‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 143 sur 231 · DÉCRET ORGANIQUE POUR LES ÉLECTIONS · texte numérisé non relu

DÉCRET ORGANIQUE POUR LES ÉLECTIONS

» Article 12. Sont électeurs, sans condition de cens, tous les Français âgés de vingt-un ans accomplis jouissant de leurs droits civils et politiques.

» Article 13. La liste électorale est dressée pour chaque commune par le maire. Elle comprend par ordre alphabétique:

» 1" Tous les électeurs habitant dans la commune depuis six mois au moins. »

Il n'entre pas dans le cadre de cet inventaire de rechercher et d'examiner si la Constitution du 14 janvier 1852 vaut moins que la Constitution du 4 novembre 1848, qui avait permis de décréter l'état de siège en permanence, de supprimer le di'oit de réunion, de ruiner la presse, et de supprimer trois millions deux cent mille électeurs sur neuf millions cinq cent mille ; mais si la Constitution du 14 janvier 18o2l ne vaut pas celle qu'octroierait Henri V à la France, en admettant qu'il daignât en octroyer une ; et même celle que pourrait accepter Louis-Philippe II, en admettant, ce que je considère comme inadmissible, le re-

tour de la branche cadette à l'exclusion de la branche aînée.

En quels points, je le demande aux organes du parti légitimiste et aux organes du parti orléaniste, une Constitution signée Henri V et contre-signée Bcrryer, ou une Conslilution signée Louis-Philippe II et contre-signée Thiers, vaudrait-elle plus que la Constitution signée Louis-Napoléon Bonaparte et contre-signée Rouher?

Quelle est la liberté que légitimistes et orléanistes, à l'envi, avant et après 1848, n'aient pas baisée au front pour la saisir au cou et l'étrangler plus sûrement ?

La liberté de la presse, prétend-on, est plus restreinte sous la Constitution de 1852 que sous la Charte de 1830, que sous la Charte de 1814 ; je le conteste ; mais cela fût-il vrai qu'd y aurait au moins compensation dans la liberté de suffrage qui est incomparablement plus grande ; car sous la Restauration de 1814, le droit d'élection était le monopole de 87,000 Français payant 500 francs d'impôt foncier ; sous la Monarchie de 1830, il était le privilège de 230,000 Français payant 200 francs de contribution directe ; tandis qu'il appartient présentement à tous les Français, au nombre de plus de dix millions.

Ajoutez qu'en 1829 et en 1847, le pouvoir était héréditaire, tandis qu'en 1852 il n'est plus que temporaire.

Il faut être équitable et ne pas s'atlachei' exclusivement au mauvais côté des choses, car c'est le moyen de l'empirer encore, au lieu de l'atténuer. L'expérience est là pour l'attester. Que l'expérience, enfin, nous serve donc !

Le suffrage universel existe.

Il est écrit dans la n;)uvelle Constitution.

lia fonclioimé le 20 décembi-e 1851.

Il a fonctionné le 29 février 1852.

E\ige-t-on de moi que j'éci'ive fpi'il s'est trompé ?

Soit : il s'est trompé.

Eh bien I quelle conclusion en veut-un tirer?

Est-ce que le cens électoral à 500 francs et le cens élec-

toral à 200 IVancs ont été iiiriiillil)les et ont fésislé à Vabuf; des influences ?

Est-ce que la Restauration de 1814 n'a pas eu la Chambre des Introuvables, et la Révolulian de 1830 la Chambre des Satisfaits ?

Mais à quoi sert de verser toujours dans l'ornière creusée par les récriminations ? Qui regarde en arrière au lieu de regarder en avant, ris(iue de tomber, non pas seulement dans l'ornière, mais dans l'abîme. Au lieu de jeter les regards en arrière, jetons-les donc en avant. Le passé est une proie qu'il ne fallait pas laisser échapper quand on l'avait dans les mains. Le passé ne nous appartient plus, mais l'avenir nous appartient encore. Ne sacrifions pas aveuglément l'avenir dont nous pouvons nous emparer, au passé que nous ne pouvons faire revivre.

Dans la vie d'un peuple, que sont dix années?

Que sont six années ?

A peine si c'est le temps de commencer et d'achever Téducation d'un enfant.

Lorsque l'éducation du suffrage universel exigerait le même temps, serait-ce donc trop et devrait-on perdre patience ?

Si d'ici à six ans le suffi'age universel reconnaît qu'il s'est trompé, rien ne l'empêchera à cette époque de réparer son erreur, et. cette première épreuve opérée, d'accomplir la seconde.

C'est en forgeant qu'on apprend à forger; c'est en votant qu'on apprend à voter.

Patience ! patience !

La Constitution de 18o2, franchement acceptée par la démocratie, fidèlement observée par le président de la République, dont cette Constitution est l'œuvre personnelle, peut, telle qu"el'e est, rendre à la France la liberté par la stabilité.

Je le dis parce que je le crois, et, le croyant fermement, je considère comme un devoir impérieux de le dire haute-

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nient, afin de prévenir des Jïuites que je pressens el qui s'expieraient par de nouvelles rigueurs.

C'est bien d'aimer le peuple pour soi, mais ce>l mieux encore de l'aimer pour lui-même.

