‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 117 sur 231 · GUERRE AUX PHRASES · texte numérisé non relu

GUERRE AUX PHRASES

28 septembre 1851.

Dans une réunion qui a ou lieu à Nouvion (Aisne), M. Odilon Barrot a fait un discours, et dans ce discours il a dit :

« Plus rédirioe politique sera Lien assis , plus il pourra supporter les agitations de la liberté. Nos publicistes modernes, qui se disent républicains et ne sont pas môme libéraux, ignorent trop cette liberté; il faudra bien que l'opinion publique , forte de l'expérience du passé, la leur impose. Depuis le premier jour où je suis entré dans une assemblée politique jusqu'à celui où je vous parle, je n'ai jamais laissé échapper une occasion de rappeler aux gouveruemeuts qui se sont succédé ce besoin do s'appuyer sur une organisation municipale forte. Ils ont méconnu cette nécessité, cédé à cette facilité si séduisante de gouverner avec un fil cette société française, réduite à l'état d'un couvent ou d'une armée ; cette séduction les a perdus. »

Je croyais que M. Otlilon Barrot avait été président du conseil des ministres pendant dix mois : du 20 décemi)re 1848 au 31 octobre 1849. Qui a empêché M. OdiK.n Barrot. pendant ces dix mois, de donner pour assises à la Bépublifpie démocratique la Commune émancipée? Au lieu de présenter et de voter d'urgence la loi qui a supprimé le suffi^age universel et frappé d'interdit 3,200.000 Fi\uicais majeurs, que ne présentait-on et que ne votait-on la loi d'émancii ation des 37,000 communes de France?

Finissons-en donc avec les discours et les phrases menteuses.

Guerre aux phrases !

i;OUDRE ET LA IJHEKTE CONCILIES.

28 septembre 1851.

Quel fécond sujet de réilexions que les paroles si vraies de lord Palmerston, au banquet de Tiverton! Ces paroles méritent d'être citées. Nous les reproduisons donc :

« 11 n'est pas un étranger qui n'ait été frappé de l'ordre qui règne partout en Angleterre. Ce que nous admirons le plus en Angleterre, ont-ils dit, c'est l'ordre. On n'y voit pas de soldats, pas de gendarmes, l'arme au bras, avec des baïonnettes et des sabres pour faire respecter l'ordre , mais seulement quelques policemen civils avec de petits bâtons entre les mains et empressés de nous indiquer ce que nous cherchons. Voici ce qr.e j'ai répondu à mes amis étrangers qui m'exprimaient leur admiration. Ce résultat que vous admirez, nous le devons d'abord au grand bon sens, à la bonté de cœur et aux admirables qualités qui appartiennent au peuple anglais. Mais ensuite et plus encore nous le devons à ceci : c'est que la justice est bien administrée en Angleterre. Tout homme ici sait parfaitement que d'homme à homme la justice est bien impartialement rendue, sans faveur ni sans influence de quelque côté que ce soit. Voilà pourquoi l'Anglais a foi dans la loi et ne s'empare pas de la loi pour se faire justice. 11 sait que les dépositaires de l'administration de la justice la rendent avec équité. De plus, ici, tout homme est libre d'exprimer ses opinions, quelles qu'elles pu)=scnt être. S'il a tort, il est combattu par ceux qui peuvent le ramener h la raison ; s'il a raison, il persuade ceux qui ont tort. La lutte des opinions est une guerre pacifique qui produit toujours les plus heureux résultats. Enfin le gouvernement et le parlement, depuis nombre d'années, ne cessent pas de travailler avec zèle à chercher et à exécuter les grands perfectionnements politiques et sociaux. (Applaudissements.) Ecarter les abus et faire des améliorations , tel a toujours été le "but des gouvernements qui se sont succédé en Angleterre. Auisile peuple

a-t-il toujours été content de ce qui !i été t'ait, et b'il y a (judijuc cLocc à faire encore, il attend patiemment, sûr que l'on s'en occupera. »

C'est un ministre, c'est le ministre d'une monarchie, c'est le ministre d'un gouvernement aristocratique qui parle ainsi , avec cette simplicité que donne la conscience de la vérité. Aussi le journal de M. Guizot, le tombeau de la Fusion , V Assemblée nationale , n'a-t-il pas de paroles assez Acres pour attaquer lord Palmerston. Cela n'a rien qui doive étonner, lorsqu'on se souvient de la violence avec laquelle le Journal des Débats attaqua, en 1846, Robert Peel, le plus grand ministre de cette période qu'on pourrait appeler : la paix de trente ans.

M. Guizot raille lord Palmeston et le traite de révolutionnaire. Est-ce que je me tromperais? Est-ce que, en ciïét, j'aurais perdu , comme l'affirme M. Veuillot, la raison et la mémoire? Est-ce que ce serait à Londres qu'une révolution aurait éclaté le 24 février 1848, h la suite de lariuclle la République démocratique aurait remplacé la royauté constitutionnelle ?

