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Mais , disent-ils, la République telle qu'elle existe, ce n'est que la République nominale!
Si le reproche est vrai, à qui la faute?
En tout cas, est-ce donc bien à MM. Guizot et de Salvandy à adresser ce reproche à la République de 1832?
Est-ce que la Monarchie de 1830 a pu jamais avoir la prétention d'être autre chose qu'une Monarchie nominale?
Convient-il à des ministres de la quasi-royauté de railler la quasi-république ?
De quelle confusion de noms VAssemblée nationale veutelle donc parler? Est-ce que tout le monde ne sait pas que dans les bureaux de rédaction de cette feuille, appelée =i comiquement par les gens du logis : Journal des Saints^ celui qui écrit l'article n'est pas toujours celui qui le signe : Saint-Albin, Saint-André ou tout autre nom de saint ?
Véritables saints, en efïet, car ils ont pardonné à M. de Salvandy le dédain superbe et la sévérité altière avec lesquels il assimila les écrivains de paille aux gérants de PAILLE ! Il est vrai qu'à cette époque , le 28 août 1833, M. de Salvandy, appuyant les lois de septembre, ne prévoyait pas le sort que 1848 lui réservait; il ne se doutait pas que ses paroles retomberaient un jour sur lui-même de tout leur poids.
Alors il disait :
M. DE SALVAKDT : e Eh bien", nous devons dire qn'après avoir été disposés par nos seutimens personnels à vouloir arriver à un état de choses tel que quiconque use de la presse se présente à découvert à la loi, nous avons reconnu que l'exécution n'était pas possible; qu'après les gérants de paille viendraient les écrivains de paille ; après un mensonge un autre mensonge. »
En effet, après les gérants de paille sont venus les écrivains de paille! Voilà à quoi servent les lois de répression et de compression ! Mais non, il ne faut pas être injuste envers elles ; est-ce qu'elles ne servent pas à montrer sous leur vrai jour ces hommes qui successivement s'appellent et se croient : honunes d'État et léiîisla leurs?
23 mai 18ô2.
Le 29 mars 1850, l'Assemblée nationale disait :
a 11 faut que les pouvoir» de l'Etat organisent la résistance, et, si la suspension complète de la liberté devenait nécessaire au salut du pays, nous accepterions, sans nous plaindre, cette nécessité du silence. »
Elle formulait ainsi sa pensée :
« Les écrits politiques d'un condamné ou contumace ne pourront être publiés qu'avec la permisi^ion du tribunal qvii les aura condamnés.
» A la seconde condamnation, un journal sera suspendu.
» Tout cautionnement est progressif; il reste fixé à 24,000 francs-, il sera augmenté de 10,000 francs à chaque condamnation subie par le journal.
)> Le règlement de ce dernier article rentre dans la juridiction des tribunaux ordinaires, qui suspendent ou suppriment le journal en cas de nonexécution. »
Eh bien! ce qu'avait proposé V Assemblée nationale, c'est ce qui a eu lieu.
Ce journal devrait être pleinement satisfait; que disonsnous! il devrait être victorieux. D'où vient donc qu'il est si morne?
Cependant VAssemblée nationale aurait un motif d'être en liesse. Il n'est pas vrai que la reine Pomaré ait été renversée de son trône et que la République ait été proclamée h Tahiti. Quel bonheur !
2 juin 1852.
VAssemblée nationale, pour nous réconcilier avec la royauté héréditaire et territoriale, nous cite un passage de Machiavel qui commence par ces mots :
« Il y a eu beaucoup de rois, et très peu de bons rois. . . »
VAssemblée nationale, il est vrai, veut qu'on en excepte les rois de France.
VAssejnblée nationale ne connailniit-elle donc pas celle question du dauphin, lils de Louis XVI, à son instituteur : « Père Corbin, dans lous ces rois, je n'en vois aucun bon? »
V Assemblée nationale ne connaîtrait-elle donc pas ces passages de l'Esloile ?
« La bonne dame Catliei-ine (de Médicis), erî faveur de son mignon de Retz, qui voulait avoir la terre de Versailles, fit étrangler aux prisons Loménie, secrétaire du roy, auquel ladite terre appartenait, et fit mourir encore quelques autres, pour récompenser ses serviteurs de confiscations.
