MANIFESTE DE LA SOCIETE DES DROITS DE L'HOMME
« L'association comptera principalement sur l'appui de ceux qui, déshérités de leurs droits politiques,- à peine protégés pnr les loi.- civiles fiiites par les riches et pour les riclies, succombent sons l'excès du travail et la fardeau des charges pul liques ; sur Tappui de ceux à qui la nature impose le devoir de ressr.isir, ne fût-ce qu'en faveur de leurs enfants, leur titre et leur dignité d'homme et de citoyen.
» Que si cet appel, en même temps qu'il produirait pour la Société des Droits de l'Homme ce concours profitable à la cause commune, attirait sur elle aussi de nouvelles persécutions de la part des oppresseurs, elle invoquerait à la fois la pureté de ses motifs, l'énergie de ses sentiments, et ce jour prochain où le peuple fera justice; il est doux de souffrir pour sa cause quand ou connaît sa misèie; quand on connaît sa force, il est facile de braver des attentats qui l'éveillent, une oppression qui s'en va
finir
» Signé : GODr.FEOY cavaignac;, président. » {Procès d'avril, wte d'accusation, p. 29.)
La Société des Droits de l'Homme exaltait l'assassinat politique :
« Un écrit ayant pour titre : Instruction^ et signé par l'accusé Lebon, s pour but de signaler les symptôu;es révolutionnaires qui se remarquent en Europe et spécialement enFrfmce; on y parle des «ocieVes secrc/M qui forment de rudes ennemis des despotes et des chiens de cour, et l'on ne craint pas d'ajouter : « Sand et Staus sont un exkmple pour nous. » [Procès d'avril, acte d'accusation, p. 47.)
La Société des Droits de l'H mime reconnaissait à l'Etat le droit de prendre les biens de tous les citoyens :
<r Dans un écrit intirulé : Sorifté des Droits de l'homme et duriloyen. — T>e l'égaillé, dév loppant l'article 11 delà Déclaration des droits présentée à la Convention par Robesfâerre, et adoptée par la Société des Droits de l'homme comme non évangile, on s'exprime ainsi :
« L'État, à l'égard de ses membres, est maître de tous leurs biens par » la nature de l'association. »
{Procès d'avril, acte d'accusation, p. 45.)
La Société des Droits de l'Homme était organisée pour l'insurrection :
« La société se divise par sections. Elle prépose à sa direction un co-
mité central. Cliaque section se compose, de dix membres au moins, da vingt membres :iu plus. Les sections sont distribnées par arrondissements et par qnartiers. Chacune d'elles reçoit un nom spt'ciul.
» Les foncti 'nnaires de la section sont : le chef, le sons-chef et les trois qninturions. Le chef préside la section, fait les" collectes (t donne lecture des publications du comité. Le sons-chef remplace le chef absent, il tient un duplicata de la liste des s^ctionnaire^J. Le qninturion se maintient en rapport avec les sectionnaires que le chef lui désigne; il fuit les convocations extraordinaires.
» Le comité central se compose de onzç membre?.
» Le comité délègue auprès dus sections des commissaires d'arrondissement et des commissaires de quartier.
» Les commissaires de quartier sont placés, dans chaque arrondissement, sous la direction du commissaire d'arrondissement.
» Ainsi, rorg:inisation de la Société des Droits de l'Homme se résume en ces termes : — Comité central. — Commissaires d'arrondissement.— Commissaires fie quartier, ou sous-commissaires. — Chefs de section. — Sous-chefs. — Qaiuturions. — Sectionnaires.
» L'ordre émané du comité était par lui transm's aux douze commissaioes d'arrondissement, par chacun de ceux-ci aux commissaires de quartier, par le commissaire de quartier aux chefs des diverses sections comprises dans leurs circonscriptions respectives; par chaque chef de section à ses trois qniutnrions ; par chaque quinturion aux quatre sectionnaires qui formaient avec lui une quinturie. »
{Procès d'avril, ac<e d'accusation, p. 31-32.)
