‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 72 sur 116 · DES PRIVILÉGIÉS · texte numérisé non relu

DES PRIVILÉGIÉS

{Bépome de Loiiis-XapoJéon à M. de Lamartine.) « Copier dans les détails, au lieu de copier dans son esprit, un gouver- » nement passé, ce serait agir comme un général (;U!, se trouvant sur un » champ de bataille où vainquit Napoléon ou Frédéric, voudrait s'assurer » le succès eu répétant les mêmes manœuvres. »

(Me'es napoléonienne!'^ par Louis-Napoléon, publiées à Londres, 1B36.) n Gouverner, ce n'est plus gouverner les peuples par la force et la vio- » lence, c'est les conduire vers un meilleur avenir en faisant appel à leur » raison et à leur cœur. »

(Extinction du paupérisme, par Louis Napoléon. Paris. 1834 )

<f La classe ouvrière ne possède rien ; il faut la rendre propriétaire. » Elle n'a de richesses que ses btas. Il faut donner à ces bras un emploi » utile pour tous. Elle est comme un peuple d'ilotes au milieu d'un » peuple de sybarites. 11 faut lui donner une place dans la société et atta- » cher ses intérêts à ceux du sol. Enfin, elle est sans organisation et sans » liens, sans droits et sans avenir; il faut lui donner des droits et un-

» avenir, et la relever à ses propres yeux, l'éducation, la discipline

» La pauvreté ne sera plus séditieuse lorsque l'opulence ne sera plus

» oppressive; les oppositions disparaîtront, et les prétentions surannées

» qu'on attribue, à tort on à raison, à quelques hommes, s'évanouiront. »

[De l'Eilinclion du pavpériime en France, par Louit-Xapoléon

Bonaparte. Mai 1844.)

« Pour rendre le retour des gouvernements passés impossible, il n'y a

» qu'un moyen, c'est de faire mieux qu'eux, car on ne détruit réellement

» que ce qu'on remplace. »

{Lettre de Louis-Nnpoléon au général Piat. Londres, 29 aofit 1848.) « Marchez à la tète des idées de votre siècle, ces idées vous suivent et » vous soutiennent.

» Marchez à leur suite, elles vous entraînent. » Marchez contre elles, elles vous renversent. »

{Franments historiques. 1688-1830. Par Louis-Napoléon. Publiés à Paris en 1841.) (i De quoi m"accuse-t-on? D'accepter du sentiment populaire une can-

Nous n'avions pas besoin que M. L.-N. Bonaparle nous prouvât qu'il était h la hauteur de toutes les grandes questions de liberté et d'avenir; nous n'avions pas besoin qu'il nous prouvât qu'il est capable; il suffisait que nous fussions convaincus qu'il est nécessaire.

Oui, nécessaire, car sans les souvenirs populaires qu'éveille le nom de Napoléon Bonaparte, sans les sympathies profondes qu'il exalte, nous serions sans forces, nous serions sans armes pour déjouer li)ufes les manœuvres, combattre tous les abus d'influence, vaincre tous les moyens, même les plus indignes, auxquels le National ne craint pas de recourir pour imposer sa dynastie à la France.

Or, la France doit savoir aujourd'hui à quoi s'en tenir sur la dynastie du National.

Depuis qu'il a le pouvoir dans les mains, qu'en a-t-il fait, qu'en fait-il ?

Sommes-nous plus heureux ou plus libres, en novembre 1848, sous MM. Cavaignac et Marrast, que nous ne l'étions, en noveml)re 1847, sous MM. Guizot et Duchàlel ?

Qu'avons-nuus gagné à avoir 900 représentants, que nous payons 25 francs par jour, au lieu de 450 députés que nous ne payions pas ?

L'impôt est-il moins lourd et le budget moins gros?

Nos affiures sont-elles mieux faites?

L'avenir est-il moins chargé de nuages ?

» didature que je n'ai pas reclierchée. Eli bien 1 oui, je l'accepte, cette » candidature qui m'honore ; je l'accepte, parce que trois élections succes- » sives et le décret unanime de l'Assemblée nationale contre lu proscription » de ma famille m'autorisent à croire que la France regarde le nom que > je porte comme pouvant servir à la consolidation de la société ébranlée » jusque dans ses fondements, à l'affermissement et à la prospérité de la » République. Que ceux qui m'accusent d'ambition connaissent peu mon » cœur! Je sais qu'on veut semer mon chemin d'écueils et d'embvlches, je » n'y tomberai pas. Je suivrai toujours, comme je l'entends, la ligne que » je me suis tracée, sans m'inquiéter, sans m'arrêter. Rien ne m'ôtera » mon calme, rien ne me fera oublier mes devoirs. Je n'ai qu'un but, » c'est de mériter l'estime de tous les hommes de bien et la confiance de » ce peuple magnanime qu'on a si légèrement traité. »

(Paroles prononcées par Lon>s-Xa}:olé(m à fAs'iemblée nationale, le 26 octobre 1348.)