Le nombre de ceux qui ont soufVert et qui s jutlrent est assez grand pour qu'on y rétléchisse mûrement avant de s'exposer h le grossir encore en activant la fermentation des esprits.

Ma foi dans le suffrage universel est restée entière. Rien ne l'a ébranlée, et peut-être y a-t-il quelque courage à le déclarer, lorsque le suffrage universel a présentement pour détracteurs véhéments beaucoup de ceux qui en furent les plus ardents promoteurs.

Non. je ne suis point de ceux-là qui ne trouvent pas de termes assez sévères pour flétrir la neutralité gardée par le peuple après l'acte du 2 décembre. Que pouvait-il faire ? S'il prenait parti pour l'Assemblée nationale contre le Président de la République, il donnait la victoire à la majorité Thiers-Berryer qui avait vote la loi du 31 mai. il prenait parti pour le suffrage restreint contre le suffrage univei"sel, il passait sous la dictature du général Changarnier. Qu'y eussent gagné la Démocratie, la République, la Liberté?

Le peuple, ayant gardé la neutralité le 2 décembre, que pouvait-il faire le 20 décembre? S'il votait non au lieu de voter 01//, il votait l'inconnu. Il a donc accepté l'expérience d'une Constitution nouvelle, œu\Te d'un seul, à la place d'une Constitution polluée, œu\Te d'une majorité.

L'avenir prononcera entre le peuple et ceux qui le condamnent ; l'avenir montrera qui a eu raison, qui a eu toit le 2 et le 20 décembre 18oI.

Si le travail, cet élément sans lequel il ne saurait exister ni stabilité ni prospérité, finit par triompher de tous les obstacles, s'il finit par vaincre quelques résistances qui s'opposent encore à la plénitude de sa reprise, ce sera le peuple, ce sera l'immense majorité qui aura eu raison contre une faible minorité, et contre moi-même qui. le 20 décembre 1851. je le déclare, ai volé .Von, car le peuple aura aban-

donné l'ombre pour garder la proie, puisque, (inalemenl, il aura gardé le sullrage universel et le régime électif, la base et le iaîte de la Républicjue.

Ce qu'il faut donc souliailer. et ce que je souhaite ardemment dans Tintérèl de la démocratie et de la liberté, c'est que le vaste essor donné à l'achèvement des chemins de fer conununique à son (our une égale impulsion aux transactions du counnerce.

Les traités conclus avec les Compagnies de chemins de fer; la réduction du taux de l'escompte de la Rancpie de France, autorisée à prêter sur dépôt d'actions ; la réduction de la rente 5 0/0; l'organisation de Sociétés pour la constitution du Crédit foncier : ce sont là d'authentiques preuves qui atleslentque le programme de la paix l'a délinitivement emporté, dans les délibérations de l'Elysée, siu- le programme de la guerre.

Pourquoi donc la stabilité ne s'étahlirait-clle pas?

Les articles 16 et 18 de la Constitution n'ont-ils pas prévu le cas de mort du président de la République, et réglé ce qu'alors il y aurait à faire ?

Les votes du 10 décembre 18'i8 cl du 20 décembre iS.'iJ n'ont-ils pas montré avec quelle facilité et quelle ra])idilé fonctionnerait le suffi-age universel ?

Aucune crainte sérieuse, sincère, ne saurait donc exister. D'intéressés à empêcher que la confiance publique ne consolide le régime électif, il n'y a que les partisans du régime héréditaire; il n'y a que ceux qui aspirent h restaurer la monarchie.

Sans doute, dans les rangs de la démocratie, beaucoup auront souffert pour leur foi politique.

Je ne l'oublie pas, et c'est précisément parce que je ne l'oublie pas, que j'ai coi"feidéré comme un devoir de m'élever au-dessus de toutes les considérations de partis, d'imposer silence à mes griefs personnels, à mes intérêts blessés, et de parler le langage que je viens de tenir. .Je sais que tout régime qui dure et veut durer tend de lui-même à se tempérer.

La Restauration valait moins enlSloqifen 1819 et en 1828.

Déjà la censure n'existe plus; Tétai de siège a été levé dans toute la France, les commissions mixtes ont terminé ce qu'elles n'auraient jamais dû commencer; il n'y aura de déportés à Cayenne que des forçats de Toulon, de Rochefort et de Brest, et je ne puis croire, si le parti républicain sait se contenir, que les transportés de Lambessa tardent longtemps à être rendus à leurs familles. Quelqu3 circonstance propice à la démocratie mettra la politique d'accord avec l'humanité; celle-ci fera entendre sa voix, et cette voix sera écoutée.