« Chaque seclion reçoit un nom spécial, marat, COCTHON, SAINT JUST,
ROBESPIliRRE , CHUTE DES GIHONDINS , QUATRE-VINGT-TF.EIZE , DES
MONTAGNAUPS, DES JACOBINS, voilà pour les doctrines politiques : —
DFS GtTEUX, GUERRE AUX CHATEAUX , ABOLITION DE LA VROPRIÉTÉ,
EABEtTF, DES TRUAKDS, voilà pour les doctrines sociales ; — MORT AUX
TYR.AN?, 5 ET 6 JUIN, DES PIQUES, CANON D ALARME, TOCSIN, BAR- RICADE, MERRY, INSURRECTION DE LYON, Voilà pour l'insurrectioD ; — 21 janvier, MAILLARD, LOUVEL, voilà pour l'assassinat ! Ne perdons pas da vue que les noms étaient donnés aux sections par le comité. »
[Procès d'avril, acte d'accusation, p. 33.)
La Société des Droits de l'Homme étendait son influence par toute la France :
« La Société des Droits de l'Homme de Paris peut, dès à présent, être considérée comme une sonélé mère déplus de trois cents associa lions qui se raillent sur tous lesjioiiils de la France^ aux mimes principes et à la même direction. »
(Oidrc du jour du Comité central, daté de pluviôse an 42 (février 1834). — Procès d'avril, acte d'accus,, p. 40.)
Le drapeau de la Sociélé des Droits de l'Homme était le DRAPEAU ROUGE.
« Vers le même moment, deux militaires isolés furent attaqués et désarmés. Le drapeau rouge delà Société des Droits de l'Homme fut ai-boré à la porte d'un cabaret, puis arraché par la police. »
(■Procès d'avril, acte d'ace, p. 161.)
La Société des Droits de IHomme enfin a dirigé linsurreclion d'avril à Lyon, à Paris, à Saint-Élienne, à Lunéville, à Arbois, à Grenoble, à Marseille. (P. 223, 231, 234.)
Godefroy Cavaignac était l'âme de la Société des Droits de l'Homme. C'est cli. z lui que se réunissaient les présidents d'arrondissement. C'est à lui qu'ils devaient rendre compte de leur mission :
(( Un ordre du jour manuscrit, saisi sur l'accusé Cliilman, renferme cette phrase : « Les présidents de collège ne doivent pas laisser passer une semaine sans apporter à un membre du comité les procès-verbaux. Ils viendront jusqu'à nouvel ordre chez le citoyen Cavaignac, rue des Martyrs, uo 19, les lundis et les mercredis, de sept à neuf heures du soir. » (Page2f;0.)
C'est G. Cavaignac qui conférait les brevets de nomination des officiers de la société: c'est G. Cavaignac qui les nommait de son chef :
•• On a saisi thez Audou:n, une pièce ainsi conçue : " Le citoyen Audouin est nommé sous-commissaire d'arrondissement.. » Siy7ié: G. CAVAIGNAC.
» Aiidonin, interpellé à cet t'gnrd, le 10 avril, répond ainsi : » R. C'est là ma noniiniition.
» D. Où et par qui cet écrit vous a-t-il été remis? » R. Par Cavaignac, cliez le sieur Sobrier, un de nos amis communs. » D. A quelle époque ?
» R. Trois jours environ avant mon arrestation. » D. Cavaignac a-t-il écrit cet acte de nomination devant vous? » R. Oui, il l'a écrit devant moi et chez .Sobrier. » Cavaignac, interpellé de s'expl'quer sur cette pièce, a répomlu : (1 Je i-econnais la pièce et je donnerai des explications aux d. bats. » [Procès d'avril, acte d'ace, p. 258.)
C'est G. Cavaignac qui faisait les ordres du jour à la So-
ciélé des Droits de rHoninie. Il y en a une foule au procès signés de lui. Voici l'extrait d'un ordre du jour :
« Nous venons vovis annoncer que vous allez être appelés à réélire votre comité. . . que ce comité, si vous le voulez fort, ne se compose que de trois membres, et que la société le surveille, mais ne l'entrave pas.
» Nous vous le répétons, l'ennemi est en face; votre pouvoir exécutif se trouve sur le champ de batai;]e: voulez-vous qu'il soit puissant, simplifiez-en les éléments; qu'il soit un, et uni de cœur et d'esprit. » [Procès d'avril, acte d'ace, p. 24.)
