LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE
Après la publication de la brochure de M. L.-N. Bonaparte SUR LE PAUPÉRISME, uu grand nombre d'ouvriers se réunirent et lui adressèrent, par Tinlermédiaire de M. Castille, imprimeur, une lettre dans laquelle ils remerciaient le prisonnier de Ham de penser à eux dans son malheur. La réponse de M. L.-N. Bonaparte ne se fit pas attendre.
(( Fort de Ham, le 14 octobre 1844.
» A M. Castille, imprimeur.
« Monsieur,
» J'ai été bien touché de la lettre que vous m'avez adressée au nom de plusieurs personnes de la classe ouvrière, et je suis heureux de penser quo quelques-uns de mes concitoyens rendent justice au patriotisme de mes intentions. Un témoignage de sympathie de la part d'hommes du peuple me semble cent fois plus précieux que ces flatteries ofRcielles que prodiguent aux puissants les soutiens de tous les régimes ; aussi m'efForcerai-je toujours de mériter les éloges et de travailler dans ]es intérêts de cette immense majorité du peuple français, qui n'a aujourd'hui ni droits politiques, ni bien-être assurés, quoiqu'elle soit la source reconnue de tous les droits et de toutes les richesses.
» Compagnon des malheureux sergents de La Rochelle, vous devez facilement comprendre quelles sont mes opinions et quels sont mes sentiments, puisque vous avez souffert pour la même cause que moi ; aussi esL-ce avec plaisir que je vous prie d'iHre, auprès des signataires de la lettre que vous m'avez adressée, l'interprète de mes sentiments de l'econnaissance.
» Recevez, monsieur, l'assurance de mon estime et de ma sympathie.
» LOUlS-^■APOLÉON BONAPARTE. »
ELECTION DU 10 DECEMBRE : L.-N. BONAPARTE. 327 A l'akmée.
30 novembre 1848.
Ce serait détruire indirectement le secret du vote prescrit par la Constitution que de dire aux soldats : — Ceux qui voteront en faveur de M. Eugène Cavaignac passeront dans telle chambre, et ceux qui voteront pour M. Louis- Napoléon dans telle autre.
Et puis tout soldat, s'il le préfère, no peut-il pas choisir un autre candidat qui ne soit ni Louis-Napoléon ni Eugène Cavaignac ?
Le vote est libre.
Il doit être secret.
Les droits du citoyen, en cette circonstance, n'ont rien de commun avec les devoirs du soldat.
Electeur, — le citoyen cesse momentanément d'être soldat., le soldat redevient momentanément citoyen.
Appelé à écrire, à dicter ou à déposer son bulletin, il est indépendant de toute consigne, et ne relève plus que de sa conscience.
Il a le droit, plus que le droit, il a le devoir, d"abord, de réclamer toutes les garanties de nature à proléger le secret du vote, ensuite de protester contre toute atteinte directe ou indirecte qui serait portée au secret le plus absolu.
Ce n'est pas à nous qu'appartient l'idée d'avoir fait voter l'armée, placée sous l'empire d'un régime exceptionnel, et nous n'avons pas aujourd'hui à nous expliquer sur la valeur de cette idée ; nous ne savons qu'une chose : c'est qu'une loi existe, et que cette loi doit être scrupuleusement respectée.
Elle doit l'être d'autant plus scrupuleusement que toute immixtion de la part des chefs de corps et des officiers dans le vote de leurs soldats aurait infailliblement pour effet :
Premièrement, d'an'aiblir le respect dû à la Constitution;
Deuxièinoment. do déconsidérer leur autorité morale, et. par suite, de relâcher les liens de la discipline.
Nous comptons donc que colonels, chefs de bataillon et d'escadron, capitaines, officiers et sous-officiers de tous grades, donneront à ces observations leur plein assentiment, et couperont court ainsi à toutes les lettres qui nous parviennent d'un grand nombre de régiments, lettres où des défiances et des inquiétudes nous sont exprimées, où des conseils et un appui nous sont demandés.
AUX UÉBRIS DE LA VIEILLE AIOIÉE.
1er décembre 184g.
L'élection du 10 décembre sei-a une grande bataille électorale.
Du gain de cette bataille peuvent dépendre l'avenir de la France, le retour de la sécurité, de la liberté et de la prospérité.
11 importe tlonc que toutes les précautions soient prises : qu'aucune ne soit négligée.
La candidature que nous soutenons, la candidature de L.-N. Bonaparte, a principalement et naturellement pour appuis les soldats et les officiers de tous grades qui ont servi sous l'empire.