Le pouvoir constituant du 20 décen^ljre 18ol a pu augmenter le traitement des ministres, des magistrats, des fonctionnaires; il a pu surcharger d'or et de broderies le costume des conseillers d'État, des sénateurs et des députés; il peut, si cela lui plaît, créer des barons, des comtes, des ducs, voire même des marquis; rien de tout cela n'effacera son origine indélébile, rien de tout cela n'empêchera qu'il ne soit la négation vivante du droit divin, l'incarnation révolutionnaire de la souveraineté du peuple, le produit, enfin, du suffrage universel. Quoi qu'il fasse, il ne pourra jamais faire que ses intérêts ne soient pas de même nature que ceux de la démocratie, et en toutes circonstances graves où il aura besoin d'appui, ce sera toujours à elle qu'il sera contraint de recourir exclusivement. L'empereur disait, en 1814, à Benjamin Constant : « Je ne suis pas seulement » l'empereur des soldats, je suis celui des paysans, des

» plébéiens de la France Aussi, malgré le passé, voyez

» le peuple revenir à moi ! Ce n'est pas comme avec les pri- » vilégiés : la noblesse m'a servi ; elle s'est lancée en foule » dans mes antichambres; il n'y. a pas de places qu'elle » n'ait demandées, sollicitées. J'ai eu des Montmorency, » des Noailles, des Rohan, des Beauvau, des Mortemart; » mais il n'y a jamais eu analogie : le cheval faisait des » courbettes; il était bien dressé, je le sentais frénnr. Avec » le peuple, c'est auli'e chose, sa fibre populaire répond ii » la mienne. Je suis sorti des rangs du peuple; ma voix

CONSEUVOiNS LA REPUBLIQUE. 421

» agit sur lui. Voyez ces conscrits, ces fils de paysans, je ne « les (hUlais pas, je les traitais durenienl, ils ne mVntou- » raient pas moins ; ils n'en criaient pas moins : Vive l'em- » pereur! C'est qu'entre eux et moi, il y a même nature. » Il disait !i Sainte-Hélène : « J'ai implanté des principes )) qu'on ne déracinera plus ; ils fermenteront toujours. » C'est en vain que les souverains et les vieilles aristocra- »'ties mulliplici'onl leurs eflbrts pour s'y opposer; c'est la » roche de Sisyphe qu'ils tiennent levée au-dessus de leurs » têtes ; mais quelques bras se lasseront, et, au premier » défaut, tout leur croulera dessus. » En s'exprimant ainsi, l'empereur avait raison ; il avait également raison quand il disait : a Les grands propriétaires, en France, sont plus » Anglais et plus Autrichiens que Français. » Évidemment, la démocratie aurait grand tort de désespérer de l'avenir; l'avenir est à elle, et le présent lui-même lui appartient plus qu'elle ne le croit.

Arrière donc les aveugles, les insensés ou les traîtres fpii disent que ce qui existe n'étant pas la République, par respect pour elle et par dignité pour eux, le devoir des républicains de toutes dates et de toutes nuances est de se tenir à l'écart, de grossir partout les rangs de l'opposition, de saisir, enfin, toutes les occasions directes ou indii'ccles dd protestation ; arrière les Bertrands qui tiennent ce langage, et pour cause, à tous les Ratons dont ils ont besoin I)our tirer les marrons du feu.

Ce qui existait le 24 juin 1848, alors qu'un questeur de l'Assemblée constituante proposait d'arrêter la nuit, chez eux, tous les écrivains et de les déporter, n'était-ce donc pas la République ?

Ce qui existait le lendemain du25juin, alors que dix journaux étaient supprimés par un décret signé par le général Cavaignac, n'était-ce donc pas la République?

Ce qui existait le 27 juin, le jour où la Constituante votait le décret de transporta lion de 12,000 Français, n'était-ce dune pas la Réj)ubli(iue ?

Ce qui existait le 20 août, alors que la Gazette de France,

sérieusenieut accusée de mettre l'existence de la République en péril, était suspendue par un décret sérieusement délibéré en conseil des ministres (1), n'était-ce donc pr.s la République ?

Ce qui existait le 2 septembre, alors que le président du conseil chargé du pouvoir exécutif s'opposait opiniâtrement à ce que l'état de siège fût levé, ainsi que le demandait M. Ledru-Rollin, avant d'ouvrir la discussion sur le projet de Constitution, n'était-ce donc pas la République?

Le moindre tort de ces scrupules serait d'être tardifs.

Je termine cet inventaire, et je conclus en disant aux républicains : Tout bien compté, tout bien pesé, si vous m'en croyez, vous n'y regarderez pas de trop près, car ce serait jouer le jeu de la royauté ; vous ne vous montrerez pas plus difficiles que sept millions d'électeurs; vous vous contenterez de ce qui existe encore sous le nom de République.

S'en contenter, c'est le moyen de la conserver, c'est le moyen d'empêcher une restauration de l'absolutisme monarchique non seulement en France, mais dans toute l'Europe, en Relgique, en Suisse, en Piémont, en Espagne et en Portugal.

Après le 24 février, qu'ont fait les vaincus de la Monarchie? Ont-ils protesté licrement contre la République? Non, c'est en se faisant humbles qu'ils l'ont apaisée, qu'ils l'ont désarmée, qu'ils l'ont enchaînée, et qu'ils sont parvenus en peu de mois à ressaisir la prépotence politique qu'ils avaient perdue. Que cet exemple serve aux républicains s'ils tiennent à conserver la République, non pour lutter d'hypocrisie avec ceux qui criaient vive la République quand ils voulaient la renverser, mais pour lutter de prudence et conserver la Républicpie sous la République.

Les royalistes tronipaienl la France, en 1848. lorsiiu'ils disaient : Conservons la République! Les républicains ne

(1) Le général Caviiignac, président du conseil; Senard, intéiieur ; Bastide, affaires étraïujcrea ■, Lamoricière, guerre; Carnot, instruclion publique; Marie, justice; Touret, agriculture ; Leblanc, marine ; Kecurt, travaux publics; Goudchaux. finances.

