‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 159 sur 231 · MEMBRES CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

MEMBRES CORRESPONDANTS

» MM. Bauchart, Broglie, Léon Ducos, Silvaiu Dumont, Fiéron, Génie, Augustin Giraud, Aristide Guilhem, Hernoux, Lefèvre-Durutlé, Victor Suin.

» La réunion ou la formation de la société fut déiidée s'est tenue chez M. Ch. Paravey, aujourd'hui conseiller d'Etat : M. GUTZOT présidait cette réunion ; M. de Montalivet y assistait. La raison sociale ou devise fut proposée par M. Vitet. »

Quelle société contribua plus activement à faire naître les circonstances qui devaient aboutir à la chute de la monarchie traditionnelle et à l'établissement de la monarchie constitutionnelle?

Un peu d'indulgence, messire Jean Calvin, pour Michel Servet ! Assemblée nationale, ne condamnez pas le Siècle au feu du bûcher ! Souvenez-vous !

— ^^ Mais pourquoi, nous dit-on, attaquer ainsi à outrance ce pauvre journal qui se nomme V Assemblée nationale ? Ne pouvez-vous donc le laisser tranquillement rejoindre au fond de l'eau la fusion définilivement coulée ? A cette question, voici notre réponse : — Parce que ce journal est celui qui contribue le plus à attiser le foyer d'intolérance qu'il serait de l'intérêt du gouvernement de laisser s'éteindre. En poussant, comme ils le font, à la répression et à la compression, les rédacteurs pseudonymes deVAssemblée nationale travaillent infatigablement à créer des points de comparaison qui affaiblissent les désastreuses impressions laissées par les cours prévôtales et par les procès de tendance de la Restauration. Comment le gouvernement ne voit-il pas ce travail perfide et n'en calcule-t-il pas toute la portée? Ce qu'on a fait, en 1849, 1850 et 18ol, pour miner la Constitution, on le fait aujourd'hui non moins activement contre la Présidence et avec le même espoir de succès. Détruire pour roconstruii'c, tel est le mot d'ordre des travailleurs de l'atelier monarchique. Ce mot d'ordre est ponctuellement exécuté, liaison de plus pour que nous contreminions VAssemblée nationale, car le pire des régimes serait celui qu'elle ramènei'ait, si elle pouvait jamais réussir à nous rendre une nouvelle édition de M. Guizot-1847, considérablement diminué et nullement corrigé par la Révolulion de 1848.

22 août 1R52.

VAssemblée nationale interpelle en ces termes le Pays :

« Nous nv. voudrions vieil dire de désiigréublo au /'ai/s, ni lui rnppeler si vite les séduisantes promesses de sou prospectus ; mais nous lui ferons une simple question : Croit-il réellement donner douze journaux dans un, parce qu'il écrit en gros caractères : Marine, adminislralion, tracaux pu-

blirs, commerce^ armée^ etc., en tète des articles plus ou moins longs qu'il consacre à ces matières ? Ainsi , par exemple, il écrit : Travaux publics, et il fait suivre ce titre de la convention du ministre pour la concession du cliemin de fer de Bordeaux à Cette, et voilà tout le journal des travaux publics ! ADMINISTRATION, suit Une circulaire du ministre de l'intérieur aux préfets, sur l'admission des malades dans les hospices ; et voilà tout le journal administratif!... Nous savons bien qu'un prospectus promet beaucoup, mais encore faut-il qu'il tienne au moins l'ombre de ce qu'il promet I »

La première condition de la justice est l'impartialité.

