LA RÉPUBLIQUE A AJOURNER LA QUESTION QU'ON VOUS SOUMET
Maintenant, tournez la page du Moniteur, et arrivez au second discours ; ce danger immense s'évanouit, il n'existe plus que « dans la généralité de la situation elle-même. Il estim- » possible à définir! La situation matérielle est meilleure » qu''on n^ose le dire... Le pays se calomnie lui-même... La » situation matérielle du pays est bien meilleure qu''on ne le » pense généralement... »
S'il en est ainsi, si tout va si bien, si le pays se calomnie lui-même, en quoi donc consiste ce « danger immense? »
« Ce danger immense, ce serait de livrer le pays pendant » six mois aux agitations que pourraient faire de nombreu- » ses candidatures longtemps discutées. »
Telle est l'opinion de M. Cavaignac.
Qu'y a-t-il de vrai et de faux dans cette opinion? Ce qu'il y a de vrai, c'est que le provisoire ruine la France depuis neuf mois, et que tout ce qui l'abrégera sera un bienfait; ce qu'il y a de faux, c'est que le danger soit dans l'agitation faite autour des candidatures. La France, à cet égard, est plus voisine du marasme politique que de la fié-
vre électorale. Il n'est malheureusement donné à aucun candidat de la passionner; elle n'a hâte que d'une seule chose : c'est de sortir de la misère dans laquelle l'ont plongée les hommes d'État du National. Si elle vote, comme nous le croyons, à une immense majorité, pour le neveu de l'empereur Napoléon, ce sera moins par enthousiasme pour l'aigle que par protestation contre l'épervier ; ce sera plutôt la raison que la passion qui dictera son choix. On ne peut contester que M. L.-N. Bonaparte ne soit la transition la moins l)rusque de la Monarchie à la République; or, c'est là son principal titre aux yeux de la majorité, comme ce sera là son principal élément de force.
M. Cavaignac le sait bien; et, s'il a insisté si vivement pour que l'élection du président eût lieu le 10 décembre 1848, et ne fût pas reportée après le vote des lois organiques, ainsi que MM. Pagnerre et Mole le demandaient, c'est qu'il n'ignore pas que chaque jour il perd du terrain dans l'opinion, et que chaque jour monte le flot d'impopularité du National.
On comprend que M. Cavaignac ait trouvé ce danger « difficile à définir., » et qu'il ne lui soit pas venu, pour le qualifier, d'autre expression que celle-ci : c 11 est dans la généralité »> de la situation elle-même. »
Immense danger ! C'est là le grand mot, c'est là l'éternel argument de M. Cavaignac. C'est avec cet argument peu varié qu'il a empêché que l'état de siège ne fût levé le 2 septembre 1848, avant que l'Assemblée passât à la discussion de la Constitution. Ce prétendu danger s'est ensuite tout à coup évanoui devant un vote de l'Assemblée. Cette fois, du moins, M. Cavaignac n'a pas mis un mois de distance entre l'affirmation et le démenti, car, dans la même séance, le second discours a contredit le premier. » V immense dan- » ger^i s'est réduit tout à coup à un danger imaginaire, à un danger « difficile à définir, » plus difficile encore à expliquer après les révélations officielles qui apprendront au pays qu'il se calomnie en se plaignant de sa misère.
Le National ne lait « aucun cas des noms. »
D'où vient donc que le National approuve M. Louis-Eugène Cavaignaclorsque celui-ci invoque avec emphase h la tribune le nom de son père, et se déclare heureux et fier de le porter, et que le National blâme M. Louis-Napoléon Bonaparte lorsque ce dernier rappelle avec modestie le nom dont il a hérité ?
Le National aurait-il deux poids et deux mesures? En même temps qu'il serait permisdese vanter d'être le fils de celui qui a condamné à la peine de mort, sans sursis, sans l'appel au peuple, le roi Louis XVI, serait-il donc défendu de se dire le neveu de celui qui a tiré la France de l'anarchie et l'a couverte de gloire ? Serait-il donc louable de se proposer pour modèle la conduite de celui qui fit tomber tant de têtes innocentes, et blâmable de demander des inspirations à la mémoire de celui qui a laissé dans l'admiration du monde tant de traces de son immense génie ? Pour être juste, il faut convenir que, la guillotine étant plus facile à promener que la victoire, il y a moins de présomption à s'abriter sous la mémoire du conventionnel Gavaignac que sous l'auréole de l'empereur Napoléon.