)) Sur quoi je ne puis arrêter ma plume, que je ne déplore le vilain trafic et infâme prostitution qui se fait de nos principaux Etats en France pour de l'argent, et principalement de ceux de judicature; car vendre la justice, c'est vendre la République; ouvrir la porte aux larcins, concussions, au vice, injustice, ignorance, impiété, brief, à tous les vices et ordures. »
(estoile, t. V, p. 101.)
Vjhsemblée nationale n'aurait-elle donc jamais lu celle lettre de Fénelon ?
Il Vos peuples meurent de f;iim. La culture des terres est presque abandonnée; les villes et les campagnes se dépeuplent; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Vous avez perdu la moitié des forces réelles du dedans de votre État pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au dehors. Au lieu de tirer de l'argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l'aumône et le nourrir, La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions. Les magistrats sont avilis et épuisés. La noblesse, dont tout le bien est en décret, ne vit que de lettres d'Etat. Vous êtes importuné de la foule des gens qui demandent et qui murmurent. C'est vous-même, sii-e, qui vous êtes attiré tous ces embarras; car, tout le royaume ayant été ruiné, vous avez tout entre vos mains, et personne ne peut plus vivre que de vos dons. Voilà ce grand royaume qu'on vous dépeint tout les jours comme un Etat si florissant !
» On avait espéré que votre conseil vous tirerait de ce chemin si égaré ; mais votre conseil n'a ni force ni vigueur pour le bien. La France est aux abois. Qu'attendent ceux qui vous entourent pour vous parler franchement? — Que tout soit perdu. »
^Assemblée nationale n'aurait-elle donc jamais lu ce tableau du bonheur des Français sous la Monarchie, peint par La Bruyère?
<> L'on voit certains animaux farouches, des nu'des et des femelles, répandus dans lu campagne, noirs, livides et tous brûlés du soleil, attachés à
la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds il» montrent nne face humaine ; et, en effet, ce sont des hommes. Ils se reti rent dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé.
« Il faut des saisies de terre et des enlèvements de meubles, des pi'isons et des supplices, je l'avoue, mais justice, lois et besoins à part, ce m'est chose toujours nouvelle de contempler avec quelle férocité des hommes traitent d'autres hommes. »
V Assemblée natiojiale n'aurail-elle donc janiais lu celte page immortelle de Vauban ?
« Par toutes les recherches que j'ai pu faire depuis plusieurs années que je m'y applique, j'ai fort bien remarqué que, dans ces derniers temps, la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité et mendie effectivement; que, des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là, parce queeux-mémes sont réduits, à très peu de chose près, à cette malheureuse condition; que des quatre autres parties qui restent, les trois sont fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès; et que dans la dixième, où je mets tous les gens d'épée, dérobe, ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée et le; gens en charge militaire et civile, les bons marchands, les bourgeois rentes et les plus accommodés, on ne peut pas compter sur cent mille familles ; et je ne croirais pas mentir quand je dirais qu'il n'y en a pas dix mille, petites ou grandes, qu'on puisse dire être fort à leur aise ; et que, en ôtant les gens d'affaires, leurs alliés et adhérents couverts et découverts, et ceux que le roi soutient par ses bienfaits, quelques marchands, etc., je m'assure que le reste serait en petit nombre.
» Je me sens encore obligé d'honneur et de conscience de représenter à Sa Majesté qu'il ma paru que, de tout temps, on n'avait pas eu assez d'égards en France pour le menu peuple, et qu'on en avait fait trop peu de cas. Aussi, c"est la partie la plus ruinée et la plus misérable du royaume; c'est elle cependant qui est la plus considérable par son nombre, par les services réels et effectifs qu'elle rend ; car c'est elle qui porte toutes les charges, qui a toujours 1(! plus souffert, et qui souffre encore le plus, et c'est sur elle aussi que tombe toute la diminution des hommes qui arrive dans le royaume.
