‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 1 sur 231 · Tvril · texte numérisé non relu

Tvril

J'en ai la preuve raaléiielle (miIio les mains.

On essaie de soulever le Peuple.

On n'y réussira pas.

Une inlàme proelamalion ]jorlant le tilre de 10*^ bulletin a été clandestinement imprimée.

Celte œuvre de ténèbres est signée : le comité central DE résistance.

Elle circule à Paris dans les ateliers.

Elle est envoyée par la poste dans les déparlements, sous enveloppe, timbrée des Batignolles.

De deux choses Tune : ou cette proclamation insensée et criminelle est l'œuvre de réactionnaires à bout de compression, et ne sachant comment échapper h l'explosion qu'ils ont provoquée ; ou bien elle est l'œuvre de meneurs exaspérés, soit parla captivité, soit par l'exil, et n'ayant consulté «pie Firritation qui les aveugle. On le sait : à un certain degré, l'irritation qui est la fail)lesse est aussi la folie.

Dans le premier cas, la police ne fera aucune recherche <iui la mettrait facilement et sûrement sur la trace des auteurs de la provocation : ce sera un a\eu de culpabilité :

dans le second cas, les meneurs auxquels je fais allusion garderont le silence ; ce sera une présomption d'origine.

Les réfugiés de Londres ont un journal.

Ce journal s'appelle la Voix du Proscrit.

Il a pour principaux rédacteurs MM. Ledru-Rollin, Delescluze, ancien rédacteur en chef de la Vraie Uépvblique, et Ch. RibeyroUes, ancien rédacteur en chef de la Réforme.

S'ils s'associent aux sentiments qui ont dicté cette odieuse proclamation, je ne leur demande pas de le déclarer; mais s'ils la réprouvent, je les conjure de la flétrir avec toute l'énergie de leur indignation.

Les circonstances sont graves ; il est des réponses qu'il n'est pas permis d'éluder, un silence qu'il serait coupable de gardei'.

Le moment est venu où il faut que chacun sache avec qui et derrière qui il marche.

Je marche avec la Liberté; jamais je ne marcherai derrière la Terreur, s'appelàt-elle réaction de la réaction.

Point de masques !

Inquisiteurs qui voudriez revenir et qui avez fait haïr la Foi, montrez votre visage !

Bourreaux qui voudriez reparaître et qui avez fait doutei' de la Liberté, ne cachez pas votre face !

Quels que soient les auteurs de la pi'oclamalion clandestine que je dénonce au mépris du Peuple qu'on veut soulever et déshonorer, il importe qu'il les connaisse.

Les découvrir sera facile, car, par la conduite (ju'ils vont tenir, ils se découv l'iront eux-mêmes.

Il faut (ju'on connaisse qui a signé et qui s'arroge \o droit de signer ainsi : le comité central de résistance.

Ou ce comité central existe, ou il n'existe pas.

S'il n'existe pas, il est une imposture ; s'il existe, on saura bientôt qui le conqiose. et je lui demanderai (pu l'a inslilué.

La République démocrati(|ue de France n'est pas et ne saurait être lallépublicjue de Venise, où un conseil des Dix agissait et frai)pait dans l'ombre.

CE QU IL FAUT QUE LE PJaiFLE SACHE. o

Entre ii'àO el I80O six siècles se sont écoulés. La France veut avancer et ne veut pas reculer, pas niéuie (le soixante ans.

Qui entreprendrait de la ranienei' en 1793, la iaiiiéncrait au despotisme du sabre par le terrorisme de la hache.

Qui que vous soyez, qui adressez au Peuple des appels écrils en lettres de sang, que ce soit la police ou la persécution qui vous couvi'e, honte et mépris !

Fussiez-vous redoutables, je ne craindi'ais pas volic cnlère et je mettrais mon honneur à la bravei'.

Les sentiments d'indiynation que j'exprime ici, seront ceux du Peuple (pie vous calomniez; de ce Peuple victorieux qui ne s'est pas montré, en 1818, m lins magnanime qu'en 1830, et qui, dùl-il être encore une fois tion)pé au lendemain d'une quatrième révolution, n'hésiterait pas entre ces deux noms : odieux ou généreux.