C'est enfin G. Cavaignac qui avait eu l'idée d'affilier toutes les associations secrètes de France à la Société des Droits de l'Homme, en avril 1833. Il se rend à cet effet à Lyon :
« L'accusé Cavaignr.c, membre de ce dernier comité, fit un voyage à Lyon en avi'il 1833 , il paraît y avoir présidé à l'établissement de la so. ciété, et à la nomination du comité préposé à sa direction locale. C'est ce qui résulte notamment d'une correspondance entre les sieurs ('arrel et Petetin, où l'on trouve des plaintes fort vives sur les menées de Cavaignac, et la conduite de son comité. »
[Procès d'avril, acte d'ace, p. 61.)
De retour à Paris, G. Cavaignac reprend la direction de la société. Son seul désir est une lutte à main armée avec le pouvoir. A l'anniversaire des 5 et 6 juin, il publie un manifeste dans lequel il fait l'apologie de l'insurrection. L'ordre du jour suivant est envoyé à toutes les sections :
« Citoyens, ï L'anniversaire xle juin ne nous demande pas de vaines douleurs. Les cyprès de la liberté veulent être arroîés avec du sanf] et non pas avec des larmes; d'ailleurs le dévouement de nos frères a été trop libre, leur pacrifice trop généreux et trop désintéressé pour que nous puissions les honorer autrement que par un souvenir d'admiration aujourd'hui, et plus tard, quand l'heure aura sonné, par l'imilaiion de leur courage et de leur vertu. . . »
{Procès d'avril, réquisitoire, p. 348.)
En novembre 1833, le gouvernement, efffsiyé de l'audace de la Société des Droits de l'Homme, avait songé à la dissoudre. Une loi fut présentée aux Chambres. La Socié'Lé des Droits de l'Homme déclare d'avance qu'elle ne s'y soumettra pas.
« Paris, 20 mars 1S34. Le comité cetitral au comité de Lyon.
« Citoyens, on s'accorde généralement n penser que la loi sur les associations aura pour résultat de détruire la Société des Droits de l'Homme, ou de la rendre secrète; néanmoins, cette Société ne renoncera ni à son nom ni à son orgariisation, et avisera aux moyens de se poser d'une manière plus imposante. Nous vous ferons connaître ces moyens. Pour le moment, ralliez autour de vous vos sectionnaires ; prenez ou failesvoiis nccoidf-r un pouvoir diicrétioimaire, afin d'agir avec plan de prcmplitud* et d'ememble à Vinstant de la lutte, qui vaux parait frès rappror-ltée.
» Signé, CATaIGSAC et ASTRCC. »
[Procès d'airil, acte d'ace , p. 101.)
Godefroy Cavaignac et Armand Marrast appellent le peuple aux armes dans la Tribune :
« En pareille circonstance, que ne doivent pas faire les simples ci- » toyens, les républicains surtout ! La résistance devient une obligation B sacrée, et un besoin à la fois.
» On ne saurait se livrer aux entraves d'un pareil arbitraire, ni maté- B riellemeut, ni raoï'alement.
» La rési3;ance est donc une chose commandée par le devoir de la né- » cessité; personne n'y saurait manquer.
» Par quel moyen doit-eile se manifester et s'accomplir? Chacun s'avi- » sera de sa propre position, et le parti répondra pour tous.
» Quand l'État est jeté dans le chaos par les chefs eux-mêmes, chaque /> citoyen rentre dans les dro'ts de son individualité, et la guerre civile est « déclarée par le pouvoir lui-m"me.
» Qui empêchera aussi que le peuple ne se lève par masse? Envahir la ï place publique est la sauve-gar.le la plus précieuse du droit d'associa- » tion. Quand le droit e^t violé d ins la légalité, c'est dans les faits qu'il » eu faut de nouveau puiser la source. »
[Procès d'avril, réquisitoires, p. 19.)
Des ordres sont donnés h Paris, à Lyon, à Saint-Etienne, à Marseille, à Grenoble, à Epinal, à Lunéville, pour commencer partout à la fois l'insurrection.
