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V Événement i\ compavu ce jour lo septembre I80I devant la cour d'assises de la Seine, présidée par M. Perrol de Chezelles.
VÉvènement a été suspendu.
Le gérant du journal, M. Paul Meuricc, a été condamné à neuf mois de prison et 3,000 francs d'amende.
L'auteur de l'article, M. François-Victor Hugo, a élé condamné à deux mille francs d'amende et neuf mois de prison.
M. Victor Hugo n'a que deux fils ; la justice les lui aura pris tous les deux ; l'aîné aura devancé d'un mois son frère à la prison de la Conciergerie; ils ont eu le même berceau, ils partageront le môme cachot.
M. Paul Meurice ira rejoindre M. Paradis.
VÉvènementva donc avoir en prison quatre de ses rédacteurs!
Où s'urrèlera-t-on dans coUe voie?
Oti ne s'arrêjera pas.
On ne peut pas s'arrêter.
La Béforftic a été frappée,
Le Peuple a été frappé,
Le ]'ote universel a été frappé,
La Presse a été frappée,
Le Siècle a été frappé,
La République a été frappée,
Le Charivari a été frappé,
Le Messager de V Assemblée a été fi'appé,
VOpinion publique a été frappée,
VAssemblée nationale n'a échappé à une condamnalion qu'en baissant la tèle.
Successivement viendra le tour du National, de VOrdre, de la Gazette de France , du Journal des Débats et de V Union.
Quoique glorifié par le niinislère public, \e Constitutionnel s'abuserait étrangement s"il se berçait dans l'espérance d'échapper aux coups de la Compression.
La compression est un boulet qui roule sur un plan incliné.
Ce ne sont pas des journaux qu'on poursuit ; ce qu'on poursuit, c'est la liberté de la presse.
Les journaux qui applaudissent ou qui se taisent s'en apercevront lorsqu'il ne sera plus temps de le^voir.
Il y a deux ans que je les préviens que ce qui caractérise la liberté limitée, c'est d'être l'arbitraire illimité.
Heureusement que je n'ai pas seul le don de prophétie, et que ce don n'appartient pas à un moindre degré à M. L.-N. Bonaparte.
Lisez l'épigraphe, car désormais ce qu'il ne sera plus permis d'écrire, on le mettra en épigraphes inviolables.
Voilà où en est, le 15 septembre 18ol, en France, la liberté de la presse, sous une Assemblée issue du suffrage universel !
Le maréchal de Vauban publie, en 1707, son immortel livre intitulé : la. dîme royale, dont le duc de Saint-Simon rend ainsi compte dans ses Mémoires :
« Vauban abolissait toutes sortes d'impôts, auxquels il en substituait un unique, divisé en deux branches, auxquelles il donnait le nom de dime royale, l'une sur les terres, par un dixième de leur pi-oduit ; l'autre, légère par estimation, sur le commerce et l'industrie, qu'il estimait devoir être encouragés l'un et l'autre, bien loin d'être accablés. Il prescrivait des règles très simples, très sages et très faciles pour la peiTcption de ces deux droits, suivant la valeur de chaque terre, et par rapport au nombre d'hommes sur lequel on peut compter avec le plus d'exactitude dans l'étendue du royaume. Il ajouta la comparaison de la répartition en usage avec celle qu'il proposait, les inconvénients de l'une et de l'autre, et réciproquement leurs avantages, et conclut par des preuves en faveur de la sienne d'une netteté et d'une évidence à ne s'y pouvoir refuser. Aussi, cet ouvrage reçut-il les applaudissements publics et l'approbation des personnes les plus capables de ces calculs et de ces comparaisons, et les plus sensées en toutes ces matières, qui en admirèrent la piofondeur, la justesse, l'exactitude et la clarté.
» Mais ce livre avait un grand défaut. Il donnait, à la vérité, au roi plus qu'il ne retirait par les voies jusqu'alors pratiquées; il sauvait aussi les peuples des ruines et des vexations, et les enrichissait en leur laissant tout ce qui n'entrait point dans les coffres du roi, à peu de chose près ; mais il ruinait v;ne armée de financiers, de commis, d'employés de toute espèce ; il les réduisait à chercher à vivre à leurs dépens et non plus à ceux du public, et il sapait par les fondements ces fortunes inmrenses qu'on voit naître en si peu de temps. C'était déjà de quoi échouer.
» Mais le crime fut qu'avec cette nouvelle politique tombait l'autorité du contrôleur-général, sa faveur, sa fortune, sa toute-puissance, et, par proportion, celle des intendants des provinces, de leurs secrétaires, de leurs commis, de leurs protégés, qui ne pouvaient plus faire valoir leur capacité et leur industrie, leurs lumières et leur crédit, et qui, de plus, tombaient du même coup dans l'impuissance de faire du bien ou du mal à personne. La robe entière en rugit pour son intérêt.
