‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 167 sur 231 · LA BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

LA BOURGEOISIE

18 avril IHÔ2.

Apivs avoir fléclaré (jue la Bjui'geoisie a ces:-é d'exister poliliquomcnt. le Pays cheivlie à la ramener en même Icmp.^; (ju'il constate (jiie « le sutîrage universel a eu pour » but de replacer la société tout entière dans ses conditions -» d'unité originelles. ^> Si la B jurgeoisie n'existe plus, poui- <luoi donc le Pmjs s'adresse-l-il ;i elle? C'est demander son rhcmin en frappant à la porte dune maison déserte, c'est perdre son tenjps. Oui. en ellél, devant le siifirage universel, ce précurseur de rim[>ôl unique, iln"y a plus, en France, de Bourge(!isie,il n"yaplus (pie des Français: les uns majeurs, les autres mineurs'; il n'y a plus que des consommateurs : les uns oisifs, les autres travailleurs. Diminuer le nombre de ceux (pii consomment sans produire , et augmenter le nombre de ceux qui produisent en consommant trop peu : voilà ce que fera tôt ou tard le sull'rage uni\ersel, et en (juoi il est le poini de départ d'une politique nouvelle! Le grain est semé, il ny a plus qu'à attendre la récolle.

Le Paijs. <pii jjlace si liaul le suffrage universel, iroublie ([u'un pelil délail, c'esl (pi'il a défendu coiilre la P)'('ssc. et a pUisieui's reprises, le iiiaiiilieii de la loi du :il mai. (pii

LA MOLHGEOISIE. f.lO

aviiil suh.sliluc ;m suHrniçc universel le suil'rai,'e i-eslu-iiil. De tous les jimnijuix existiiiits, I;i Pfesse est le seul qui ail cousliuiiiucMil pi'dicsié cuntre le sull'rage reslreinl et cnnstaiiunenl maiiUeiui le suflraj^e u!ii\'ei\sel ;i la Iiaiileur où il a élé replace après le ;> décembre 18-31 .

Ui asril 1852.

Le Siédc se conslilue le déreiiseur de la Bourgeoisie. Sous le régime de Légalité devant la loi civile et politique, devant le jury électif et devant Lurne électorale, que veut dire ce mol : La Bourgeoisie ? Il n'y a plus en France que des administrateurs et des administrés, des électeurs et des élus, des riches et des pauvres, des oisifs et des travailleurs. Toute autre dénomination est fausse. Sans la fortune, que devient la noblesse ? Sans l'ordre, que devient la fortune '?

2 août 1852.

La discussion sur la Bourgeoisie entamée entre le Siéde et l'Assemblée nationale, discussion dans laquelle sont in tervenus le Pays et la Gazette de France, se poursuit sans avancer et sans conclure.

Cela devait être.

La Bourgeoisie, comme la Nol)lesse, n'existe plus, en France, qu'à l'état de parti déchu : l'une représentant le privilège du suffrage, le droit d'aînesse électoral ; l'autre le privilège de la naissance, le droit d'aînesse patrimonial.

La Bourgeoisie, c'était le cens électoral, c'était le droit de suffrage à Lélat de privilège.

La Bourgeoisie est morte, en France, le jour où le suffrage universel y est né ; elle est morte comme y mourut, il y a

soixjHile ans. la nuljlesse, dans celte fameuse nuit du 4 août 1789 où naquit l'égalité de tous les Français devant la loi, l'impôt et l'héritage.

Sieyès se demandant : qu'est-ce que le tiers-état ? se répondait :

« Une loi commune et une représentation commune : voilà ce qui fait une nation. »

Le suffrage universel, c'est l'unité de nation.

Où la nation est une, il n'y a plus de Noblesse, il n'y a plus de Bourgeoisie ; il y a des riches qui s'appauvriront par l'oisiveté et des pauvres qui s'enrichiront par le travail.

Le suffrage universel, c'est le droit d'aînesse acheté par le peuple au prix de son plat de lentilles; mais patience, c'est la semence qui précède la moisson : le peuple a semé, il n'a plus pour récolter qu'à attendre.

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