« L'association des Droili de l'Homme et du Citoyen ne peut pas se laisser détruire par la loi actuellement en qu?stion ; elle ne veut pas attendre qu'on puisse venir prendre chacun de ses niemhres ifO'émeut ; elle aime mieuj périr que de s'entendre dire : L'on vous a attaqué, et Ton va vous tuer légalement, et vous l'.e répondrez p:is ! Non ! elle aimera miui courir les- rliances du cotnbal; si elles lui sont conirairei elle aura de belles funéra:lles. Voilà ce que dit la Tribune aujourd'hui, voilà ce que disent fort au long le Popu-
laire, etc.; c'est c; que chacun se dit à l'oreille. Les joiines gens s'arment, l'ouvrier est muni de cartouches. Demain mardi, la loi sera acceptée, et peut-être après demain. .. Oh ! ne disons rien, on ne doit pas par un mot
chercher à expliquer un long dr.ame
P. S. Demain matin l'on m'apporte des cartouches; nous en avons tous depuis huit jours. Ecris-nioj ; surtout de la prudence : brûle ma lettre, ou garde-là pour toi. »
(Procès d'avril, acte d'ace, p. 202.)
Le 9 avril, rinsurrection éclate d'abord à Lyon. Elle se propage aussitôt à Saint-Etienne, à Grenoble, à Lunéville.
A Paris, aussitôt que la nouvelle de l'insurrection de Lyon est connue, le comité central de la Société des Droits de THomme, dont G. Cavaignac était président, se met en permanence, et les sectionnaires descendent dans la rue pour le combat.
s Les individus trouvés dans le café furent tous arrêtés et conduits à la Préfecture de police ; depuis, l'instruction a fait connaître que vingt-un d'entre eux étaient membres de la Société des Droits de V Homme ; que seize appartenaient à des sections du 11" arrondissement, savoir :
» 3 à la section Lepelletier.
» 4 à la section des Cordeliers.
» 2 à la section des Thermopyles, et notamment le sous-chef.
» 4 à la section Carnot.
X Le chef de la section de la Convention.
» Le chef de la section Lamarque.
» Le chef de la section des Montagnards.
» Et les cinq autres à des sections des l'^r^ 4e^ g" et 12'' arrondissements. »
{Procès d'avril, acte d'ace, p. 232.)
Après la défaite de l'insurrection, on procéda à l'arrestation des chefs, Godefroy Cavaignac est mis en prison. Il n'en continue pas moins de diriger, du fond de sa prison, tous les fils de la conspiration permanente organisée contre le gouvernement. Fieschi interrogé s'exprime ainsi :
« La question était de savoir où l'on pourrait se procurer des fusils. Pépin nous dit qu'il y avait quelqu'un qui pourrait nous en procurer, sans nous dire , pendant quelque temps, quelle était la personne. Il tinit par me dire que c'était Cacaignac, qui était à Sainte Pélagie, et qui connaissait quelqu'un qui en avait un dépôt. Mais voyait qu'il n'y avait pas de revue annoncée pour le 1"" mai. Pépin n'en tic même pas la demande. VII. U
Alors nous dîmes : Attendons en juillet, et comme on était presque sûr qu'une revue aurait lieu à cette époque, Pé[iin obtint une permission, sous lin autre nom, à ce que je crois, et il fut voir Cavaignai:. A ce qu'il me dit, en parlant à Cavaignai- de cette affaire, il lui dit qu'il avait besoin de vingt à vingt-cinq fusils, et qu'il fallait que lui, Cavnignac, fût assez discret pour ne pas demarder à quel usage ils devaient servir. Cavaignac lui répondit qu'il attendait quelqu'un (\\n devait venir le voir, et qu'il en parlerait. 11 se passa quelque temps sans savoir ni oui ni non. »
[Procès Fieschi, inleir. de Fiescin , p. 79.)