» C'est encore la partie basse du peuple qui, par son travail et son commerce, et par ce qu'elle paye au roi, l'enrichit et tout son royaume; c'est elle qui fournit tous les soldats et matelots de ses armées de terre et de mer, et grand nombre d'officiers, tous les marchands et petits officiers de judicature; c'est elle qui exerce et remplit tous les arts et métiers;
c'est elle qui l'ait tout le commerce et les manufactures du royaume, qui fournit tous les labeurs, vigneions et manœuvriers de campagne, qui garde et nourrit les bestiaux, qui sème les blés et les recueille, qui façonne les vignes et fait le vin, et, pour achever de le dire en peu de mots, c'est elle qui fait tous les gros et menus ouvrages de la campagne et des villes.
» Voilà en quoi consiste cette partie du peuple si utile et si méprisée, qui a tant souffert et qui souffre tant à l'iieure où j'écris ceci. »
V Assemblée nationale n'aurait-elle donc jamais eu connaissance de cette pièce historique?
« Le pauvre peuple travaille incessamment, ne pardonnant ni à son corps, ni quasi à son âme, c'est-à-dire à sa vie, pour nourrir l'universel du royaume ; il se rend quasi médiateur de la vie que Dieu nous donne, et de son travail il ne lui reste que la sueur et la misère. Ce qui lui demeure de plus présent s'emploie à l'acquit des tailles, de la gabelle et des aides. Si votre majesté n'y pourvoit, il est à craindre que le désespoir ne fasse connaître au pauvre peuple que le soldat n'est autre chose qu'un paysan portant les armes, que quand le vigneron aura pris l'arquebuse, d'enclume il ne se fasse marteau (1). »
VAssemblée nationale n'aurait-elle donc jamais jeté les yeux sur cet autre document c(ui attesle que le sort du peuple nV'lait pas meilleur sous le roi Louis XV que sous les rois Louis XIV, Louis XIII et Henri IV ?
« Votre majesté ne saurait trop se délier de ceux qui, pour assouvir la faim insatiable qu'ils ont de vos dons, grossissent à vos yeux l'opulence des peuples. Le zèle de vos peuples est inépuisable, mais leurs forces ne répondent point à leur zèle. /) [Chambre des comptes. 1759.)
VAssemblée nationale n'aurait-elle jamais lu ce passage des Confessions de J.-J. Rousseau?
« Ce fut après s'être bien assuré que sou visiteur n'était point enti-é chez lui pour le vendre et avoir jugé de la vérité de son histoire par celle de son appétit, qu'il lui avoua la nécessité où il était de cacher son vin à cause des aides, son pain à cause de la taille, pai-cc qu'il serait un homme perdu si l'on pouvait se douter qu'il ne mourût pas de faim. »
VAssemblée nationale ne connaîlrait-elle donc pas ce qu'écrivait, en 1774, sous le roi Louis X\'I, l'abbé de Lubcrsac ?
(1) Etats-généraux de Idl-l. — lîemoiilrances de MiCON, président du Tiers-l'^tat.
LA PRESSE SANS LA LIBERTÉ. o21
« La terre n'obtient plus du la1)oureur que des sueurs stériles qui le mettent dans l'impossibilité de fournir aux impôts. Des légions de travailleurs se réfugient dans les villes, oii ils échangent leurs haillons pour une servitude aisée. En considérant tout ce que font les gouvernements pour corrompre les facultés physiques et morales de l'homme depuis sa naissance jusqu'à sa mort, on ne peut s'empêcher d'admirer les efforts continuels que fait la nature pour la conservation de notre espèce, puisqu'il y a encore plus d'honnêtos gens que de méchants sur la terre. En douteriez-vous ? Voyez comme dans les capitales mêmes, qui sont de véritables foyers de corruption, le public accueille avec transport hi guerre qui se déclare contre les malfaiteurs.
* Oui, presque partout, les lois fiscales, les lois prohibitives, les lois civiles et les lois criminelles, violent la propriété, la liberté, la sûreté des citoyens. »
VAssemblée nationale^ enfin, qui compte parmi ses rédacteurs l'illustre auteur de la Vie de Washington, ignoreraitelle l'existence de la lettre de Jefferson au général Washington, où se trouve ce passage ?