Ironipcront personne, en 1852, lorsqu'oprès le discours du 29 mars ils conlinucronl à dire : Conservons la République !

in.

4 avril 1852.

Quatre partis divisent la France :

Le parti légitimiste;

Le parti républicain ;

Le parti impérialiste;

Le parti orléaniste.

L'ordre dans lequel je viens de les inscrire est l'ordre chronologique.

Quel que soit le parti qui ait triomphé et qui gouverne, il y a et il y aura longtemps trois partis contre un, ouvertement ou ténébi'eusement ligués, trois partis qui tenteront et feront toujours, pour n'être pas absorbés par le quatrième, tout ce qu'ils pourront tenter et faire.

Sans les excès de la première Révolution et de la première République, le parti impérialiste n'eût jamais existé.

Sans les intrigues d'ambitieux tels que M. Thiers et M. Guizot, le parti orléaniste ne fût pas venu au monde en

Il n'y aurait eu, il n'aurait jamais dû y avoir que deux partis en présence : le parti légitimiste et le parti républicain, car ces deux partis ont seuls une raison d'être; l'un est à l'autre ce que la virilité est à l'enfance, ce que la négation est à l'affirmation, ce que le mouvement est à l'immobilité, ce que la responsabilité est à l'infaillibilité, ce que l'examen est à la superstition, ce que la liberté est à la sujétion, ce que l'absolu est à l'arbitraire, ce que le droit est au fait.

Ce qu'il faut souhaiter, c'est que le plus tôt possible il n'y ait plus en France que deux partis : le parti légitimiste et le parti républicain.

Par ces paroles aussi vraies qu'inattendues ; « coxser- » voNs LA RÉPUBLIQUE ; elle ne menace personne^ elle peut

» rassurer tout le monde, » par ces paroles que rien ne l'obligeait de prononcer, le président, réélu le 20 décembre 1851, a donné à l'orléanisme un grand exemple, car, pour me servir de la fausse expression usitée, il a opéré a la fusion » de l'impérialisme dans la République, dont il a ainsi agrandi le cercle.

Depuis le discciurs du 29 mars 1852, il n'y a plus que des républicains ; seulement le nombre des nuances et des dates qui les ilivisent s'est augmenté d'une date et d'une nuance de plus.

Que l'orléanisme, qui n'a aucune raison d'être, qui n'a aucune raison de survivre à la révolution de 1848, s'efface donc dans la Légitimité, comme l'impérialisme vient de s'effacer dans la République.

L'orléanisme a été un gouvernement de fait, rien de plus; or, ([u'est-ce qu'un gouvernement de fait qui a cessé d'exister? Quels droits a-t-il acquis? Quels droits conserve-t-il? Aucun; absolument aucun.

L'orléanisme, ce régime mixte qui a pu subsister de 1830 a 'i848, iVétail et ne serait encore ni la Monarchie, ni la République, ni l'Hérédité, ni l'Élection, ni le Droit d'aînesse, ni le Droit de suffrage, ni l'Autorité, ni la Liberté, ni la Paix, ni la Guerre.

L'Orléanisme n'a donc rien de mieux à faire, en 1852, que de donner sa démission ; il eût mieux fait encore de ne pas accepter, en 1830, la royauté, car il y eût gagné ce que vient de lui faire perdre le décret du 22 janvier 1852.

En m'exprimant ainsi, ce n'est pas le langage de la w fu- » sion B que je parle, c'est le langage de la logique ; c'est le langage qu'auraient dû, mais que n'ont pas osé tenir MM. Guizot, Duchàlel et Salvandy loi'squ'ils ont pris et accepté devant la France la responsabilité du journal qu'ils dirigent. Ils n'ont pas osé dire aux cadets : Vous n'êtes pas les aînés! Aussi, le mot « fusion » n'a-l-il abouti (ju'ii accroître encore la confusion des idées, (pi'ii entrelem'r des illusions et qu'à grandir des prétentions (|uil ne fallait admettre sous aucun nom. sous aucune foiine. M.M. Guiznt.

GONSER^ONS LA IIÉPIBLIQLE. 425

Ducbàlel cl Salv.indy, légitimistes honteux, se sont cachés sous le nom de fusionnistes au Heu de se proclamer hautement et à visage découvert ce qu'ils sont : légitimistes.

Quels que soient les justes regrets qui aient survécu à la chute de la royauté de 1830 et les sympathies profondes que celle-ci ait emportées dans l'exil, l'orléanisme, à l'état de branche cadette, rivale de la branche aînée, est fini ; il était utile, il était nécessaire qu'il le sût; aussi ne devaiton pas craindre de le lui articuler crûment. Ce que nul n'a osé, je l'ose et je le lui dis.

Qui ramènerait l'orléanisme? qui relèverait la royauté de 1830? qui replacerait le Coq entre le Lys et l'Aigle?

Des vœux ?

Une conspiration ?

Des vœux! Si ardents qu'ils puissent être, et quoique dans le nombre il y en ait d'étranges sur lesquels on ne devait pas compter, des vœux ne sauraient suffire à pareille tâche. On ne renverse pas plus un gouvernement établi, lorsqu'on se borne à faire des vœux contre lui, qu'on ne tue du gibier à la chasse lorsqu'on ne brûle que des amorces.

