IMPROVISÉE : IMPOSÉE
2 inavs 1849.
Oui, sans doute, cl ce n'est pas nous qui le contesterons , la République a été improvisée, le 24 février 1818, à Paris, et le lendemain, 2o février, imposée à la France.
Ni Paris ni la France n'avaient été consultés.
Cela est vrai.
Mais se prévaloir tardivement de ce fait pour le convertir en un argument contre la majorité de TAssemblée constituante et contre le vote de la Constitution, n'est-ce pas avouer soi-même qu'on n'a pas su opposer la résistance à l'insurrection et le courage à l'audace?
S'il suffisait, le 24 février, de déployer de la fermeté et de la présence d'esprit pour empêcher le triomphe de l'émeute, les conseillers de la couronne n'en sont que plus coupables d'avoir manqué, dans cette solennelle épreuve, de présence d'esprit et de fermeté.
Le 24 février, qui était président du conseil ? Quels ordres le président du conseil a-t-il donnés?
Le 24 février, quels efforts a tentés la majorité compacte de la Chambre des députés pour défendre la Charte et le trône mis par elle en péril? A-l-el!e seulement essaye de se réunir, soit à Paris, soit à Saint-Cloud, soit ailleurs?
Le 24 février, quelle résolution a prise la Chambre des
pairs ? Un seul de ses membres a-t-il protesté contre le décret qui prononça sa dissolution?
Le 24 février, où donc étaient tous ceux qui s'érigent aujourd'hui en sauveurs de la France, en dictateurs de l'opinion? Que faisaient-ils? Où se réunissaient-ils? Quelle barricade leur a-l-on vu renverser? Quelle porte des Tuileries leur a-t-on vu défendre ? Quel danger leur a-t-on vu affronter? Quelle protestation leur a-t-on entendu prononcer à la tribune législative en faveur de l'inviolabilité royale protégée par la responsabilité ministérielle?
On nous permettra donc de n'avoir en ces sauveurs aucune confiance, a+)solument aucune. Nous détestons la violence, mais cela ne nous empêche nullement de mépriser la lâcheté.
Qui n'a pas su défendre ce qui était fort ne saura pas défendre ce qui est faible.
11 était manifeste, en février 1848, qu'une révolution s'approchait, et il n'y avait qu'un moyen de la prévenir : c'était que la minorité, en donnant en masse sa démission, mît la couronne dans la nécessité de dissoudre la Chambre des députés et d'en appeler au pays, comme peu de mois auparavant la couronne avait été contrainte de nommer M. Berger maire du 2"^ arrondissement. Qui n'a pas vu alors riunninence du danger, ne lira pas plus clairement dans l'avenir que dans le passé !
Telle est notre conviction profonde.
Qu'on ne s'étonne donc pas de l'isolement dans leiiuei nous persistons à rester.
Il y a des illusions que nous ne saurions partager !
Il y a des héro'ïsmes ingénument tardifs !
Il y a des fatuités tristement risibles!
11 y a des prétentions de sinistre augure !
Mais, nous l'espérons, la France, qui a su échapper à l'intimidation, saura également échappera la réaction.
Ni intimidation ni réaction, écrivions-nous en mars 1848; une année s"est écoulée; c'est encore ce que nous écrivons (Ml mars 1849. ni réaction ni intimidation.
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Une Conslitulion cxisle ; en rechercher l'ori.qinc avec tant (le dédain, n'est-ce pas exposer la minorité de l'Assemhlcc nationale à ce qu'on lui demande si elle a fait tout ce qu'elle aui'ait pu, tout ce (ju'elle aurait dû faire pour rendre cette Constitution meilleure ?
Soit : l'autorité du peuple a été escamotée le U février : mais qui mérite le plus d'être blâmés , de ceux qui ont eu l'audace de prendre le pouvoir, ou de ceux qui l'ayant dans les mains n'ont pas eu le courage de le défendre ; de ceux qui, comme M. Ledru-Rollin, ont joué leur tète le 24 février, ou de ceux qui, comme M. Thiers, au lieu de sauver la royauté, se sont sauvés, eux, à toutes jambes?
Qui ne sait pas défendre le pouvoir dont il a accepté le dépôt perd le droit de le garder.
Ce que vous n'amnistiez pas, dites-vous, ce sont les usurpations coupables; nous, ce que nous n'amnistions pas, ce sont les désertions honteuses, car les désertions honteuses rendent légitimes les usurpations coupables.