« Pour apprécier la masse de maux qui découlent de cette source fatale, t aristocratie, il faut résider en France, il faut voir le sol le plus beau, le meilleur climat, l'État le plus compacte, le caractère national le plus bienveillant , en un mot, la réunion de tous les avantages naturels, insuiïisants pour empêcher ce fléau de l'aristocratie de rendre la vie un supplice pour les vingt-quatre vingt-cinquièmes des habitants de ce pays (1). »
A demain des citations moins sommaires, si celles-ci ne suffisent pas à VAssemblée nationale pour convertir à la République la feuille des anciens ministres du roi Louis- Philippe visant à être les futurs ministres du neveu de Louis XVIIL
4 juin 1852.
VAssemblée nationale, qui veut la restauration de la Royauté en Fiance, le retour de ce que M. Guizot, en d'autres temps, appelait si dédaigneusement I'ancien régijme,
(1) JEFFEKSON au général washingtox. — Paris, 14 novembre 1786.
VAssemblée nutioimle, il l'iiul en cuii\enir, lail preuve d'une incontestable habileté : el!e renonce à défendre la l'oyauté l'histoire à la main, et se soustrait à la défaite par la fuite, à la discussion par le silence.
C'est d'une prudence consommée, et (jui prouve que les auteurs de la législation de Septembre 1835 ont acquis une expérience qu'ils ont payée cher, cela est vrai , mais qu'ils savent mettre à profit. La révolution de 1848 leur a appris que la législation de 1835 avait creusé le gouffre qu'elle prétendait combler. En effet , il est probable , on pourrait même dire certain, que la République ne fût pas venue, le 24 février, surprendre Paris et la France, s'il eiit été possil)le aux uns de la proposer sans s'exposer aux rigueurs de la loi, aux autres de la combattre sans s'exposer au ridicule de s'agiter dans le vide. C'est parce que, de 1835 à 1848, la République n'a pu être discutée qu'elle a pu être improvisée. Le silence de la compression est ce qui l'a fait éclore. Si ce ne sont pas MM. de Broglie, Guizot et Thiers qui l'ont pondue, ce sont eux incontestablement qui l'ont couvée.
Maintenant ils le savent , maintenant ils n'eu doutent plus, aussi comptent-ils sur la loi du 18 février 1852 pour rendre à la Monarchie et au neveu du roi Louis XVllI le même service que la loi du 9 septembre 1835 a rendu à la République et au neveu de l'empereur Napoléon. C'est surtout dans le silence qui leur est imposé que les restaurationnaires placent toute leur confiance et tout leur espoir. Éviter tout débat sur la Monarchie, toute discussion sur le passé, est le mot d'ordre donné et observé sur toute la ligne. Celte tactique ne se fait pas jour seulement dans la manière dont {'Assemblée nationale échappe aux questions de la Presse, elle se révèle encore dans l'affectation et l'exagération de ces lignes de VAssemblée nationale :
« Le Constitutionnel publie quelques fragments d'une lettre de Irolisdorf que nous reproduisons sans nous occuper des réflexions qui les accompagnent, et sur lesquelles le Cons/i7«(/o)mci sait liien qu'iiTCtîNE discussion KE PEUT s'ENGAGKR. »
Si, en efTcl, aucune discussion ne peut s'engager, qui a
voulu qu'il en fût ainsi, n'esl-cc pas vous? Qui, do 1848 à 1851, a constamnienl demandé, on toutes occasions et sous toutes les formes, que la liberté de discussion cessât d'être entière et fût réprimée, même supprimée? Ce qui est, c'est ce que vous avez demandé, et vous avez eu raison de le demander; mais précisément parce que vous avez eu raison de le demander, on a eu lort de vous l'accorder.
5 juin 18.52.
V Assemblée nationale, ce temple prolestant où Calvin dit la messe sur la tombe de deux royautés, VAssemhlée nationale ne comprend pas que les nations se passent de domination, et que les individus puissent se gouverner avec le gouvernement qui est en eux et qui s'appelle : Raison.
La raison collective est-elle donc plus infaillible que la raison individuelle ? La raison collective qui n'a pas de sanction est-elle donc moins sujette à l'erreur que la raison individuelle qui porte toujours avec elle sa sanction? A quoi donc sert-il à un journal d'être dirigé par deux anciens ministres dont deux furent grand-maîtres de l'Université de France, si c'est pour être rédigé si pauvrement? La rédaction de VAssemblée nationale est ce qui explique peutêtre le plus clairement la révolution de 1848.