Mais, quant à nous, confessons-le, la République ne nous a pas encore donné pour les trônes une aversion telle que cette aversion nous inspire Tidolàtrie del'échafaud. Imitation pour imitation, nous préférons donc M. Louis-Napoléon Bonaparte, essayant de marcher à la suite de l'Empereur son oncle, à M. Louis-Eugène Gavaignac, se glorifiant de marcher sur les traces de monsieur son père.
« Les 7ioms,» quoi qu'en dise la presse ministérielle, valent quelquefois mieux que des services rendus ou des titres acquis; ainsi, n'est-ce pas exclusivement au nom de son frère
que M. Cavaignac, qui n'était le 2i février que maréchal-decamp, a dû, pour le gouvernement généraUle l'Algérie, d'être préféré à M. Changarnier, qui était lieutenant-général?
A M. Changarnier, lieutenant-général, et qui était à Alger, on ne confie que le gouvernement général par intérim; à M. Cavaignac, niaréchal-de-camp. et qui était à Oran, on confie le gouvernement définitif.
Pourquoi cette préférence donnée à infériorité de grade?
— Parce que M. Eugène Cavaignac avait l'avantage d'être le frère de son frère, Godefroy Cavaignac.
Il n'y avait pas d'autre raison, de l'aveu même de M. Cavaignac, qui l'a constaté en ces termes dans ses proclamations : « Le gouvernement provisoire de la République m'a » appelé à votre tête. Soldats, je ne m'y trompe pas : si la « nation n'avait eu besoin que d'un homme dévoué, son gouf vernement pouvait presque jeter au hasard, parmi vous, 1) le bâton de commandement. Le gouvernement a voulu au- 1) tre chose : il a voulu répondre à la pensée du pays tout » entier. En me désignant, il a voulu honorer, au nom de la ^) nation, la mémoire d'un citoyen vertueux, dhin martyr de « la liberté. Habitants de l'Algérie^ vous aurez compris, » comme moi, que la mémoire de mon noble frère est vivante ) parmi les grands citoyens qui m''ont choisi pour présider » à ses affaires. '^
Ne dites donc pas que les titres pei'sonneis sont tout et que les noms ne sont rien, ou, si telle était votre opinion, alors conformez-y votre conduite !
2 novembre 1848.
On convient que, le 24 février, la France n'était pas républicaine, et c'est par cet aveu qu'on essaie de justifier la nomination de ces fameux commissaires échappés des prisons et du bagne et envoyés dans les départements pour les républicaniser.
Si la France n'était pas républicaine le 24 février, qui
donc, sans la consulter, a changé le nom de réforme contre celui de république?
— C'est une coterie dont les chefs ont montré qu'ils étaient aussi inhabiles à gouverner qu'ils avaient été habiles à conspirer !
Eh bien ! laissera-t-on à une coterie le gouvernement de la France, le commandement de 500,000 soldats, la perception de 1,800 millions d'impôts?
Toute la question est là !
5 novembre 1848.
Le Siècle et la Réforme sont d'accord ce matin pour déhvrerh la France un certificat de républicanisme.
Soit. La France était républicaine avant le 24 février, et elle l'est aujourd'hui bien plus encore. Commt-nt en douter après l'élection de M. Mole à Bordeaux, de iM. Fould à Paris, quand l'élection de M. Guizot à Lisieux est probable?
Le grand argument du S/écie est celui-ci :
« La nation a été consultée; après les premières accla- » mations, dans une délibération calme et réfléchie, 777 » votants A l'unammité ont proclamé la République, et ces >^ votants étaient nommés par le suffrage universel. »
Le Siècle nous permettra de ne pas attacher à son argument une valeur exagérée.
L'Assemblée qui a proclamé à l'unanimité la République est la même qui a proclamé que le gouvernement provisoire avait bien mérité de la patrie ; la même encore qui a proclamé l'affranchissement de l'Italie.
Qu'est devenue la Commission executive ?
Entre quelles mains est retombée la Lombardie?
La Réforme nous porte ce défi :
9 La Presse prétend que la France n'était pasrépublicaine
» au 24 février... Que la Presse essaie de rétablir une Mo- » narchie d'aventure, et elle verra une protestation comme » on n'en a pas vue en février contre la République. »
La Réforme sait très bien que l'insurrection est une arme qui n'a jamais été la nôtre.
Nous assistons, en spectateurs qui ont chèrement payé leurs places, à la lente et dispendieuse construction d'un édifice qui doit s'appeler la République. Si cet édifice est construit en violation de toutes les lois qui pouvaient seules en assurer la solidité et la durée, sur qui en devra retomber la faute et la responsabilité ? Sera-ce sur les ouvriers qui, de leurs mains, auront posé pierre sur pierre, ou serace sur ceux qui, comme nous, n'y auront pris aucune part?