Une conspiration ! Aux conspirations qui réussissent dans l'ombre, je n'y crois guère plus qu'aux vœux qui s'exhalent dans le vide. Quelle conspiration a réussi sous la République, sous le Directoire, sous le Consulat, sous l'Empire, sous la Restauration de 1814 et sous le régime de 1830 ?

Le retour de ce dernier régime serait un etfet sans cause. Des causes sans effet, il y en a ; mais des effets sans cause, il n'y en a pas. La branche cadette de la maison de Bourbon ne peut régner en France qu'après la mort ou l'abdication du dernier rejeton de la branche aînée.

L'impérialisme s'étant effacé dans la République, et l'orléanisme ne pouvant manquer de s'effacer dans la Légitimité par la même loi qui fait que les fleuves ont la mer pour embouchure, la France y gagnera de n'être plus écar.telée ; elle y gagnera d'y perdre deux partis sur quatre.

Alors il n'y aura plus aux prises que deux partis : le parti du passé et le parti de l'avenir ; le parti du passé, fondé sur

le droit divin et Pliérédité séculaire; le parti de lavenir, fondé sur la volonté nationale et le suffrage universel.

C'est là le fait dont il faut, dans lintérél de la France et de la démocratie européenne, hâter de tous ses vœux et de tous ses efforts l'accomplissement.

Lorsqu'il n'y aura plus en présence que la République et la Monarchie, la République ayant sur la Monarchie l'immense avantage de la possession d'état, ne tardera pas à entrer dans les idées et dans les mœurs ; elle ne tardera pas à devenir la stabilité et à retlevenir la liberté.

L'inconséquence est ce qu'il y a de plus commun en France.

Il y a encore un grand nombre de gens qui croient que la stabilité n'est compatible qu'avec la royauté, et qui, cependant, ne veulent à aucun prix de la légitimité.

Ils ne réfféchissent pas que si la royauté mixte pouvait revenir de Claremont a Paris, elle aurait de nouveau contre elle les légitimistes, les impérialistes et les républicains ; ce serait encore et toujours la continuation de ce jeu funeste : Trois partis contre un.

De leur côté, les légitimistes s'imaginent que le lendemain du jour où S. M. Henri V serait remonté sur le « trône » de ses pères , » les républicains renieraient leur foi, les bonapartistes leur culte et les orléanistes leur opposition. Non; la légitimité aurait de nouveau et plus que jamais à luttei- contre les mêmes rivalités encore envenimées, les mêmes difiicullés encore aggravées , les mêmes idées encore fortifiées, sous lesquelles elle a succombé en 1830.

L'instabilité, loin de diminuer, ne ferait donc que s'accroître et se prolonger.

Voilà ce qu'il faut que la France sache ; voilà ce qu'il faut que la France se dise ! Voilà ce que semble avoir compris le président de la République, et voulu ex])riuier en disant : « Conservons la République ; elle ne menace personne, » elle peut rassurer tout le monde. »

Quel plus bel ékge en pouvait-on làire, et de quelle forme de gouvernement pourrait-on faire cet éloge?

Le Irioinphe de l'orléanisme menacerait le bonapartisme et le légitimisme.

Le triomphe du légiliinisme menacerait l'orléanisme et le bonapartisme.

Sur quoi rimpérialisme, qui aurait contre lui légitimistes, orléanistes et républicains, fonderait-il Tespoir de se perpétuer?

1814, 1830 et 1848 ont prouvé combien était vaine et fragile la prétention de fonder, de ressusciter, de greffer des dynasties. Le duc de Reichstadt est mort dans l'exil, le comte de Chambord y vit depuis vingt-deux ans, et le comte de Paris achève en Angleterre son éducation commencée en France.

Il y a lieu de croire que, du 20 décembre 1851 au 29 mars 1852, le pouvoir constituant a tenu et pesé plus d'une fois dans sa main ces deux programmes :

L'Empire et la Guerre ,

La République et la Paix.

Il y a lieu de croire que c'est après mtlr examen qu'il a écarté le premier de ces deux programmes et adopté le second.

S'il en est ainsi, il ne faut désespérer d'aucun progrès ; s'il en est ainsi, l'avenir de la liberté est plus que jamais assuré en France ; seulement en France, ainsi que cela a eu lieu en Angleterre, la liberté devra, de nouveau, se conquérir pied à pied; ce sera par la liberté progressive qu'on reviendra à la liberté absolue, mais cette fois, espérons-le, ce sera pour la garder toujours.

En y réfléchissant bien, le pouvou' constituant du 20 décembre 1851 aurait reconnu que la République l'élevait plus haut que l'Empire, et le maintenait plus sûrement.

Ainsi s'expliquerait le passage de son discours du 29 mars 1852, où il dit : « En me voyant rétablir les institutions de » l'Empire, on a répété souvent que je désirais rétablir « TEmpire môme. Si telle était ma préoccupation c:^nstante. » cette transformation serait depuis longtemps accomplie : » ni les moyens, ni les occasions ne m'ont manqué. »

En effet , la République est au-dessus de l'Empire, car la République est l'exercice du suffrage universel et l'Empire en serait l'aliénation.