Maintenant que M- Guizot n'a plus pour piédestal la tribune, maintenant que le pouvoir ne l'enveloppe plus de son prestige, maintenant qu'il n'a plus pour écho sonore une majorité satisfaite, la mesure de son esprit est facile à prendre; il la donne tous les jours. Qu'y a-t-il dans V Assemblée nationale .^ — Il y a moins que dans le Journal des Débats. C'est l'ombre de l'ombre.
Depuis que la Fusion , qui avait paru un instant à la surface, est de nouveau coulée à fond, VAssemblée nationale ressemble à un navire abandonné de son équipage. On n'y voit plus, on n'y entend plus personne, ni capitaine, ni pilote, ni matelots, ni mousses. Où donc sont-ils tous?
4 juillet 1852.
VAssemblée nationale avoue sa détresse; elle ne sait plus où glaner; partout, dit-elle, le silence et le vide ; qu'opposer au vide? que répondre au silence? Puisque VAssemblée nationale ne sait que faire, eh Ijien! qu'elle relise, en 1852, ce qu'elle écrivait en 1831 :
« On ne veut pas comprendre que nous bommes en guerre contre les ennemis de la société, et qu'il faut u,^cr de tons les droits, de toutes les ressources de la guerre. » (6 mai 1851.)
« Il faut engager le combat avec réflexion et maturité ; mais il faut l'engager sans retard... Il y a une grande force matérielle groupée et réunie autour du pouvoir. A quoi sert ce luxe si vous ne savez pas agir? »
(13 mai 1851.)
« Comme une bête fauve frappée au flanc, la révolution blessée recule. Il faut la frapper encore et la terrasser. On l'a dit et on ne saurait trop le répéter : il n'y a, entre la révolution et la société, ni trêve ni pacte possibles. La justice éternelle ne discute pas avec le meurtre et le vol, le médecin ne discute pas avec la maladie, le chasseur ne discute pas avec le loup, la serpe ne discute pas avec la branche parasite, le passant ne discute pas avec la vipère : on ne discute pas avec la révolution, on l'écrase. » (2 juin 1851.)
« La société est un grand camp. Nous sommes, comme l'empire romain, entourés de barbares. Il y a nécessité de se défendre par les armes. Etablis.^ons, comme les empereurs et les consuls, partout des camps militaires. N'est-il pas temps de défendre énergiquement la société menacée, de fouler aux pieds les arguties de la Fronde, de prononcer la formule su-
LA PRESSE SANS LA LII3EUTE. o2o
prème de cavtant tonsulcs, et de contier à un pouvoir dictatorial la défcDâe du pays meuaco ? «
De quoi vous plaignez-vous donc? Est-ce que tous vos souhaits n'ont pas été exaucés et comblés?
On a usé de toutes les ressources de la guerre !
On a engagé le combat avec réflexion et maturité, et avec une grande force matérielle réunie autour du pouvoir!
On n'a pas discuté avec la vipère, on n'a pas discuté avec la révolution, on l'a écrasée!
On a formé un grand camp !
On a prononcé la formule suprême de caveant consules, et confié la défense du pays à un pouvoir dictatorial !
Mais alors, dites-nous donc ce que faisait, ce que voulait, le 2 décembre 1851, M. Berryer, lorsque, des fenêtres de la mairie du 10^ arrondissement, il haranguait le peuple? Dites-nous donc ce qu'y faisaient avec lui MM. Benoistd'Azy, Chapof, de Falloux, le général Oudinot, Vitet, Jules de Lasteyrie et autres ennemis déclarés du droit d'insurrection populaire ?
En provoquant et votant la loi du 31 mai 1850 et en s'opposant à ce qu'elle lût abrogée, n'étaient-ce pas eux qui étaient les véritables auteurs de l'acte du 2 décembre 1851 contre lequel ils protestaient?
Cette protestation a-t-elle jamais été sérieuse ?
Si elle était sérieuse, quelle inconséquence!
Si elle n'était pas sérieuse, quelle indignité !
Quiconque a porté les mains sur la liberté n'a plus le droit de la revendiquer.
Lorsque V Assemblée nationale fait remarquer en raillant le silence funèbre des autres journaux , comment le rouge et la pâleur ne lui montent-ils pas successivement au front, et comment ne comprend-elle pas qu'imiter ce silence est un devoir que lui prescrit la pudeur?
