LE JOURNAL DES DÉBATS
10 avril 1852.
Le Journal des Débats est à ce qu'il fut ce qu'un vaisseau rasé est à un vaisseau appareillé. Ce n'est plus qu'un ponton. Tout semble l'embarrasser, jusqu'à son titre. S'appeler le J oiirnal des Débats, quund il n'y a plus de débats, est, en effet, embarrassant, à moins d'y ajouter : britanniques. Il n'y a qu'une liberté attaquée qui ait le pouvoir de le tirer du mutisme dans lequel il s'est renfermé, pour cacher que, s'il ne dit rien, il n'en pense pas plus. Il a raison lorsqu'il repousse le protectionnisme industriel; mais sur quel argument se fonde-t-il pour justifier le protectionnisme politique? Ni protectionnisme industriel, ni protectionnisme politique ; sous aucune forme, aucune intervention arbitraire de l'Etat: voilà ce que demande la logique et ce que réalisera l'avenir.
Le Journal des Débats, dont le sommeil est, à ce qu'il
paraît, un sommeil soninambulique, parle tout haut et s'exprime ainsi :
0 De nos jours, les enfants ont déjà vu plusieurs révolutions. Ih eu verront encore bien d'autres, car l'humanité ne s'arrête pas. »
Oui, cela est vrai. Tljumanité ne s'arrête pas; mais de ce qu'elle ne s'arrête pas, il n'en faut point conclure qu'elle soit errante. Elle marche droit à son but : ce but, c'est la liberté en tout et la justice partout. C'est un fait : où la liberté arrive et demeure, la révolution s'en va et ne revient plus. Qui songe aux Etats-Unis à faire une révolution? Qui donc y gagnerait ? Qui n'y perdrait pas? Les esclaves euxmêmes des États du Sud savent que Iheuie de leur libération est marquée au cadran de la civilisation, et que cette heure sonnera plus vite pour eux en respectant la pendule qu'en la brisant. Ils attendent. Ils ont raison. Ce n'est pas en outrant la vitesse de la locomotive qu'on arrive, c'est en laissant la vitesse se mesurer sur la puissance. Aussi, disons-nous à tous ceux qui nous lisent : Point de politique à outrance! Plus de révolutions !
16 mai 1852.
Nous le reconnaissons : le Journal des Débats nous a devancé, dès 1846, sur une question de liberté où nous ne l'avons rejoint qu'en 1850. Il défend avec intrépidité, et souvent avec talent, la liberté du commerce.
Mais pourquoi cette liberté est-elle la seule qu'il défende?
Qu'est-ce que la liberté du commerce?
— C'est la réciprocité des échanges.
Qu'est-ce que la liberté de la presse?
— C'est la réciprocité des idées.
Qu'est-ce enfin que la liberté improprement appelée : liberté illimitée?
— C'est la liberté limitée par la réciprocité.
Liberté limitée par la réciprocité au lieu de liberté limitée
LA PRESSE SAîîS LA LIBERTE. 5^
pair la légaJîilé ^ vmlà duiM; finaJeni^it à qui se rédkiiseiQl les temies de ce débat i(|u''ai!> peu de btuiioe iknii suflGirait pf(Hir cliore inévQieàbiemenl.
C^ompreodre et expliquer aiim la liberté Ei''eo}ij!>êdbe pas
d'être aeeioeé de xmtimr labsolutlgoiie.
Oni^ lÈmis Taviouioos, immis fionsmes atis^lattsle, car iMm$ adimeltiwis :
L'autorité ahsbilne de la f^DÎ :
L'autiorilé alïtsdiue de la ficseckee ;
Siious admettKMQis tic^nSe aulioirisé abstiilne qui est €mmpa.tàMe aree la «onmifisisHi «lol'Siataîre.
Oà e&ÊBmnsœe te dowile^ ûmt f antorilé de la hi.
On cmamesiee: TenBar^ fiiait f aat«wîté de la sâeaee.
Que la foi eombatle le dmnie l
Que la sâeiaee détnuû^ Teneur I!
Que la fm pev^suade I!
Que la sdesaee déiaiîiœiflffe !!
Smtmmsmm, mhmSmre et mâ&rité aèmSmiR : daias ses naioits se résume %ms!Lw^ise pm^gracsuaienelt ee pt^t^naouaaeQ iMxys Se cn»|^«iiiSn seia eidui de f aweiair.
