CE QUI MET FIN AUX GUERRES CIVILES
22 octobre 18.31.
La proclamation suivante porte la date de Nevers, 26 octobre 18ol :
a Habitants de Nevers,
B Je viens d'être investi du commandement de l'état de siège de votre département.
» Ce régime exceptionnel, imposé par la nécessité de préserver votre pays des excès delà démagogie et de la guerre civile, sera protecteur pour les honnêtes gens, répressif arec la dernière rigueur pour tous les fauteurs d'anarchie. Que la population tranquille se rassure, qu'elle se livre avec sécurité à tous ses travaux : jamais les personnes et les propriétés n'auront été mieux sauvegardées ; la répression la plus prompte, la plus énergique, écraserait sur-le-champ toute tentative de désordre.
» Le jour est venu où la tekreur doit changer de côté. C'est maintenant à ces gens qui n'ont rien de Français, qui osent invoquer le nom et l'intérêt du peuple pour préconiser tous les crimes, à trembler 1 Le vrai peuple les renie; le vrai peuple, celui qui a porté aux extrémités du monde la gloire de nos armes et le renom de loyauté de notre nation, veut vivre de son travail, élever honnêtement sa famille, et léguer à ses enfants la tradition de l'honneur avec le fruit de ses économies ; le vrai peuple i"enie avec indignation ce ramassis de vagabonds, de pillards et d'incendiaires qui croient pouvoir vivre dans un désordre perpétue], abrités derrière la terreur qu'ils ont su pour un moment inspirer aux gens honnêtes, mais timorés.
D D'un bout à l'autre de la France, un cri unanime d'indignation, poussé par tous les gens de bien, s'est fait entendre à la nouvelle des attentats du Cher. Quelle excuse peut faire valoir l'insurrection, sous le
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gouvernement le plus libéral cJu monde?... Si les hautes régions de la société ont été dépouillées de leurs privilèges, ce n'est pas pour voir aujourd'hui s'élever dans ses bas-fonds lepricilége du pillage !
» Ouvriers des villes et des campagnes, ne vous laissez pas intimider par les perfides conseils de ces gens qui ne se disent vos amis que pour vous pousser au désordre. Regardez dans le passé, et vous verrez toujours ces excitateurs, ces péroreurs de la place publique, absents au moment du danger. Si le triomphe de la mauvaise cause était possible, ils reparaîtraient alors pour partager entre eux seuls les bénéfices d'un succès sans durée. Dans la défaite, leur habileté sait toujours les distraire à la rigueur de la loi, à laquelle ils vous abandonnent sans i-emords. A eux les places, les avantages ; à vous les périls, et, en fin de compte, la prison et la ruine de vos familles. Comprenez-le donc aujourd'hui ; vous êtes pour eux le mai'cliepied, les instruments qui, dans leurs folles espérances, doivent les élever au pouvoir.
» Croyez-en mes conseils, chassez ces faux amis, rentrez dans la pratique des devoirs imposés aux honnêtes gens, et notre pays reprendra cette sécurité sans laquelle il n'y a ni travail ni prospérité possibles.
» .Je compte sur les gens de b'cu ; qu'ils comptent sur moi.
» Le r/ruéral de brigade rommandaul l'élat de siége^
» PELLION. »
Changez le millésime et la date de cette proclamation ; milieu iVoctob)-e ISol, mettez octobre 184S; au lieu de fauteurs d'anarchie, niellez fauteurs de monarchies; au lieu de privilège du pillage, mc\.[ei privilège delà fortune, et demandez-vous ce qu'auraient dit, en 1848, d'une pareille ' proclamation , les monarcliisles qui trouvent aujouid'liui parfaitement juste et légitime celle du général Pellion.
Si des excès coupables ont été conunis dans le Cher, estce donc qu'il n'y a pas.poui' les condamner, un jury et une coiu" d'assises ?
Ce qui met fin aux guerres civiles , c'est la justice absolue; ce qui les perpétue, c'est la justice exceptionnelle.