Le suffrage universel aliéné, l'Empire héréditaire pourrait dire à la Royauté séculaire : Je m'appuie sur plus de huit millions de suffrages qui vous manquent ; mais à son tour la Royauté séculaire pourrait répondre à l'Empire héréditaire : Moi, je m'appuie sur plus de huit siècles que vous n'avez pas; pesons lesquels Tempoi^tent de huit siècles de règnes ou de huit millions de votes !

Mais où serait la balance, et qui serait juge entre Henri V et Napoléon III. entre la Royauté de 987 et l'Empire de 1852 ?

Si ce débat s'engageait, il serait sans fin et sans conclusion, tandis qu'entre la République et la Royauté, il n'y a pas de débat possible. La République, c'est le droit; la Royauté, c'est le l'ait.

Dans ce cas, le président de la République est conséquent avec ce qu'il dit du suffrage universel dans ce même discours du 29 mars, où il le proclame « la seule source du » droit, » où il se déclare « l'expression de la volonté popu- » laire, » et où il ajoute : « La première des garanties pour » un peuple est dans le droit de choisir le gouvernement qui » lui convient. »

Non seulement l'élu du 20 décembre 18ol reste conséquent avec son discours en lestant président de la République; mais, en restant président de la République, il conserve une position unique dans le monde entier ; car il n'y a que lui en Europe et même en Amérique qui soit élu par le suffrage universel et direct, puisque le président de la République des États-Unis est nommé par moins de 300 électeurs.

Empereur des Français, c'eût été, parmi les souverains d'Europe, même de la part des plus iietits, à qui le reconnaîtrait le dernier et le marchanderait le plus longtemps; tandis que, président de la République française, il est reconnu de tous et n'est contesté par aucun. Puis telle circiinslanc(> pourrait se i)résenler où il serait l'oiulé à leui"

(lire: a \'ous n'incarnez que le fait, moi j'incarne le droit; vous êtes la conquête, moi je suis l'éleclion ; vous êtes la négation de la souveraineté des peuples, moi j'en suis l'affirmation ; vous êtes la source tarie du passé, moi je suis la source vive de l'avenir. »

Hérédité contre hérédité, la plus ancienne a incontestablement l'avantage ; mais hérédité contre élection, l'avantage appartient sans contredit à l'élection.

Contre 7,430,219 suflrages donnés le 20 décembre 1851 au président de la République, que valent les litres de l'héritier de Hugues Capet, nommé à Noyon en mai 987 par ses vassaux et par quelques seigneurs de ses amis, au mépris des droits de Charles de Lorraine, frère de Lothaire, lequel était fils de Louis IV et père cle Louis V, empoisonné après une année de règne ?

Les raisons que je donne ici pour expliquer le passage du discours du 29 mars 18o2, où l'auteur déclare qu'il a préféré le titre qu'il avait à un a titre pompeux, » sont probablement celles qu'il s'est données lui-même et qui l'ont déterminé.

Si cela était vrai et s'il persiste dans la judicieuse résolution de conserver la République, je l'affirme, avant dix années, avant le terme marqué par la Constitution du 14 janvier 1832 pour l'élection d'un nouveau président, il n'y aura plus en France de partis dynastiques, il n'y aura plus d'orléanistes, il n'y aura plus d'impérialistes, il n'y aura plus de légitimistes, il n'y aura plus que la République, affermie, gloiieuse et féconde.

Alors, le coup d'État du 2 décembre, absous par le peuple, pourra l'être également par l'histoire, acceptant celte justification donnée le 30 mars 1832 par le président du sénat, par le dernier frère de l'empereur, par l'oncle du président de la République : « Le neveu de l'empereur devait » avoir une bien vive appréhension de l'avenir pour prendi'e » une si audacieuse initiative. »

De la conduite que tiendra le président de la République dépendra le jugement que portera la postérité sur l'acte du 2 décembre 1831.

La conservation de la République peut en devenir la justification; le renversement de la République en serait, au contraire, la condamnation.

La République conservée, c'est la stabilité fondée ; la stabilité fondée, c'est la liberté rendue.

Elle nous sera rendue, parce que les prétendants qui ne nous la donneraient pas, s'ils revenaient, nous la promettent afin de revenir. Or, l'infaillible moyen de les empêcher de revenir, ce sera de nous la rendre ; ce sera de tenir, sans l'avoir promis, ce qu'ils promettent sans dessein de le tenir.

Oui, la liberté que vous avez trahie tant de fois, ô royalistes! nous sera rendue non par vous, mais contre vous; celui qui nous l'a prise sera forcé de nous la rendre, parce que vous nous la promettez !

6 nvril 1852.

La République, qui ne menace personne et qui peut rassurer tout le monde, si elle tombait, serait remplacée.

Ou par une deuxième édition de l'Empire,

Ou par une deuxième édition de la Restauration.

Je suppose la République remplacée par TEmpire : Quels avantages l'Empire aurait-il sur la République ?

11 aurait des avantages de moins et des périls de plus.

C'est ce qu'il est facile de démontrer.

La République existe depuis quatre années.

Elle a été reconnue par toutes les puissances, ébranlées et intimidées en 1848, maintenant rassurées et menaçantes.