Les rois ne se défendent pas et se vengent ; les peuples se défendent et ne se vengent pas.

C'est pourquoi finit l'ère des rois et connnence l'ère des I)euples.

Le Peuple, que l'on fente d'égarer, et que j'avertis, sait qu'il n'a plus qu'à attendre patiemment pour récolter à plçines mains la Liberté que la Réaction a semée.

Ce n'est pas lorsque la partie est presque entièrement gagnée qu'il risquera inconsidérément de la peidre.

Pourquoi anticiperait-il sur 1852 ?

11 a tout avantage à voir venir ; il n'en aurait aucun à rien anticiper.

Il n'abrégerait pas ses souffrances et sa misère ; il les aggraverait.

11 détournerait la responsabilité que les réactionnaires ont assumée sur eux, pour l'attirer sur sa propre tête.

Ce ne serait pasdeTinq^afience ; ce serait de la démence.

Aussi, j'en suis certain, le peuple rcstera-t-il impertur- ])able jusqu'en 1852 ; il ne sortirait du calme qui fait sa force que s'il avait à défendre la Constitution ouvertement violée, a relever la République renversée, à proléger l'Assemblée

6 f8âl.

législalive lucnacée. ou a répondit' ii l'appel .suprême que lui adresserait de la U'ihune nalioriale rupposition parlementaire.

Ce qu'il faut que le peui)le sache, c'est (ju'il doit rester sourd à tout autre appel; s'il y avait un grand péril à affronter, un grand devoir h remplir, ce serait à ses représentants à lui en donner d'abord l'exemple.

Autrement, et s'il n'écoutait que son courage, il risquerait de lomljcr dans une embûche, et une émeute facilement réprimée pouriait lui faire perdre les fruits de trois révolutions.

Qu'il n'oublie pas (ju"il est souverain, et qu'il ne s'expose point à changer celte position contre celle de v aincu.

Ce serait une irréparable faute, car il tient dans ses mains les destinées de l'Europe tout entière.

Voici l'infàmc provocation que je dénonce à l'indignation de tout ce qui veut, en Fi'ance. ratfermissemeni de la République par la Liljerté :

AUX DÉrAItTEMEXTS.

lOe BDLLEXÏN.

« Citoyens ,

» Le moment est lUTivù de reprendre le l'usil et d'exterminer, d'un bout à l'autre de la France, les infâmes aristocrates que le 21 Février avait épargnés généreusement, et qui n'ont pas cessé de vous pressurer, de vous voler et de vous ruiner.

» L'insurrection est un droit qui appartient au peuple ; c'est un droit qui vous rendra tous ceux qu'on vous a ravis ; c'est le seul droit qui vous reste. Vous le savez, que chacun de vous se prépare.

» Au premier son de tocsin, comptez sur le concours énergique de vos frères de Paris; de même qu'ils comptent sur votre concours si les circonstances leur faisaient prendre l'initiative.

» Soyons tous solidaires, et qu'au premier ébranlement tous se lèvent.

» Mais, en attendant I'heuke rKOCHAiSK de la justice populaire . écoutez un conseil et suivez-le, car il est bon :

» Le peuple, en 1830 et eu 1818, a fait grâce à tou.-^ le» royalistes, et ces lâches suppôts du despotisme n'ont répondu à celte générosité que par des crimes plus atroces.

» Avjourd'hui^ il n'i/ a plus de pardon /.'ostible , il n'en foui point, il ne doil poinl y cil acoir.

» Tel doit être notre mot d'ordre, notre cri de rallieuient, si nous

CE QU'IL FAUT QUE LE PEUPLE SACHE. 7

Mîuloiiï que lu révolution que nous )jrt'pHroiis soit la doniière t^t non:- apporte enfin le bien-être, l'aisanue, la rioliesse, eu un mot, le droit de jouir de notre travail.

» Frappez sans pitié ; les traîtres ne inériieui aucune miséricorde. Tous ceux qui combattent la République sont des traîtres, et ceux iiui s'abstiendront au moment du combat leurs lâches complices.

» Hépondez à la résistance avec du plomb, du fer et du feu ! I !