De même que par le passé on peut juger de l'avenir, par les petites choses on peut juger des grandes.
M. Cavaignac, se croyant sans doute encore dans une caserne, au commencement d'un discours, au milieu d'une phrase, a interrompu M. le ministre de l'intérieur plus brusquement qu'un capitaine retirant la parole à un caporal, et l'a fait lestement descendre de la tribune pour y monter (1).
L'impression produite par cette conduite d'estaminet, par cette façon soldatesque de prendre d'assaut la tribune, par ce manque absolu d'égards d'un chef du pouvoir envers l'un de ses ministres, cette impression ne s'effacera jamais de la mémoire des témoins de cette scène sans exemple dans les annales parlementaires d'aucun peuple.
(1) Un journal, dont la modération n'est pas suspecte, VUnion, rend compte du fait en ces termes :
« I\I. Dufiuire esta la tribune pour combattre et repousser l'amendement. M. Dufaure... nous nous trompons. A peine ce ministre a-t-il ouvert la boucbe, à peine l'Assemblée a-t-elle entendu son exorde, que le général Cavaignac fait son entrée dans la Chambre. Sur un signe du maître, le ministre baisse la tête, et tandis que M. Dufaure descend de la tribune, en disciple soumis, le maître s'en empare, à la grande surprise de l'auditoire, un peu scandalisé. »
Quelque effort que fasse sur lui M. Cavaignac pour chasser et cacher son naturel, il revient toujours au galop et se trahit sans cesse. Il ne peut pas même parvenir h se contenir jusqu'au jour si prochain où le suffrage universel aura prononcé sur la question de la présidence.
Attendons-nous, si M. Cavaignac est élu président, à être menés à coups de cravache ! La France n'aurait-elle donc fait trois révolutions que pour échanger un sceptre léger à porter contre une cravache impatiente dans une main crispée? Bien heureux encore si nous échappons au régime du silo et de la crapaudine usité en Algérie !
Électeurs ! hàtez-vous donc de voter pour donner à M. Cavaignac la présidence de la République.
Vin.
5 novembre 1848.
Si les hommes qui nous gouvernent sont impuissants, ce n'est pas leur faute ; non : c'est celle des journalistes; il n'y a donc qu'une seule chose à faire, c'est de les « arrêter » à domicile et sur la seule vérification de leur identité... de » LES DÉPORTER. » C'était l'avis que le citoyen Degousée (l'un des plus honnêtes républicains... par lui jugez donc des autres !) avait ouvert dans la séance du 23 juin 1848.
Les termes en sont bons à rappeler :
« LE CITOYEN DEGOUSÉE : Je demande que le pouvoir exécutif fasse ARRÊTER DÈS CETTE NUIT CES JOURNALISTES, afin que demain ils n'empoisonnent plus lïi population (Interruption.)
« PLUSIEURS VOIX : Non ! non ! pas de violence !
•» LE CITOYEN DEGOUSÉE : ... Je demande que pour le crime du 15 mai, comme pour le crime d'aujourd'hui, la déportation ait lieu, sur /a reconnaissance de Cidentilé des individus. (Non ! non ! — Vive agitation.) [Moniteur du 24 juin.)
Nous avons élé charitablement prévenus qu'il se trame une contrefaçon du 18 fructidor : un projet de déportation qui comprendrait un certain nombre de représentants du peuple et de rédacteurs de journaux. Ce bruit, habilement répandu, est une manière indirecte de rétablir l'état de
siège et d'oxereer une intimidation dont on aurait le profit sans en avoir l'odieux. Nous ne sommes pas dupes du stratagème, mais l'intention existât-elle qu'elle ne nous arrêterait pas.
En temps de révolution, il n'y a qu'une manière d'écarter le danger, c'est de ne pas l'attendre; c'est de le braver résolument. 11 est trop tard de se débattre contre le bourreau quand il vous a mis la main sur l'épaule, car il est aussi difficile de renverser l'échafaud politique qu'il est facile de l'empêcher de se dresser.
La menace d'un 18 fructidor, messieurs, ne nous inspire aucune crainte et ne nous empêchera pas dédire notre pensée, toute notre pensée ; aussi bien, le coup d'État qui nous atteindrait ne tarderait pas à vous renverser, et achever de vous démasquer serait un si grand service rendu à la France, que nous ne croirions pas l'avoir payé trop cher, alors môme qu'il nous aurait coûté ou la vie ou l'exil.
La France, messieui's, ia France vous surveille.