C'est à eux qu'il appartient, en cette circonstance, de montrer tout ce que peut, tout ce que vaut la force de l'organisation.
Assurer l'indépendance et la sincérité de l'élection du 10 décembre est une tâche digne d'eux !
A cet eff"et, nous ne saurions trop les engager à se mettre en rapport les uns avec les autres dans chaque canton :
1° Afin de stimuler dans les communes les électeurs qui seraient enclins à l'insouciance et à se laisser arrêter par
les rigueurs de la saison qu'il faut prcvoii', les difficultés et la dépense d'un déplacement ;
2° Afin de veiller à ce que toutes les dispositions ayant pour but de protéger le secret des votes soient bien prises et bien gardées ;
3° Afin d'assister au dépouillement du scrutin et de surveiller très attentivement les tables où les scrutateurs sont assis. Rien de plus facile, si on néglige ces précautions, que de substituer un nom h un autre, ou que de ne pas inscrire le nom qu'on a intérêt à écarter ;
4° Afin de ne pas laisser un moment seule la boîte renfermant les votes. On place des sentinelles pour veiller à des dépôts moins importants.
En matière d'élection, la fraude doit se présumer et la défiance est légitime. Le moyen de n'être pas vaincu par la fraude, c'est de la traiter en ennemie de la France.
Généraux, colonels, officiers, soldats de l'empire, dans chaque département, comptez-vous ! prenez vos dispositions ; arrêtez votre plan ; adressez à tous vos compagnons d'armes un fraternel appel ; distribuez- vous les rôles dans chaque canton ; n'éparnez aucun effort, et que tous ceux d'entre vous qui ont la croix sur laquelle sont inscrits ces mots : Honneur et Patrie, lui demandent, le 10 décembre, de les inspirer et de les soutenir non moins bien que le jour où ils l'ont glorieusement gagnée.
A l'abus des influences, enfin, sachez opposer la puissance des souvenirs.
1" décembre 1848.
Le candidat à la présidence doit, pour être élu directement par le peuple, réunir plus de la moitié des suffrages exprimés.
Cet article de la Constitution est très habilement calculé pour faire revenir h l'Assemblée le choix du président de la République, c'est-à-dire pour assurer la nomination
de M. Eugène Cavaignac et éloigner celle de M. Louis Bonaparte.
En effet ;
Supposons 6,000,000 de suffrages exprimés, et que ces suffrages soient ainsi répartis :
Louis-Bonaparte 2,999,500
Général Cavaignac .... 1,000,500
Ledru-Rollin 800,000
De Lamartine 700,000
Raspail 500,000
Total 6,000,000
Dans ce cas, la nomination du général Cavaignac serait certaine, car c'est l'Assemblée qui nommerait.
Qui aurait ainsi assuré l'élection de M. Cavaignac?
— Les électeurs qui auraient voté pour des candidats n'ayant pas la chance de réunir la majorité des votes exprimés. 11 est donc important que les électeurs qui sont dans l'intention de voter pour MM. de Lamartine, Ledru-Rollin, Raspail ou autres, sachent qu'ils votent, en réalité, pour le général Cavaignac.
3 décembre 1848.
La candidature que nous avons été les premiers à proposer, aussitôt après le vute de la Constitution, acquiert chaque jour une consistance plus grande, et se fortifie par un concours nouveau ; ainsi, le journal VAssemblée nationale^ qui avait trouvé très piquant d'opposer à la Presse du 27 octobre 1848 la Presse du 8 août 1840, où nous blâmions avec une grande sévérité l'expédition de Boulogne, VAssemblée nationale se prononce avec la plus grande énergie et la plus grande franchise pour la candidature de M. L.-N. Bonaparte contre celle de M. L.-E. Cavaignac.
Assurément, nous aurions beau jeu à prendre notre revanche contre VAssemblée nationale, et à lui opposer, non pas
des articles publiés à huit années d"intervallc, mais des articles pui)liés h quatre semaines de distance. Nous n'en ferons rien ; au-dessus des petites considérations personnelles, nous j)laçons les hautes considérations politiques; et si nous faisons au National une guerre persévérante, qu'on le sache bien ! ce n'est pas par rancune, c'est uniquement par patriotisme , c'est uniquement parce que nous avons la conviction profonde que le National et les journaux à la suite nous conduisent à l'abîme,
Mais ce que nous n'avons pas foit pour V Assemblée nationale^ nous le pouvons faire sans scruple pour la Démocratie Pacifique, qui continue à combattre la candidature de M. L.-N. Bonaparte :