L^ÉTAT DE SIEGE RESTREINT
23 octobre 1851.
L'extension successive de l'état de siège restreint est la conséquence de la restriction du suffrage universel, comme la formation des sociétés secrètes est la conséquence de la suppression du droit de réunion.
Telle est la logique invisible des choses, contre laquelle se débat vainement la fausse logique des hommes.
]{ïcn de ce qui arrive ne me surprend, car tout ce qui arrive je l'avais prévu et exactement prédit dès le lendemain de la révolution de Février.
Pour cela, point n'était besoin d'être ni sorcier, ni devin, ni prophète , pas plus qu'il n'est besoin de l'être pour annoncer que si l'on sème du h-oment , l'on récoltera du froment; que si l'on plante des pommiers, on cueillera des pommes.
Le journal de l'état de siège et de la transportation sans jugement, c'est désigner le Notional, tonne contre l'état de siège qu'une ordonnance vient d'étendre aux départements du Cher et de la Nièvre.
C'est très bien ; mais il eût été nu'eux de le faire en 1848, à l'époque où le National exerçait une influence prépondérante.
Ce que la démf)cratie récoIt(> en 1851, c'est c que le Xa~ lional a semé à pleines mains vu 18i8.
L'ETAT DE SIEGE RESTREINT. Mo
Je ne comprends pas l'élat de siège en 1851, mais je ne le comprenais pas mieux en 1848, lorsque, le 2 septemlire, M. le général Cavaignac montait à la tribune pour en prendre la défense contre M. Ledru-Rollin ; lorsque, le 11 octobre, il en réclamait le maintien en ces termes : (.(Oui. je le déclare, il y aurait danger pour le pays , danger pour la République, danger pour la Constitution elle-même à faire cesser Vétat de siège... Nous arons émis notre opinion dhine manière bien claire et bien précise. Si VAssemblée levait fêtât de siège, elle créerait un véritable danger. » Déclai-alion qui était si peu fondée, que huit jours après, le 19 octobre, M. le général Cavaignac, changeant subitement de langage, appuyait à la même tribune la levée de l'état de siège en ces termes : « En tenant compte de toutes les évenlucdités. je déclare que les moyens d^action et de répression dont je puis disposer me permettent de faire face à toutes les conjonctures... Cest ma conviction énergique et profonde. »
Si je mets encore une fois sous les yeux des lecteurs cette mémorable et flagrante contradiction à huit jours de distance, ce n'est pas pour récriminer; c'est afin de montrer ce qu'il faut penser et croire de la sincérité et de la justesse des al'lirmations de ceux qui ont la prétention de nous gouverner, affirmations qui varient au gré de leurs mobiles intérêls.
Le 11 octobre 1848, lorsque le général Cavaignac réclamait le maintien de l'élat de siège, M. Senard était ministre de l'intérieur. Le 19 octobre, lorsque M. Cavaignac admettait la levée de l'état de siège, M. Senard avait été remplacé par M. Dufaure.
Que le nouveau ministère, quoiqu'il soit, qui remplacera M. Léon Faucher, propose en même temps que la suppression du suffrage restreint la levée de l'état de siège restreint, et les choses se passeront en octobre 1851 comme elles se sont passées en octobre 1848. Est-ce qu'après la levée de l'état de siège, en octobre 1848, l'ordre moral et matériel a été troublé un seul instant et sur un seul point? Est-ce que l'élection du 10 décembre 1848, qui mettait en
piésencii tous les pai'lis, un bulletin i» la main, a donné lieu ou servi de prétexte à la plus légère violence ? Est- ce que celte grande et décisive épreuve n'est pas l'un des plus glorieux faits dont l'histoire de la tlémocratie a dû recueillir et devra transmettre le souvenir et l'exemple ?
Le maintien du suffrage restreint mène logiquement à l'état de siège universel; le rétal)lissement du suffrage universel mène logitjuement à la levée de l'état de siège restreint.