Si M. Ledru-Rollin ne fut qu'un escamoteur, M. Thiers n'en est que plus impardonnable de s'être laissé escamoter comme une muscade. Si la révolution du 24 févi'ier fut un effet sans cause, comment royauté, Chambres législatives, ministres responsables, aides-de-camp du roi et des princes, maréchaux de France, lieutenants-généraux ayant des commandements militaires, magistrature, n'ont-ils pas, même un seul instant, essayé d'opposer une digue au flot populaire ?
Ce que nous reprochons à M. Ledru-Rollin , ce n'est pas d'avoir pris le pouvou' le 24 février , c'est de n'avoir pas su l'exercer ;. c'est, pour en avoir abusé, d'av^oir mérité de le perdre. A nos yeux, le tort n'est pas de prendre le pouvoir, mais de le laisser prendre. Où commence la légitimité ? où finit l'usurpation? Comment les Carlovingiens ont-ils renversé les Mérovingiens? Comment les Carlovingiens se sont-ils, à leur tour, laissé renverser par les Capétiens ? Comment Childéiio 111 fut-il déposé, en 7o2, au profit de Pépin ? Comment Hugues Capet se fit-il couronner, en 987,
au préjudice de Charles de Lorraine, qu'il lit enfermer '? Nous le confessons en toute humilité , nous n'avons pas la prétention d'être plus inexorables que l'histoire, qui a pardonné depuis longtemps aux héritiers de Pépin-le-Bref et aux successeurs de Hugues Capet ; nous n'avons même pas la prétention d'être plus -scrupuleux que les cinq millions et demi de Français qui ont voté, le 10 décembre, pour le neveu de celui que, de 1815 à 1830, on appelait VUsurpa- Uur.
Tout gouvernement qui ne sait pas durer est un gouvernement condamné par lui-même.
Telle a toujours été notre maxime, et nous n'avons jamais rien pu comprendre à la subtile distinction des gouvernements de droit et des gouvernements de fait. Une nation n'est pas un patrimoine. Elle a le. droit d'être bien gouvernée. Gouvernez-la bien, elle ne vous renversera pas. Ne manquez pas à votre devoir, elle n'abusera pas de son droit. Quand vous avez tort, cédez ; le plus tôt est le mieux. Quand vous avez raison, ne cédez jamais, dussiez-vous glorifier par votre mort votre résistance.
Mais si demain L.-N. Bonaparte se mettait en tête d'envoyer deux régiments contre l'Assemblée et de se faire proclamer empereur, exeuscriez-vous donc celte violation de la Constitution? Voici notre réponse.
Nous répondons :
Pour que L.-N. Bonaparte se fît ainsi déclarer empereur, il faudrait d'abord sup])oser que l'Assemblée se laissât jeter par les fenêtres ou pousser par les portes ; puis, il faudrait admettre que la nation ne ferait aucune protestation, aucune résistance, et alors nous vous le demanderons : pourquoi donc serîons-nous tenus à plus de courage, à nous seuls, que toute une assemblée et toute une nation? Pour- (pioi donc serions-nous tenus de déployer plus de sévérité (lue la France tout entière, et de ne pas excuser ce qu'elle aurait excusé ?
Mais, de la franchise de celte réponse, ne vous hâtez pas de conclure que nous encouragerons jamais aucun pouvoir
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h sortir de ses limites légales; que nous encouragerons jamais L.-N. Bonaparte à se faire ainsi proclamer empereur ! — Non ; savez-vous pourquoi ? —C'est que (juiconque s'empare du pouvoir par la violence ou la trahison, s'expose à le perdre par la trahison ou la violence, sans conserver aucun droit ni de se plaindre, ni de protester.
L'empire qu'usui-perait L.-N. Bonaparte vaudrait moins que le Fauteuil contre lequel il échangerait un trône. Ce que L.-N. Bonaparte a donc de mieux à foire, c'est de garder ce qu'il tient de lelection, cl de mériter que l'élection le lui garde.
Il ne recevra jamais de nous daulres conseils.
Chacun a sa manière d'être opposé aux révolutions. Notre manière, nous le croyons, n'est pas la moins honne; elle consiste à n'épargner aucun efTort pour les rendre impossibles.
FIX DU VOLUMK