UNIVERSEL NE LAISSAIT PLUS BIEN A FAIRE
Le suffrage universel, c'était l'abolition certaine des partis, des coteries, des usurpations et des révolutions.
Ce que je reproche à la loi du 31 mai, ce n'est pas d'avoir été conçue et votée en violation de l'esprit de la Constitution. Non; ce n'est point lii le reproche que je lui adresse. Après le vote de l'expédition qui a fait servir la République française au renversement de la République romaine; après le vote de toutes les lois qui ont garrotté la presse sous toutes les formes, et suspendu le droit de réunion, une atteinte de plus ou de moins à Tesprit de la Constituli,)n importe assez peu, et, je l'avoue, je ne me sens pas pour la virginité de la Constitution une si ombrageuse susceptibilité.
Le reproche que j'adresse à la loi du 31 mai est plus grave ; ce que je lui reproche, c'est d'avoir miné tout l'édilice social, qui ne repose plus sur aucune base; c'est de l'avoir suspendu en l'air prêt à s'écrouler; c'est d'avoir fait (le la lettre de la Constitution une idole qu'il faut su])erstitieusement adorer, une citadelle où le devoir et l'honneur r )mmandent de se faire sauter héroWiuement plutôt f[ue (le la laisser prendre; c'est d'avoir fermé hermétiquement t (Ute issue ; c'est d'avoir brisé le fd du labyrinthe politique; c'est d'avoir altéré le principe de l'universalité; c'est d'a- \oir faussé le ressort de la majorité; c'est d'avoir renijjlacé la souveraineté incontestable par la souveraineté contestée, l'jibsolu par l'arbitraire, le tout par la fraction; c'est d'avoir ôié tout sens précis à ces mots : la Fronce, le Pgtjs, la Nation, le Peuple, VOpinion publique, la Volonté nationale, le Suffrage universel; c'est d'avoir substitué à la rigueur du chiffre l'élasticité du mot; c'est d'av.iir (Mé tout moyen
exact de se compter, lorsque se compter était runique moyen de ne plus se battre.
Sous le régime du suffrage universel, je savais ce que voulaient dire ces mots : la France, le Pays, la Nation, le Peuple, rOpinion publique, la Volonté nationale, le Suffrage universel; cela voulait dire que le nombre des Français âgés de vingl-et-un ans étant de 9,3o9,03o, il y en avait plus de 4,679,518 qui voulaient telle institution, tel changement, telle réforme, telle loi.
Sous le régime du suffrage restreint, je ne sais plus ce que veulent dire ces mots : la France, le Pays, la Nation, le Peuple. rOpinion publique, la Volonté nationale, car je n'ai plus de moyen de constater ce que pensent, ce que désirent, ce que repoussent les Français majeurs qu'on laisse en plus ou moins grand nombre h la porte des collèges électoraux, après les avoir appelés quelques mois auparavant à tirer de l'urne militaire un numéro représentant sept années de leur vie. C'est une horloge dont les aiguilles ont été faussées; c'est une balance dont l'un des deux ])lateaux a été brisé ; c'est une monnaie dont le titre a été altéré.
Avec le suffrage universel, il y avait un recours constamment ouvert, c'était le recours au peuple français; avec le suffrage restreint, ce recours est fermé; il n'existe plus.
C'est là le reproche que j'adresse à la loi du 31 mai; elle a rompu l'unité nationale et détruit la souveraineté du nombre, lorsqu'il ne restait plus que la souveraineté numérique pour prévenir ou réprimer la guerre civile.
AYEZ LA LOdïQUE DE I/IXTOLERANCE.
« Considérant qu'aucune loi n'autorise a refuser la sépulture ilans les cimetiferes publics aux citoyens tWcédés, quelles que soient leurs opinions religieuses et l'exercice de leur culte, passe a l'ordre du jour.
>> Le présent décret sera inséié au Bulletin. » Décret du 12 frimaire an u
7 octobre 1851.
Lo préfet des Basses-Alpes a deslilué le maire de Sainl- Micliel, sur les motifs exprimés dans l'arrêté suivant :
« Nous, préfet des Basses-Alpes, chevalier des ordres de la Légion d'honneur et de Belgique ;
)) Vu la lettre de Mgr révêque de Digne du 25 courant et colle de M. le souE-pi'éfct de Forcalquier du 20 du même mois ;
» Vu l'article 65 de la Constitution et les articles lO et 2 du décret du 3 juillet 1849;
» Considérant que le sieur Laugier, maire de Saint-!Michel, a fait inhumer de sa propre autorité et malgré les avertissements qui lui ont été donnés, dans la partie du cimetière réservée uniquement au culte catholique, un jeune enfant qui n'a pas été baptisé suivant le rite de cette religion, qu'il devait considérer comme mort sans baptême et faire ensevelir comme tel, puisque l'état n'a pas recoî^nu les protestants de SAINT-MICHEL; qu'il n'a pas attendu, ainsi que nous l'y avions invité, la décision du gouvernement sur I'existence légale des pp.otestants t>E SA COMMUNE ; qu'il a dès loi's compromis la dignité de sa responsabilité et porté une grave atteinte aux lois existantes ,
» Arrêtons :
» Article l^. Le sieiu' Laugier, maire de Sa'nt-Michel, est suspendu de ses fonctions ;
» Article 2. L'adjoint remplira prr vl-o'r 'ment "e^ forct'on de maire de la commune:
» Article 3. Une expédition du présent arrêté sera adressée à M. le sous-préfet de Forcalquier, cliargé d'en assurer l'exécution. Il en sera soumis une ainpliation à M. le ministre de l'intérieur.
» Fait à Digne, le 30 août 1851.
r> Signé : DESAuniEU. »
VUnivers trouve pnrlfiitemenl simple la révocntion du mnire de Saint-Michel, fondée sur le tort dont il se serait rendu coupable en faisant inhumer dans la partie du cimetière réservée au culte catholique un pauvre enfant qu'// devait considérer comme mort sans baptême parce qu'il n'avait pas été baptisé suivant le rite du culte catholique.
VUnirers termine son article par cette allocution :
« Savez-vous, en dé-finitive, quelle liberté vous réclamez ici d'une façon si tragique? La liberté, pour les protestants, d'être ensevelis en terre catholique. Voilà de vos querelles. »
A mon tour, je demande à VUnivers : Est-ce que les cimetières vous appartiennent? Est-ce que les lieux de sépulture n'appartiennent pas aux communes?
Sans doute le maire de Saint-Michel eût mieux fait de se conformer h l'article 15 du décret du 12 juin 1804, et de partager le cimetière par un mur, une haie ou un fossé; mais de ce qu'il n'avait pas établi cette ligne de démarcatian, cela constituait-il un molif suflisant de révocation?
Soyez conséquent, messieurs de VUnivers, ayez la logique de votre intolérance, et proposez d'ajouter à la loi du 31 mai un article qui interdise h MM. Achille Fould et Alhanase Coquerel de siéger dans l'Assemblée catholique qui a l'honneur de compter parmi ses membies MM. de Montalembert et de Kiancey ! Un Isiaélite et un Huguenot déposant leurs bulletins de vote dans la même urne que Mgr Parisis! mais c'est là un scandale, une promiscuité qui ne sauraient être plus longtemps tolérés dans un pays où l'on destitue les maires qui laissent inhumer dans le même cimetière des enfants baptisés selon des rites différents
En Angleterre, est-ce qu'on a laissé entrer dans la Chambre des communes M. de Rothschild et M. Salomon?
Donc, vile à la porle de l'Assemblée législati\e M. Athanase Cncpicrol cl M. Achillr Fimld.