Enfin, nous sentons-nous fiers cFèlre Français en regardant qui nous gouverne?

Qui nous gouverne ? — Une coterie exclusive et impuissante, avide, vaniteuse et ridicule.

Voyez qui elle nomme aux emplois les plus importants ! Voyez qui elle désigne pour préfets, qui elle choisit pour magistrats!

Voyez, jugez et votez !

Que celte dynastie règne, que cette coterie gouverne, et dans quatre ans vous saurez ce qu'elle aura fait de la France.

Mais pour le savoir est-il besoin de quatre années? Les neuf mois qui se sont écoulés depuis le 24 février ne suffisent-ils pas pleinement pour avoir par le Passé la mesure de l'Avenir ?

Plus le National s'élèvera, et plus s'abaissera la France. La France d^éjà n'est-elle pas assez bas : le National déjà n'est-il pas assez haut ?

La grandeur du National, c'est la décadence de la France. Cette conviction profonde est le lien qui nous a unis à L.-N. Bonaparte.

Si dix élections ne l'eussent pas ramené de l'exil, qui eut été assez fort pour nous affranchir du joug du National., qui eût été assez dévoué pour s'exposer au poignard des sociétés secrètes ?

Sans doute le titre de chef électif dans un aussi grand pays que la France est un immense honneur, mais c'est aussi un immense péril. Souhaiter l'un, c'est afTronter l'autre. Chacun son œuvre.

Nous avons prouvé que L.-N. Bonaparte était nécessaire. II a prouvé, lui. qu'il était capable.

30 novembre 1848.

Le National attafiue la lettre de M. Louis-Napoléon Bonaparte à ses concitoyens et ne la publie pas. Cette partialité

ÉLECTION DU 10 DECEMBRE : L.-N. BONAPARTE. 32 i

accuse une grande modestie ; nous ne savions pas le National si modeste,

Nous connaissions les détracteurs de M. L.-N. Bonaparte; nous étions bien sûrs que s'ils ne pouvaient s'attaquer aux termes de son adresse aux électeurs, ils diraient que cette adresse n'était pas son œuvre personnelle, qu'elle était trop bien pour être de lui.

Nous avions prévu l'objection et gardé pour y répondre, entre autres lettres, deux lettres qui remontent au mois d'octobre 1843, et qui ont été publiées à cette époque.

La première a paru dans le journal le Loiret; voici à quelle occasion : Le conseil général de la Corse ayant émis à l'unanimité, dans la session de 1843, le vœu que la famille de Napoléon fût rappelée de l'exil, et que Louis-Napoléon fût rendu à la liberté et à la jouissance de ses droits de citoyen français, le journal le Loh'et lui demanda à quel titre il rentrerait dans la grande famille française, si les portes de sa prison venaient h s'ouvrir et si le gouvernement mettait fin à l'exil dont sa famille était frappée. Louis-Napoléon adressa aussitôt à ce journal la réponse suivante, qui fut alors reproduite par plusieurs autres journaux :

a Fort de Ham, le 28 octobre 1843.

A M. le rédacteur en chef du journal le Loiret. « Monsieur, » Je réponds sans hésitation à l'interpellation Licnveillante que vous m'adressez dans votre numéro du 18.

» Jamais je n'ai cru et jamais je ne croirai que la France soit l'apanage d'un homme ou d'une famille ; jamais je n'ai invoqué d'autres droits que ceux de citoyen français, et jamais je n'aurai d'autre désir que de voir le peuple entier, légalement convoqué, choisir librement la forme de gouvernement qui lui conviendra.

» Issu d'une famille qui a dû son élévation aux suffrages de la nation, je mentirais à mon origine, à ma nature, et, qui plus est, au sens commun, si je n'admettais pas la souveraineté du peuple comme base fondamentale de toute organisdtion politique. Mes actions et mes paroles anté-

rieures sont d'accord avec cette opinion. Si ou ne m'a pas compris, c'est qu'on n'explique pas les défaitefs : on les condamne. ' » J'ai réclamé, il est vrai, une première place, mais sur la brèche. J'avais une grande ambition, mais elle était hautement avouable : l'ambition de réunir autour de mon nom plébéien tous les partisans de la souveraineté nationale, tous ceux qui voulaient la gloire et la liberté,

» Est-ce à l'opinion démocratique à m'en vouloir V Est-ce à la France à m'en punir?

» Quel que soit le sort que l'avenir me réserve, on ne dira jamais de moi que, pendant l'exil ou la captivité, je n'ai rien appris ni rien oublié !

» Recevez, monsieur, l'assurance de mes sentiments d'estime et de sympathie.

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