Le C&mlitwimimd smid au J&mrmd des DémSs le serwÂse de lui d^îHEuoiter la pairole. Le C&imtMMimmmd, attaque Se lisineédbiiiD^, le J&mwd dm Déimt'S le dêfendira. Eit^ aps^s ce débats laqnestâsia la^aura pas avasMié d'umpas. Pioniirqu^ ? Faute d%iQ prÛËidipe supérieur. Le priiaidpe de la Literté
a t«art; le priflacâpe de TAuimi'ié adiaafe, le Jmunmll <fes l>-s- 4wr#« a tel, et ieCsmsSiimiimmd a raasMiL Ce npe le lenéaiteJiar a £aiL la ciréatuire doiit-ele egatirepineiadir® de 3e iieËsénëf CTest daiQcs e£S temsstes qmlêSait p^tsèe^ on lîi®^ Sa questÂso par TaîLibé de Chmsf- fl amit ra>S(t»L.T(SiRiffi Teamsz que ee me sera etsieme qnœ psr faSiisdhm qm\(m pi^sainra
de réciprocité des échanges, comme ce n'a été que par le suffrage universel qu'on en a fini avec les questions de cens et de domicile.
Absolu, ton vrai nom est : Le simple !
11 n'y a de simple que ce qui est grand.
Il n'y a de grand que ce qui est simple.
22 mai 1852.
Le Journal des Débats pose à ses lecteurs les questions qu'on va lire ;
« En quoi consiste une nouvelle fausse? Une simple erreur de fait, comme il en échappe nécessairement à tous les journaux, constitue-t-elle un délit? L'erreur, la surprise, sont-elles un délit? La reproduction du bruit le plus insignifiant, le plus étranger à tout intérêt politique, le plus innocent aux yeux du public, sera-t-elle coupable aux yeux de l'autorité ? Par exemple, un journal des départements annonçait hier matin que M. Proudhon vient d'obtenir une remise de sa peine, et qu'il s'est embarqué pour les États-Unis; un journal de Paris démentait hier soir cette nouvelle. Le journal qui l'a publiée a-t-il violé la loi? »
Le Journal des Débats commencerait-il donc à reconnaître qu'il est imposible de i^églementer la liberté ? Qu'on a la liberté ou" qu'on ne l'a pas? Que si on a la liberté, c'est pour l'exercer, et que si on ne peut l'exercer, c'est la preuve qu'on ne l'a pas. Que toute liberté qui n'est pas entière est un péril, et que la lil)erté légalement supprimée est préférable à la liberté légalement réprimée? La libellé de tout dire est une loi qui porte en elle-même sa sanction :— la liberté de tout contredire. En a-t-elle besoin d'une autre? — Non. C'est là ce qui constitue la différence entre la liberté de tout dire^ qui est générale^ et la liberté de faire, qui est spéciale. La liberté de tuer, de voler, de violer, n'existe nulle part; elle n'existe ni en plus ni en moins; la liberté de dire doit être entière ; mais la pleine liberté de faire une chose n'implique pas la lil)erté de faire toutes choses.
Avez-vous la liberté de penser?
- Oui.
Eh bien ! Pensez ce que vous voudrez.
Avez-vous la liberté de parler?
- Oui.
Eh bien! dites tout ce que vous voudrez, sauf à n'être plus cru si vous meniez et à être méprisé si vous n'avez pas le respect de vous-même. Telle est la sanction.
Avez-vous la liberté d'écrire, de publier, d'imprimer?
— Oui.
Eh bien! écrivez, publiez, imprimez tout ce que vous voudrez, au risque d'être réfuté et convaincu d'ignorance ou de mauvaise foi. Telle est encore la sanction.
Avez-vous la liberté de tuer, de voler ou de violer?
— Non; ni un peu ni beaucoup, ni souvent ni rarement. Est-ce (jue le Journal des Débats commencerait à épeler
dans l'alphabet de la liberté?
25 mai 1852.
Sous le régime de la liberté pour soi et de la compression POUR LES autres, chacuu a son tour. En 1831, le Journal des Débats disait aux socialistes et à M. Proudhon : Qu'il soit anatlième ! En 1852, c'est VUnivers qui dit au Journal des Débats et à M. John Lomoinne : Qu'il soit anathème î 0 Liberté ! tu es comme le mouvement ! Tu ne te définis pas, tu te démontres. Tu as raison.
11 juin 1852.
Le Journal des Débats préfère la liberté limitée par la loi à la liberté hmitée par la réciprocité. C'est une liberté que nous lui laissons pleinement exposer ainsi qu'il suit :
« Nous ne connaissons pas de principe sans restriction, ni de liberté
sans limites légales. Jusqu'à ce que M. Emile de Girardin ait fait triompher sa fameuse théorie, jusqu'à ce qu'il ait établi le règne de l'absolu sur la terre, il en sera de la liberté individuelle comme de toutes les autres libertés : elle sera nécessairement soumise à des restrictions plus ou moins étendues, dans l'intérêt de Tordre et de la sûreté publique. »
Le Journal des Débats ne connaît pas. de principe sans restriction ; nous, nous ne connaissons pas de règle que les exceptions n'aient détruite. Alors à quoi bon d'établir des règles ?