Fieschi ajoute :
« Je me rappelle, en ce moment, concernant Caraignac , que si on avait gardé dans les prisons la copie des lettres adressées à des hommes importants, on devrait en trouver une écrite par Pépin, mais signée d'un autre nom, dans laquelle il demandait à Camigrmc si on pouvait compter sur la remise prochaine des 20 ou 25 francs, parce que l'homme n'attendait que cela pour partir. Le franc, dans cette lettre, c'était un fusil. J'ajoute que ma pensée, à moi, au sujet de Cavuignac , de Guinard , et des autres évadés, est que, s'ils ne sont pas sortis de P'rance au moment de leur évasion, ce dont le gouvernement aurait dû êti'e informé par ses agents au dehors, si cela a eu lieu , c'e.-t qu'alors ils avaient été informés par Pépin de ce qui devait arriver le 28 ; et ils devaient rester à Paris pour attendre l'événement. Dans mon opinion , en dehors de la machine, dont l'invention et l'exécution m'appartiennent, je ne puis m'empêclier de regarder Pépin, en cette affaire, comme le principal agent des partis ennemis du gouvernement. »
[Procès Fieschi , interr. de Fieschi, p. Hl.)
« D. Un fait qui doit vous frapper, c'est qu'au moment de l'explosion, un grand nombre d'anciens membres delà Société des Droits de l'Homme, et surtout de celle d'action, se trouvaient répandus sur le boulevard du Temple, paraissant y attendre l'événement. Cette circonstance ferait penser qu'il leur avait été, sinon donné connaissance de votre projet, au moins fait confidence de quelque coup préparé, et que leur présence, dans cet endroit, avait un but politique ?
» II. Doux raisons peuvent expliquer laprésence de ces hommes dans le voisinage de ma maison à l'instant de l'explosion; d'abord, comme je l'ai déjà dit, Pépin avait, selon moi, parlé de mon projet à Cacaignac, avant l'évasion de Sainte-Pélagio, et ce dernier en avait, je le suppose, parlé à Guinard; or, ces deux individus? avaient fort bien pu avertir des membres de la Société des Droits de l'Homme et se tenir prêts, sans toutefois leur dire ce qui arriverait ; d'ailleurs, Pépin m'a souvent dit qu'il connaissait quarante sociétés secrètes, et il aura pu également leur en doimer avis.
» En second lieu, le café Périnet était ordinairement fréquenté par des hommes de cette Société, ce qui peut encore expliquer que quelques-uns d'eux ont été arrêtée, quand ce café a été cerné.
» Quant à moi, j'affirme que je n'avais communiqué mon projet à aucun membre desdites socit5tés , excepté cepcaidant Morey et Pépin, sous l'influence desquels j'agissais. »
{Procès Fieschi, inlerr. de Fiesrhi^ p. 86.)
Dans raltentat Fieschi, riutervention de la Société des Droits de l'Homme est attestée par les témoignages suivants :
« Ces dispositions établissent que, le 28 juillet, sur le boulevard du Temple, après la détonation de la machine infernale, plusieurs hommes armés se trouvaient réunis. Les uns, pour se dérober aux i-echerches de la police, se sont jetés dans des boutiques ; d'autres ont précipitamment changé de vêtements, ou quitté les blouses ou les pantalons de toile qui recouvraient leurs habits. Dans la rue Meslay, plusieurs d'entre eux voulaient dételer une voiture pour commencer une barricade, h
[Procès Fieschi, rapport, p. 194.)
L"esprit de la Société des Droits de l'Homme, après avoir victorieusement concouru à la Révolution du 24 février, se retrouve dans l'insurrection du 23 juin.
Qui pourrait le nier ?
C'est le même drapeau : — c'est le DRAPEAU ROUGE ; c'est le drapeau de la Société des Droits de VHomme.
C'est le môme vocabulaire ; ce sont les mêmes mots, ce sont les mêmes doctrines :
Organisation delà propriété;
Les impôts indirects remplacés par Vimpôt progressif:
Lutte à main armée;
Etc., etc., etc.
Ainsi s'explique parfaitement comment M. Recurt, qui avait été membre du comité central de la Société des Droits de l'Homme, et qui le 22 juin était ministre secrétaire d^État au département de Vintérieur, a perdu VINGT-SEPT HEU- RES à transmettre à M. le préfet de police l'ordre d'arrêter les cinquante-six délégués des ateliers nationaux, ordre qui. « s'il eut été exécuté, eut empêché l'insurrection d^éclater, » ordre qui avait été donné à M. Recurt lui-même le 22 à NEUF HEURES DU M.\TL\ par la Commission executive, et que M. Trouvé-Chauvel a déclaré n'avoir reçu que le lendemain, 23 juin, à midi...; perte de temps, vingt-sept heures!
