‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 98 sur 116 · VII · texte numérisé non relu

VII

(le changer les noms des rouages si le mécanisme devait rester ce qu'il est ; mais, en le simplifiant , nous ne doutons pas que nous n'ajoutions considérablement h sa puissance et à sa durée.

Si nous nous trompons, que le Constitutionnel veuille bien nous le démontrer ; le sujet en vaut la peine et variera un peu sa discussion; cela ne sera pas un mal.

Concentrer l'autorité ;

Diviser le travail :

Créer deux degrés dans la responsabilité ;

Séparer les intérêts généraux et les intérêts privés ;

Transformer la routine bureaucratique en pouvoir administratif;

Donner du temps aux ministres qui en manquent pour étudier et approfondir les questions, pour prévoir et diriger les événements, pour éviter les écueils, pour accomplir les réformes, pour s'élever à la hauteur de leur tâche ; les affranchir enfin des détails qui les absorbent et les épuisent ;

Établir une pépinière d'administrateurs habitués à la pratique et à la discussion des afl'aires, où l'on n'ait que l'embarras du choix pour trouver des ministres expérimentés ;

Encadrer la majorité comme on encadre un régiment, en faisant servir les plus instruits à l'instruction de ceux qui le sont le moins ;

Perfectionner la stratégie parleuientaire eu adoptant pour règle invariable d'opposer dans toutes les discussions le fonctionnaire spécial au discoureur superficiel ;

Restreindre la politique qui occupe trop de place dans nos préoccupations, étendre l'administration qui en accupe trop peu ;

Sauver la centralisation dos périls qui la menacent, en lui imprimant une impulsion qui, du centre à la circonférence, soit au moins égale à celle qui fait tout affluer de la circonférence au centre :

Réconcilier, par une expédition plus rapide des adiiires.

'administré avec radministraliun, le conlrihuahle avec le budget ;

• Échapper à recueil île la réaction en faisant de Vapliiude un port ; en d'autres ternies, échapper aux naufrages de la politique, cette réaction perpétuelle, par l'administration vigilante n'admettant que l'aptitude démontrée;

Rendre presque impossibles les crises ministérielles, toujours graves, mais plus graves encore avec un président élu, en présence d'une chambre unique et souvel'aine ;

Multiplier et faciliter les combinaisons ministérielles, tout en usant moins de ministres à la fois, ce qui est une considération essentielle, car un gouvernement amasse sur sa tête des intrigues redoutables et des orages terribles, lorsqu'il y a un grand nombre de ministres tombés du pouvoii' et qui luttent contre la difficulté d'y remonter. La coalition de 1839, ce premier germe de la révolution de 1848, est là pour l'attester!

Tels sont très sommairement et très incomplètement les résultats que nous nous sommes proposé d'atteindre dans notre réforme administrative traitée cVutopie par M. Thiers.

Ces résultats sont-ils chimériques , sont-ils exagérés? L'organisation simplifiée que nous mûrissons depuis seize ans vaut-elle moins que l'organisation compliquée qui a réduit à une impuissance égale tous les ministres, qu'ils s'appellàssentGuizot ou Thiers, tous les régimes, qu'ils se nommassent la Monarchie ou la République?

Mais c'est assez insister sur notre utopie administrative : venons-en à l'idée favorite que caresse M. Thiers, celle de la conservation d'une armée qui, avant le 24 février, coûtait 360 millions par an ; qui, depuis le 24 février, coûte un million et demi par jour. M. Thiers et le Constitutionnel trouvent que c'est là de l'argent bien employé. Porter la hache dans le budget de la guerre leur paraîtrait une imprudence, une folie: « // importé, disent-ils, àVhonneur et au.r » intérêts de la France, ([ue nos armées restent sur le pied » d'obsercation. »

Pour observer «{uoi ? — Est-ce pour observer de nouveau des faits analogues à ceux de le\acuati(jn de la Syrie et de l'incorporation de Cracovie ?

Si TAutriche persiste, ce qui n'est pas douteux, à garder la Lombardie et la Vénétie, irons-nous chasser l'Autriche de ritalie? Si les Etats de la Confédération germanique, ce qui n'est pas probable , parviennent, contre toute vraisemblance, à cimenter l'unité allemande, à former une sorte de Zollwerein politique, irons-nous briser ce faisceau à coups de boulets? Avons-nous à craindre qu'aucune puissance vienne nous menacer sur nos frontières? N'avons-nous pas la raison des peuples qui nous défendrait contre la haine des gouvernements ? Encore une fois, pourquoi donc une armée qui nous ruine, qui nous affaiblit, qui nous expose à Pimminence d'une guerre civile, allumée par la misère, sous prétexte de nous abriter contre Timprobabilité d'une guerre étrangère?

Telle est la question par laquelle nous terminons : nous la soumettons au lecteur; qu'il se prononce entre Vutopie administrative que nous reproche M. Thiers, et Vaherration politique que nous lui reprochons, aberration qui a coûté à la France 3 milliards au moins que la France aurait pu épargner, sur 6 milliards 850 millions dépensés en armements militaires de 1831 à 1849.

A quoi ces armemenis ont-ils servi?

25 janvier 1849.

Le 24 février, M. Thiers avait été nommé président du conseil ; il avait entre les mains les destinées de la France et de la royauté; il pouvait les sauver ! — Qu*a-t-il fait ? — 11 s'est sauvé.

26 janvier 1849.

Prenez donc parti pour les idées de M. Thiers. qui n"en a

jainjtis ou une soulo qui lui npijiutînl ! Prenez donc parti pour M. Thiers, qui n'a jamais commis que des fautes, des étourderies et des contre-sens ! Prenez donc parti pour M. Thiers, que tout péril met en fuite ! Prenez donc parti pour M. Thiers, qui se cache dès qu'une révolution se montre ! Prenez donc parti pour M. Thiers, qui, le 24 février, au lieu de retenir le roi et de lui faire un rempart de son corps, le suppliait de vouloir bien lui permettre de se blottir dans sa voiture, tant il avait peur ! Prenez donc parti pour M. Thiers, qui a plus fait à lui seul pour le triomphe de la République que tous les articles du National et de la Béforme, car c'est lui qui, par les prétentions personnelles les plus mesquines à la présidence du conseil entée sur le ministère des afïfiires étrangères, a rendu impossibles les combinaisons ministérielles les plus propices, et a mis, en termes vulgaires, un bâton dans les roues du char constitutionnel ; c'est lui qui l'a enrayé , c'est lui qui l'a empêché de fonctionner, c'est lui qui a mis le cabinet du 29 octobre dans cette situation extrême, ni de pouvoir rester, ni de pouvoir tomber sans une révolution ! Prenez donc parti pour M. Thiers, qui est le premier auteur de la rupture de l'équilibre entre les recettes et les dépenses, car la cause principale des découverts et des déficits remonte au ministère du l®"" mars 1840. M. Thiers n'a pas trouvé que la France entretînt alors assez de régiments, il en a encore accru le. nombre et a entouré Paris de fortifications ! Prenez donc parti pour M. Thiers, qui, nommé en juin 1848 par quatre départements, n'a trouvé rien de mieux à faire que de se réfugier dans les couloirs de l'Assemblée et d'y faire de la politique tortueuse, au lieu de monter à la tribune pour y porter bravement ses idées ! Mais, nous dira confidentiellement le Constitutionnel : Le plus grand homme d'Etat du monde ne peut donner que ce qu'il a.

Cette réponse est sans réplicpie; elle justifie pleinement le Constitutionnel.

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