VAssemblée nationale avait promis la fusion; a-t-elle « tenu l'ombre de ce qu'elle avait promis? »

S'il n'y a rien dans le Pays, pas une pensée généreuse, pas une idée féconde, qu'y a-t-il donc de plus dans l'ylssemblée nationale, lorsqu'il ne s'y trouve pas un réquisitoire qui rappelle le bon temps de 1815, ce bon temps des alliés, des cours prévôtales, des billets de confession et de la censure ? L'Assemblée nationale ne se borne pas à interpeller le Pays, elle s'adresse au Siècle en ces termes :

« Si le Siirte croit que l'esprit de l'Evangile animait les révolutionnaires de Février, nous ne nous chargeons pas de lui pi'ouver le contraire. Mais nous nous bornerons à hii dire que VEvangile condamne toutes les révolutions et tous les révolutionnaires. »

Si VEvangile condamne toutes les révolutions et tous les révolutionnaires, ainsi que l'affirment M. de Robillardet VAssemblée nationale, que VAssemblée nationale nous dise donc ce qu'elle pense des termes de la circulaire suivante, publiée dés le 29 février 18^8 par M. le cardinal de Ronald, archevêque de Lyon :

« Lyon, le 29 février 1848.

» Mes chers coopérateurs,

» Les changements politiques survenus en France vous sont connus. Ce n'est pas nous, toujours occupés des intérêts éternels, qui nous étonnons d'entendre dire que la main de Dieu renverse les trônes et brise les couronnes.

» Au milieu des émotions de ces premiers jours, conservez le calme, et mettez toute, votre confiance en la divine Providence. Donnez aux tidèles l'exemple de l'obéissance et de la soumission à la République.

» Vous formiez souvent le vœu de jouir de cette liberté qui rend nos frères des Etats Unis si heureux ; cette liberté, vous l'aurez.

us 4858.

» Si les autorités désirent arborer sur les édifices religieux le drapeau de la nation, prêtez-vous avec empressement aux désirs des magistrats. Le drapeau de la République sera toujours pour la religion un drapeau protecteur.

» Poursuivez avec zèle, mes chers coopérateurs , votre sainte mission. Occupez-vous des pauvres, concourez à toutes les mesures qui pourront améliorer le sort des ouvriers. Il faut espérer qu'on montrera, enfin, un intérêt sincère et efficace à la classe laborieuse.

» Vous lirez en chaire cette lettre aux fidèles assemblés.

» Agréez, mes chers coopérateurs, l'assurance de mon sincère attachement.

» 7 L.-J. M. Card. DE BONALD,

0 Arch. de Lyon. »

Non seulement celle circulaire paraissait dans la République et dans le Censeur, de Lyon, mais encore elle était placardée à profusion sur tous les murs et lue en chaire dans toutes les églises.

VAssemblée nationale vient de v^oir en quels termes la révolution, condamnée par TEv^angile, était sanctifiée par M. le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon. Voici maintenant en quels termes non moins fervents elle était sanctifiée par M. Afl're, archevêque de Paris :

« Qui de nous, lorsqu'il a entendu cet épouvantable coup de tonnerre, qui, sans signe précurseur, a biisé en un instant un trône entouré de tant de puissance, n'a reconnu aussitôt le dessein mystérieux de celui qui se plaît à montrer aux rois que toute leur majesté est empruntée?

» Nous ne voulons pas vous flatter, nos très-cliers frères, mais nous ne pouvons nous empêcher de vous bénir, vous qui, sur les débris encore fumants du pouvoir qui vient de tomber, avez montré un respect si profond pour les droits de ce maître souverain qui apprend aux rois, d'une manière si digne de lui, qu'ils doivent user de leur puissance comme il l'a fait luimême pour le bien du monde.

» Vous connaissez le sort de nos libertés sot;s le gouvernement constitutionnel qui nous régissait depuis trente-quati'e ans

» Tout le monde protestait de son amour pour la liberté ; mais, nous vous le demandons, avait-on pour elle un amour sincère? l'aimait-on avec un parfait désintéressement? Ceux qui tenaient les rênes du gouvernement se plaignaient toujours qu'elle était trop étendue et s'efforçaient de la restreindre, tantôt par la jurisprudence, tantôt par de nouvelles lois. Les diverses oppositions, une fois arrivées au timon des affaires , s'empressaient à leur tour de circonscrire dans d'étroites barrières cette même liberté qu'ils voulaient naguère sans limites, tandis que ceux que la fortune avait

))ri'cipitt'» tlu haut Je la roue iuvoquaicut le druit qu'ils venaient de maudire et qu'ils avaient voulu enchaîner.