» Pour que votre émancipation soit complète et votre bonheur durable, il faut que vos ennemis soient anéantis et disparaissent sous terre.

» Regardons autour de nous, et nous reconnaîtrons les ennemis dont nous devons l'aire justice implacable ; comptons-les, et, au grand jour, qu'ils tombent foudroyés.

B Frères, c'est au nom du salut de tous que nous vous adressons ce. conseil. Songez d'ailleurs qu'en marchant à la conquête de la liberté, il serait dangereux de laisser dans vos communes cette race lâche qui \oufrapperait par derrière et immolerait vos l'emnies et vos enfants.

» Citoyens, si en Février la correction eût été complète, si la réaction n'eût pas protité de la magnanimité du peuple pour organiser la trahison, vous ne seriez pas obligés de prendre demain les armes pour reconquérir vos droits et votre liberté, et depuis longtemps la prospérité régnerait ious la République démocratique et sociale.

» Soyons énergiques !

» Que 1851 comble la lacune laissée eu ITitH.

» Et tout sera dit !

» Salut et fraternité.

» Lt COMITE CKNTUAL DE UÉsiSTANCE. »

Quels que suiciil les auteurs de l'odieuse proclamation qui porte le titre de dixième bulletin, ils auront manqué leur but, car aucun mou\ ement n'éclatera que s'il a été provoqué par une indéniable violation de la U'tti'e de la Constitution.

Mais, dans ce cas, ce ne serait pas une insurrection, ce serait une révolution.

Révolution (jui aurait lieu sur tous les jjoints simultanément.

Le ministère le sait ; il duit le savoir.

Aussi n'ouvrira-t-il pas les oreilles aux téméraires conseils du Constitutionnel qui propose de renverser la Constitution, sauf ensuite à s'en expliquer avec la France.

M. Vércu croit que la France laisserait paisiblement taire ';

II se ti'omjK'.

Pour allumer rincendie, il suffirait d'une étincelle; malheur à qui la ferait jaillir!

3 mai 1851.

Le préfet de police, nous l'en félicitons hautement, a tenu a prouver que son administration n'était pour rien dans la publication des odieux liulletins que nous avons dénoncés à l'indignation de la France; en conséquence, il a fait saisir dans une imprimerie clandestine située à Batignolles ou a Clichy le nouveau bulletin qu'on va lire :

AUX départp:ments.

« Citoyens ,

» 1-a République est en danger !

n En présence des menées des royalistes , en présence du travail souterrain des associations religieuses, en présence de l'insolent défi de Louis • Napoléon et des préparatifs exterminateurs du pouvoir; en présence de la lâcheté criminelle d'une grande partie des commis du peuple ; en présence de l'esclavage dans lequel est tombée la presse républicaine, en présence de la persécution qui pèse sur les démocrates, et du pacte de famine qui est juré et poursuivi avec acharnement contre les travailleurs :

» Peuple des ateliers, peuple des campagnes, que dois-tu faire V

» Les uns te disent :

n Souffre tout jusqu'au bout et laisse passer.

» Les autres te disent '.

» Prépare ta faux et ta carabine ; le moment est venu d<? relever la tête !

)i Lequel de ces deux conseils dois-tu suivre ?

» Attendre davantage, c'est tomber dans le piège que nous tendent nos ennemis, c'est leur donner le temps de nous forger de nouveaux fers, c'est laisser opérer la fusion, c'est laisser la démocratie s'épuiser dans le marasme et rénervenieiii.

» Non, non, plus d'attente ! Assez de lâchetés et de trahisons !

» Il est de ces jours de fête marqués par la Providence pour être aussi des jours d'émancipation et de justice.

» Nous touchons à ce jour où, d'un bout de la France à l'autre, une seule volonté doit nous unir, un seul cri doit être jeté.

)) Restitution immédiate des droits du peuple.

») Anéantissement complet de la loi liberticide du 31 mai.

» Que la voix du peuple se fasse donc entendre imposante et énergique dans chaque If^calité.

CE QU'IL FAUT QUE LE PEUPLE SACHE

» Et qu'au cri universel de :

» A bas la loi du 31 mai !

» Se mêle le cri de :

)> Vive la République démocratique el sociale !

» Salut et fraternité.

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