La France a dans ses mains une arme puissante, c'est le refus de l'impôt. Le jour où vous seriez assez téméraires pour sortir des voies de la légalité et risquer un coup de main, la France sait ce qu'elle aurait à faire !
Ce qu'elle aurait à faire serait facile, car elle n'aurait qu'à fermer sa porte au percepteur.
Le percepteur est la clé de voûte; par elle tout s'écroule.
Les départements sont avertis.
6 novembre 184'].
Le Moniteur, cet impitoyable ennemi de M. Cav^aignac. le poursuit encore en ces termes :
« La Presse fait ce matin du courage à très bon marché. » Elle prête au gouvernement un projet de contrefaçon du » 18 fructidor, et, feignant de croire sa sûreté et sa liberté » menacées, elle prend texte de ce péril chimérique pour « se couronner à l'avance des palmes de riiéroïsme et du
» martyre. Que la Presse se rassure, ou, plutôt, qu'elle s'ab- » stienne de créer des fantômes afin de se parer du facile » mérite de les braver.
» La Presse sait fort bien que le Pouvoir n'a nul besoin et » îiuUe envie de recourir à des mesures exceptionnelles. Les » armes légales lui suffisent, s'il s'agit de combattre les at- » taques directes de certains journaux contre l'inviolabilité » de la République. Quant aux grossiers mensonges par » lesquels on s'efforce en vain de rendre les membres du » gouvernement à la fois odieux et suspects, il n'y a d'au- » tre justice à faire de ces calomnies que de les laisser re- » tomber dans le néant où leurs auteurs les ont puisées. »
« Courage à bon marché ! » De la part du Moniteur, quelle méchanceté ! Pourquoi rappeler par ces paroles que le coup qui a frappé la propriété de la Presse lui a porté un préjudice qui ne saurait être évalué à moins de 500,000 francs !
(.'.Péril chimérique ! ^^ Pourquoi rappeler encore que le rédacteur de la Presse a été jeté dans un cachot et tenu au secret sans aucune autre raison que la haine du National?
« Le pouvoir n"" a nul besoin et nulle envie de recourir à » des mesures exceptionnelles. Les armes légales lui suffi- » sent! » Pourquoi donc, le 24 août 1848, avoir suspendu la Gazette de France?
Si les armes légales suffisent aujourd'hui 6 novembre, pourquoi donc ne suffisaient-elles pas le 24 août? Les circonstances sont-elles différentes? Les temps sont-ils devenus meilleurs ? La forme monarchique a-t-elle, depuis le 24 août, perdu du terrain, la forme républicaine en a-t-elle gagné ?
Nous l'ignorons ; mais ce que nous savons, c'est que depuis quinze jours que la Gazette de France a reparu, grâce à la levée de l'état de siège, les citoyens ne se sont nullement armés les uns contre les autres.
« Calomnies dont il n'y a d'autre justice a faire que de les » laisser tomber dans le néant où leurs auteurs les ont pui- » sées l » Puiser dans le néant !... Celte phrase sans pareille doit être de M. Gavaignac. Il n'y a que lui pour en con-
struire de telles et se prodiguer ainsi les voluptés de la contradiction. Pourquoi donc relevez-vous dans le Moniteur ces calomnies, s'il n'y a pas d'autre justice h en faire que de les laisser retomber? — C'est que vous savez parfaitement que ce ne sont pas des calomnies.
De ce qu'un projet a été éventé, il ne s'ensuit point qu'il n'ait pas été formé.
Mais ce qu'il est bon qu'on sache dans les départements, c'est que si le projet a été éventé, il n'est nullement abandonné. — Avis à ceux qui veillent de loin.
6 novembre 1848.
Les détails donnés par VOiJimon jmhliqi(e sur les otVres de deux portefeuilles faites par M. Cavaignac à MM. Ledru- Rollin et Flocon étaient parfaitement vrais; l'exactitude nous en est confirmée par des renseignements directs et précis.
Si aujourd'hui M. Ledru-Rollin n'est pas ministre, c'est qu'il n'a pas voulu consentir à ce que les conditions de son programme ne fussent connues qu'après le vote de la présidence. Il est une justice qu'on ne saurait se dispenser de rendre à M. Ledru-Rollin, c'est que, s'il a le tort de vouloir imposer ses opinions, il a du moins le courage de les avouer.
7 novembre 1848.
Qui trompe~t-on V qui ilit la vérité ? qui la déguise ?
Sont-ce les écrivains à la solde de M. Cavaignac, lorsqu'ils nient que le dictateur ait offert deux portefeuilles à MM. Ledru-Rollin et Flocon?