UNE DIFFÉRENCE EBSENTIEIA.E.

29 septembre 1851.

Une différence essentielle existe entre les hommes d'État d'Angleterre et les hommes d'État de France : les hommes d'État d'Angleterre lorsqu'ils arrivent au ministère ne renient pas les principes auxquels leur opposition a dû son triomphe. Nous avons cité les paroles si justes et si vraies de lord Palmerston au jjanquet de Tiverton; rappelons celles que prononçait, en 1817, à la tribune de la Chambre des pairs, M. le duc de Broglie.

11 disait :

M. DE BROGLIE : « Le salut public, la raison d'l<2tat, la force à donner au gouvernement, je n'en fais pas de différence. On me l'a dit , j'en ai reçu comme un autre la confidence : le gouvernement est menacé, il faut le soutenir. C'est donc là tout l'argument ; car je ne veux pas croire qu'il puisse exister d'autre part d'autres pensées tout à fait indignes de gens de bien, de lâches pensées de vengeance et de revanche contre un parti qui, précédemment, n'aurait pas Lien usé de la victoire ! Malheur à ces APOSTATS DE LA LIBERTÉ qui reprocheraient au plus faible, quel qu'il soit, d'en invoquer le nom. Je ne consentirai jamais, pour ma part, à livrer à la discrétion de l'autorité que je saurais la plus juste, ceux que je croirais mes plus mortels ennemis. Et qui sait si je n'assure pas par là notre sûreté commune contre ces mêmes ennemis, s'il est vrai qu'il eu existe? Qui sait si ce ne sont pas des armes que je leur enlève par avance, en écartant les lois d'exception ? Qu'on me dise quel est le gouvernement auquel la législature a refusé quelque chose ! Qu'on me dise quel est celui qui n'est pas tombé de faiblesse, tous les pouvoirs à la main ! Je crois que c'est un devoir religieux de mettre une digue à ce.i entreprises imprudcn-

tes. Les corps politiques sont responsables des révolutions. S'ils défendaient avec vigueur les droits qui leur sont confiés, l'équilibre se maintiendrait et la nation ne s'éloignerait pas du gouvernement.

» Si jamais les liommes d'Etat s'étaient embarqués une seule fuis sur cette voie nouvelle, s'ils avaient abjuré leurs pratiques pernicieuses, en un mot s'ils avaient servi la liberté, la carrière des révolutions se serait refermée derrière nous. Aucun ne l'a voulu jusqu'aujourd'liui.

» Je n'ai plus qu'un mot à dire. La suspensiun de la liberté individuelle n'a été mise en question qu'une fois aux Etats-Unis. Ce fut sous la présidence de Jeflerson, en IBOÛ, ce fut dans un temps de désordres civils et lors de la conspiration du colonel Burr. Le Sénat eut la faiblesse de la proposer. ïLiis quand on porta le bill h la Cliambre des représentants, elle fut saisie d'un tel sentiment d'aversion , qu'elle ne voulut pas même en souffrir une seconde lecture. Les deux partis de la Chambre, qui représentaient les deux partis de la nn.tion, avec tout l'emportement des passions du moment, se réunirent tout d'une voix, et au dehors les honmies des opinions les plus opposées s'apaisèrent, la réconciliation fut en un uionient générale, et le danger s'éloigna pour toujours.

» J'oserais presque croire que le même bonheur nous arriverait si le gouvernement nous proposait des lois de liberté pour tous les partis, au lieu de nous proposer des lois d'exception contre les partis. C'est assez, depuis vingt ans, de nous être réciproquement emprisonnés, déchirés, haïs, calomniés. Parlons à tous désormais un même langage, et que ce soit un langage de paix. Faisons de tous les Français des frères, en les unissant dans des jouissances communes. S'ils goûtent les mêmes bienfaits, s'ils usent des mêmes droits, leurs sentiments se rapprocheront. Soyons sincères surtout. Cessons de traiter les livres comme des suspects en proclamant la liberté de la presse ; ne regardons plus les garanties de la liberté comme un tarif de douanes qu'on peut, à volonté, élever ou abaisser. »

Treize ans plus lard, le 20 décembre 1830, M. Guizut pruclamait, à la tribune de la Chambre des dcpulcs, les principes suivants :

M. GuizoT : (t Nous ne devons jamais oublier que nous vivons et que nous devons vivre sous un régime do liberté , c'est-à-dire de liberté pour le faux comme pour le vrai, pour le mal comiuo pour le liicn, pour un langage inconvenant, violent, gross-ier, comme pour un langage vrai et mesuré. Il serait vain de prétendre étouffer toutes les erreurs, de relever tous les mensonges, toutes les inconvenances, toutes les mauvaises paroles. Dans le régime où nous vivons, je le répète, les corps politiciuos, comme les individus, ont besoin de se munir d'une large provi-ion de facilité et quelquefois même de dédain. »

En 1835, M. de Broglie était i)résideiit du cviuu'il des mi-

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