisme plus grossier que celui qui consiste à faire de tout citoyen un soldat malgré lui, au sein d'une société pacifique, d'une société industrielle, d'une société sujette aux crises commerciales, aux chômages, aux grèves, d'une société où la tribune et la presse sont libres, où le droit d"examen et le droit de réunion sont d'autant plus dangereux qu'on s'efforce davantage de les limiter.

Il ne s'agit donc pas, dans nos idées, de modifier le système de recrutement en vigueur ; il s'agit de donner à l'armée une constitution entièrement nouvelle, une constitution qui ait moins en vue les frontières de la France que les faubourgs de Paris. Répétons-le pour la millième fois, le danger de l'avenir n'est pas la guerre d'Etat à État, mais de peuple à gouvernement. La France renferme dans son sein quinze cent mille libérés du service militaire, âgés de 2i7 à 48 ans, qui ont passé sous les drapeaux ; présents sous les armes, elle ne compte que cinq cent soixante mille soldats. Pour qui sait lire au fond des choses, la condamnation de l'avenir est écrite en toutes lettres dans la loi de recrutement, et telle qu'elle existe, et telle qu'on propose de la modifier.

28 août 1849.

La pétition pour l'abolition du recrutement et la conver-

sion en carrière volontaire du service obligatoire se signe dans les bureaux de la rédaction de la Presse, où un registre a été ouvert à cet effet.

Paris est divisé en 48 quartiers ; pour éviter les déplacements, un registre sera déposé dans chaque quartier.

Ceux de nos abonnés de Paris à qui il conviendrait, dans le désir de s'associer à cette grande et utile réforme, d'avoir le dépôt d'un de ces 48 registres, n'auront qu'à nous envoyer leurs adhésions. Immédiatement, nous leur ferons remettre le registre nécessaire, et nous les inscrirons sur la liste'des 48 noms que nous publierons dès qu'elle aura été définitivement arrêtée.

Jamais réforme n'aura valu plus de bénédictions à ses promoteurs !

80,000 jeunes gens sont appelés tous les ans et forcés de quitter le toit paternel pour servir sous le drapeau militaire !

Le remplacement militaire est un impôt annuel évalué à soixante millions de francs (1) !

Que de toutes parts des pétitions se signent, à l'effet de demander et d'obtenir l'abolition de l'esclavage militaire, et les gouvernements ne tarderont pas à adopter cette base uniforme d'une force publique n'excédant pas le 200® du chiffre de la population !

Ce sera plus d'un milliard que l'Europe économisera par an et qu'elle pourra consacrer au perfectionnement de toutes ses voies de communication, à la réduction des impôts, à l'allégement du budget, à la baisse de l'intérêt.

Alors le service militaire cessera d'être une cause de perturbation pour devenir une issue offerte à beaucoup de jeunes gens aujourd'hui sans profession et sans vocation !

(1) « Siu- un effectif de 308,000 soldats et sons-officiers, les remplaçants étaient, au pr janvier 1845, au nombre de 80,000 ; ils dépassaient doncle quart de Teffectif. »

[Moniteur }8i7, p. 878.)

« Sur un effectif de 340,000 soldats et sous-officiers, les remplaçants étaient, au ler janvier 1847, 112,000 hommes; c'était le tiers de l'armée. »

{^fon^le^lr 1847, p. 893. i

M. Odilon Barrot écrivait, le 14 novembre 1848, que « la » réduction de Vannée était l'unique moyen d'échapper à une

» BANQUEROUTE TROP IMMINENTE. » A llOtre tOUF, IIOUS (lisOIlS

que Punique moyen de réaliser cette réduction de l'armée, c'est de ne rien épargner pour faire prévaloir ces deux grands principes :

ARMEMENT AU 200^ DE LA POPULATION; ABOLITION DE l'eSCLAVAGE MILITAIRE. •

Si l'on multiplie la force par la mobilité d'une armée de 180,000 Français, composée avec tout le soin que les Romains apportaient dans le choix de leurs soldats, et pouvant être transportée du centre à la circonférence ou de la circonférence au centre avec la vitesse des chemins de fer, on aura une force publique décuple de celle dont la Restauration disposait.

Il est temps de sortir de l'ornière, car l'ornière est un gouffre ; ce gouffre s'appelle la Banqueroute creusée par la misère des travailleurs sans travail et la souffrance des familles sans pain.

Réduisez les dépenses ! — crie-t-on de toutes parts. Mais comment les réduire, si on veut conserver tout et ne réformer rien ?

Réduire Varmée ou augmenter Vimpôt, telle est l'étroite alternative entre laquelle il faut que la France choisisse.

Eh bien ! de ces deux périls : d'une guerre extérieure ou d'une révolution sociale, lequel est le moins probable ?

Aurait-on déjà oublié l'influence exercée surtout dans les campagnes par l'impôt des 45 centimes, et ne se souviendrait-on pas que des élections générales auront lieu en 1852, élections auxquelles seront appelés à prendre part tous les contribuables ? L'exemple des Républicains de la veille sera-t-il perdu pour les Républicains du lendemain ?

Que ces derniers y songent, car ils seront jugés sur leurs œuvres et pesés dans les balances du budget, eux d'un côté et de l'autre l'impôt.

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