» Ce ne fut donc pas merveille si le roi, prévenu et investi de la
sorte, reçut très mal le maréchal de Vauban lorsqu'il lui présenta son livre, qui s'adressait à lui dans tout le contenu de l'ouvrage. On peut juger si les ministres à qui il le présenta lui firent un meilleur accueil. De ce moment, ses services, sa capacité militaire, unique en son genre, ses ver-
tus, l'affection que k roi y avait mise, jusqu'à croire se couronner de lauriers en l'élevant, tout disparut à l'instant à ses yeux. Il ne vit plus en lui qu'un insensé pour l'amour du public, et qu'un criminel qui attentait à l'autorité de ses ministres, par conséquent h la sienne. Il s'en expliqua de la sorte sans ménagement.
)) Le malheureux maréchal, porté dans tous les cœurs ti-ançais,
ne put survivre aux bonnes grâces de son maître pour qui il avait tout t'ait. Il mourut peu de mois après, ne voyant plus personne, consumé de douleurs et d'une afHiction que rien ne put adoucir, et à laquelle le roi fut insensible, jusqu'à ne pas faire semblant qu'il eût perdu un serviteur si utile et si illustre. . .
» Boisguillebert, que cet événement aurait dû i-endre sage, ne put se contenir. Une des choses que Chamillard lui avait le plus fortement objectées était la difiiculté de faire des changements au milieu d'une forte guerre.
» Il publia donc un livre fort court (le Factum de la France), par lequel il di.'montra que M. de Sully, convaincu du désordre des finances que Henri IV lui avait commises, en avait changé tout l'ordre au milieu d'une guerre, autant ou plus fâcheuse que celle dans laquelle on se trouvait engagé, et en était venu à bout avec un grand succès ; puis, s'échappant sur la fausseté de cette excuse par une tirade de : Faut-il attendre la paix pour... (1\ il étala avec tant de feu et d'évidence rm si grand nombre d'abus, sous lesquels il était impossible de ne pas succomber, qu'il acheva d'outrer les ministres, déjà si piqués de la comparaison du duc de Sully, et bi impatients d'entendre renouveler le nom d'un grand seigneur qui en a plus su en hnances que toute la robe et la plume. La vengeance ne tarda pas : Boisguillebert fut exilé au fond de l'Auvergne. »
[Mémoires de Sam/-S//HO)î, t. Y, p. 285 et suiv.)
C'est dans ce livre immortel (jue se trouvent les passages suivants :
« La vie errante que je mène depuis quarante ans et plus m'ayant donné occasion de voir et de visiter plusieurs fois, et de plusieurs façons, la plus grande partie des provinces de ce royaume, tantôt seul avec mes domestiques, tantôt en compagnie de quelques ingénieurs, j'ai souvent eu occasion de donner carrière à mes réflexions, et de remarquer le bon et le mauvais des pays, d'en examiner l'état et la situation, et celui des peuples, dont la pauvreté, ayant souvent excité ma compassion, m'a donné lieu d'en rechercher la cause. Ce qu'ayant fait avec beaucoup de soin, j'ai trouvé qu'elle répondait parfaitement à ce qu'en a écrit l'auteur du Détail
(1) Le duc de Saint-Simon veut parler ici de la formule que Boisguillebert emploie et répète sans cesse dans son Factum. Après avoir énnméré l'un après l'autre tons les abus, il termine chaque paragraphe en disant : Faut-il attendre la pai.x pour extirper cet abus "^
rfe la France, Boisguillebert (1), qui a développé et mis au jour fort naturellement les abus et malfaçons qui se pratiquent dans l'imposition et la levée des (ailles, des aides et des douanes provinciales.
» Il serait à souhaiter qu'il en eût fait autant des affaires extraordinaires, de la capilation, et du prodigieux nombre d'exempts qu'il y a présentement dans le royaume, qui ne lui ont guère moins causé de mal que les trois autres, qu'il nous a si bien dépeints. Il est certain que ce mal est poussé à l'excès, et que, si on n'y remédie, le menu peuple tombera dans une extrémité dont il ne se relèvera jamais, les grands chemins de la campagne et les rues des villes et des bourgs étant pleins de mendiants que la faim et la nudité cliassent'de chez eux (2).
» Par toutes les recherches que j'ai pu faire depuis plusieurs années que je m'y applique, j'ai fort bien remarqué que, dans ces derniers temps, la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité et mendie effectivement ; que, des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là, parce que eux-mêmes sont réduits, à très peu de chose près, à cette malheureuse condition; que des quatre autres parties qui l'estent, les trois sont fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès; et que dans la dixième, où je mets tous les gens d'épée, de robe, ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée et les gens en charge militaire et civile, les bons marchands, les bourgeois. rentes et les plus accommodés, ou ne peut pas compter sur cent mille familles; et je ne croirais pas mentir quand je dirais qu'il n'y en a pas dix mille, petites ou grandes, qu'on puisse dire être fort à leur aise; et que, en ôtant les gens d'affaires, leurs alliés et adhérents couverts et découverts, et ceixx que le roi soutient par ses bienfaits, quelques marchands, etc., je m'assure que le i-este serait en petit nombre.