Elle a résisté, le lo mai et le 2i- juin 1818. à des épreuves sous lescpielles, on l'a l'cconnu , la inonaivliie eût succombé.

Elle aljiile dei'rière le siifTiage universel et rélection la vie du pi'csidenl de la République contre de sonil)res ressentiments et de ti-nébreuses résolutions qui se contiennent en s'ajotirniint jus(ju"it rEnipirc.

CONSRRVONS LA REPUBLIQUE. 431

Elle est aimée du peuple, qui tient plus qu'un ne croit au nom de Répul)li(iue. Il y tient connue un soldat blessé tient à son drapeau troué.

Elle l'a fait patient et tolérant; elle a changé les rôles; elle Ta rendu conservateur, tandis que. relativement à lui. ce sont les partis monarchiques qui sont révolutionnain^s.

Ces avantages, l'Empire proclamé ne les aurait pas, et voici très sommairement quels périls il aurait:

Il menacerait tout le monde et ne rassurerait personne.

Il donnerait aux puissances absolutistes le prétexte et l'occasion qu'elles cherchent peut-être de reprendre l'œuvre de 1815 et de reformer la ligue des gouvernements compresseurs contre les peuples comprimés.

Il rallumerait le souvenir mal éteint de Waterloo. Il ramènerait la France de 1852 au lendemain de cette bataille : il la ramènerait au 19 juin 1815.

II mettrait la France dans cette situation de se croire et de se paraître à elle-même trop petite, comparativement à ce qu'elle était avant la perte de la bataille de Paris, livrée le 30 mars 1814. La France impéiiale ne supporterait pas la pensée de n'être plus ce qu'elle fut ; elle se rappellerait qu'elle se composa de 132 départements au lieu de 86: elle se rappellerait que non seulement après 1814 et 1815, elle fut réduite à ses anciennes limites de 1789, mais encore qu'elle se vit enlever Marienbourg, Philippeville et Landau.

Il placerait le pouvoir absous le 20 décembre entre la guerre qu'il lui faudrait soutenir au dehors et la liberté qu'il ne pourrait plus contenir au dedans, entre la République qui relèverait la tête et la Royauté qui armerait son bras.

Il serait la panique de la Bourse et la déroute du crédit.

Il serait plus encore que la déroute du crédit, il serait la déroute du travail ; tous les travaux publics entrepris s'arrêteraient immédiatement.

Il serait la provocation directe à un attentat, qui vraisemblablement ne se ferait pas attendre; car si dans le parti

répuljlicain il ne se trouvait pas d'Aliijaud, il se trouverait un Mérino dans le parti royaliste; il s'en trouverait un d'autant plus probablement dans ce dernier parti, que la République^ que le régime électif n'existeraient plus ; que la Monarchie, que le régime héréditaire auraient été rétablis, et qu'Henri V, de retour aux Tuileries, n'aurait absolument à changer que le nom d'empire contre celui de royaume. Le jour où l'Empire serait décrété, ce serait le cas de modifier ainsi le fameux mot de M. Thiers: « La Royauté est faite. "

J'ai entendu dire que ce ne serait pas lEmpire héréditaire, mais l'Empire viager. Ce que j'ai dit de l'Empire relativement à la République, je le dis de l'Empire viager relativement à l'Empire héréditaire. LEuipire viager aurait tous les périls de l'Empire héréditaire et n'en auraitpas les avantages, car ce ne serait pasi'éleclion et ce ne serait pas l'hérédité; est-ce donc (pi'une lui d'élection ne vaut pas une loi de succession? Et si ce n'était pas pour rendre à la France ses limites de janvier 1814, pourquoi serait-ce donc? — Pour contenir et punii- les partis, parti républicain et partis royalistes.

Singulière façon de contenir les partis que de les coaliser et de s'affaiblir ! Que de leur donner à chacun et à tous un grief de plus ! Que d'ajouter l'iriitalion extérieure des souverains à la fermentation intérieure des populations! Singulière façon, enfin, de punir les partis que de se condamner et de les justifier !

Aussi, quoique j'aie entendu dire et répéter autour de moi (pie j'avais tort d'attacher de l'importance aux paroles du 29 mars ]8o2, qui ont inspiré ces artichvs daus le moment où j'étais le plus éloigné de toute i)ensée de reprendre ma plume, rien de ce qui m'a été rapporté, répète et dit. n'al-il eu le pouvoir de faire changer en moi une opiiu'on tirée du fond des choses.

Trop souvent on juge en France des choses sur leur surface ! Ainsi s'explique comment s'égarent tant d'esprits qui passent pour lumineux ; ainsi s'explique comment on s'effraie il tort de beaucoup de dangers plus apparents que

réels, tandis qu'on ne s'effraie pas de beaucoup de dangers plus réels qu'apparents, et d'autant plus graves qu'ils sont moins visibles. Je n'affirme point que l'Empire ne se fera pas, il s'est fait en 1804 ; mais j'affirme que s'il se fait il ne durera pas. N'est-il pas tombé deux fois en quinze mois: le 31 mars 1814 et le 21 juin 1815?

Ce que j'ai voulu démontrer sommairement, c'est que, relativement à la République, l'Empire serait l'instabilité aggravée. Cette démonstration sommaire, l'ai-je faite?