22 juillet 1852.
VAssemhlée nationale, rivalisant d'orthodoxie monarchique avec VUnion et d'orthodoxie religieuse avec VVnivers. veut qu'on enferme les Arabes de l'Algérie dans ce dilemme ouvert par Innocent 111 et fermé par Calvin : Convertissez-vous au catholicisme, ou vous serez tous exterminés! A l'appui de ce dilemme, voici les raisons que donne, d'un ton moitié farouche, moitié goguenard, la feuille impitoyable :
« Si nous voulons civiliser l'Algérie, il faut voir comment nous avons été civilisés nous-mêmes. C'est une vérité banale que l'homme n'est civilisé que par la religion, et la civilisation antique en fait le témoignage aussi bien que la moderne. Mais, depuis la naissance du christianisme, aucune autre religion n'a civilisé aucun peuple, et si les musulmans avaient pu 1 "être par la loi de Mahomet, le Siècle n'aurait pas à nous dire : Civilisez l'Algérie ! Mais par quelle étrange contradiction proteste-t-on contre la pensée d'évangéliser l'Algérie, en même temps qu'où dit : Unissez l'une à l'autre la France et l'Algérie! Comment peut-on mieux unir deux races diverses d'origines que par une commune foi religieuse ? — Saint- Albin. »
Ce bon M. Saint-Albin s'est instruit à l'école de saint Thomas-d'Aquin, enseignant ce qui suit :
« Question : Comment doit-on traiter l'hérétique qui persévère?
» Re'ponse : Désespérant de sa conversion, et craignant qu'il n'en séduise' d'autres, l'Église l'abandonne au bras séculier pour être extermiké du monde par la mort. Ecclesia relinquit eum judicio sœculari a mundo exter- MINANDUM jjcr morlem. »
Puisque la feuille impitoyable est en si belle humeur d'exterminer, que ne propose-t-elle à la France une croisade religieuse contre le grand Lama et contre l'empereur de la Chine, croisade déjà prèchée en ces termes, mais infructueusement, par Joseph de Maistre :
« Le grand lama seul, dit-il, a plus de sujets spirituels que le pape. Le Bengale a soixante millions d'habitants ; la Chine en a deux cent millions, le Japon vingt-cinq ou trente. Contemplez encore ces archipels im-
rnenfes du grand Océan, qui forment aujourd'hui une cinquième partie du monde. Vos missionnaires ont fait sans doute des efforts merveilleux pour annoncer l'Evangile dans quelques-unes de ces contrées lointaines, mais vous savez avec quel succès. Combien de myriades d'hommes que la bonne nouvelle n'atteindra jamais! Le cimeterre des fils d'Ismaël n'a-t-il pas chassé presque entièrement le christianisme de l'Afrique et de l'Asie ? Et dans notre Europe, enfin, quel spectacle s'offre à l'œil religieux !
» Le christianisme est radicalement détruit dans tous les pays soumis à la réforme insensée du seizième siècle, et dans vos pays catholiques mêmes, il semble n'exister plus que de nom. Je ne prétends point placer mon Église au-dessus de la vôtre ; nous ne sommes pas ici pour disputer. Hélas! je sais bien ce qui nous manque; mais je vous prie, mes bons amis, de vous examiner avec la même sincérité. Quelle haine d'un côté, et de l'autre quelle prodigieuse indifférence parmi vous pour la religion et pour tout ce qui s'y rattache!
ï Examinez-vous vous-mêmes dans le silence des préjugés, et vous sentirez que votre pouvoir vous échappe; vous n'avez plus cette conscience de la force qui reparaît souvent sous la plume d'Homère lorsqu'il veut rendre sensibles les hauteurs du courage. Vous n'avez plus de héros. »
La même feuille impitoyable reproduit, d'après la Gazette de Cassel, un discours de l'Electeur à l'ouverture de la session des États de la Hesse-Électorale, discours où la souveraineté DU PEUPLE est qualifiée de principe impie.