» Je me sens encore obligé, d'honneur et de conscience, de représenter
(1) Pierre le Pesant, sieur de Boisguillebert, lieutenant général au bailliage de Rouen, auteur du Détail de la France, du Factuni de la France, (l'un Traité sur les rjrains et d'une Dissertation sur la nature des richesses.
[2] Quelques mots d'explication sont peut-être ici nécessaires.
La taille correspondait à nos contributions foncière, personnelle et mobilière. Elle ne portait point sur les biens nobles et ecclésiastiques. On distinguait la taille réelle et la taille personiieltu. L'une était une taxe purement territoriale; l'autre portait sur le revenu foncier et sur le revenu de l'industrie, quelle qu'en fût la nature. La première était appliquée dans les pays d'Etats, et l'autre, qui était la plus générale, dans les pays d'élections. La taille personnelle, relative aux biens mobiliers, n'avait guère d'autre base que les facultés présumées des contribuables.
Les aides répondaient à nos droits sur les boissons ; les affaires extraordinaires à ce que nous nommons ressources extraordinaires.
La ca])ilation était une taxe personnelle et directe, une espèce de contviliution de guerre, variable selon les diverses classes de citoyens. Tout le monde y était assujetti.
Par exempts, Vauban veut désigner les personnes qui, par nrivih'ge ou par fraude, échappent aux charges publiques.
à Sa Majesté qu'il m'a paru que, de tout temps, on n'avait pas eu assez d'égards en France pour le menu peuple, et qu'on en avait fait trop peu de cas. Aussi c'est la partie la plus ruinée et la plus misérable du royaume ; c'est elle cependant qui est la plus considérable par son nombre, par les services réels et effectifs qu'elle rend, car c'est elle qui porte toutes les charges, qui a toujours le plus souffert, et qui souffre encore le plus, et c'est sur elle aussi que tombe toute la diminution des hommes qui arrive dans le royaume.
» C'est encore la partie basse du peuple qui, pnr son travail et son commerce, et par ce qu'elle paye au roi, l'enrichit et tout son royaume ; c'est elle qui fournit tous les soldats et matelots de ses armées de terre et de mer, et grand nombre d'ofticie,rs, tous les marchands et les petits officiers de judicature; c'est elle qui exerce et remplit tous les arts et métiers; c'est elle qui fait tout le commerce et les manufactures du royaume, qui fournit tous les labeurs, vignerons et raanouvriers de campagne, qui garde et nourrit les bestiaux, qui sème les blés et les recueille, qui façonne les vignes et fait le vin, et, pour achever de le dire en peu de mots, c'est elle qui fait tous les gros et menus ouvrages de la campagne et des villes.
» Voilà en quoi consiste cette partie du peuple, si utile et si méprisée, qui a tant souffert et qui souffre tant à l'heure où j'écris ceci. On peut espérer que l'établissement de la dîme royale pourra répiirer tout cela eu moins de quinze années de temps, et remettre le -oyaume dans une abondance parfaite d'hommes et biens ; car, quand les peuples ne seront pas si oppressés, ils se marieront plus hardiment, ils se vêtiront et se nourriront mieux ; leurs enfants seront plus robustes et mieux élevés, ils prendront un plus grand soin de leurs affaires-, enfin, ils travailleront avec plus de force et de courage, quand ils verront que la principale pai-tie du profit qu'ils y feront leur demeurera. »
Quel accueil est fait à ce livre d'un maréchal de France par le roi Louis XIV et ses ministres? A peine a-t-il paru, qu'un mois après, le livre est interdit par arrêt du conseil privé, en date du 14 février 1707, ainsi conçu :
« Sur ce qui a été représenté au roi, eu son conseil, qu'il se débite à Paris un livre portant : Projet d'une ditne royale, qui, supprimant la taille, etc., imprimé en 1707, sans dire en quel endroit, et distribué sans permission ni privilège, dans lequel il se trouve plusieurs choses contraires à l'ordre et à l'usage du royaume, à quoi étant nécessaire de pourvoir; vu ledit ouvrage; oui le rapport du sieur Turgot, le roi, en son conseil, ordonne qu'il sera fait recherche dudit livre, et que tous les exemplaires qui s'en trouveront seront saisis et confisqués, et mis au pilori. . . Fait, Sa Majesté, défense à tout libraire d'en garder ni vendre aucun, à. peine d'interdiction et de mille livres d'amende. »
En même temps, Roiguillehert est j^oursuivi à R )uen
pour son Factum de la France^ et son livre est condamné par un autre arrêt du même mois.
C'était donc en 1707, sous la Monarchie, comme en 1851, sous la République ; c'est donc en 1851, sous la République, comme c'était, en 1707, sous la Monarchie !