PREMIÈRE RÉVÉLATION
28 novembre 1848.
Les indiscrétions de la tiibune parlementaire sont parfois d'instructives leçons.
Le 12 juin 1848, le fameux jour du prétendu coup de pistolet tiré sur M. Clément Thomas, la Commission executive obtient un vote de confiance imposant.
Sur 681 votans, elle a une majorité de 457 voix : — 112 contre 569 (569, vote du 12 juin, c'était plus encore que 503, vote du 25 novembre).
Assurément, si la majorité faisait la force^ le lendemain la Commission executive aurait dû être inébranlable.
Eh bien, lisez le Moniteur, il va vous apprendre ce que valent les votes de confiance, et à quoi ils servent.
C'est M. Barthélémy Saint-Hilaire qui parle :
« On avait beau être d'accord sur le but à poursuivre, c'est-à-dire lo maintien de la République , le dissentiment , pour ne porler que sur la forme, n'en était pas moins sérieux. La Commission croyait cet acte de sévérité nécessaire au salut public : l'Asscmbiée ne croyait pas ce moyen utile; et, eu le repoussant, elle désapprouvait implicitement ceux qui le lui proposaient.
» La commission peiisa donc à se retinn". bien quelle eût reçu, à la séiince Ju 12, un tOmoisnngc de coiiHaiice dans le vote des 100,000 francs par mois,
» Le 13, au soir, la Commission délibéra sur sa retraite. Les avis furent partagés, et le conseil des ministres fut couvoqué pour le lendemain matin, afin de vider cette question délicate.
» Le matin du 14, tous les ministres, au nombre de neuf, le président de l'Assemblée nationale, le maire de Paris et le préfet de police, se rendirent au petit Lu.scmbouri!; auprès de la Commission executive. Une députation de la réunion du Palais-Royal y fut également introduite , mais seulement après la délibération. La miijorité se prononça jiour que la Commission gardât le pouvoir ; treize voix contre cinq décidèrent l'afBrmative.
» Dans cette discussion, le général Cavaignac, ministre de la guerre depuis le 17 mai, se fit remarquer par Ténergie de son insistance : « Sere- )) tirer serait un déshonneur, et, dans l'état où était la République, si la » Commission executive quittait le pouvoir, elle n'y pourrait revenir que » par ux 15 mai honxête. Quant à lui, si e le désertait son poste, il se » croyait entièrement dégagé envers elle; mais il s'engageait à rester fii> dèlement avec la Commission si elle restait. » Cet avis prévalut.
» La Commission demeura donc , comptant trouver un concours énergique et dévoué dans tous ses agents. »
Ainsi, dès le lendemain du jour où la Commission executive avait eu l'appui d'une majorité de 457 voix, elle délibérait sur la nécessité de sa retraite.
Avis pour l'avenir !
Mais celte instructive rév^élation n'est pas la seule que renferme cette courte citation du Moniteur : elle renferme encore deux autres révélations non moins importantes et qui subsistent tout entières après le vote mémorable des 505 satisfaits.