» L'égoïsme n'a pas été moins funeste aux libertés commerciales; elles ont toujours été en guerre : les unes pour demander, les autres pour repousser des entraves au libre échange.

» Peuple de Paris, nouveau Suvison, il t'a suffi de secouer un instant les colonnes d'un immense édifice pour en faire im monceau de ruines. Souviens-toi qu'il te faut encore plus de force morale pour conserver la paix et la liberté de ton illustre cité. Souviens-toi que ton incomparable courage, que nul peuple n'a égalé, ne saurait te sauver sans le secours de Dieu. Invoquons-le donc, ce Dieu qui a fait à la Frauce une si belle part dans le monde. »

Eh bien ! que pense VAssemblée nationale de ces deux mandements ou circulaires des deux archevêques de Paris et de Lyon"? Oui ou non, VAssemblée nationale condamnet-clle le langage des deux illustres prélats? Si elle le condamne, sur quoi se fonde-t-elle? Si elle ne le condamne pas, à quel titre réprouve-t-elle, au nom de l'Évangile, une révolution que l'épiscopat français a sanctifiée ?

VAssemblée nationale dira-t-elle pour se justifier que le langage de l'épiscopat varie selon les circonstances, qu'il renie ce qu'il a adoré et qu'il adore ce qu'il a renié, qu'il n'y faut dès lors attacher aucune importance? Ahl si l'^ssemblée nationale disait cela, que faudrait-il penser de la piété dont elle se pare ? Que faudrait-il penser des ministres de Dieu sur la terre ?

Si, comme l'affirme M. le cardinal de Ronald, « c''est la main de Dieu qui renverse les trônes et brise les couronnes ; » si, comme le disait M. l'archevêque de Paris, il faut, dans les révolutions, reconnaître « le dessein mystérieux de celui qui se plaît à montrer aux rois que toute leur majesté est EMPRUNTÉE, » à gcnoux devant la révolution, messieurs de VAssemblée nationale^ h genoux !

A genoux devant la révolution, comme vos prédécesseurs s'y mettaient lorsque, le 16 mars 1848 notamment, au Club républicain^ ils criaient : Bravo ! bravo ! bravo ! à ces paroles de M. de Lamartine :

M. DE LAMARTINE : « Nous voulons Une République qui se fasse aimer

5oO 1858.

et respecter de tous, craindre par personne, excepte par les ennemis de la patrie ou des institutions. (Bravo !)

» Nous voulons fonder une République qui soit le modèle des gouvernements modernes, et non l'imitation des fautes et des malheurs d'un autre temps ! Nous en adoptons la gloire, nous en répudions les anarchies et les torts! Aidez-nous à la fonder et à la défendre ! Votez selon vos consciences, et si, comme je n'en doute pas, ce sont des consciences de bons citoyens {\), la République se consolidera par vos votes, comme elle s'est fondée d'abord par les mains du peuple de Paris ! (Bravos unanimes-) »

Retenez ceci, messieurs, et faites-en votre profit : Quiconque, pour empêcher le triomphe d'une révolution, n'a pas rivalisé de courage avec ceux qui l'ont emporté au péril de leur vie, a perdu le droit de médire des révolutions. Médire de l'ennemi devant lequel on a fui, c'est ajouter l'opprobre à l'opprobre.

Oui ou non encore :

Ceux qui, le 23 février, étaient ministres du roi Louis- Philippe, ont-ils fui? En est-il un seul parmi eux qu'on ait vu à l'assaut d'une barricade ? En est-il un seul parmi eux qui ait fait à la royauté un rempart de son corps, et qui puisse montrer la cicatrice de la plus légère blessure reçue en défendant la monarchie ?