Maintenant, je suppose la République détruite par l'Empire et remplacée par la Restauration. Quels avantages la Restauration aurait-elle sur la République? quels périls aurait-elle de moins?

Comment et quand la Restauration reviendrait-elle? Serait-ce encore le lendemain d'une victoire remportée sur la France par l'Europe coalisée ? Serait-ce encore précédée par une armée de cosaques?

Comment s'y prendrait-elle pour anéantir les partis opposés à son retour? Serait-ce aussi en bannissant et transportant tous ceux qui.ne voudraient pas d'elle? A ce compte, la France serait donc éternellement vouée à la proscription mutuelle? Il faudrait donc désespérer d'y voir jamais prendre racine, fleurir et fructifier la liberté, qui n'est, en résumé, que la tolérance réciproque et le droit commun.

Le passé qu'on refait ramène le passé qu'on a vu. Tout ce qu'on a vu depuis l'assassinat du maréchal Ney jusqu'à l'attentat de Louve! , on le verrait de nouveau. On verrait les mêmes causes produire les mêmes effets. On verrait les mêmes intolérances produire les mêmes résistances. On verrait les mêmes excès ourdir les mêmes complots. On verrait plus encore que ce qu'on a vu de 1814 à 1830. car, « éclairé par trois révolutions, '» riiéritier de la royauté de 987, en possession de son antique demeure, ne se bornerait pas à réprouver la Révolution de 1848 et la Révolution de 1830 ; des trois révolutions françaises, celle qu'il réprouverait le plus énergiquement, et il aurait raison logiquement, ce serait la Révo-

lulion (le 1789; il (lésnvouerjiit Louis XVI promnlguont la Constitution (le 1791, Louis XVIII octroyant la Charte de 1814, Charles X l'ayant acceptée et jurée. Cette fois, la Restauration serait conséquente avec elle-môme : restauration, elle serait la Restauration ; privilège, elle serait le rétablissement de tous les privilèges , sans lesquels la royauté n'est qu'une tète sur un corps paralysé de tous ses membres; elle referait de nouveau la société et la faniille à son image. Point de royauté héréditaire durable sans droit d'aînesse rétabli du faîte à la base, du trône au foyer.

La Restauration, en France, serait le rétablissement, en Europe, de l'orthodoxie monarchique sous la pression de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse : conséquemment la chute, en Belgique, du roi Léopold ; en Portugal, de la reine dona Maria, etc.; ce serait le rétablissement de l'Europe monarchique telle qu'elle exista après les traités de 181o et avant les révolutions de 1830.

Je suppose, ce qui peut être vrai, le comte de Chambord ayant les idées de sa génération et non celle de ses aïeux, élevés dans la conviction que la France était leur patrimoine et leur cheptel, que terres et hommes, propriétés et propriétaires leur appartenaient, qu'ils en pouvaient pleinement disposer au gré de leur ambition ou de leur intolérance, user et abuser ainsi qu'ils l'ont fait sous plus d'un régime : Eh bien ! le comte de Chambord eût-il l'esprit de son époque, aimât-il passionnément la liberté, qu'il serait impuissant h résister à la double pression, pression de l'extérieur et pression de l'intérieur, qui s'exercerait sur lui.

Il serait contraint de régler sa conduite sur la conduite de ses frères LL. MM. les rois de Naples et de Prusse, les empereurs d'Autriche et de Russie, et d'emboîter leur pas; car tenir une conduite diflérente, ce serait blâmer indirectement la leur, ce serait rompre le faisceau dynastique, ce serait enfreindre l'orthodoxie monarchique, ce serait dénaturer de nouveau, par un schisme politi(|ue, le dogme de l'autorité absolue; et fît-il tout ce (|u"il faudrait faiie pour que le régime imposé ii Paris ressemblât \o plus au régime

existant à Vienne, à Naples et à Pétersl)ourg, il y aurait encore des lésurrectionnistes du i)assé qui ne trouveraient jamais que ce fût assez !

Ces idolâtres, qui tiennent le Passé pour dieu de l'Avenir, ne se contenteraient même pas des chapeaux à la Henri IV que portaient sous la Restauration leurs seigneuries les pairs de France ; ils proscriraient conune révolutionnaires les perruques à mortier des anciens membres des anciens parlements : il leur faiidrait la Monarchie pure moins les parlements et les communes. Ce serait tout au plus s'i's admetti'aient des Etats-Généraux s'assemblant tous les cent soixante-quinze ans! On va dire encore que j'exagère ; on le dit toujours, et toujours mes prévisions sont dépassées. Oui ou non, la liberté réprimée en 1848 et 1849 n'a-t-elle pas conduit logicjuement à la libei té supprimée en 1851 et 1852?

Eh bien! croii-on qu'un tel régime, qui ne serait cependant que la restauration du passé et la logique de la royauté, pût encore s'imposer et durer? — Si on ne le croit pas, si l'on croit à la difficulté de restaurer la royauté, moins Louis XIV, plus la Révolution de 1789, si l'on croit à la difficulté non moins grande de rétablir TEmpire sans l'empereur, l'Empire avec ou sans l'hérédité, l'Empire avec ou sans les frontières de janvier 1814 (1), que la conclusion, rationnellement acceptée de tous les hommes sensés, de tous

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