Sont-ce les amis les plus intimes de M. Ledru-Rollin, lorsque ceux-ci affirment, en donnant les plus minutieux détails, que si M. Ledru-Rollin n'est pas ministre, c'est qu'il n'a pas consenti à mettre son drapeau dans sa poche jusqu'à l'élection du président?
Nous espérions trouver quelque éclaircissement, soit dans le journal la Réforme, soit dans le journal la République, sur la déclaration faite par le Moniteur parisien en termes passablement dédaigneux.
Mais la République et la Réforme se bornent à considérer comme n'existant pas la not^e du Moniteur parisien.
Assurément, nous ne sommes pas suspects de partialité envers M. Ledru-Rollin ; mais cependant nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître qu'en toute circonstance nous lui avons toujours vu le courage de ses convictions ; et, entre deux paroles : celle de M. Ledru-Rollin et celle de M. Cavaignac, ce n'est certes pas à la dernière que nous donnerions la préférence.
Comment voulez-vous qu'on accorde aux affirmations et aux dénégations de M. Cavaignac la moindre créance? Ne se souvient-on déjà plus de ce que disait M. Cavaignac dans la séance du 13 octobre, où il répondait en ces termes à une interpellation de M. Clément Thomas sur le changement de ministère qui devaitavoir pour effet de faire entrer dans le cabinet MM. Dufaure et Vivien :
« L'Assemblée doit compi-endie qu'il n'est pas probable qu'il y ait simultanéité d'existence de deux gouvernements. Il y en a un ; il n'y en a pas deux. On me dit : Lequel ? — Lequel ? c'est le gouvernement qui existe maintenant, c'est celui que vous connaissez tous. (C'est évident.) Lequel?. . Serait-ce à dire qu'il y a un ministère secret"^ Le ministère qui existe est celui que inus connaissez tous. »
Le lendemain 14 octobre , interpellation de M. Portails conçue en ces termes :
« Hier, à cette tribune, le président du conseil, interpellé sur la question de savoir s'il y avait un nouveau ministère, a annoncé qu'il n'y en "avait pas...; a annoncé que c'était toujours le miiiistèi-e que vous connaissez depuis trois mois ; je me rappelle parfaitement ses expressions -, par conséquent, ce n'était pas un nouveau ministère... »
A cette interpellation, que répond M. Cavaignac? 11 répond :
« 11 est évident qu'il faut qu'il s'écoule, m'accorderez- vous un jour ? m'accorderez- vous une heure? entre le moment où un ministre se retire et
celui où un nouveau se constitue. Combien de temps me donnerez vous? Veuillez me le dire.
» Le ministère qui s'était constitué au mois de juin m'a remis collectivement sa démission avant-liier matin (12 octobre). Il a fallu le temps, je le répète. Vous ti'ouverez peut-être que deux jours c"e-t trop; soit, ne discutons pas sur le temps. Il est évident qu'il y a nn moment, une minute, fût-ce le quart d'heure que j'ai passé à la tribune hier, pendant lequel il existe un gouvernement démissionnaire, moi< qui n'est pas encore remplacé.
a Eh bien, voilà quelle était la situation hier. Les chofes, a.-surément, étaient fort avancées, mais elles ne l'étaient point encore assez pour être annoncées officiellement. Le nouveau ministère, tel qu'il est constitué aujourd'hui, ne s'était point encore réuni pour s'entendre sur ses vues et sur ce qu'il aurait à faire. Il ne m'appartenait pas de déclarer qu'il y avait un ministère nouveau, car ce fait n'était vxs cosstitutionnellement exact. »
Le 13 octobre, M. Gavaignac déclare et affirme que « le » ministère qui existe est celui que Von connaît. «Et le 14 octobre, le même M. Câvaignac déclare et avoue qu'il a « reçu » le 12 octobre la démission collective de son cabinet. »
Il se donne ainsi à lui-même deux démentis, auxquels il échappe par une gasconnade.
Et vous voudriez, monsieur, qu'on ajoutât quelque foi à vos dénégations dans le Moniteur parisien ? non; cela est impossible, quand, depuis quatre mois que vous êtes au pouvoir, il ne vous est pas arrivé une seule fois de prendre la parole sans vous contredire.
8 novembre 184B.
Le mot d'ordre donné à la presse ministérielle est celui-ci :
Voter pour Louis-Napoléon, c'est voter la guerre.
Eh ! pourquoi donc la guerre plutôt avec AL Louis-Napoléon qu'avec M. Eugène Câvaignac?
Expliquez-vous !
Est-ce parce que l'Europe déclarerait la guerre à la France, ou bien encore que la France déclarerait la guerre à TEarope?
Encore une fois, expliquez-vous !