Non, non! ceux qui médisent des révolutions ne savent pas les prévenir. Ceux qui sauraient les prévenir n'en médisent pas.

29 août 1852.

V Assemblée nationale, qui ne répondra pas, demain, aux questions que nous lui avons posées relativement aux deux

(1) La députation se composait de MM. Adrien de Lavalette, secrétaire géntjral du club Républicain; Bernard, propriétaire; docteur Barrachin, Carnaud, Odiot, Leflocii, hommes de lettres; E. de Lavalette, Maurice Meyer, secrétaire du club; Paul Terrier, banquier, délégué; et de MM. lîodin, de Chamoy, de Froissard, Lamy de Saint-André, de Lubersac, M. Masson, Perthuzon fils, etc., qui s'étaient joints à la députation.

Dans la séance du 15 mars, le bureau était provisoirement présidé par M. Vieunet, qui avait bien voulu accepter le fauteuil en attendant qu'on ait été l'offrir à M. Goudchaux, absent en ce moment de chez lui.

LA PRESSE SANS LA LIBEKÏÉ. ool

mémorables cii'culaires de M. l'archevêque de Lyon et de M. rarchevèque de Paris, portant la date de février et mars J848, nous répond aujourd'hui :

« Mais il faut être logique, monsieur, vous le dites vous-même. Ditesnous donc pourquoi la Presse existe ? »

Nous répondons à VAssemblée nationale :

Parce que h\ Presse^ qui comple au nombre de ses propriétaires des veuves, des mineurs et d'ardents approbateurs de la pohtique qui a prévalu le 2 décembre, a été condamnée par jugement du tribunal civil de la Seine, rendu le 11 décembre 1851, à la re(]uétc de plusieurs des propriétaires, représentés par M® Boncompagne, à reprendre sa publication qu'elle avait volontairement disconlinuée ;

Parce que la Presse, n'ayant pu réussir à décider tous les journaux de Paris, —à l'exceplion, bien entendu, des feuilles élyséennes, — à suivre l'exemple de suspension volontaire qu'elle avait donné pendant douze jours, a dû subir la loi du nombre. C'est ainsi, qu'impuissante à entraîner les journaux, elle a été remorquée par eux, VAssemblée nationale en tête; car c'est une justice qu'il faut rendre au Pays, pendant trois jours, les 2, 3 et 4 décembre 1851, il a renoncé héroïquement à paraître, et très probablement il eût persisté dans cette héroïque résolution, prise d'accord avec la Presse, si le Journal des Débals elV Assemblée nationale eussent fait ce que firent le Pays, la Presse et le Siècle.

Ceci est une note déposée en passant pour servir à l'histoire contemporaine. — A chacun selon ses œuvres.

Ces deux parce que sont-ils une réponse suffisamment catégorique au pourquoi de la feuille impitoyable?

31 août 1852.

Voici tout ce que VAssemblée nationale trouve à nous répondre :

a Puiàque la Presse ue parait que contrainte et forcée par justice, et que

M. de Girardin est une victime infortunée de îa sentence du 11 décembre 1851, nous n'insisterons pas. Respect au mallieur ! n

Quel respect mérite la conduite de ce journal s'appelant VAssemblée nationale^ et qui était le premier à solliciter de M. de Morny l'autorisation de paraître, lorsque MM. Berryer, Benoît d'Azy, Vitet, Jules de Lasteyrie et autres légitimistes et fusionnisles étaient conduits au mont Valérien en ^'oilures cellulaires; lorsque le générai Changarnier et le général Bedeau étaient transportés à Ham, et lorsque M. Thiers était enfermé à Mazas?

L'histoire .appréciera la conduite des rédacteurs de VAssemblée nationale, de ce journal qui n'a pas même eu la pudeur de changer de titre.

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