Ainsi s'explique tout aussi simplement l'inaction de M. Cavaignae, ministre de la guerre, jusqu'au vf-ndredi 23 juin, jusqu'au moment oii la garde nationale, marchant résolument h l'assaut des barricades, montra qu'elle était décidée à mourir en combattant, plutôt que de se laisser bloquer et désarmer dans ses postes ! Ainsi s'explique tout aussi simplement comment les seuls mots qu'ait trouvés M. Cavaignae pour qualifier l'insurrection ont été ceux-ci : « L'as- » CFNDANT MORAL toiuiie contrc nous ! »
M. Cavaignae pouvait-il se servir d'expressions plus sévères sans outrager le culte qu'il professe pour la mémoire de son noble frère, martyr de la liberté, Godefroy Cavaignae, président du comité central de la Société des Droits de V Homme ?
Le chef invisible de cette insurrection qui s'avançait le drapeau rouge en tète, et le décret du l^"" mars 1848 à la main, ce décret où il était dit : « Il est temps de » mettre un terme aux longul'S et iniques souffrances des » travailleurs;^^ le chef invisible de cette insurrection, n'était-ce pas l'àme, n'était-ce pas l'ombre de Godefroy Cavaignae, de Godefroy Cavaignae à qui Armand Carrel avait dit ces paroles : « Si jamais les principes odieux de la so- » ciÉTÉ DES DROITS DE l'homme av'iient quelques chances de » succès, non-seulement je les combattrais par la voie de la » presse et par tous les moyens légaux, mais encore à » COUPS DE FUSIL? »
La conduite de M. Eugène Cavaignae, du 17 mai au 23 juin 1848, est expliquée; elle est expliquée par les paroles de sa proclamation à Varmée et aux liabitants de l'Algéi-ie.
" Une vous propose-t-on de clonnevau pays? — Un chapitje d'une Constitution, et de lui dii-e : Soifez tranquilles, vous allez avoir un pouvoir exécutif... Soyez convaincus que la promiili.'atfon de votre rte'cret ne répondra à l'attente de personne, et si i.lus tard une lutte 3 engage et elle s'engagera, l'Asserable'e seia forcée de se retirer. »
27 octobre 1848.
Le Moniteur a donc juré la perte de M. Cavaignac dans l'esprit de tous les hommes sérieux qui ne se payent pas de phrases incohérentes et se défient de la loyauté et de l'abnégation en contemplation devant elles-mêmes ?
Dès que le Moniteur a inséré un discours de M. Cavaignac, ce malicieux journal n'a pas de cesse qu'il n'ait aussitôt mis dans la bouche de M. le président du conseil le contraire de ce que celui-ci vient de dire. Gare au Moniteur si le droit de suspension est jamais rétabli! Que lui a donc fait M. Cavaignac pour qu'il le poursuive comme s'il en était l'ombre ou le remords ?
Il s'agit de voter le décret qui fixe l'époque à laquelle aura lieu l'élection du président de la République.
M. Cavaignac monte h la tribune, et, après avoir parlé
pendant vingt minutes pour ne rien dire, il laisse tomber de toute sa hauteur ces paroles foudroyantes :
« Quant au fond de la question en elle-même, je le dé- » CLARE, si la continuation de la discussion m'y appelle, » fai encore à donner des arguments sur cette question, à » faire connaître les motifs de notre détermination ; mais, » je LE DÉCLARE et je termine ici, il y a un danger immense
ï POUR LA RÉPUBLIQUE A AJOURNER LA QUESTION QUE l'ON VOUS » SOUMET. »
On remarque que ce qui caractérise l'art oratoire de M. Cavaignac, c'est qu'il déclare à chaque instant, et que jamais cependant il ne déclare rien.
Ne déclarer jamais et se démentir toujours, voilà le fond de son éloquence. Ce n'est pas la Presse qui le prétend, c'est le Moniteur qui le prouve.
Vous venez de lire la conclusion du premier discours, qui se termine par ces mots : « il y a un danger immense pour