‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 88 sur 116 · IL FAUT UN POUVOIR FORT · texte numérisé non relu

IL FAUT UN POUVOIR FORT

16 décembre 1848.

Sortons des phrases. Gomment cnlendez-vous le pouvoir fort? Entendez-vous qu'il devra tirer sa force des hommes ou des institutions ?

Si vous entendez qu'il devra tirer sa force des honunes, nommez ceux qui vous inspirent cette confiance !

Si vous entendez qu'il devra tirer sa force des institutions, dites-nous lesquelles !

Nous n'avons pas craint d'exposer nos idées de réformes et de les livrer à la discussion ; que tout homnie d'Etat et que chaque journal en fassent autant 1

Nous persistons plus que jamais à affirmer qu'on poursuit l'accomplissement d'une œuvre impossible, en s'obstinant aveuglément à vouloir tourner une meule qui broie ce qu'elle devrait épargiîer, et épargne ce qu'elle devrait broyer. Deux révolutions opérées à dix-huit ans de distance, dix-huit ministères tombés sous la monarchie de 1830, quatre modes de gouvernements essayés depuis le 24 février, tous quatre aussi impuissants avec la dictature que sans la dictature, ne sont-ce pas là au moins des commencements de preuves à l'appui de nos affirmations?

L'imperfection du mécanisme est évidente; elle est attestée par le nombre des victimes qu'elle a faites.

Ce mécanisme, nous proposons de le changer.

— Mais ce que vous proposez a été déjà expérimenté et

n'a pas réussi ; c'est le même mode de constitution du pouvoir que celui qui {^ fonctionné, du 6 mai au 24 juin 1848, sous le nom de Commission executive, avec l'unique différence existant entre le nombre cinq et le nombre trois ! — Oui, il n'y a pas d'autre différence que celle qui existe entre les javelles et la gerbe, entre le faisceau qui a un lien el le faisceau qui n'en a pas, entre les branches avant qu'elles soient détachées de l'arbre et les mêmes branches après que la coignée les a abattues, entre les doigts que la paume de la main met en mouvement et les doigts qui n'y adhèrent plus, entre un corps et ses tronçons, entre le classement et la confusion, entre ce qui est morcelé et ce qui est divisé, entre ce qui est uni et ce qui est épars, entre ce qui est organisé et ce qui ne l'est pas !

Par quels liens les départements ministériels se rattachaient-ils à la Commission du pouvoir exécutif? Où commençait, où finissait la responsabilité des membres de cette commission? Où finissait, où commençait la responsabilité des ministres? C'est ce que nul n'aurait pu dire.

Nos changements, dit-on, ne sont pas bons; soit. Qu'on en présente de meilleurs; nous les approuverons. Ce qui nous importe uniquement, c'est le résultat.

Ce que nous voulons, ce sont les moyens, quels qu'ils soient, d'une bonne administration; car, sans une bonne administration, on n'aura jamais un pouvoir fort.

Construisez donc sur un sol mouvant un édifice solide I

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