12 juin 1852.
LeJownal des Débats n'est pas conséquent : hier il prenait le parti des restrictions contre le principe; aujouid'hui il défend le principe contre les restrictions, et reconnaît que les exceptions détruiraient la règle. Il s'agit, il est vrai, de l'observation du dimanche. 11 dit :
« Nous croyons que la nature oppose des obstacles insurmontables à ce que le repos du dimanche devienne une. règle générale et rigoureuse en France. Qaand on réussirait à faire accepter cette règle à certaines branches de commerce ou d'industrie, il serait très difficile de la faire accepter par toutes. Quand elle pourrait s'observer sans inconvénients dans les grandes villes, il faudrait renoncer à l'appliquer dans les petites villes et dans les campagnes. Les partisans les plus décidés de la mesure admettent qu'il y aurait des exceptions nécessair(^s. Mais il est probable que les exceptions seraient plus nombreuses que la règle. »
0 négateurs de la Liberté! tel est est ton empire que te nier la veille n'est qu'une façon de le l'econnaître le lendemain !
TX.
19 juin 1852.
Le Journal des Débats, voué h l'étude des questions extérieures, fait la comparaison sm'vante sur la manière dont la hberté individuelle est comprise et pra!i(|uée en Angleterre et en France :
« La loi anglaise entoure l'individu de garanties que la loi française ne
connaît pas; et une fois en Angleterre, un étranger, même coupable d'un crime, passe sous l'autorité de la loi anglaise. Un Français, eût-il commis un crime ou un délit contre la loi de son pays, s'il est sur le sol anglais, ne peut être livré que si la loi anglaise autorise sa mise en accusation. Or, en Angleterre, avant de procéder à l'arrestation d'un individu , il y a à passer par une longue procédure de dépositions, d'inten-ogatoires et de constatation d'identité. De là il est arrivé que tandis qu'en France il suffit d'une simple demande des autoi-ités anglaises pour que le coupable ou le prévenu qu'elles réclament leur soit immédiatement rerais par la police, en Angleterre, au contraire, sur quatorze mandats d'arrêt décernés par les autorités françaises en vertu du traité de 1843, treize n'ont pas reçu d'exécution, parce qu'il a été impossible de les faire concorder avec la procédure anglaise ; un seul a été exécuté, et encore parce que c'était à Jersey, où la législation est différente.
» Le lord cluef-justice, lord Campbell, a dit, à l'occasion de la nouvelle convention conclue avec la France, présentée par le ministre des affaires étrangères, et longuement et sérieusement discutée par la chambre des lords :
« Je trouverais la convention sans inconvénients, si elle exigeait qu'il )> fût d'abord donne au ministre de l'intérieur des preuves suffisantes que » l'individu réclamé soit réellement coupable et doive être livré ; mais si le » parlement donnait au pouvoir exécutif la faculté de livrer sans ces preu- » ves tout citoyen français réfugié dans ce pays, alors l'Angleterre cesse- » rait d'être cet asile qu'elle avait été jusqu'à présent. Supposons, par B exemple, que, par suite de quelque nouvelle perturbation en France, » le président (si je puis parler ainsi sans manquer de respect) fût » obligé de chercher un refuge dans ce pays : son extradition pour- » rait être demandée par le gouvernement qui succéderait, sur la produc- » tion d'un simple mandat d'arrêt d'un juge d'instruction. Ce qu'il y a » de mieux à faire, c'est de retirer le bill et de faire une nouvelle con- » vention. »
» Tous les efforts du gouvernement ont échoué devant la résistance des lords, et lord Malmesbury a été forcé de retirer son bill. Nous disons que c'est un très bel exemple du respect qu'on professe en Angleterre pour la liberté individuelle, parce qu'il est bien clair, en effet, que les Anglais ne peuvent avoir aucun intérêt ni aucun penchant à garder chez eux des criminels et des délinquants forcés de fuir la justice de leur pays. Toutes les sociétés civilisées ne peuvent que gagner à échanger le plus vite possible ces classes de fugitifs. Mettant même de côté cette considération superflue, nous ajouterons que la chambre des lords n'a pas non plus une prédilection très vive pour les réfugiés politiques, qui apportent sur le territoire anglais les variétés révolutionnaires de tous les pays du monde. A coup sûr, ce n'est point par goût pour les révolutions et pour leurs adeptes que lord Aberdeen, et avec lui les dispensateurs les plus élevés de la loi, ont combattu le bill d'extradition. Mais ils l'ont fait par respect pour le
principe de la liberté individuelle et celui du droit d'asile ; et, venant d'eux, l'exemple n'en est que plus honorable. »
0 Jacques II ! si lu sortais tle la tombe où tu dors depuis 1701, que dirais-tu de cette nation que tu appelais une