Nous copions :
« La Diète germanique a rétabli les bases vivement menacées de la monarchie. En vertu de ses résolutions, j'ai aboli ces Constitutions et j'ai pu régler d'une autre manière les rapports de l'État. Par de nouvelles dispositions de la Constitution, on a écarté les dispositions de l'ancienne Constitution dérivées du principe impie de la souveraineté du peuple avec leurs conséquences dangereuses, et l'ordre légal a reçu des garanties durables.
1) Afin que le serment relatif à la Constitution ne gêne pas votre conscience, j'ai décidé qu'on ferait disparaître la passage concernant la Constitution. »
Voilà ce que trouve parfaitement simple et légitime un journal rédigé par MM. Guizot, de Salvandy et Duchâtel.
Par M. Duchâtel, qui, dans la séance du 26 janvier 18 i 4, proclamait en ces termes, mesurés mais catégoriques, le droit d'insurrection pour cause de violation de la Constitution Jurée :
M. DUCHATEL : « Avant 1830, ceux qui prêtaient serment à la Restauration n'étaient pas liés vis-à-vis d'un principe de légitimité absolue. Ils
étaient, comme aujourd'hui, liés par un contrat, et le jour où la légitimité, où le pouvoir absolu, qui prétendait au droit divin, a violé son propre serment, la France a été déliée du sien. (Vivement : Oui! oui !)
» Non, la France n'a pas violé son serment en 1830 ; elle a été déliée le jour où le pouvoir qui se prétendait légitime a violé la Charte.
» Ce sont là les vrais principes constitutionnels. Eh bien! je n'hésite pas à le dire, et je puis faire cette supposition, car elle ne se réalisera pas, si aujourd'hui le pouvoir roj'al se conduisait vis-à-vis de la Constitution du pays comme le pouvoir royal en 1830, nous serions tous déliés de notre serment. (Très bien!) »
Exterminer, en 'Algérie, les niKSiilmans qui refusent de renier Mahomet pour se convertira la religion du Christ: exterminer, en Chine, les chrétiens qui refusent de renier Jésus-Christ pour se convertir à la religion de Confucius, qui est la religion de l'Etat et des lettrés, h l'exclusion des cultes de Tao-tsé et de Bouddha; exterminer, p^'loiilel toujours, ceux-ci parce qu'ils ont telle croyance ou telle opinion, et ceux-là parce qu'ils ne l'ont pas : voilà donc la politique telle que la comprennent, la conseillent, la prescrivent ou l'appliquent les mandarins de France et les hommes d'Etat de Chine !
Les hommes d'État de Chine, après la chute de leur empereur, n'auront qu'à venir en droite ligne à Paris, rue Bergère, 20, où ils seront sûrs d'être accueillis à bras ouverts par les mandarins de V Assemblée nationale. Ce sont les mêmes principes : Exterminare ! exterminare! extermî'nare .^ Oh Molière ! quelle bonne comédie il y aurait à faire sous ce titre : la politique imaginaire !
2 août 1852.
On lit dans V Assemblée nationale :
0 Le 9 août 1830, Louis-l'hilippe a été déclaré et n'a pas été eVu roi. »
Nous nous imaginions que toutes les fois qu'une nomination avait lieu au scrutin, cette nomination élait une élec-
tion. Or, voici quel fut le résultat du scrutin ayant pour objet cVélire ou de déclarer roi des Français S. A. R. le duc d'Orléans, lieutenant-général du royaume :
Nombre des votants 252
Boules blanches .... 219 Boules noires 33
Si le contraire avait eu lieu, c'est à dire si le nombre des boules blanches eût été 33 et le nombre des boules noires 219, M. le duc d'Orléans, lieutenant-général du royaume, eût-il été élu ou déclaré roi des Français? — Non. Donc ce n'était qu'une question de proportion dans les votes ; donc c'était une élection; donc ce n'était pas une déclaration.
VAssemblée nationale nous engage à nous reporter au Moniteur du temps, en nous disant que nous y verrons, dès la première ligne, qu'en appelant au trône le duc d'Orléans, la Chambre des députés n'invoquait point le droit qu'elle avait d'élire un roi, mais a I'impérieuse nécessité. »
Ces mots sont imprimés ainsi en gros caractères dans VAssemblée nationale.
Vimpérieuse nécessité ! Est-ce que l'acte d'abdication du roi Charles X en faveur d'Henri V n'existait pas? Faut-il donc en rappeler ici les termes :